Norton Simon Museum : paradis pour l’art

Publié le 23 avril 2007 parPierrick Moritz

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photo-344-2.jpgDevenu collectionneur d’art à l’âge de 47 ans (nous sommes en 1954), Norton Simon a constitué en un temps record l’une des plus prestigieuses collections privées de peintures européennes depuis le XIVème siècle jusqu’au XXème siècle. Les pièces de cet ensemble exceptionnel peuvent rivaliser avec celles des plus grands musées du monde. Devant les portes du Norton Simon Museum, une impression est donnée avec un ensemble de statues de Rodin (Bourgeois de Calais, Homme marchant, Balzac) puis s’intensifie en commençant la visite par le jardin des sculptures (endroit magnifique où nénuphars et iris fleurissent sur un étang comme à Giverny) de l’autre côté du hall, avec d’autres bronzes comme ceux d’Henri Moore ( le plus représenté) en passant par Aristide Maillol, Robert Morris, Joan Mason, Jacques Liptschitz et Henri Laurens. L’impression est que la visite sera époustouflante. Sentiment qui ne se démentira plus dès la première œuvre vue à l’intérieur du musée (un fabuleux portrait de Patience Escalier par Vincent Van Gogh) et tous celles qui suivront. Le conseil pour le passionné d’art est de s’y rendre accompagné de personnes aussi intéressées que lui ou alors seul : le Norton Simon Museum fait partie de ces lieux d’exposition merveilleux d’où l’on arrive plus à sortir !

L’homme d’affaires

Né à Portland en 1907, Norton Simon avait un flair certain, qualité probablement doublée d’une sacrée chance. Il fut un homme d’affaires opiniâtre avant de devenir l’un des plus grands collectionneurs du monde. En 1931, à 26 ans, il rachète une usine d’embouteillage de jus d’orange en faillite pour $7 000 dont il multipliera le chiffre d’affaires de près de 900 % en dix ans. Ce très beau résultat lui permet d’acquérir en 1941 la majorité du capital de la Hunt Brothers Fruit Packing Company, société de production de conserves de fruits et légumes et qui réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de $100 millions. La société va alors se spécialiser dans la fabrication de tomates en conserve et plus particulièrement de sauces à base de tomates dont le succès va accroître la fortune de ses actionnaires.

Le collectionneur

Norton Simon achète sa première oeuvre d’art en 1954. C’est un Renoir qu’il acquiert auprès d’une galerie américaine pour $16 000. Et c’est à partir de là que sa boulimie pour la peinture commence : entre 1954 et 1959, il achète pas moins de 84 tableaux. Il s’en suivra un bref répis de deux ans avant que, après s’être dégagé des affaires en restant administrateur de sa société, il achète le stock complet d’une prestigieuse galerie : une réunion de 400 oeuvres. A partir de 1971, et après un voyage en Asie avec sa nouvelle compagne (l’actrice Jennifer Jones), il commencera une collection d’objets d’art de l’Inde et du Sud-Est asiatique ( présentée aujourd’hui comme l’une des plus importantes dans le genre hors pays d’origine) sans pour autant renoncer à son amour de la peinture et de la sculpture occidentales. D’ailleurs, c’est quelques années plus tard, en 1976 qu’il se retrouve au centre de l’une des plus incroyables histoires du marché de l’art. Cette année-là, la Lefevre Gallery de Londres l’informe qu’elle a en sa possession un ensemble de 70 bronzes de Degas. Le fait est d’autant plus incroyable que ces pièces sont des modèles directement créées à partir de cires originales de Degas par la fonderie qui tira tout les séries suivantes. Ce trésor fut trouvée dans la cave du propriétaire de la fonderie où il avait été oublié pendant cinquante ans. Norton Simon va acquérir le tout pour $ 18,8 millions. Grand admirateur de Degas, Norton Simon possède déjà un tableau de Degas de 1884 intitulé Femmes repassant ainsi q’un pastel Femme se séchant après le bain (1876-1877). Ces deux œuvres ont été respectivement achetées en 1959 et 1964

La collection de peintures et sculptures occidentales (au rez-de-chaussée du musée)

En dehors de l’incroyable qualité des œuvres qui la composent, une des singularités de cette collection privée est de présenter des ensembles cohérents. Pour le cubisme, par exemple, Picasso voisine avec Braque, Gris et Popova. Les œuvres de ces créateurs datent toutes des années 1910. Le prix de l’harmonie revient à l’ensemble de bronzes de Degas où des dizaines de petites danseuses solitaires sont regroupées par mouvements près d’autres sculptures inspirées par les deux autres thèmes de prédilection de Degas : les femmes se lavant et les chevaux avec ou sans cavaliers.

Quelques autres œuvres majeures de cette collection

Botticelli : Madone et Enfant et ange (Vers 1468), une composition inhabituelle dans l’œuvre du peintre où l’architecture est très présente et commande le regard vers un chemin sinueux et l’infini du ciel en excluant presque du champ de vision les personnages aux dimensions pourtant importantes et en premier plan.

Raphaël : Madone et Enfant avec un livre (vers 1502-1503), œuvre exceptionnelle acquise en 1972 par Norton Simons auprès de la galerie Wildenstein and Co. Cette transaction fut un tel évènement que l’information fut publiée sur la première page du New York Times et du Los Angeles Times.

Georg Pencz : Femme nue endormie -vanité ?- (1544), au dessus de la couche de la jeune femme, une niche abrite quatre objets (éteignoir à bougies, bougie à demi consumée, bouteille, lampe à huile) . Ces objets font considérer le tableau comme une vanité. La taie de l’oreiller ouverte en premier plan et retenue par un lacet relâché, le fait que la jeune femme couvre son sexe de ses mains, que l’éteignoir à bougie ressemble à un ciseau peut aussi porter à d’autres lectures (perte de la virginité ? Avortement ?).

Rembrandt van Rijn : Portrait d’un jeune garçon ( vers 1645-1650), acquis en 1969. Une des plus importantes acquisitions dans la vie de Norton Simon. Cette œuvre est une rareté dans l’œuvre de l’artiste car elle représente le portrait présumé du fil de Rembrandt. Le visage de l’enfant est d’une incroyable luminosité. Décidé à acquérir ce tableau en vente publique, Simon avait mis au point un code de mouvements qui indiquerait ces enchères au commissaire-priseur. Ce dispositif de précaution était destiné à limiter les enchères et à garder les siennes anonymes (quand la présence d’un collectionneur célèbre est connue dans une vente, il vaut mieux qu’il n’enchérisse pas oralement pour ne pas faire monter le prix de la pièce qui l’intéresse outre mesure. Le vendeur de la pièce, par exemple, peut commissionner un tiers pour faire monter les prix . Ce jeu, connu dans le marché de l’art, est un peu dangereux car le vendeur peut se retrouver à devoir acheter ce qu’il a mis en vente). Il y eut une confusion au moment du coup de marteau final et l’œuvre fut adjugée à un autre. Simon réussit à obtenir que le Rembrandt soit remis en vente et , finalement, en devint propriétaire.

Paul Gauguin : Femme et jeune garçon tahitiens (1899), acquise en 1965. David Nash, directeur du département international d’art impressionniste et moderne chez Sotheby’s a raconté dans une interview comment Norton Simon a acheté cette œuvre. Il savait qu’un autre collectionneur la voulait et comme la couche de crasse qui gâchait le tableau rendait sa qualité incertaine, il le laissa l’acheter. Une fois nettoyée, il s’avéra que la toile était magnifique. Simon réussit à la racheter au premier acquéreur.

Une pièce surprenante dans cette collection

Un exceptionnel buffet sculpté de scènes bretonnes par Émile Bernard (vers 1891-1893).

Quelques autres artistes présents dans cette collection de peintures et sculptures occidentales : Steen, der Haydens, Maes, Cranach fils, Rubens, Bellini, Murillo, de Largillière, La Tour, Vernet, Fragonard, Guardi, Goya , Canaletto, Ingres, Rousseau, Daumier, Lautrec, Cézanne, Morizet, Sisley, Pissaro, Monet, Manet, Courbet, Vuillard, Lacombe, Corot, Modigliani, Soutine, Kokoschka, Matisse, Kirshner, Klee, Diebernkorn, Françis.

Et aussi : ensemble de trois marbres de l’école de Pise (vers 1350-1400) ; compositions religieuses italienne (XIV-XVIème siècle), tempera et feuilles d’or sur panneau, dont une Madone de Giovanni di Paolo ; grand polyptyque de Guariento di Arpo Couronnement de la Vierge (1344), tempera et feuille d’or.

La collection d’œuvres d’Asie méridionale (au sous-sol du musée)

Elle est principalement composée de sculptures ou éléments d’architecture sculptés en schiste, tuf, granit, marbre ou grès, originaires de l’Inde dont le Rajasthan, du Tibet, du Népal, du Skri Lanka du Cambodge et de Thaïlande. On retrouve le panthéon bouddhique avec des représentations de Bouddha Ganesh, Chamunda, Vishnu, Kumaraou Kubera. Les pièces les plus anciennes sont datées entre 1000 avant JC et 200 après ( il s’agit de trois superbe poterie dite “red-on-buff”, Thaïlande, Ban Chiang ). Parmi le très important nombre d’oeuvres, on peut également voir des reliquaires en bronze du Skri Lanka et de Thaïlande (XIIème-XIVème siècles), des objets votifs du Tibet, un remarquable ensemble de bronzes sculptés de procession (Skri Lanka, IXème-XVIIIème siècles), des miniatures indiennes des XVIIIème et XIXème siècles, une sculpture dite “Hari-Hara” du Cambodge (VIIIIème siècle), des plaques d’or repoussées (Thaïlande, VIIème-VIIII ème siècle). Un petit jardin jouxtant ces salles abrite principalement des sculptures en granit originaire de l’Inde ( entre 800 et 1600).

Norton Simon (1907-1993) et Jean-Paul Getty (1892-1976)

On oppose souvent, à tord, ces deux grands collectionneurs. Le Norton Simon et le Getty Museum abritent tout les deux des oeuvres exceptionnelles. La démarche de chacun des deux hommes apparaît comme très différente : Simon reconstituait un panorama de la peinture occidentale du XIVème siècle au XXème siècle et choisissait des artistes plus que reconnus pour alimenter sa collection. La démarche de Getty s’inscrit plus dans une recherche, une exploration. Simon et Getty ont parfois réuni leurs ressources pour acquérir des œuvres.

Jennifer Jones

Actrice américaine et deuxième femme de Norton Simon (il l’épouse en 1971). Sous contrat avec le producteur David O. Selznick, elle avait remporté l’Oscar de la meilleur actrice en 1944 pour son interprétation dans Le Chant de Bernadette. Elle sera aussi nommée aux Oscars pour son rôle dans le flamboyant Duel au soleil dont la scène finale est digne d’une tragédie grecque. Aujourd’hui, madame Simon-Jones gère la collection de son époux disparu.

Norton Simon Museum. 411 West Colorado Boulevard. Pasadena. Californie. Ouvert du mercredi au lundi de 12 heures à 18 heures et le vendredi de 12 heures à 21 heures. Musée fermé pour le Rose Parade Day, Thanksgiving et Noël. Site : http://www.nortonsimon.org/

Source : informations relevées au musée Norton Simon and The Art Of Negociation, The Building of the Norton Simons Collections, brochure éditée par la Norton Simon Art Foundation. La grande majorité de ces informations sont traduites par l’auteur. Elles sont adaptées, synthétisées et mises en forme par l’auteur.

Pierrick Moritz

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