Séraphine Louis de Senlis, l’innocente aux mains pleines

Publié le 1 juillet 2007 parPierrick Moritz

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Séraphine Louis de Senlis n’était pas issue de l’aristocratie.

Fille de paysans illettrés, Séraphine Louis naît en 1864 à Saint-Nicolas-d’Acy à quelques kilomètres de Senlis. Elle sera servante.

En 1912, le collectionneur allemand d’œuvres cubistes et naïves Wilhem Uhde vient passer des vacances dans cette ville de l’Oise. Pour le temps de ses congés, il recrute Séraphine Louis comme femme de ménage.

Le collectionneur découvre une femme décrite comme « une quinquagénaire au visage triste et à la robe rapiécée » (1) et… un peintre d’exception. Uhde décide de lancer et soutenir sa découverte dans le monde de l’Art. Il le fera jusqu’en 1930.  

Séraphine peint des tableaux aussi délirants que bouleversants : des compositions sublimatoires, divinatoires et hallucinatoires dans lesquelles foisonne le motif récurrent et génétiquement modifié d’une feuille plus ou moins plume, plus ou moins oeil.

L’espace de la toile est ainsi chargé d’une multitude de ces motifs. Le résultat, cohérent et équilibré, est une vision exaltée dont le relief est restitué par l’agencement subtil des feuilles aux dimensions différentes. 

Certaines de ses créations baptisées « arbres » semblent vues du ciel et rendent une franche impression de vertige.

Séraphine est une artiste mystique. Elle fréquente assidument les églises, « vole dans ces lieux, pour peindre, l’huile sacrée des statues de la Vierge » (2) et dépense « l’argent qu’Udhe lui donnait pour ses toiles dans l’achat de bondieuseries style Saint-Sulpice » (3). 

Certains croient reconnaître dans ses œuvres colorées et fragmentées les vitraux de la Cathédrale de Senlis tandis que d’autres y voient l’inspiration de motifs textiles en vogue à l’époque.

La vérité est que personne, même son mentor, ne saura jamais comment peignait Séraphine car « Séraphine ne l’a jamais laissé pénétrer dans la chambre où elle s’enfermait » (4) pour travailler.

Une chose semble sûre : la servante-artiste ne peignait pas d’après modèle mais d’après des visions.

Le soutien du collectionneur allemand pour ses oeuvres n’empêchera pas Séraphine de sombrer dans la folie : « Démente, Séraphine errait dans les rues en annonçant la fin du monde. Mes tableaux sont bénis, ils sont votre seule chance de salut… hurlait-elle. » (5).

Séraphine Louis mourra dans un asile d’aliénés en 1942.  

Pierrick Moritz

Bibliographie : Nino Franck- (1), (2), (3), (4) et (5) – :  plaquette exposition « Séraphine », 1962, Galerie Birschansky, Paris. Bernard Dorival : « L’Ecole de Paris au Musée National d’Art Moderne ». Editions Aimery Somogy, Paris, 1961.

Evènements 2008 autour de Séraphine Louis de Senlis

Séraphine, un film de Martin Provost avec Yolande Moreau. Sortie en salles le 1er octobre 2008.
Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis, une exposition consacrée à l’artiste au Musée Maillol à Paris, du 1er octobre 2008 au 5 janvier 2009.