Séraphine Louis de Senlis n’était pas issue de l’aristocratie.
Fille de paysans illettrés, Séraphine Louis naît en 1864 à Saint-Nicolas-d’Acy à quelques kilomètres de Senlis. Elle sera servante.
En 1912, le collectionneur allemand d’œuvres cubistes et naïves Wilhem Uhde vient passer des vacances dans cette ville de l’Oise. Pour le temps de ses congés, il recrute Séraphine Louis comme femme de ménage.
Le collectionneur découvre une femme décrite comme « une quinquagénaire au visage triste et à la robe rapiécée » (1) et… un peintre d’exception. Uhde décide de lancer et soutenir sa découverte dans le monde de l’Art. Il le fera jusqu’en 1930.
Séraphine peint des tableaux aussi délirants que bouleversants : des compositions sublimatoires, divinatoires et hallucinatoires dans lesquelles foisonne le motif récurrent et génétiquement modifié d’une feuille plus ou moins plume, plus ou moins oeil.
L’espace de la toile est ainsi chargé d’une multitude de ces motifs. Le résultat, cohérent et équilibré, est une vision exaltée dont le relief est restitué par l’agencement subtil des feuilles aux dimensions différentes.
Certaines de ses créations baptisées « arbres » semblent vues du ciel et rendent une franche impression de vertige.
Séraphine est une artiste mystique. Elle fréquente assidument les églises, « vole dans ces lieux, pour peindre, l’huile sacrée des statues de la Vierge » (2) et dépense « l’argent qu’Udhe lui donnait pour ses toiles dans l’achat de bondieuseries style Saint-Sulpice » (3).
Certains croient reconnaître dans ses œuvres colorées et fragmentées les vitraux de la Cathédrale de Senlis tandis que d’autres y voient l’inspiration de motifs textiles en vogue à l’époque.
La vérité est que personne, même son mentor, ne saura jamais comment peignait Séraphine car « Séraphine ne l’a jamais laissé pénétrer dans la chambre où elle s’enfermait » (4) pour travailler.
Une chose semble sûre : la servante-artiste ne peignait pas d’après modèle mais d’après des visions.
Le soutien du collectionneur allemand pour ses oeuvres n’empêchera pas Séraphine de sombrer dans la folie : « Démente, Séraphine errait dans les rues en annonçant la fin du monde. Mes tableaux sont bénis, ils sont votre seule chance de salut… hurlait-elle. » (5).
Séraphine Louis mourra dans un asile d’aliénés en 1942.
Pierrick Moritz
Bibliographie : Nino Franck- (1), (2), (3), (4) et (5) – : plaquette exposition « Séraphine », 1962, Galerie Birschansky, Paris. Bernard Dorival : « L’Ecole de Paris au Musée National d’Art Moderne ». Editions Aimery Somogy, Paris, 1961.

martin
24 août 2008
Nous venons d’aller voir le film magnifique de martin Provost sur Seraphine ,avec Yolande Moreau.Quelle femme extraordinaire et quels beaux tableaux!Le réalisateur nous a appris qu’il allait y avoir une exposition des oeuvres de Séraphine au musée Maillol à la rentrée.
Nous avons hâte!Nous ne connaissions pas cette artiste et c’est unbe découverte grâce à ce film génial!
pierrickmoritz
24 août 2008
J’imagine que Yolande Moreau doit être parfaite dans ce rôle (dans « Quand la mer monte », autre registre, elle était bluffante).
Vous faites donc partie des heureux normands qui ont eu la chance de voir le film en avant-première à Gaillon.
Moi j’y cours dès qu’il sort à Paris (1er octobre).
Pour le musée Maillol, j’ai lu quelque part qu’il possédait des tableaux de Séraphine Louis sortis récemment des réserves.
Pour l’expo, je ne sais pas. Il suffit d’aller sur le site du musée.
Bonne semaine !
pierrickmoritz
10 septembre 2008
Une exposition consacrée aux œuvres de Séraphine Louis est effectivement proposée par le musée Maillol à Paris à partir du 1 er octobre.
karine
1 novembre 2009
bonjour savez où je pourrais visiter les ceuvres de Seraphine De Senlis?
Pierrick Moritz
1 novembre 2009
Le musée Maillol à Paris en possède, mais il faut se renseigner pour savoir si elles sont exposées dans les collections permanente.
Le Musée d’art de Senlis en possède également, là aussi se renseigner auprès d’eux.
elephantgris
20 septembre 2008
A strasbourg, l’avant première a eu lieu hier soir, et cela donne envie de voir de plus près les oeuvres de séraphine
pixeltoo
4 octobre 2008
Saint-Nicolas-d’Assy n’existe pas c’est Saint-Nicolas-d’Acy.
pierrickmoritz
4 octobre 2008
Merci pour cette remarque.
La plaquette d’une exposition rédigée par Nino Frank et consacrée à Séraphine en 1962 à la Galerie Pierre Birtschansky à Paris est ainsi renseignée : une dernière référence que me suggère Emile Stzittya : à Saint-Nicolas-d’Assy, où Séraphine Louis est née, à trois kilomètres de Senlis, se trouve le tombeau de l’Abé Prévost, l’inventeur du plus bel amour des lettres françaises.
Dans Cinq Maîtres primitifs de Wilhelm Uhde (1949), texte repris dans le catalogue de l’exposition au musée Maillol, on trouve : elle est née (Séraphine, ndlr) en 1864 au village d’Assy, où elle menait paître le bétail de sa parenté, puis elle est venue à Senlis pour être femme de ménage.
Dans les repères biographiques du catalogue de l’exposition au musée Maillol est écrit : 1864 (2 septembre) : naissance de Séraphine à Arsy-sur-Oise,….
Saint-Nicolas-d’Acy, tel que vous l’écrivez, est une commune aux environs de Senlis et cela pourrait être cela.
En consultant un vieux dictionnaire des communes de référence (début XXème), on trouve uniquement Arsy toujours dans l’Oise, aux environs de Compiègne. pas de traces des Saint-Nicolas….. ou autres Arsy à quelques kilomètres de Senlis.
Il se peut que la transcription du nom de village Acy par Uhde, en l’absence de référérences, n’ait été que phonétique, on peut penser la même chose pour la plaquette de l’exposition de 1962 où figure le nom complet Saint-Nicolas….. : elle serait devenue Assy.
Et comme il n’existe pas de Saint-Nicolas-d’Assy, j’ai donc corrigé selon votre remarque
Je pense qu’il faudrait consulter l’acte de naissance de Séraphine Louis…..
pierrickmoritz
6 octobre 2008
Vu le film
Yolande Moreau, actrice magnifique, donne une interprétation d’une Séraphine Louis dans l’action, obstinée, ne vivant que pour sa peinture, un art venant pour elle quasiment après Dieu (la religion faisant plus « office » de moteur pour peindre), et agissant dans le traitement naturaliste du réalisateur Martin Provost.
Tous les deux nous font grâce de toute lecture psychanalytique et c’est tant mieux.
Avec Ulrich Tukur dans le rôle de Wilhelm Uhde et Anne Bennent dans celui de la sœur fidèle, la distribution est parfaite. Ce film est une incontestable réussite.
Vidal sophie
6 octobre 2008
Yolande Moreau peut dire le bottin, son génie et son jeu sont exceptionnels, depuis toujours je la suis, les deschiens, quand la mer monte, tout, j’aime tout chez cette femme, ces yeux qui pétillent et son sourire presque enfantin, Yolande merci pour tout !!
gambier agnes
12 octobre 2008
Je suis allée voir le film pour Yolande Moreau, qui confirme qu’elle est une actrice exceptionnelle, et je voulais découvrir qui était Séraphine dont je ne connaissait pas l’existence (j’habite à 15km de Senlis!!) J’ai découvert une femme attachante par sa simplicité, sa naïveté et son immense don qu’elle a su rendre sur ses tableaux. J’ai hâte d’aller à l’exposition qui lui est consacrée. Merci à M. Provost pour ce film et aux acteurs. Yolande continuez à nous toucher comme vous savez le faire..
pierrickmoritz
31 octobre 2008
je crois que tout le monde s’accorde sur le fait que Yolande Moreau est une très grande comédienne.
Le film de Martin Provost a dépassé les 250.000 entrées France et quelques salles ont même été ajoutées depuis sa sortie (ce qui indique qu’il n’y a pas de baisse de fréquentation)
Tout ça est vraiment très bien pour un film dont le sujet n’est pas ce qu’il y a de plus commercial.
Merci pour vos commentaires (je pense qu’il n’est pas utile que j’intervienne pour chacun d’entre eux ; si c’est pour pousser des « oui », « tout à fait d’accord » ou » je vous rejoins », je ne vois pas trop l’intérêt).
Pierrick
MIGNON christian
1 décembre 2008
J’avais hâte de voir ce film. Je l’ai vu hier soir dans la commune de plougonvelin en Bretagne. C’est la deuxième fois que je vois une file d’attente dans ce cinéma la 1ère ce fut pour les ch’ti et maintenant Séraphine. Séraphine nous donne une leçon de courage et de sagesse. Je souhaite à beaucoup de monde d’aller voir ce film. Merci Yolande.
pierrickmoritz
2 décembre 2008
Le film marche toujours très bien et ce succès est effectivement mérité.
pierrickmoritz
28 février 2009
Le film « césarisé » 7 fois hier soir, le César de la meilleur actrice pour Yolande Moreau. Génial !
pat60740
28 février 2009
Séraphine Louis est nee le 3 septembre 1864 à ARSY près de compiègne
acte de naissance n°7 de l’annee 1864 dans les registres en ligne de la paroisse d’ARSY
année 1864 feuillet 736 sur 745
pierrickmoritz
1 mars 2009
Merci pour ces précisions.
Isabelle Lemercier
26 janvier 2010
ces toiles me fascinent, les couleurs vibrent et les mille détails nous plongent dans des mondes minuscules et secrets : j’espère les voir un jour de près. Si tu savais Séraphine …