On peut se demander ce qui a pu pousser David Hockney à se laisser filmer au début des années 1970 par Jack Hazan pour un documentaire autobiographique et scénarisé qui nous fait entrer dans son intimité. Au-delà des intentions artistiques du réalisateur, on peut avoir l’impression que Hockney, redoutablement intelligent et pas du genre à laisser passer ses désirs après ceux des autres comme en témoignent ses rapports avec les marchands de tableaux, utilise ce tournage pour immortaliser son »importance du moment à lui ». Une des hypothèses est peut-être une prise de conscience qu’avec « A Bigger Splash » (peint en Californie en 1967), il était entré dans le cercle réduit des grands de la peinture, que son art dépassait le stade de la réprésentation réaliste, anecdotique et « d’ambiance » et touchait à quelque chose de beaucoup plus universel. Son plongeon montre une disparition. Hockney est probablement le seul artiste dans toute l’Histoire de la peinture a avoir exprimé la sensation terrible, le « cri » de « l’après disparition » : juste quelques éclaboussures d’eau après l’engloutissement. Et que dire de son « Narcisse » en veste rose, stupéfait, et se mirant dans le corps d’un autre ?
Pierrick Moritz
« A Bigger Splash » de Jack Hazan (1974). Reprise visible dans les salles depuis le 16 janvier.

Publié le 27 janvier 2008 parPierrick Moritz
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