Cette spécialité est moins spécultative que celle de l’art contemporain et réputée plus sûre puisque le temps a effectué un sérieux travail d’écrémage sur ce qu’il faudrait retenir de cette période artistique. Les prix désormais extrêmement élevés de ses chefs-d’œuvre génèrent écarts phénoménaux et révisisons des prix pour les créations qui ne sont pas considérées comme tels. Même importantes, mais encore trop loin du chef-d’œuvre, certaines peuvent même se vendre aujourd’hui à des prix moins élevés qu’en 2000.
La vente d’art impressionniste et moderne organisée par Christie’s le 24 juin à Londres a généré 182,37 millions d’euros dont 51,65 millions d’euros revenant aux seules Nymphéas de Claude Monet. Cette huile sur toile était estimée entre 22,62 millions d’euros et 30,25 millions d’euros.
Il s’agit d’une œuvre très importante de Claude Monet, d’où le prix exceptionnel qui s’y rattache désormais. Dans un marché de l’art qui n’a jamais été aussi favorable à la vente de très grands chefs-d’œuvre, peu finalement apparaissent en ventes publiques.
Les facteurs de rareté et d’accroissement considérable des capitaux disponibles des nouvelles fortunes de ce monde conduisent aujourd’hui à ce type de prix pour des pièces majeures.
L’écart entre l’enchère finale de ces Nymphéas et celles des autres œuvres de la vente s’avère phénoménal. Les prix de ces dernières, pourtant stabilisés à des niveaux très importants, font presque figure de basses plaines par rapport au sommet atteint par ces Nymphéas de Monet.
Sotheby’s proposait le lendemain, toujours à Londres, une vacation sur la même période de création artistique. En l’absence d’un poids lourd de l’acabit des Nymphéas, la maison de ventes a réalisé 129,97 millions d’euros de chiffre d’affaires (le nombre de lots présentés était cependant moins important : 56 contre 69 la veille chez Christie’s).
Sotheby’s présentait également une toile de Claude Monet La Plage à Trouville dont l’enchère finale aura été de 9,69 millions d’euros sur une estimation de 8,85/12,64 millions d’euros.
Ce tableau a été vendu moins cher que lors de son dernier passage en vente publique en juin 2ooo (enchère de 13,91 millions d’euros).
Christie’s a également vendu deux œuvres importantes en dessous de leur estimation respective. Il s’agit de La Pudeur (L’Italienne), une huile sur panneau peinte en 1906 par Henri Matisse qui, estimée 3,78/5 millions d’euros a été laissée à 3,16 millions d’euros et de La Place du Havre et la gare Saint-Lazare, une huile sur toile peinte par Camille Pissarro en 1893. Estimée 2,52/3,79 millions d’euros, elle s’est vendue 1,6 millions d’euros.
Du côté des enchères finales les moins importantes de la vente, Environ du Faou, une huile sur toile de Eugène Boudin peinte vers 1870-1873 et estimée 63.000/88.000 euros a également été laissée bien en dessous de son estimation à 39.488 euros.
De manière générale, ce type de situation provient de directives données par des vendeurs à la maison de ventes pour satisfaire d’impérieux besoins d’argent.
Au cours de sa vente, Sotheby’s a dépassé la barre des 10 millions d’euros pour deux enchères : Danseuse, une huile sur toile de Gino Severini vendue 19 millions d’euros sur une estimation de 8,85/12,64 millions d’euros (il s’agit de l’enchère la plus élevée de la vacation) et Trois hommes qui marchent I de Diego Giacometti qui a dépassé son estimation de 5/7,5 millions d’euros pour se vendre 14,90 millions d’euros.
Chez Christie’s, après les Nymphéas de Monet, la seule autre enchère au-dessus des 10 millions d’euros revient à un pastel de 1880 d’Edgar Degas Danseuses à la barre, adjugé pour 17 millions d’euros. Il s’agit du second prix le plus important de cette vacation du 24 juin.
Chez Sotheby’s, le second prix le plus important de la vacation est celui de Trois hommes qui marchent I de d’Alberto Giacometti avec 14,90 millions d’euros. Il est tout de suite suivi dans cette même vente par les 9,96 millions d’euros payés pour une Tête de femme (Dora Maar) de Pablo Picasso. Cette huile sur toile de 1939 s’est donc largement vendue au-dessus de son estimation de 3,79/6,30 millions d’euros.
Lors de la vente de Christie’s, l’enchère de 6,98 millions d’euros réalisée par Les Fleurs, une huile sur toile de Natalia Goncharova datée de 1913, constitue le troisième prix le plus important de la vacation. Cette enchère, un record pour une création de l’artiste, ne surprendra qu’à moitié ceux qui suivent l’évolution des prix de ses œuvres en ventes publiques puisque le travail de l’artiste (qui, autrefois, semblait souffrir de l’ombre de celui de Larionov, son mari) ne cesse de s’apprécier depuis deux ans.
Yanaihara, une huile sur toile de Alberto Giacometti datée de 1958, s’est quant à elle envolée à 5,4 millions s’euros.
Sotheby’s a vendu Verre et Poires, une huile sur toile de Paul Cézanne estimée 3,15/4,42 millions d’euros pour 5,14 millions d’euros et deux toiles de Paul Gauguin, Tête de Tahitienne ou la fleur qui écoute (estimée 1,26/ 1,89 millions d’euros) et Deux vases de fleurs et un éventail (estimée 1,89/ 2,52 millions d’euros) pour respectivement 3,58 millions d’euros et 4,43 millions d’euros.
Chez Christie’s, une huile sur toile cubiste de Pablo Picasso Nature morte à la carafe (bouteille et verre), peinte durant l’hiver 1911-1912, s’est vendue 4,7 millions d’euros sur une estimation de 2,5/3,8 millions d’euros tandis que, du même artiste, Compotier et guitare, une huile sur toile peinte en 1924 se vendait conformément à son estimation haute à 5,2 millions d’euros.
Toujours pour Pablo Picasso, Sotheby’s vendait le lendemain un Mousquetaire, Buste de 1968 , huile sur toile estimée 5,97/7,96 millions d’euros, pour la somme de 6,98 millions d’euros.
Christie’s a également vendu Family Group , une sculpture en bronze à patines brune et verte de Henry Moore, conçue en 1945, avec un tirage à sept exemplaires plus un exemplaire d’artistes et estimée 380.000/500.000 euros, pour 744.718 euros et Draped Reclining Woman, une sculpture en bronze à patine brun sombre du même artiste, conçue en 1957-1958 conformément à son estimation haute avec une enchère de 5,4 millions d’euros.
Toujours chez Christie’s, un très beau pastel de Henri de Toulouse-Lautrec Deux femmes valsant a pulvérisé son estimation de 506.000/759.000 euros en se vendant 2,46 millions d’euros et, dans un autre ordre de prix, Ville-d’Avray, l’étang à l’arbre penché de Jean-Baptiste Corot, une huile sur toile peinte vers 1865-1870 est partie à 365.871 euros, conformément à son estimation.
Sotheby’s a vendu un pastel d’Edgar Degas Femme à sa toilette, vers 1897, pour la somme de 1,18 million d’euros sur la base d’une estimation de 632.000/1 million d’euros
Pierrick Moritz
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