Tendance (janvier 2009)
Sotheby’s et Christie’s amorcent la série de ventes prestigieuses de peintures anciennes et d’art moderne et contemporain programmée tous les ans à la même époque à New York et Londres. Par rapport à l’année dernière, le volume des œuvres d’art moderne et contemporain est sensiblement restreint, donnant du coup beaucoup plus d’importance aux vacations de peintures anciennes qui conservent un nombre important de lots. Dans une conjoncture morose, Sotheby’s mise sur l’audace avec un catalogue de peintures anciennes où les estimations sont à la hauteur de la qualité des œuvres présentées.
La peinture ancienne, une valeur sûre
Vu les résultats des grandes ventes de peintures anciennes de ces derniers mois en salles des ventes, ce marché apparaît désormais beaucoup plus fluide et régulier que ceux de l’art moderne et contemporain. La spécialité inspire moins de craintes et de méfiance que le marché de l’art contemporain et ses sautes d’humeur parfois incompréhensibles (allant de la mévente de tableaux de qualité de Bacon à l’écoulement quasi intégral d’une cargaison d’art « factory » de Damien Hirst). En plus de l’écrémage historique qui font de ces œuvres des valeurs sûres, l’investissement n’expose pas au risque d’une cote maintenue artificiellement par des achats d’intervenants qui n’ont pas intérêt à ce que celle-ci baisse trop brutalement.
En juillet dernier à Londres, alors que les ventes d’art moderne et contemporain venaient de montrer des signes d’essoufflement (quelques prix records cachaient des invendus de poids ; dans le marché de l’art aussi, la crise « brutale » de septembre 2008 à le dos large), Christie’s vendait La Surprise, une petite huile sur panneau de Jean-Antoine Watteau estimée 3,77 €millions/6,28 €millions pour 15,54 €millions. Le même jour, dans une autre vacation, la maison de ventes avait vendu un dessin de Francisco José de Goya y Lucientes pour la somme record de 2,86 €millions.
Toujours en juillet dernier à Londres, Sotheby’s vendait pour l’équivalent de 8,93 €millions un portrait du XVIIe siècle par Frans Hals. Dans la même vacation, une huile sur panneau du XVIe siècle Les Avares attribuée à un suiveur du peintre Marinus van Reymerswaele, s’échangeait contre 2,59 €millions d’euros alors qu’elle était estimée €189.000 euros/€252.000. Une huile sur panneau de citronnier de Lucas Cranach l’Ancien David et Bethsabée datée de 1534 était emportée à 2,66 €millions d’euros sur la base d’une estimation haute de €377.700 euros.
Également dans cette vente, une huile sur toile de Joseph Mallord William Turner représentant une partie de la propriété conçue par l’homme de lettres et paysagiste Alexander Pope à Twickenham était vendue 6,82 €millions. Un triptyque à la tempera sur fond or de Taddeo di Bartolo, vers 1400, avec pour panneau central la Vierge entourée par saint Jean-Baptiste sur un des panneaux extérieurs et saint Jérôme sur l’autre, a été adjugé 2,37 €millions pour une estimation haute de €630.000.
Un beau résultat pour la peinture ancienne chez Christie’s malgré des invendus
Si, hier à New York, Christie’s n’a vendu que 137 lots sur les 213 de peintures anciennes et d’objets d’art qu’elle proposait dans une vente beaucoup moins importante en valeur que celle qui se déroule aujourd’hui dans la même spécialité chez Sotheby’s, la vacation affiche tout de même un résultat de 14,18 $millions.
Bien qu’une série de douze huiles sur toile du XVIIème siècle de l’atelier madrilène de Francisco de Zurbarán Badajoz (1598-1664), œuvre intitulée Les Douze Sybilles et estimée 2 $millions à 3 $millions n’ait pas trouvé preneur, tout comme une nature morte à l’huile sur toile de Jean Siméon Chardin (estimée 1,2 $million/1,8 $million) et qu’une aquarelle de Joseph Mallord William Turner Le Col du Brünig à Meiringen, Suisse, dont un minimum de 1,5 $million SLF était attendu, ait été laissée à 1,08 $million ALF, certaines œuvres ont néanmoins été vendues bien au-dessus de leur estimation.
Parmi elles, une huile sur papier de Federico Barocci Urbino a été vendue 1,72 $million (estimation haute à $600.000 SLF), une huile sur papier de John Constable 1,08 $million SLF (estimation haute à $800.000 ), une huile sur panneau de Pieter Brueghel II $674.500 (estimation haute à $500.000), une huile sur toile de Benjamin West à $722.500 (estimation haute à $600.000) et une petite aquarelle de Turner $338.500 (estimation haute à $250.000).
Aujourd’hui et demain à New York, Sotheby’s dispersera 223 peintures anciennes et 66 objets d’art européens* du XIIIe au XVIIe siècle. Une paire de portraits par Frans Hals est ainsi estimée 15 $millions/20 $millions, une toile de Turner 12 $millions/16 $millions, une Salomé du Titien peut prétendre aux 4 $millions/6$millions qui en sont attendus. Au total, les estimations de 9 lots sont supérieures au $million.
Art moderne : baisse sensible du volume des œuvres présentées
Chez Christie’s comme chez Sotheby’s, le nombre des œuvres présentées a été sensiblement réduit par rapport aux ventes de l’année dernière à la même époque. Si ces vacations avaient été des succès (seulement 9 invendus pour Sotheby’s avec des records pour des œuvres de Franz Marc et Alexej von Jawlensky et 92,79 £millions de ventes pour Christie’s), la situation s’est peu à peu délitée au cours de l’année pour arriver à des ventes beaucoup plus difficiles dans les mois qui ont suivi. Ceci malgré quelques coups d’éclat comme celui de Sotheby’s en novembre avec une toile de Malevitch partie à 60 $millions ou, quelques temps auparavant, celui de Christie’s pour des Nymphéas de Monet vendues pour l’équivalent de 51,65 €millions.
Le 3 février à Londres, dans sa vente d’art moderne dont impressionniste, Sotheby’s proposera un catalogue de 29 lots contre 76 lots le 5 février 2008. La pièce-vedette de la vacation est une Petite danseuse de 14 ans , sculpture d’Edgar Degas estimée 9 £millions/12 £millions. Suivent ensuite, pour les œuvres les plus importantes de la vacation : une cariatide à l’huile sur toile d’Amedeo Modigliani (6 £millions/8 £millions) ; une huile sur toile double face – une scène de rue d’un côté et un portrait de l’autre - de Ernst Ludwig Kirchner – (5 £millions/7 £millions) et une huile sur toile de 1955 de Fernand Léger La Partie de Campagne (estimée 9 £millions/12 £millions).
Le lendemain, pour pour la même période de l’Histoire de l’Art et toujours à Londres, Christie’s proposera une sélection de 47 lots contre 95 lots le 4 février 2008. La toile la plus chère est une œuvre de Claude Monet datée de 1876 et intitulée Dans la prairie. L’estimation de cette œuvre acquise pour 15,40 $millions en 1999 par le présent vendeur est communiquée sur demande. Toujours parmi les œuvres les plus chères de la vacation, une huile sur toile d’Édouard Vuillard peinte en 1890 Les Couturières (œuvre très inspirée par Gauguin et réalisée par Vuillard alors qu’il avait 22 ans) est quant à elle estimée 4,5 £millions/6,5 £millions, une huile sur panneau par Henri de Toulouse-Lautrec peinte en 1895 L’Abandon (Les Deux amies) estimée 5 £millons/7 £millions et une autre toile de Claude Monet, La Promenade d’Argenteuil, réalisée en 1872 et pour laquelle 3,5 £millions/5 £millions sont attendus. Cette dernière œuvre a été précédement achetée 3,08 £millions en 1998 chez Christie’s Londres.
Art contemporain : les chefs-d’œuvre ne sont jamais bradés
Après un second semestre 2008 plutôt calamiteux pour le marché de l’art contemporain en ventes publiques, le nombre de lots mis en vente pour les ventes londoniennes de février est sensiblement réduit aussi bien chez Sotheby’s que chez Christie’s.
Le 5 février à Londres, pour sa vente d’art contemporain, Sotheby’s présente un catalogue de 27 lots dont seulement 4 sont espérés au dessus du £million. Le 28 février 2008, la maison de ventes proposait une vente de 70 œuvres où un Study of Nude Figure With a Miror de Francis Bacon avait été payé l’équivalent de 26,20 €millions, une étude pour un portrait du même artiste 2,7 €millions, une toile de Gerhard Richter 10,45 €millions, un Concetto Spaziale de Lucio Fontana 13,50 €millions et un triptyque de Warhol 15 €millions.
Cette fois-ci, l’estimation la plus élevée de la vacation (5 £millions/7 £millions) revient à un Concetto Spaziale de Lucio Fontana de 1961 qui n’a jamais été vu sur le marché de l’Art depuis sa première acquisition auprès de l’artiste. La deuxième estimation la plus importante revient à un multiple en bois polychrome (d’une édition de trois) de Jeff Koons assorti d’une estimation de 2,2 £millions/3,2 £millions. Elle est suivie par celle d’une grande toile de Roy Lichtenstein de 1979 estimée 1,8 £millions/2,5 £millions.
Pour sa vente d’art d’Après-guerre et contemporain du 11 février, toujours à Londres, Christie’s a également réduit la voilure avec 31 lots d’art d’Après-guerre et contemporain qui seront présentés contre 55 le 6 février 2008. À l’époque, un triptyque de Francis Bacon avait un peu déçu en se vendant 26 £millions et la vente avait finalement affiché un taux d’invendu de 33 %.
Cette année, les deux œuvres les plus chères de la vacation sont une grande huile sur toile de Francis Bacon Man In Blue IV datée de 1954 et estimée 4 £millions/6£millions et un Green, Blue, Green on Blue de Mark Rothko de 1968 dont 2,5 £millions/3,5 $millions sont attendus. Il s’agit de deux belles œuvres mais pas forcément des périodes les plus recherchées des collectionneurs pour ces deux artistes, même si les estimations en tiennent compte. Il ne faut pas rêver, même en temps de crise les chefs-d’œuvre ne sont jamais bradés.
Pierrick Moritz
* Parmi ces objets d’art figurent deux paires de chapiteaux provenant de l’abbaye de Collioure. Elles sont assorties d’une estimation raisonnable de $10.000/$15.000 par paire qui pourrait permettre leur retour en France.
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Publié le 29 janvier 2009 parPierrick Moritz
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