Londres, peau de chagrin ou du redimensionnement du marché de l’art

Par Pierrick Moritz

Vente d’art moderne et impressionniste à Londres des 23 et 24 juin

Le nombre de lots et les chiffres d’affaires en diminution sensible des ventes d’art impressionniste et moderne en soirée (les plus prestigieuses) organisées chez Christie’s et Sotheby’s hier et aujourd’hui à Londres témoignent de l’ampleur de l’impact  de la récession économique sur un marché de l’art entré de fait dans une reconfiguration.  

Sotheby’s, aujourd’hui, et Christie’s, hier, ont à nouveau joué la prudence pour leurs ventes londoniennes d’art moderne et impressionniste en soirée en diminuant très sensiblement le nombre de lots par rapport  à celui des vacations de juin 2008 dans cette spécialité et sur la même place.

À l’époque, Christie’s présentait 80 lots contre 45 dans sa vacation d’hier soir et Sotheby’s 56 contre 27 dans celle de ce soir. L’offre de la première, hier, semble encore trop importante puisque 14 lots n’ont pas trouvé preneur  au cours d’une vacation qui a produit 43,33 €millions tandis qu’aujourd’hui Sotheby’s n’affiche que 4 invendus pour un chiffre d’affaires de 33,53 €millions.

Même si les vacations londoniennes de ce mois de juin enregistrent des résultats brillants pour des œuvres de Pablo Picasso, Claude Monet et Alberto Giacometti,  les chiffres d’affaires des prestigieuses ventes en soirée à Londres pour cette spécialité n’ont plus rien à voir avec ceux de juin 2008. 

Selon le cours du change de  l’époque, la vente londonienne d’art impressionniste et moderne de Christie’s en juin 2008 avait rapporté 182,37 €millions dont 51,65 €millions revenant à des Nymphéas de Claude Monet. 18 lots n’avaient pas trouvé preneur. Pour cette maison de ventes, le chiffre d’affaires d’hier soir est encore en baisse par rapport à celui de la vacation londonienne du soir dans la même spécialité du 4 février dernier qui avait généré l’équivalent de 74,62 €millions

Chez Sotheby’s, toujours pour l’art impressionniste et moderne vendu à Londres, la vacation du 25 juin 2008 avait rapporté 120,45 €millions au cours de conversion d’aujourd’hui. Celle du 3 février 2009, avec 30 lots présentés, 38,36 €millions.

Hier et aujourd’hui, les deux maisons de ventes présentaient chacune comme œuvre-phare de leur vacation un Homme à l’épée de Pablo Picasso réalisé en 1969. Les deux œuvres ont fait partie de la célèbre exposition Pablo Picasso 1969-1970 présentée en 1970 au Palais des Papes d’Avignon. Finalement, c’est Sotheby’s qui  remporte la palme de l’œuvre la plus chère de ces deux soirées avec son Homme à l’épée, peint à l’huile sur panneau et qui, estimé 7/9,4 €millions, a été payé 8,16 €millions. Chez Christie’s, l’autre Homme à l’épée estimé 5,84/8,18 €millions a été payé 6,72 €millions.

Du même artiste, un Nu assis et joueur de flûte de 1967 estimé  3,5/4,6 €millions a produit 3,98 €millions chez Christie’s et, chez Sotheby’s,  un Nu debout peint à  l’huile sur toile en 1968 et qui était estimé 3,5/4,7 €millions a été payé 5,06 €millions.

Chez Christie’s, Claude Monet a obtenu  l’adjudication la plus élevée de la vente avec Au Parc Monceau, une huile sur toile de  1878 estimée 4,08 /5,25 €millions et payée 7,37 $millions. Soit encore une jolie plus-value pour le vendeur, une fois les frais à sa charge et à celle de l’acheteur déduits,  qui l’avait payée l’équivalent de 4,36 €millions d’aujourd’hui en juin 2001 chez Sotheby’s à Londres (la toile était alors estimée pour l’équivalent de 1,16 à 2,33 €millions d’aujourd’hui). Chez Sotheby’s, une autre huile sur toile de Monet, Route de Giverny en hiver, peinte en  1885 estimée 3,5/4,7 €millions a été payée 4,53 €millions.

Les trois sculptures d’Alberto Giacometti que proposait le catalogue de Sotheby’s se sont vendues. Buste de Diego (Aménophis), réalisé en 1954, cet exemplaire fondu en bronze en 1955,  d’une édition de huit, numéroté 2/6, estimé 2,35/3,5 €millions a été payé 4 €millions ; Buste d’Annette VII,  réalisé en 1957 et fondu en bronze 1963, exemplaire 1 d’une édition de deux a été payé 1,49 €million sur une estimation de 1,41/2,11 €millions et Diego (tête au col roulé), plâtre peint, exemplaire unique réalisé vers 1951-1954, estimé 1,17 €million/1,76 €millions  a été payé 3,21 €millions.

Déjà de retour dans une vente publique, chez Christie’s en l’occurrence, une huile sur panneau de Alexej von Jawlensky  Hélène, peinte en 1911,  a  été payée 2,01 €million, soit à peine mieux que lors de sa dernière vente chez le même intermédiaire à Londres en  février 2008 ou elle avait été payée  pour l’équivalent de 1,84 £million de l’époque. En enlevant tous les frais, le vendeur ne gagne rien, voire perd un petit peu d’argent, mais l’opération reste toutefois nettement plus sûre qu’un placement chez Madoff.

Une superbe toile de Franz Marc représentant des chevaux et peinte à l’automne 1910,  estimée  3,5/4,67 €millions a été payée 4,35 €millions chez Christie’s. Là, l’acheteur a probablement réalisé une bonne affaire.

Bonnes nouvelles de Joan Miró dont le prix payé chez Christie’s pour une peinture de 1949 représentant une femme se poudrant et qui était estimée 2,57/3,27 €millions, est de 4,62 €millions. Chez Sotheby’s, une huile sur toile de l’artiste intitulée Personnages devant l’oiseau-fusée qui s’enfuit, réalisée en 1974, a été vendue 1,13 €million sur une estimation de 471.480 €/707.221 €.

Chez Christie’s, les invendus les plus importants de sa vacation sont une toile de Henri  Matisse Le Pot de pivoines, peinte à Nice en 1920 et qui était estimée 2,68/3,27 €millions, une toile de Camille Pissarro de 1903 représentant le Quai malaquais à Paris (estimée 1,05/1,75 €million) et une autre de Raoul Dufy datée de 1906, sur le thème d’une plage du Havre (estimée 818.400 € /1,16 €million). Chez Sotheby’s, Au cirque, dans les coulisses, une huile sur toile de Henri de Toulouse-Lautrec peinte vers 1888 et estimée 2,35/3,5 €millions n’a pas trouvé preneur.

Pierrick Moritz

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