Quand la peinture ancienne fait mieux que l’art contemporain

Pour la première fois depuis deux ans, et même si les écarts restent minimes,  les résultats des ventes de peintures anciennes et XIXe en soirée (les plus prestigieuses) organisées cette semaine à Londres par Christie’s et Sotheby’s sont plus importants que ceux des ventes d’art contemporain qui les précédent traditionnellement. Comme dans bien d’autres secteurs, la mise en regard des  chiffres d’affaires de ces vacations d’une année sur l’autre révèle la brutalité de la contraction économique mondiale.

 

Le 7  juillet dernier, chez Christie’s, 49 œuvres anciennes ont été vendues sur les 66 présentées, avec une quinzaine de lots payée  très au-dessus des estimations . La vacation a rapporté 20,54 £millions contre 19,06 £millions pour celle consacrée à l’art contemporain. Chez Sotheby’s, le lendemain et toujours pour la peinture ancienne, sur les 48 lots présentés 15 n’ont pas trouvé preneur.  Avec 10 lots vendus au-dessus des estimations, la  maison de ventes a engrangé 26,13 £millions contre 25,54 £millions pour sa vente d’art contemporain du 25 juin dernier.

En 2008 pour ces mêmes ventes, l’art contemporain avait rapporté 61,61 £millions chez Christie’s contre 24,09 £millions pour la peinture ancienne (en 2007, la première spécialité produisait 67,40 £millions et la seconde 40 £millions) ; chez Sotheby’s, en 2008,  l’art contemporain avait généré 94,70 £millions contre 51,16 £millions pour la peinture ancienne (en 2007, l’art contemporain produisait 72,42 £millions contre 25,58 £millions pourt la peinture ancienne).

À l’exception de ces deux dernières années, depuis 10 ans, le marché de la peinture en ventes publiques est dominé par l’art moderne qui, historiquement, commence après la chute de l’Ancien Régime (au plus tard  avec le passage à l’Industrialisation) pour s’arrêter en 1939.

Les grandes maisons de ventes englobent en général sous le terme “anciennes” les œuvres créés avant l’impressionniste en ajoutant parfois “et XIXe” à l’intitulé de vacations qui ne comprennent pourtant  jamais d’œuvres impressionnistes.

Lire aussi : La peinture ancienne, substitut de crise pour le marché de l’art  

Pierrick Moritz

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Quelques résultats (convertis en euros) des ventes londoniennes de peintures anciennes des 7 et 8 juillet 2009

Chez Christie’s, une nature morte* du XVIIe siècle pulvérise son estimation haute

Une énigmatique huile sur panneau de Willem Claesz. Heda, Tarte aux mûres, coupe en nautile renversée, salière, flûte de vin, aiguière renversée, roemer renversée, noisettes, couteau en argent et boîte à coûteaux sur une table en partie nappée et dressée avec des assiettes en étain (71,1 cm x 91,4 cm), a été payée 1,60 €millions avec les frais (12%) sur la base d’une estimation de €347.300/€578.742  sans les frais.

 et une toile de della Porta payée £55.000 en 1976 a été vendue 2,16 £millions

Les deux œuvres les plus chères de la vacation (chacune estimée 2,31/3,47 €millions sans les frais de 12 %) ont été payées légèrement sous leur estimation basse, exactement au même prix de 2,51 €millions (2,16 £millions).   Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant dans un paysage avec Sainte Élisabeth et Saint Jean  Le Baptiste par Baccio della Porta dit Fra Bartolommeo,  une huile sur panneau (148,6 cm x 121,7 cm) datée et située à Florence en 1516 et, du XVIIIe siècle par Michele Giovanni Marieschi, d’une vue de Venise représentant la Cour du Palais des Doges avec la basilique Saint-Marc en arrière-plan,  une huile sur toile mesurant 118,5 cm  x 180,7 cm. En 1976, cette peinture avait été payée  £55.000 dans une vente toujours chez Christie’s

Chez Sotheby’s, l’œuvre-phare  se vend au maximum

Le lot le plus cher de la vacation, une  grande  huile sur panneau de chêne de Pieter Bruegel le Jeune représentant un village flamand et le Massacre des Innocents a été payée 5,38 €millions avec les frais (12%), soit très largement au-dessus de son estimation de 2,90/4,06 €millions sans les frais (12%).

Également vendus au-dessus des estimations chez Sotheby’s

Un portrait à l’huile sur toile de Endymion Porter par Anthony van Dyck estimé 1,16/1,74 €millions sans les frais a été vendu 2,38 €millions avec les frais (12 %)

Une huile sur toile de Francesco Guardi représentant une scène de bal masqué à Venise a été payée 2,13 €millons avec les frais (12%) quand elle était estimée €929.161/ 1,39 €million.

Trois œuvres à la tempéra sur fond or sur panneau par Luca di Tommé (XIVe) représentant des saints, ces peintures faisant visiblement partie d’un même ensemble de par leur facture et leurs dimensions, vendues séparément et chacune estimée  €467.400/€697.000 sans les frais ont respectivement été payées €984.800, 1,08 €million et 1,06 €million.

Portrait de Goya vendu légèrement sous son estimation basse chez Sotheby’s

Un  portrait équestre à l’huile sur toile de Francisco de Goya y Lucientes représentant Manuel Godoy, duc de la Alcudia, estimé 2,8/3,9 €millions d’euros sans les frais a été laissé sous son estimation basse en étant payé 3,03 €millions avec les frais (12%).

Fragonard invendu chez Sotheby’s

Il s’agit d’une paire d’huiles sur toile ovale représentant des portraits de jeunes filles et qui était estimée  2,9/4,06 €millions.

Pierrick Moritz

*Si les natures mortes anciennes de ce prix étaient de simples représentations d’objets, même très réussies, il est évident que leur intérêt ne serait qu’anecdotique et qu’elles n’atteindraient pas de tels niveaux. Ces œuvres se décodent comme des énigmes, elles peuvent être la métaphore d’une pensée philosophique, d’une réflexion, d’une idée  (l’art conceptuel ne date pas d’hier). Contrairement à une copie d’objets par la peinture, le temps n’est pas figé dans ces créations, il se prolonge vers le passé ou l’avenir :  l’ordre ou le désordre dans la composition indiquent les mouvements passés, laissent présager ceux à venir ; les intentions de protagonistes pourtant absents de la composition se devinent comme certains traits de leur caractère, par exemple à la façon dont sont disposés les objets. Ceci étant, le génie n’a pas de recette ;  s’il suffisait de peindre une table de banquet sans dessus-dessous pour évoquer  le désordre mental, la guerre ou le chaos du monde, cela se saurait. PM

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