De la peinture ancienne plus ou moins bien appréciée

Malgré un nombre d’invendus conséquent lors de la vente de peinture ancienne et XIXe organisée hier par Christie’s à New York, de très belles enchères ont été réalisées là où elles n’étaient pas forcément attendues. Estimations et critères d’appréciation des collectionneurs semblent être testés par les experts d’une spécialité qui monte en puissance et en valeur depuis fin 2008.  

Avec 331 lots présentés, la vente-fleuve de peinture ancienne et du XIXe, dessins et aquarelles orchestrée hier à New York par Christie’s a généré 39,52 millions de dollars et un nombre important d’invendus (37 %). Parmi les œuvres ravalées, figurent des têtes de gondole de la vacation, comme une représentation de Bacchus sur panneau de Lucas Cranach dit le Vieux (peinte en 1530) estimée 2,5/3,5 millions, une composition de Samuel Palmer (XIXe), La Sieste du Berger, assortie de la même estimation, un Pont sur le torrent du XVIIIe siècle par Hubert Robert dont 2 à 3 millions étaient attendus, un paysage de Thomas Gainsborough (XVIIIe) pour la même estimation et une Etoile du Berger à l’huile sur toile par Jean-Baptiste Corot, peinte en 1863 et estimée 1,2/1,8 million.

Comme prévu, 8 œuvres vendues au dessus du million de dollars

Si, sur les 8 œuvres du catalogue estimées au moins de 1 million de dollars, 5 n’ont donc pas trouvé preneur, Christie’s a toutefois vendu exactement le nombre espéré au-dessus de ce palier. Le tableau le plus cher, L’Entrée du jardin du café turc, peint en 1812 par Louis-Léopold Boilly a été payé dans la fourchette haute de son estimation (3/5 millions) à 4,5 millions. Une toile de la fin du XVIIIe siècle de Gaetano Gandolfi a pulvérisé son estimation de 800.000/1,2 million en étant finalement payée 4,11 millions. 1,87 million a été donné pour une vue de Venise par Luca Carlevarijs (1663-1730). Elle était estimée entre 800.000 et 1,2 million. Deux œuvres de Jan Brueghel II (XVIIe) ont été vendues plus ou moins sur le fil de leur estimation basse à 2,88 et 2,21 millions.

Un dessin d’architecture estimé 20.000 dollars payé 410.500 dollars

À propos d’enchères finales moins spectaculaires mais qui dépassent allégrement les estimations, un dessin d’architecture du XVIIe siècle par Alonso Cano a été payé 194.500 dollars quand il était estimé 15.000/20.000 ; 410.500 dollars ont été déboursés pour un dessin de 1846 par Jean-Dominique Ingres, une œuvre  dont 150.000/250.000 dollars étaient attendus.

Des ventes sous les estimations

Certaines œuvres ont été abandonnées sous leur estimation. Les écarts les plus importants par rapport à l’estimation basse concernent notamment une composition religieuse du XVIe siècle de Francesco Granacci, payée 362.500 dollars quand on en attendait 500.000/700.000 et  une paire de portraits réalisée en 1629 par Cornelis Jonson van Ceulen I, payée 182.500 dollars sur une estimation de 200.000/300.000.

Succès pour la vente de dessins anciens de Sotheby’s

Le même jour et toujours à New York, la concurrence, c’est-à-dire Sotheby’s, a rencontré plus de succès avec une vente de dessins anciens moins importante en quantité et en valeur (103 lots et une estimation maximale de 300.000 dollars). 87 lots ont été vendus et l’œuvre-phare de la vacation, un dessin du Canaletto estimé 200.000/300.000  a été payé 542.000. Le second prix le plus élevé revient à un dessin de la même main : estimé 250.000/350.000, il a finalement été payé 302.500. Une paire d’aquarelles de Jacques Barraband (fin XVIIIe-tout début XIXe), représentant des oiseaux et assortie d’une estimation de 6.000/8.000, a été payée 50.000.

Intégrité des œuvres anciennes et potentiel d’investigation

Dans le domaine de la peinture ancienne, la question de l’intégrité des œuvres, avec des parcours et des provenances parfois mal ou pas définis se pose. Par exemple, certains tableaux des XVIe-XVIIe siècles sont apparus, comme sortis de nulle part, dans des collections au cours du XXe siècle. Cette spécificité induit un potentiel d’investigation important pour des œuvres dont le parcours dans le temps comporte des zones d’ombre ou susceptibles d’être assorties d’une mauvaise attribution, avec de bonnes (ou de mauvaises) surprises à la clef. Ainsi, un portrait d’Erasme vendu à paris dans une vente non cataloguée en septembre 2000 pour l’équivalent de 2.000 euros  pourrait être attribué au peintre du XVIe siècle Hans Holbein le Jeune  (il vaudrait dans ce cas autour de 10 millions).

Faux trésors et fausses croûtes

Aujourd’hui, dans une autre grande vente de peinture et sculpture anciennes à New York (200 lots présentés), Sotheby’s propose un portrait de jeune femme apparu en 1920 aux Etats-Unis et présenté à l’époque comme étant de Léonard de Vinci , une authenticité qui fut tout de suite remise en question. Après des décennies d’une controverse arrêtée par de récentes analyses scientifiques des matériaux utilisés par le peintre, il s’avère que le tableau est définitivement considéré comme faisant partie de l’école du Maître et réalisé bien après sa mort. D’une valeur, au bas mot, de plusieurs dizaines de millions de dollars si elle avait été de Vinci, l’œuvre est estimée aujourd’hui 350.000/500.000. Dans la même vente, on trouve également un portrait que l’on pourrait jurer avoir été peint par Rembrandt s’il n’était officiellement reconnu comme étant de la main de Ferdinand Bols, un artiste contemporain de Rembrandt. En conséquence, il est estimé 80.000/120.000.

Une vente trop importante en quantité

La spécialité de la peinture ancienne est, devant l’art moderne et contemporain, la seule qui connaisse une progression sensible de ses prix depuis fin 2008. Le phénomène étant relativement récent, ce marché spécifique cherche ses marques. Et, dans un environnement économique  peu favorable, il n’est visiblement pas capable d’absorber une quantité d’œuvres trop importante en une seule vacation, comme le montre le bilan de la dispersion d’hier soir chez Christie’s où la très grande majorité des lots était estimée sous les 100.000 dollars.

Pierrick Moritz

Les estimations sont données sans les frais supplémentaires à la charge de l’acheteur (20% entre 50.000 et 1 million de dollars, 12 % au-dessus d’un million de dollars). Les résultats incluent ces frais.

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Catégories:Marché de l'art, Peinture ancienne

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