Le marché de l’art montre des signes de faiblesse 

De prestigieux meubles Art déco invendus fin mars à Paris aux 39 % de lots ravalés dans l’importante vente de tableaux  du XIXe siècle, hier chez Sotheby’s New York,  le marché de l’art se montre moins résistant depuis quelques semaines. 

Le récent retour du phénomène de  la multiplication des invendus dans les ventes prestigieuses peut légitimer des inquiétudes avant la présentation d’œuvres phénoménales à Londres et à New York en mai et juin, des vacations préparées sous l’impulsion des brillants résultats enregistrés depuis septembre dernier et, en particulier, au premier trimestre 2010.  

39 % d’invendus pour la peinture du XIXe siècle à New York

Hier à New York, Sotheby’s a flirté avec le cauchemar en voyant les invendus s’accumuler lors d’une importante vente de peintures du XIXe siècle. 

Des œuvres de Corot (un Nymphe et faune estimé $600.000/$800.000 que le présent vendeur avait payé $679.500 chez Christie’s New York en 2004 ), Millet (pastel, $200.000/$300.000) ou Jean Béraud ($200.000/$300.000 dollars) n’ont pas trouvé preneur.   

Au final, 39 % des 116 lots présentés sont restés sur le carreau.  

Le bilan aurait été encore  plus catastrophique si la maison de ventes n’avait pas accepté quelques concessions plus ou moins importantes sur certaines œuvres. 

La plus forte promotion concerne une toile d’Alfred de Dreux qui, estimée $100.000/$150.000, a finalement été abandonnée à 46.875 dollars.   

Une importante toile orientaliste de Rudolf Ernst estimée $500.000/$700.000 (sans les frais de 20 %) a quant à elle été négociée $482.500 avec la majoration, donc également adjugée sous son estimation basse.     

Au jeu du marché de l’art, doubler sa mise n’est pas forcément gagner

Le propriétaire d’une autre toile d’Alfred de Dreux, Etalon gris surpris par l’orage, est, quant à lui, rentré dans ses frais puisque l’œuvre qu’il avait achetée 355.200 dollars chez Sotheby’s New York en  mai 2004 a été payée $602.500 cette fois-ci.   

Un vendeur remboursé juste un peu plus du montant de son investissement initial car, comme toujours pour évaluer la plus-value réalisée sur une œuvre chez les grandes maisons anglo-saxonnes, il faut soustraire du résultat officiel  les 20% de frais payés par l’acheteur ainsi que la commission prélevée également au vendeur, soit quelque 30 à 35 % au total,  sans compter tous les frais liés à la vente (publicité, transport, assurances) et, bien entendu, les taxes légales en vigueur dans le pays de vente. 

2,2 millions de dollars pour une spectaculaire toile de Bouguereau

Pour les meilleures nouvelles, le lot-vedette de la vacation, une spectaculaire  huile sur toile de William Bouguereau a bien atteint son estimation haute de 2,2 $millions, une toile orientaliste de John Frederick Lewis a été payée 1,87 $million sur une estimation de 1/1,5 $million.

De la stratégie du risque et de celle de la prudence

Après une année catastrophique, entre le début du deuxième semestre 2008 et la fin du premier semestre 2009, le marché de l’art semblait narguer la crise depuis septembre dernier, avec des prix records et des lots qui partaient comme des petits pains, notamment grâce à des estimations alléchantes.   

Les deux plus grandes maisons de ventes internationales, Sotheby’s et Christie’s, ont néanmoins  réduit  le nombre de  leurs vacations pour le premier trimestre 2010 (54 ventes pour Christie’s contre 63 l’année dernière, 30 contre 34 pour Sotheby’s).   

Si les résultats depuis septembre 2009, et plus particulièrement ceux du premier trimestre 2010, ont été brillants, surtout pour Sotheby’s avec une politique de redimensionnement qui s’est avérée efficace, une certaine audace à présenter des lots très chers et finalement très bien vendus et,  il faut bien le dire, à la faveur d’un “bon alignement des planètes", une part de chance vis-à-vis des évènements qui n’a rien à voir avec une quelconque stratégie, les ardeurs éventuelles de ces entreprises pour augmenter leur volume d’activité cette année risquent d’être douchées par les signaux négatifs donnés ces dernières semaines dans les grandes salles des ventes occidentales. 

Christie’s a payé une stratégie beaucoup plus prudente que celle de Sotheby’s par des chiffres d’affaires parfois moins importants mais, vu l’évolution récentes des évènements, cette bonne vieille méthode risque de jouer en sa faveur. 

La bourse mise sur Sotheby’s

Ceux qui espéraient voir le leader mondial des ventes aux enchères détrôné par Sotheby’s en 2010 risquent d’être déçus. Et ils sont légions à miser sur cette éventualité depuis plusieurs mois à la bourse (selon Boursier.com, l’action Sotheby’s est remontée de 9,25 dollars il y a un an à plus de 38 dollars aujourd’hui et a gagné 68,77 % depuis le début de l’année).

Sur le plan de la communication, le  record de prix légitimememt attendu pour la toile de  Picasso de la période dite  “bleue” que Christie’s* va proposer en juin à Londres devrait de toute évidence balayer celui de la sculpture de Giacometti enlevée pour 74 millions d’euros en début d’année chez Sotheby’s.     

Multiplication des déconvenues pour des lots importants

Art déco

À Paris, le 31 mars dernier, l’étude  Camard & Associés, a essuyé une sérieuse déconvenue en ne parvenant pas à vendre les trois lots-phares de sa  prestigieuse vacation d’art décoratif du XXe siècle. Soit un scénario impensable il y a encore quelques mois pour des pièces aussi exceptionnelles, notamment une table basse et une paire de fauteuils par Rateau estimées plusieurs centaines de milliers d’euros chacune.    

Art russe

La vente d’art russe des 21-22 avril chez Sotheby’s à New York affiche un taux d’invendus de 28 % (quelque 250 lots vendus sur les 357 lots présentés). 

Des œuvres  importantes n’ont pas trouvé preneur comme une nature morte de Natalia Gontcharova ($300.000/$400.000) ou deux autres de Boris Dmitrievich Grigoriev, estimées $300.000/$400.000 et $200.000/$300.000.  

Une vue de Vichy à l’huile sur toile de Konstantin Alexeevich Korovin ($300.000/$500.000 sans les frais de 20 %) a été payée sous son estimation basse à $302.500.      

11 tableaux de Pavel Tchelitchew ont tous été vendus avec un record par rapport à l’estimation pour un portrait payé $986.500 sur une proposition de $150.000/$200.000.    

Une réunion  de 86 peintures et dessins de l’école d’Odessa de la collection Yakov Pereman, raisonnablement estimée 1,5/2 $millions sans les frais, a été payée 1,98 $million avec les frais. 

Du côté des objets d’arts, deux assiettes en porcelaine à décor militaire de la manufacture de Saint-Pétersbourg, période Alexandre III (40/60.000 USD) n’ont pas été vendues et une troisième a été laissée sous son estimation basse. 

Une sculpture en ivoire de cosaque au combat, XIXe, ($45.000/$55.000) et un vase de la manufacture impériale (période Nicolas 1er) estimé $80.000/$120.000 n’ont également pas trouvé preneur.  

Joaillerie 

Le 22 avril chez Christie’s, toujours à New York,  une prestigieuse vente de joaillerie a enregistré 45 invendus sur 298 lots présentés.   

Au registre des lots les mieux vendus figurent  un diamant bleu de 3,43 carats monté en bague, payé 3,1 $millions sur une estimation de 1,5/2,5 $millions, un autre de 28,28 carats taillé en forme de cœur et monté en pendentif  échangé contre 3,77 $millions (estimation sur demande) et une bague Bulgari avec diamant de 15,76 carats payée 1,76 $million sur une estimation de $650.000/$850.000, 

Plusieurs lots dont les estimations étaient comprises entre $140.000 et $500.000 n’ont pas trouvé preneur, comme un solitaire de 10,41 carats estimé $200.000/$300.000, un collier en diamants de William Goldberg ($150.000/$200.000), un bracelet saphir et diamants par Cartier ($200.000/$300.000) ou un diamant taillé en poire de 8,73 carats et monté en pendentif ($300.000/$500.000).

Enchères "raisonnables" pour des bijoux historiques   

Les deux lots-phares de la vente, une broche à énorme émeraude ayant appartenue à Catherine II de Russie et, dans le même genre “bouchon de carafe”, un tout aussi impressionnant diamant de l’empereur du Mexique Maximilien monté en bague, ont été négociés à des niveaux que l’on attendait plus spectaculaires.

La broche a été payée 1,65 $million, conformément à son estimation de 1/1,5 $million et le diamant 1,76 $million pour la même estimation. 

Une sélection drastique dans le “mieux du mieux”

Si l’on peut difficilement comparer les tableaux du XIXe vendus hier par Sotheby’s avec les chefs-d’œuvre mis à l’encan en mai-juin à New York et Londres, au mieux la sélection opérée par les acheteurs milliardaires risque d’être drastique.  

*Christies n’est pas côtée en bourse.

Pierrick Moritz   

En rapport avec ce sujet, vous pouvez lire :

http://artwithoutskin.com/2010/04/04/flop-pour-les-pointures-de-lart-deco-a-paris/

http://artwithoutskin.com/2010/04/04/broche-de-catherine-ii-de-russie-et-diamant-de-lempereur-maximilien/

http://artwithoutskin.com/2010/04/01/christies-et-sothebys-decrochent-les-chefs-doeuvre/

http://artwithoutskin.com/2010/03/03/sothebys-va-mettre-en-vente-une-oeuvre-meconnue-de-william-bouguereau/

http://artwithoutskin.com/2010/03/01/resultats-sothebys-2009-une-politique-de-redimensionnement-payante/

http://artwithoutskin.com/2009/12/30/la-marche-de-lart-devrait-poursuivre-sa-contraction-en-2010/ 

 

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Catégories:Marché de l'art, Ventes aux enchères

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