Un record pour Picasso et de chers invendus chez Christie’s

Avec un prix record de 106,5 millions de dollars pour Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso,  et d’autres atteints pour des sculptures d’Alberto Giacometti, mais aussi une toile d’Henri Matisse bradée à 15 millions quand 20/30 millions en étaient attendus, et une autre d’Edvard Munch à 25/35 millions ravalée, les deux ventes d’art impressionniste et moderne orchestrées par Christie’s hier soir, à New York, affichent un bilan dont les données sont nichées dans les extrêmes.  61 % du chiffre d’affaires de 335,5 millions a été généré par 7 % des lots les plus exceptionnels, démontrant que la dynamique positive se cantonne à la fraction la plus élitiste du marché de l’art et, qu’à défaut de produire un effet d’entraînement, le mouvement aurait tendance à dévaluer des œuvres juste un peu moins prestigieuses par le jeu des comparaisons.   

Avec quelque 106,5 millions de dollars payés pour Nu, feuilles vertes et buste de 1932, le prix le plus élevé pour une œuvre de Pablo Picasso négociée en vente publique a été atteint hier soir chez Christie’s à New York.

La somme engagée sur cette grande grande huile, datée de 1932, bat le précédent record pour une œuvre de Pablo Picasso vendue aux enchères : 104,16 millions  de dollars payés pour le Garçon à la pipe, en mai 2004 chez Sotheby’s. 

Ce nouveau plafond pour Picasso pourrait être dépassé en juin prochain, chez Christie’s, avec la mise en vente d’un portrait de la période dite “bleue”.

Ce Buveur d’absinthe prenant pour modèle Angel Fernandez de Soto, ami inséparable de Picasso, a été réalisé en 1903.

Payé 29,2 millions de dollars en 1995,  son estimation actuelle de  46/61 millions pourrait être pulvérisée en regard de l’évolution des prix enregistrés ces dernières années pour des œuvres exceptionnelles.

Christie’s proposait deux vacation d’art impressionniste et moderne qui, malgré des résultats records produits grâce à des œuvres de qualité muséale, affichent un bilan très contrasté et réparti dans les extrêmes, avec des enchères colossales et des invendus de poids qui confirment les signes de faiblesse enregistrés sur le marché de l’art depuis quelque temps et décrits par Artwithoutskin dans un article du 24 avril dernier.

Comme l’évoquait cette analyse, le cercle des acheteurs multimillionnaires jette son dévolu sur « le mieux du mieux ». Si la quasi-totalité des lots d’une des vacations, la dispersion de la collection de Madame Sidney F. Brody, dont est issu le Nu, feuilles vertes et buste de Picasso, a trouvé preneur, l’autre enregistre un taux d’invendus de 34 %.

Le lot le plus cher de cette dernière vente, une grande Fertilité d’ Edvard Munch, peinte en 1899-1900, et estimée  25/35 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur comme, pour les œuvres les plus importantes, deux toiles de Kees Van Dongen (Anita au cœur vert, peinte vers 1907, à 7/10 millions, et La Bottine jaune, peinte vers 1909-1910, à 4/6 millions), un bronze d’Alberto Giacometti (Torse de femme, exemplaire unique en bronze à patine brun sombre, conçu en 1932 et fondu en 1948/1949, à 3/5 millions) et un autre d’Henry Moore (Goslar Warrior, sculpture à patine brune, exemplaire 7/7, conçue en 1973 et fondue en 1974, 4/6 millions).

L’enchère la plus élevée revient à La Main d’Alberto Giacometti, une sculpture bronze à patine brun et vert, conçue en 1947 et fondue en 1948 par Alexis Rudier, payée quelque 26 millions de dollars pour une estimation de 10 à 15 millions.

Deux huiles sur toile de Pablo Picasso, peintes à Mougins en 1964, Femme assise dans un fauteuil avec un chat (10/14 millions de dollars) et Peintre et son modèle (10/14 millions) ont été respectivement payées 18  et 10,77 millions.

Le vendeur d’un pastel d’Edgar Degas intitulé Danseuse à l’éventail, qu’il avait payé 600.000 dollars en 2007, chez Sotheby’s, n’a pas couvert son investissement, puisque l’œuvre a été revendue 722.500 dollars avec les frais (en enlevant les commissions prélevées à chacune des parties par Christie’s, il a même perdu de l’argent). En 2003, cette œuvre avait été payée 224.000 livre, chez Sotheby’s.

La dispersion réussie des lots de la collection de Madame Sidney F. Bordy est marquée par le bémol du Nu au coussin bleu d’Henri Matisse, une huile sur toile de 1934 abandonnée à 15 millions de dollars quant son estimation était comprise entre 20 et 30 millions. La vente de l’œuvre était ici garantie au vendeur par l’opérateur. C’est-à-dire qu’il lui a assuré un prix minimum de vente – qui peut éventuellement se situer sous l’estimation basse – même en cas où le tableau ne trouverait pas preneur. Dans ce genre de contrat, et pour diluer le risque, la maison de vente peut éventuellement faire intervenir un tiers qui endosse tout ou partie de cette garantie, encaisse une commission en cas de succès et subit une perte dans le cas contraire. Ce qui n’est pas le cas pour ce nu de Matisse, et explique que l’opérateur a préféré brader le tableau plutôt que de devoir racheter le tableau.

Juste derrière le record de Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso – dont la vente était entièrement garantie par un tiers qui a probablement sablé le champagne, 53,28 millions de dollars ont été engagés sur une Grande tête mince d’Alberto Giacometti, un exemplaire à patine brun sombre, numéroté 3/6, tiré d’une œuvre créée en 1954 et fondu l’année suivante. La sculpture était estimée 25/35 millions de dollars. Du même artiste, Le Chat, bronze à patines verte et brune, exemplaire 3/8 d’une œuvre créée en 1951 et fondu en 1955, a été emporté pour 20,80 millions de dollars, sur la base d’une estimation de 12/18 millions.

Une huile sur toile du début des années 1950 de Georges Braque, La Treille, a été payée 10,16 millions de dollars pour une estimation de 3/5 millions.

Une autre concession sur l’estimation concerne un petit dessin de Picasso daté de 1902, avec un sujet de bateleur nu. L’œuvre a été laissée à 68.500 dollars avec les frais pour une estimation de 100.000/120.000 dollars sans ces frais.

Ce soir, sur la même place, Sotheby’s mettra en vente 58 lots d’art impressionniste et moderne. Les œuvres les plus importantes sont un superbe Bouquet de Fleurs pour le 14-juillet, peint par Henri Matisse en 1919 (estimé 18/25 millions de dollars), un Effet de printemps à Giverny de Claude Monet, une œuvre datée de 1890 (10/15 millions), un Jeanne Hébuterne au Collier peint par Amedeo Modigliani vers 1916-1917 (8/12 millions) et une Femme au grand chapeau, buste réalisée par Pablo Picasso en 1965 (8/12 millions).

Pierrick Moritz

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Catégories :Art moderne, Marché de l'art, New York City

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1 réponse

Rétroliens

  1. Incertain optimisme sur le marché de l’art « Art Without Skin, l'art sans la peau

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