Un marché de l’art bien enflé

Entre résultats exceptionnels et invendus, le marché de l’art en ventes publiques semble tester les spécialités, pour trouver les plus rentables, et les volumes de ses catalogues. Pendant ce temps, les chefs-d’œuvre de qualité muséale et collections prestigieuses affluent à un rythme soutenu.   

En mai dernier, Sotheby’s a enregistré son meilleur résultat pour une série de ventes à Hong Kong (la région Asie/Pacifique est plutôt épargnée par la crise) et même  jusqu’à Paris….pour une vacation d’art d’Asie.

Si d’autres spécialités connaissent également de beaux succès, des  fiascos viennent régulièrement émailler les calendriers comme ces 66,5 % d’invendus enregistrés sur une vente d’éléments d’architecture anciens à Amsterdam en mai chez Sotheby’s ou ces 50 % d’une vente d’art russe proposée  jeudi dernier à Londres chez Christie’s.  

Nervosité de l’action Sotheby’s

La photographie actuelle du marché de l’art en vente publique est finalement bien restituée par la nervosité de  l’action Sotheby’s depuis la fin du mois d’avril, même si une part de spéculation pure sans intérêt pour la situation du marché de l’art court sur ce titre comme sur d’autres. 

Revenant de loin, et après une progression continue qui a vu le titre remonter jusqu’à 39 dollars en avril dernier, il est aujourd’hui autour des 30 dollars.  

Les perturbations sur l’action ont commencé à devenir sensibles à partir du moment où les invendus et les remises enregistrés dans certaines ventes (et pour tous les calendriers des maisons de ventes, pas spécifiquement chez Sotheby’s) sont devenus vraiment visibles et récurrents.   

Le titre est particulièrement exposé car l’autre acteur majeur du marché de l’art, Christie’s, n’est pas côté en bourse.   

Chefs-d’œuvre et collections

Les mois de juin et juillet risque d’être ceux de tous les superlatifs pour le marché de l’art.

Christie’s propose trois lots d’une qualité exceptionnelle en vedettes de sa vente d’art impressionniste et moderne du 23 juin à Londres : un Picasso de la période dite “bleue” et des Nymphéas de Monet à 30/40 millions de livres pièce, et un sublime portrait de Ria Munk par Gustav Klimt, une œuvre volée par La Gestapo en 1941 et restituée l’année dernière par la Neue Galerie der Stadt de Linz aux héritiers du modèle.  La toile est estimée 14/18 millions de livres.

Un trio d’une telle qualité en tête d’une vente aux enchères relève du quasi-miracle, du “jamais vu”, et pour un catalogue de 63 lots dont 19 sont estimés au minimum 2 millions de livres avec, toujours au sommet, un van Gogh à 8/12 millions.  

Pour sa vacation du 22 juin dans la même spécialité, Sotheby’s relève aussi le niveau des lots de tête avec l’autoportrait de Manet à la palette (20/30 millions de livres),  des Odalisques jouant aux dames d’Henri Matisse (10/15 millions) et des Arbres à Collioure d’André Derain (9/14 millions), cette dernière toile provenant du fameux “coffre Vollard”.

Autant dire que les milliardaires vont faire leurs amplettes dans un véritable musée.

D’autres ventes, d’ici au mois de juillet, présenteront pléthore d’œuvres de grande qualité. 

La dispersion ou des options de ventes de très grandes collections de peintures sont déjà annoncées après la rentrée.

Pourquoi les vendeurs se bousculent ?

Devant tel un afflux d’œuvres prestigieuses et de collections entières, phénomène inédit en ventes publiques, on peut se demander si, d’une part, le marché de l’art va être capable de tout absorber et, d’autre part, pourquoi leurs vendeurs se bousculent pour s’en départir en ce moment.

Sur ce dernier point, on ne se posera bien entendu pas la question au sujet de la dispersion de la collection d’art contemporain Lehman Brothers, prévue en septembre chez Sotheby’s (une estimation de 10 millions de dollars pour des investissements dans la spécialité  plutôt discutables).

Pour les autres, probablement parce que, comme  l’ont montré les prix faramineux obtenus pour Giacometti ou Picasso ces derniers mois, c’est le bon moment.  

Le dernier moment ?  

Pierrick Moritz

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