Dans la séquence des prix records obtenus hier matin lors de la dispersion de la collection d’art premier africain Robert Rubin à New York, Sotheby’s a vendu 1,65 million de dollars une statue féminine Yoruba au cours d’une autre vacation new-yorkaise consacrée aux arts premiers africain, océanien et préhispanique. Cet intérêt pour la spécialité témoigne de la rareté des œuvres exceptionnelles tandis que le marché de l’art préhispanique reste freiné par la vigilance du Mexique pour ses biens patrimoniaux apparaissant à l’étranger.
La statue féminine Yoruba (Nigeria) de 90 cm de hauteur vendue 1,65 million de dollars hier chez Sotheby’s New York pourrait être datée vers le premier tiers du XIXe siècle. Il s’agirait de l’une des trois sculptures (les autres représentant des cavaliers) anciennement conservées dans le sanctuaire de Shango à Koso.
La plus ancienne acquisition connue de cette œuvre remonte à 1965, chez Parke-Bernet Galleries à New York.
Ce prix record rejoint ceux enregistrés dans la vacation du matin, toujours chez Sotheby’s New York et pour l’art premier africain, lors de la dispersion de la collection Robert Rubin. Une statuette magique masculine Songye estimée 150.000/250.000 dollars a été payée 2,09 millions de dollars et le prix d’une maternité Yombe est monté à 1,87 million de dollars quand 150.000/250.000 dollars en étaient attendus.
À même niveau d’excellence, des placements plus abordables que ceux de l’art moderne et contemporain
Ces performances s’expliquent par le fait que les œuvres d’art premier africain sont désormais quasiment introuvables sur place, les pièces authentiques ayant déjà été collectées.
À niveau d’excellence comparable, les prix sont nettement plus abordables que ceux pratiqués dans des spécialités comme la peinture moderne et contemporaine. Il s’agit également de placements sûrs et bénéficiant encore d’un fort portentiel d’appréciation.
Le réveil économique de l’Afrique
Les grands investisseurs internationaux parient sur le réveil économique de l’Afrique où des courants progressistes entendent se réapproprier des ressources naturelles dont Occidentaux et Asiatiques tirent la majorité des profits.
À terme, cette prospective pourrait conduire les plus riches Africains et les institutions locales en charge du patrimoine à vouloir récupérer leurs plus grands chefs-d’œuvre…en y mettant le prix.
530.500 dollars pour un petit masque Teotihuacan
Toujours dans la dispersion de Sotheby’s réunissant les arts premiers africain, océanien et préhispanique, un petit masque Teotihuacan en pierre verte, période classique (450-650 après J.-C.), a été payé 530.500 dollars sur une estimation de 150.000/250.000 dollars.
L’œuvre de 16,5 cm de hauteur provient de la Fondation Pierre et Tana Matisse avec une première acquisition connue en 1938.
L’expansion du marché des antiquités mexicaines préhispaniques est freinée depuis longtemps par les revendications du Mexique sur ses trésors patrimoniaux présentés dans des ventes à l’étranger.
La sortie d’antiquités préhispaniques du territoire mexicain est interdite depuis 1827. Le pillage des sites, encouragés par les hauts prix de ces œuvres sur le marché de l’art, stimule une criminalité déjà extrêmement forte.
Contrairement à l’Afrique, le Mexique est riche en trésors patrimoniaux anciens, avec une réserve potentielle non explorée gigantesque.
Les collectionneurs sont aussi arrêtés par le fait que de très nombreux faux existent. Ils sont souvent moins faciles à déceler que ceux de l’art premier africain qui finissent rarement leur course dans des lieux de ventes prestigieux.
Le but du faussaire n’est pas forcément de placer ses créations dans une vente publique ou une galerie internationales. Il s’agit plus souvent d’arnaquer le gogo qui pense qu’il pourra le faire en payant l’objet qu’il croit vrai au dixième de la valeur d’une pièce authentique.
Les amateurs potentiels d’art préhispanique sont souvent freinés par une plus grande difficulté à considérer le jugement esthétique comme un élément primordial de l’appréciation de l’authenticité. Un critère qui est complètement admis pour l’art premier africain.
Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2011/05/13/prix-records-pour-lart-premier-africain-chez-sothebys-new-york/
Pierrick Moritz
Tags : Afrique, art préhispanique, Art premier africain, enchères, Maya, Robert Rubin