Les valeurs de l’art islamique, de l’art d’Orient, de l’orientalisme et des produits d’exportation pour l’Orient

Art islamique : lié au sacré

L’art islamique est lié au sacré, c’est-à-dire à la religion musulmane. C’est un art de la calligraphie. On le trouve sur des manuscrits qui, pour des pièces exceptionnelles, peuvent être des Coran enluminés. Dans certains cas,  il s’agit de poèmes, de citations ou de dédicaces d’inspiration religieuse. Ces textes sont peints sur des céramiques, peints, sculptés ou gravés sur du bois, brodés sur des textiles ou du cuir, incrustés dans de l’argent, du laiton ou du cuivre, peints sur du verre.

Une  inscription en langue arabe peut simplement situer et dater un objet, ce qui ne le lie pas à l’art islamique.

Art d’Orient : des créations locales

L’art dit d’Orient, un terme plus générique, concerne les objets et œuvres religieux et civils liés à la culture musulmane. Ils sont principalement originaires d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, mais aussi des Balkans, autrefois rattachés à l’Empire ottoman, du Pakistan et de l’Inde (miniatures, armes, céramiques, bijoux ; art moghol).

La spécialité s’intéresse également aux productions hispano-mauresques d’Andalousie, comme les faïences lustrées à reflets métalliques rouge (décors stylisés de végétaux et oiseaux).

Poteries et céramiques orientales

Les poteries et les céramiques que l’on trouve le plus communément en France sont principalement datées autour de la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’aux années 1950. Un grand nombre d’entre elles ne comportent aucune des signatures qui, le cas échéant, peuvent figurer en caractères arabes ou latins. Les figurations humaines sont généralement absentes, les décors sont abstraits ou montrent des animaux ou des végétaux plus ou moins stylisés.

Il peut s’agir de céramiques polychromes turques de Kütahya à décor floral, ou monochromes (souvent en brun) à décor appliqués de Çanakkale, et du Maroc (souvent en vert) à décor moulé et/ou gravé ou, pour le même pays mais plus spécifiquement à Fès, des plats et autres récipients couverts en faïence polychrome ou à décor blanc et bleu.

On peut également citer les céramiques polychromes de Nabeul en Tunisie, qui peuvent être signées et situées. Les créations de certains céramistes ou ateliers de Nabeul, notamment du XXe siècle, sont très recherchées, à l’instar de certaines de Safi au Maroc.

Les poteries kabyles et berbères ont également leurs amateurs, même si leur valeur demeure globalement moins importante (des pièces tout à fait exceptionnelles peuvent toutefois se négocier autour de quelques milliers d’euros). Il s’agit de pièces utilitaires en terre cuite peinte de dessins géométriques dans une palette de couleurs extrêmement réduite (beige, brun, noir). Elles ne sont jamais signées.

Au sujet de l’état de l’objet, la tolérance est plus grande pour les éclats minimes sur les poteries d’usage courant.

Les textiles

De nombreuses pièces de textile ont été ramenées d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient par des colons ou des voyageurs dans le passé, et notamment du Maroc. Il s’agit principalement de longues ceintures en brocatelle, kaftans en satin, enveloppes de coussin, dessus de coffre ou de lit brodés en soie sur coton, de tulle et de lin brodés de motifs floraux ou géométriques. Ces textiles, notamment les broderies de Rabat et de Fès, sont très recherchés, avec des prix plus importants pour les pièces de grandes dimensions et très travaillées.

Textile très graphique reprenant la technique du tie-dyeing, Asie centrale. Collecté fin XIXe-début XXe siècles. Collection particulière. Artwithoutskin.com.

Les tapis

Les estimations des tapis orientaux sont souvent décevantes pour ceux que l’on retrouve le plus communément dans les successions familiales, et de manière plus sensible depuis que l’offre à bas prix foisonne sur l’Internet, quand les acheteurs ont du mal à différencier un tapis de grande qualité d’une réalisation médiocre, ce qui fait jouer les prix à la baisse.

Le marché de l’art s’intéresse aux tapis orientaux anciens en laine ou en soie réalisés à la main - par opposition aux tapis mécaniques de la famille des moquettes - et dont les fibres sont teintes avec des couleurs naturelles, pour un rendu souvent plus sourd que lorsqu’il s’agit de colorants chimiques. Ces tapis recherchés sont rarement arrivés jusqu’à nous dans un état encore satisfaisant.

Sauf cas exceptionnels, comme pour des pièces extrêmement anciennes, le tapis oriental doit être en bon état. Un velours très usé sur une grande superficie du tapis peut le déprécier considérablement, et le prix d’une restauration peut être supérieur à sa valeur. Une coupure dans la trame peut être réparée, à condition que le tapis ne craque pas quand on le pince (ce qui veut dire qu’il est condamné à se désagréger).

À Istanbul, de nos jours il est souvent possible d’acquérir des tapis de belle qualité, relativement anciens, en bon état, à des prix défiant toute concurrence (mais il faut pas oublier d’inclure le coût des taxes et du rapatriement).

Les bijoux

Des bijoux anciens d’Afrique du Nord et notamment ceux du Maroc en argent, souvent associés à l’ambre, au corail ou à la cornaline, pour des fibules, des boucles d’oreilles, bracelets, y compris de cheville, colliers, pectoraux, boucles de ceinture, diadèmes, sont régulièrement adjugés plusieurs centaines d’euros dans les salles des ventes. Les bijoux orientaux en argent peuvent être lourds et imposants, agrémentés de turquoises ou d’émaux cloisonnés.

Les bijoux marocains en or peuvent être agrémentés de corail, de tourmaline, d’émeraudes en cabochon, de diamants taillés. Pour eux, l’éventuelle faiblesse du taux d’or pur de l’alliage n’est pas un critère absolument discriminant par rapport à ceux de l’origine, de l’esthétique ou de l’ancienneté. Ces bijoux peuvent comporter ou non les poinçons locaux (tête de gazelle ou tête de mulet).

Les armes

Le fusils à silex d’Afrique du Nord, comme les mukahla singularisés par de très longs canons, qui peuvent être incrustés d’argent, présenter des décors végétaux, avec les crosses incrustées, les poignards et les sabres orientaux dont les lames peuvent être décorées, idéalement accompagnés de leur fourreau d’origine, sont très recherchés des collectionneurs.

Travail des métaux

La valeur des objets orientaux en cuivre ou en laiton sera élevée s’il s’agit de pièces traditionnelles anciennes provenant de pays réputés pour la sophistication de leur création dans la spécialité.

Les réalisations syriennes, en laiton incrusté d’argent et de cuivre, sont très recherchées. Les belles pièces d’orfèvrerie anciennes ottomanes, et notamment turques et égyptiennes, en argent repoussé, ciselé, guilloché, souvent à décor floral, peuvent valoir plusieurs milliers d’euros. Il s’agit souvent de verseuses, de boîtes, de plateaux, d’étuis à Coran, d’encadrements de miroir, de brûle-parfums.

La verrerie

La verrerie turque et syrienne ancienne est recherchée des amateurs d’objets orientaux. Il peut s’agir d’objets en opaline bleue ou en verre transparent taillé et/ou gravé de décors floraux (Turquie, Beykoz) comme des flacons ou des verres de narghilé, plus rarement – et d’autant plus quand elles sont très anciennes - de précieuses lampes de mosquée.

Mobilier incrusté de nacre

Le mobilier incrusté de nacre de Syrie, d’Égypte ou hispano-mauresque a ses amateurs, comme tous les éléments d’architecture intérieure ou extérieure orientaux anciens.

Orientalisme : engouement des Occidentaux pour l’Orient et vision fantasmée  

L’orientalisme correspond notamment à l’engouement de certains peintres européens pour les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, notamment à partir du XIXe siècle et jusque dans les années 1930. Dans cette spécialité, la gamme des réputations et des talents, et donc des estimations, est extrêmement étendue.

Pour ce que l’on retrouvera le plus couramment, évidemment pas du Delacroix ou du Matisse, il s’agit de paysages ou de portraits de locaux, mais aussi de  compositions idéalisées et fantaisistes, et parfois de peintures inspirées par des épisodes bibliques

Pour une partie de cette production, et notamment celle du XIXe siècle, les fantasmes sexuels européens sont projetés dans la culture orientale. L’autocensure se relâche d’autant plus facilement que ces représentations sont censées se passer chez les autres, appartenir à une autre culture, loin de son pays, donc loin de soi.

Tandis que la bourgeoise européenne est ficelée dans son corset comme un rôti de première communion, l’Orientale est plutôt nue. On ne compte plus les peintures de harem, de “femmes aux bains” et autres odalisques alanguies. Et la femme passive - toujours jeune et belle – semble attendre l’homme dont la virilité est exalté dans la fantasia du tableau d’en face.

Une partie de ces œuvres vient de créateurs qui n’ont jamais mis les pieds dans les pays concernés. Il peut aussi s’agir, pour ceux qui s’y sont effectivement rendus, de mises en scène peintes à partir de photographies, pour éviter notamment le désagrément financier du temps de pose des autochtones. On trouve aussi des tableaux du genre qui sont des reproductions d’illustrations “exotiques”, copiées dans des revues de l’époque ou des interprétations en peinture de récits.

Le genre plaît toujours beaucoup, avec une tendance à l’inflation pour les œuvres les plus exceptionnelles.

Grand gouache attribuée au peintre orientaliste Philippe Mourani, vers 1920. Collection Particulière. Artwithoutskin.com.

Grand gouache attribuée au peintre orientaliste Philippe Mourani, vers 1920. Collection Particulière. Artwithoutskin.com.

Sculpture orientaliste

Cette fascination des Européens pour l’Orient a également produit de nombreux bronzes d’art avec des sujets récurrents comme le cavalier arabe ou la porteuse d’amphore, dont beaucoup on vu le jour à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Certaines sculptures peuvent être en plâtre patiné ou en terre cuite ou régule polychromes. Leur valeur peut être importante.

Autre abondante production inspirée par l’Orient

Parmi l’abondante production d’objets inspirés par l’Orient qui a vu le jour en Europe entre la seconde moitié du XIXe siècle et les années 1930, on trouve notamment des pendules au ”Turc" ou au “Mauresque” en porcelaine ou en bronze, des décors à thèmes orientaux sur les porcelaines de Saxe, de Paris, les faïences de Creil & Montereau, des statuettes en porcelaine de Limoges, les céramiques de Théodore Deck à décor dans le style d’Iznik, celles de Raoul Lachenal et leur glaçure "bleu égyptien", les verreries émaillées polychromes ou rehaussées d’or de Bohème, reprenant les thèmes de végétaux et d’oiseaux, ou encore les "bronzes" de Vienne.

Ces sculptures polychromes, souvent de petites dimensions, n’ont assez souvent de bronze que le nom. Il s’agit alors de métal (parfois de plomb). Les plus récentes – jusqu’aux années 1950 – peuvent être marquée “Made in Austria”. Elles intéressent aussi les collectionneurs.

Produits d’exportation pour l’Orient : européens mais aussi chinois

La spécialité s’étend aux objets d’exportation pour l’Orient, dont les plus beaux étaient destinés à de riches commanditaires, comme de la verrerie française, de Bohème, ou de Murano.

Certains sont d’usage typiquement local dans les pays de destination (vases de narghilé, lampes de mosquée, aspersoirs,…). Beaucoup présentent des décors polychromes émaillés orientaux, principalement floraux, comportant parfois des calligraphies. Il peut aussi s’agir de porcelaines de Canton avec leur décor caractéristique singularisé par la présence d’une calligraphie en langue arabe.

Bol en porcelaine de Canton orné d’une calligraphie en arabe, XIXe siècle. Ancienne collection particulière. Artwithoutskin.com.

Photographies, livres,  documentation

La documentation entre également dans le champ de recherche des collectionneurs : photographies d’époque, littérature, récits de voyage, livres d’art et d’architecture, précieux ouvrages illustrées par des peintres célèbres,…

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme, déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240, proposant aux particuliers d’estimer l’intérêt de leur patrimoine en brocante, antiquités, objets et œuvres d’art. Cet ensemble d’une centaine d’articles – plus ou moins longs – dont les droits sont la propriété exclusive de l’auteur est, depuis le 19 avril, en cours de publication sur ArtWithoutSkin.com. Ces contenus originaux seront enrichis par période, la date d’actualisation sera précisée en haut de chaque article.

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