Plus une céramique est dans un état proche de celui d’origine (ni restauration, ni éclat), mieux elle se vendra, un seul de ces défauts pouvant la dévaluer de manière considérable sur le marché. Un fel peut exister depuis l’origine, ou être intervenu naturellement avec le temps, du fait d’une mauvaise répartition de la chaleur lors de la cuisson. Pour une pièce rare, ces inconvénients n’empêchent pas qu’elle puisse éventuellement valoir très cher.
De nombreuses céramiques de valeur, notamment pour les plus anciennes, ne portent pas de marque de fabrique.
On trouve plus généralement des pièces des XIXe et XXe siècles dans les fonds familiaux, avec une minorité d’une grande qualité. Celles du XVIIIe siècle sont encore plus rares dans cette dernière catégorie, alors que, pour la même période, les poteries populaires existent encore en nombre.
Les céramiques françaises sont concernées par le problème des faux, mais aussi celui des copies, et notamment anciennes, parfois confondues avec des originaux par des vendeurs particuliers, qui peuvent les présenter en toute bonne foi comme des pièces authentiques sur les plateformes de vente de l’Internet. Rappelons que le faux est destiné à tromper alors que la copie est, à l’origine, une imitation revendiquée en tant que telle. La présence avérée d’un grand nombre de faux dans une spécialité conduit les collectionneurs à se fournir auprès des professionnels, garants de l’authenticité de leur marchandise sur la durée. Au niveau des relevés de prix, des différences importantes peuvent être constatées entre deux pièces qui semblent identiques, quand l’une a été vendue par un particulier qui n’offre aucune garantie et l’autre par un professionnel.
Globalement, les faïences régionales françaises se vendent moins bien qu’autrefois. Avant le phénomène des plateformes de vente de l’Internet, qui a contribué à une chute des prix dans le cadre d’une offre aussi pléthorique qu’anarchique, la spécialité était déjà plus ou moins en déclin, du fait de la disparition d’une dernière génération qui l’affectionnait particulièrement. Néanmoins, des collectionneurs restent à l’affût des pièces les plus rares et sont prêts à y mettre le prix. Cette spécialité bénéficie également de la flambée des prix sur le marché de l’art pour la très belle marchandise.
Si les plateformes de ventes de l’Internet ouvertes aux particuliers ont précipité la chute des prix pour les pièces les plus courantes, il faut se méfier des résultats réalisés sur de tels sites, où les prix restent très bas – même quand ils atteignent plusieurs centaines ou milliers d’euros – pour des objets de grande qualité.
Comme pour toute pièce fragile, le principe de la vente par correspondance reste problématique pour une céramique. Le prix qu’il est possible d’en tirer est limité par les appréhensions des amateurs sur les aléas des envois postaux, pour des objets présentés sur des vitrines virtuelles, avec la possibilité de restaurations invisibles sur les photographies, des réparations pas toujours signalées ou inconnues du vendeur, dont l’existence avérée peut déprécier très sensiblement la valeur de l’objet.
Quand, sur certaines plateformes de vente, l’authentique est mêlé à la copie dans les catégories génériques, avec des objets "de style" proposés par des professionnels étrangers à l’univers des antiquaires, ce mélange des genres est rédhibitoire pour beaucoup d’amateurs et limite le nombre de candidats à l’achat (et donc d’enchères quand ce principe est utilisé). Même s’il est signalé dans les annonces que les articles - et notamment des céramiques – sont "du XXe siècle et récents" et "contemporains", on en trouve tout de même un certain nombre classé dans la rubrique "art-antiquités" d’un site comme eBay. Pour définir ce type de marchandise, le terme de "neuf" serait le plus souvent mieux approprié. Quant à celui "d’antiquités", selon la loi française, il est exclusivement applicable à des objets qui, selon la spécialité, ont plus de 100 ou 50 ans d’âge. Des pièces récentes produites à bas coût, à un rythme industriel et à des milliers d’exemplaires, ne sont pas non plus des objets d’art.
Si la cote des faïences de Longwy, avec leurs émaux craquelés caractéristiques, a assez bien résisté pour les plus belles pièces, dont les productions plus contemporaines en édition limitée, cette faïencerie souffre d’un défaut de confiance sur le marché de l’occasion, du fait de faux et de copies qui abondent sur l’Internet et ailleurs.
Les productions basques de Ciboure ont toujours du succès, mais pour les pièces les moins courantes.
Les céramiques de qualité et emblématiques du renouveau des décors, des formes et des techniques des grands mouvements des arts décoratifs, comme les créations des époques de l’art nouveau et de l’art déco, sont particulièrement recherchées. Pour l’art déco, on peut évoquer les pièces quimperloises d’Odetta ou, toujours pour Quimper, les statuettes et autres compositions figuratives en trois dimensions de créateurs réputés. Certaines sont d’ailleurs rééditées.

Raoul Lachenal : grand vase à glaçure "bleu égyptien". Vers 1920-1930. H. 50 cm. Collection particulière. Artwithoutskin.com.
Les productions typiques de Quimper, comme celles de Gien, ont été particulièrement mise à mal par les ventes sur l’Internet, et plus particulièrement pour les pièces modernes reprenant des formes et des décors plus anciens. Leurs prix seront très inférieurs à ceux auxquels on peut les acheter neuves aujourd’hui.
Pour les marques de faïenceries les plus populaires des XIXe et XXe siècles, qui ont produit des pièces de vaisselle en quantité industrielle, les prix ont fortement diminué du fait que cette abondante production soit mise en vente dans l’anarchie la plus totale sur l’Internet. Les pièces de leurs “services du dimanche” passent sans discontinuer des placards des Français aux vitrines de l’Internet depuis des années. Toutefois, certains services et pièces de service de Creil et Montereau, à décors peints ou imprimés, continuent à très bien se vendre, et parfois pour des sommes importantes.
La tendance est à l’amélioration pour les créations des grands céramistes de l’après-guerre, après une période où l’Internet tirait les prix vers le bas.
Du fait de la grande attractivité financière de cette production, plus particulièrement d’actualité au début de la démocratisation des plateformes de vente de l’Internet, trop de particuliers ont utilisé ce moyen pour vendre les pièces qu’ils possédaient, sur une période de quelques années. Cette effusion, qui semblait s’inscrire dans la durée, a ébranlé ce marché et provoqué une baisse des prix, en induisant que ces pièces pouvaient être trouvées assez facilement. Hors, nombre d’entre elles sont assez, voire très, rares. Si des créations de Jouve ou des Ruelland sont encore présentes sur un site comme eBay, ont les trouve aujourd’hui beaucoup moins fréquemment. Accompagnant un phénomène d’assèchement de l’offre dans la niche de la rareté (1), devenu de plus en plus sensible au cours de ces deux dernières années, les prix de ces céramiques se sont redressés. Les collectionneurs les plus fortunés recherchent plus particulièrement les pièces les plus originales et/ou de grandes dimensions.
Les faïences anciennes aux formes et représentations très originales, souvent humoristiques, comme certains pichets et tirelires à casser, ou les terrines dont le couvercle peut figurer un gibier ou un animal de basse-cour, sont très recherchées par certains collectionneurs.
Il existe un marché très actif pour les éléments de décoration, d’ameublement et d’architecture intérieure ou extérieure en faïence anciens, et notamment ceux de l’époque de l’art nouveau, comme les carrelages, les cheminées et autres grands poêles.
Pierrick Moritz
(1) Le phénomène de la vente en masse d’objets anciens et d’antiquités par des particuliers sur l’Internet, amorcé en 2001 avec l’arrivée d’eBay en France, dans de pareils volumes et pour des échanges internationaux, est absolument inédit dans l’histoire du commerce des antiquités. Après des années d’activité intensive autour d’une marchandise qu’on ne peut pas fabriquer, dont une bonne partie a été exportée hors de France, on constate une forte diminution de l’offre en objets de qualité. D’où, pour beaucoup d’entre eux, une flambée des prix. Les objets anciens les plus courants, eux, se vendent de plus en plus mal.
Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme, déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240, proposant aux particuliers d’estimer l’intérêt de leur patrimoine en brocante, antiquités, objets et œuvres d’art. Cet ensemble d’une centaine d’articles – plus ou moins longs – dont les droits sont la propriété exclusive de l’auteur est, depuis le 19 avril 2012, en cours de publication sur ArtWithoutSkin.com. Ces contenus originaux seront enrichis par période, la date d’actualisation sera précisée en haut de chaque article.