Les valeurs des tirages photographiques

En France, la photographie en tant que mode d’expression artistique n’était pas prise au sérieux jusqu’à un passé récent, que l’on peut situer au tout début des années 1990. Et même un peu plus tard. En 1998, un tirage de Dora Maar, de l’époque de Kéfer, que j’avais présenté à un commissaire-priseur parisien, avait été accueilli avec mépris sur un air de "Les multiples, c’est pour les Américains."

À l’exception d’œuvres de quelques grands noms, des tirages qui intéressent aujourd’hui le marché de l’art ne trouvaient pas preneur. En dehors du rôle important de la technique dans la réalisation, la spécialité était délaissée à cause de la facilité de reproduction, et donc de l’existence possible d’un grand nombre d’exemplaires d’une même image. Le fait que certains photographes illustres ne considéraient pas leur activité comme un art contribuait en partie au phénomène de dénigrement.

Ce déclassement, pendant des décennies, de la spécialité de la photographie, a permis à des amateurs clairvoyants de réunir d’importantes collections pour des sommes ridicules.

Pour ce qui concerne les tirages amateurs anciens de bonne qualité, aux sujets intéressants, souvent uniques, on explique d’autant plus difficilement un si long délaissement que, dans le même temps, le domaine de la carte postale enregistrait des prix élevés pour des images d’un intérêt égal mais qui existaient au moins à des dizaines d’exemplaires. Aujourd’hui, on peut attribuer en partie la désaffection pour les cartes postales au fait que beaucoup de collectionneurs, notamment ceux des générations les plus jeunes, se sont reportés sur la photographie amateur ancienne, domaine où ils sont à peu près sûrs de trouver des pièces uniques.

Les photographies amateurs que l’on peut retrouver chez soi, à l’unité ou en albums, peuvent être une source de revenus non négligeable dès lors qu’elles présentent un intérêt documentaire. Les prix peuvent atteindre quelques dizaines d’euros par cliché et plusieurs centaines d’euros pour un ensemble, voire plus.

Photographies de voyage, de guerre et militaires, de vacances, de véhicules, entre autres, peuvent intéresser les collectionneurs, les auteurs, les éditeurs de livres, mais aussi, et cela est moins connu, les éditeurs de modèles réduits – pour des véhicules de guerre rares par exemple – quand on dispose de photographies suffisamment nettes et prises de préférence sous différents angles pour le même sujet. De nouvelles technologies permettent désormais de les reproduire à l’échelle à partir de simples photographies.

Il faut aussi s’intéresser aux anciennes boîtes de négatifs, sur verre ou souples, et aux diapositives, qui peuvent représenter de petits trésors documentaires facilement exploitables par des professionnels.

Vers 1830, la photographie en est à ses balbutiements. Les témoignages de ces expérimentions étant parvenus jusqu’à nous sont extrêmement rares. De bonne qualité ou pas, ils sont d’un grand intérêt documentaire et financier. L’année "officielle" de l’invention de la photographie est 1839, en France.

On commence à trouver des tirages photographique en plus grand nombre à partir des années 1850, comme les vues d’architectures antiques réalisées sur papier salé. Il s’agit d’un papier fin qui n’a rien à voir avec les papiers modernes. Ce genre de tirage est souvent un peu pâlot, et les noirs sont plutôt des gris, toutefois le contraste doit être bon dans ces tonalités pour intéresser le marché. En dehors d’une éventuelle signature, l’indentification du photographe peut passer par des cachets à sec sur l’épreuve, ou parce que les caractéristiques du travail d’un auteur sont suffisamment connues pour que l’on puisse indiquer une attribution.

La valeur de ces clichés, pour des photographes connus, des épreuves de bonne qualité et des formats de bonnes dimensions, dépasse souvent le millier d’euros en salle des ventes. Le prix peut encore monter, et de manière importante à considérable, si l’on se retrouve avec une vue rare et/ou une épreuve de qualité et/ou de formats exceptionnels, d’autant plus s’il s’agit d’un très grand nom de la photographie. Les photographies anonymes pourront enregistrer de très bons prix pour des sujets et des tirages de belle qualité.

La valeur des portraits vers 1850-1880, contenus dans des médaillons ou de petits présentoirs, est souvent décevante. Ce désintérêt s’explique principalement par le fait que, existant en grand nombre, la majorité ne présente aucun caractère exceptionnel, comme de montrer une célébrité ou d’être l’œuvre d’un photographe recherché. Sur des sites comme eBay, la valeur des photographies de ce type s’est effondrée en quelques années.

Pour les années 1860-1880, les tirages photographiques deviennent beaucoup plus nombreux. On peut notamment trouver des albums de voyage contenant quelques dizaines de photographies montées sur carton, et pour lesquels les prix  débutent autour de quelques centaines d’euros. Pour certaines de ces images anciennes, il faut rappeler que les inscriptions visibles sur l’épreuve (localisation, légendes, en général en bas), dans des albums thématiques ou sur des images isolées, sont inscrites dans les négatifs. Il s’agit donc bien de tirages photographiques originaux. Du fait qu’ils peuvent avoir été réalisés sur des papiers fins, certains les confondent avec des images découpées dans des journaux, et d’autant plus quand ils ne sont pas contrecollés sur carton.

La gamme des prix pour les photographies du XXème siècle est aussi étendue que celle des genres possibles, avec des sommes considérables engagées par les acheteurs pour des pièces exceptionnelles, dont pour les grands noms. La sélection drastique des photographies intéressant le marché de l’art s’est principalement structurée autour des tirages d’époque de la prise de vue, ou au moins réalisés du vivant de l’auteur, tirés et signés par lui.

Les tirages photographiques des agences de presse, destinés à illustrer des articles, ont leurs amateurs. Il étaient envoyés aux journaux et revues, à une époque où les fichiers numériques n’existaient pas. Beaucoup ont été jetés après utilisation et ont pu être récupérés. Ces tirages présentent majoritairement le cachet de l’agence de presse au dos. Que la mention “reproduction interdite” accompagne ou non ce tampon, et si vous pouvez posséder ce genre d’archives de photojournalisme, vous n’êtes autorisé en aucun cas à les reproduire et/ou à en faire une exploitation commerciale gratuitement si elles sont liées au paiement de droits. .

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme, déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240, proposant aux particuliers d’estimer l’intérêt de leur patrimoine en brocante, antiquités, objets et œuvres d’art. Cet ensemble d’une centaine d’articles – plus ou moins longs – dont les droits sont la propriété exclusive de l’auteur est, depuis le 19 avril 2012, en cours de publication sur ArtWithoutSkin.com. Ces contenus originaux seront enrichis par période, la date d’actualisation sera précisée en haut de chaque article.

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