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Résultats mitigés pour une vente d’art moderne de Christie’s à Paris

23 mai 2012

La dispersion parisienne de 97 œuvres d’art impressionniste et moderne proposée cet après-midi par Christie’s enregistre des résultats en demi-teinte, avec 26 invendus (+ 1 retiré) dont certains sont les lots les plus chers du catalogue.

Le prix le plus élevé va à un lampadaire en plâtre peint d’Alberto Giacometti, facturé 1,4 million d’euros sur une estimation de 300.000/500.000 euros.  Ce modèle “Pilastre” d’une hauteur de 174 cm, conçu vers 1936 et provenant initialement de chez Jean-Michel Frank, grand décorateur de l’époque  de  l’Art déco avec lequel Giacometti collabora.

Il s’agit d’un des prix les plus importants payés pour un luminaire de Giacometti dans une vente aux enchères. En octobre 2007, lors de la dispersion parisienne de la collection Alice Tériade, du même Giacometti, Artcurial avait vendu 1,92 million d’euros une suspension à quatre éclairages en forme de cône, en fer et plâtre, vers 1954 (estimée 70.000 /100.000 euros)  et 1,86 million un petit lustre avec figurines en plâtre et fer, avant 1951 (estimé 200.000 /300.000 euros).

901.000 euros devront être payés pour un masque de Julio González, pièce unique en bronze forgé, ciselé, découpé et soudé à patine brune, réalisé en 1929 et d’une hauteur de 20,2  cm.  Il s’agissait du lot à l’estimation la plus élevée du catalogue (800.000/1,2 million d’euros).

En 2007, le Centre Pompidou a consacré une grande rétrospective à cet figure majeure de l’art moderne, qualifiée de “père de la sculpture en fer”.

Julio González collabora, en 1931, comme conseiller pour le travail du métal auprès de Picasso, autrefois fréquenté à Barcelone. 6 ans plus tard, au Pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris, il exposera La Monserrat, une sculpture réaliste que les organisateurs auront préféré à une autre de ses créations, une pièce abstraite intitulée La Femme au miroir. La Monserrat, cette tête de femme au foulard, hurlant bouche béante, trouvera sa place à l’ombre du charnier Guernica de Picasso, également présenté dans la manifestation.

Le prix le plus élevé enregistré en vente publique pour une œuvre de Julio González, 4,6 millions de livres, concerne un masque Ombre et lumière en fer, une pièce unique réalisée vers 1930 et vendue chez Sotheby’s, à Londres, en février 2011.

Parmi les prix les plus importants de cette vente, figurent également le montant de 1,05 million d’euros engagé sur Le Lézard aux plumes d’or, une œuvre en longueur réalisée à la gouache, encre de chine et au lavis sur papier par Joan Miró en 1969. Provenant de la collection Gérard Depardieu, elle était estimée 700.000/1 million d’euros.

De Jean Metzinger,  Femme et paysage à l’aqueduc, une œuvre réalisée à l’huile et au sable sur toile en 1916, a été payée 937.000 euros sur une estimation de 400.000/600.000 euros.

Une Nature morte à la daurade peinte par Henri Matisse en 1920 (estimée 500.000/700.000 euros), Le Cavalier de Salvador Dali, peint en 1966 (400.000/600.00 euros) et une  Nature morte au chou rouge de Chaïm Soutine datée vers 1918 (300.000/500.000 euros) sont les trois invendus les plus chers d’une vacation qui a rapporté 9,43 millions d’euros.

Pierrick Moritz

1 million d’euros pour le Joan Miro de Gérard Depardieu

23 mai 2012

Provenant de la collection Gérard Depardieu, Le Lézard aux plumes d’or, une œuvre en longueur réalisée à la gouache, encre de chine et au lavis sur papier par Joan Miró en 1969, a été vendue pour 1,05 million d’euros avec les frais (12%) lors d’une vente aux enchères d’art moderne proposée cet après-midi chez Christie’s, à Paris. La composition était estimée 700.000/1 million d’euros sans les frais. PM

Collections : les valeurs des jouets

23 mai 2012

La spécialité des jouets de collection, marquée par la nostalgie et l’affectif, a été bouleversée par la multiplication des canaux de vente internationaux de l’Internet. Le modèle de renouvellement des tendances, qui autrefois correspondait à la disparition progressive de la génération la plus ancienne et à l’arrivée à maturité de la suivante, s’est accéléré, notamment du fait de l’intérêt de collectionneurs plus jeunes, et avec un spectre de possibilités élargi.

Un vaisseau spatial de Star Wars par Lego ou une poupée 1900 à tête de porcelaine aux même niveau de prix

D’un côté, sauf pièces rares et exceptionnelles, les prix des jouets anciens ont beaucoup baissé, notamment du fait de ventes aux enchères publiques moins nombreuses au profit des ventes de particuliers sur les plateformes de l’Internet. De l’autre, ceux des jouets contemporains se sont envolés.

Aujourd’hui, une poupée à tête en porcelaine des années 1900, une Françoise en celluloïd de Modes et Travaux des années 1950, une figurine de Star Wars de 1977 par Meccano, un vaisseau spatial de la même série de films par Lego ou une navette de la série Ulysse 31 des années 1980 peuvent se vendre le même prix, autour de 800 euros. Mais l’état de conservation fera la différence : la figurine des années 1970 devra être à l’état neuf et dans son emballage d’origine tandis que la poupée 1900 pourra avoir perdu sa boîte et présenter quelques signes d’usures, notamment pour les cheveux ou la peinture du corps (à l’état de neuf, cette pièce ancienne se vendrait plus cher).

Les poupées

Les poupées et leur univers, pour toutes les époques, représentent encore une des fractions les plus actives du marché du jouet ancien. Des poupées de mode du XIXe siècle au corps en cuir et autres créations des maison Jumeau ou, plus rare Thuillier, avec des modèles exceptionnelles qui peuvent dépasser les 20.000 euros en vente publique, aux poupées Bella des années 1970-1980, en passant par les poupons en Celluloïd ou les premières Barbie, la gamme de prix est extrêmement large et pour des sommes toujours intéressantes pour le vendeur.

Dans la spécialité des poupées, et comme pour tous les jouets de collection, les pièces dans un état de neuf, idéalement contenues dans leur emballage et avec leurs accessoires d’origine seront toujours valorisées. Un fêle dans un visage de poupée en porcelaine de la fin du XIXe siècle, une coupe punk dans les cheveux d’une Barbie des années 1950 ou un enfoncement dans le corps d’un baigneur en Celluloïd, en affectera considérablement la valeur.

Tous les objets sur le thème de la poupée sont recherchés : dînettes en porcelaine et vêtements, maisons et magasins miniatures, mobilier et autres accessoires. Certains peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros, voire beaucoup plus pour des pièces très rares. Certains corps ou têtes isolés de poupées anciennes peuvent valoir au moins plusieurs centaines d’euros, tout comme un emballage d’origine.

Parfois, de petites fortunes pour Bing, Märklin ou Radiguet

Du côté des garçons, et toujours pour les jouets anciens, les fabuleuses créations – notamment des bateaux – de la fin du XIXe et du début du XXe siècle des marques allemandes Bing ou Märklin ou française Radiguet peuvent parfois valoir de petites fortunes.

De temps en temps, des enchères à 4 chiffres pour Dinky Toys

Les critères d’état, de rareté, de présence de l’emballage d’origine ou nom sont également primordiaux pour les voitures de collection. Si, pour l’essentiel, les prix des Dinky Toys restent modestes, certaines de ces voitures miniatures présentées dans leur boîte d’origine peuvent valoir plusieurs centaines d’euros. On relève de temps à autre des enchères à quatre chiffres dans les ventes aux enchères, mais pour des modèles extrêmement rares.

Trains électriques : les modèles les plus anciens ne sont pas forcément les plus recherchés

Dans le domaine des trains électriques, les modèles les plus anciens ne sont pas forcément les plus recherchés ni les plus chers. Des créations très sophistiquées comme certaines locomotives de fabrication contemporaine s’échangent facilement contre quelques centaines d’euros, voire plus pour certains modèles ou des ensembles avec wagons. Ces modèles, pensés pour des adultes, coûtent de petites fortunes lorsqu’ils sont achetés neufs.

Les catalogues de jouets, les modes d’emploi et notices et les emballages d’origine vides sont également recherchés par les collectionneurs, certains pouvant dépasser les 100 euros pièce sur les sites spécialisés.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.

Les valeurs de l’argenterie et de l’orfèvrerie

23 mai 2012

Pour un genre annoncé il y a encore quelques années comme passé de mode, et malgré l’entretien et les précautions particulières que son usage réclame, son peu de praticité (son poids) et les coûts dispendieux de la restauration ou du remplacement de certaines pièces d’un service, la spécialité de l’argenterie a repris de la vigueur. La forte augmentation du cours de l’argent et les craintes économiques qui engagent à s’intéresser aux objets “précieux” - dont il restera toujours au moins la valeur du métal – facilement transportables ont largement contribué à cette évolution.

Des ménagères importantes se revendent jusqu’à plusieurs milliers d’euros

En raison de l’abondance de l’offre sur l’Internet, et quand ils sont particulièrement légers et ne se différencient par l’originalité ou la qualité d’exécution, les objets en argent les plus courants et d’époque moderne, comme les coquetiers, les timbales et autres ronds de serviette, s’échangent contre des sommes modestes. Par contre, les créations modernes en argent massif d’orfèvres renommés, comme les ménagères importantes ou certains services à café, peuvent se vendre jusqu’à plusieurs milliers d’euros.

Objets de qualité en métal argenté ou plaqué d’argent

Certains amateurs sont également prêts à mettre le prix pour acquérir des objets de qualité présentant les caractéristiques d’un mouvement décoratif (art nouveau, art déco, modernisme), et qu’ils soient en argent, vermeil, métal argenté ou plaqué d’argent.

Orfèvrerie d’apparat

De très nombreuses pièces d’orfèvrerie d’apparat et de décoration, parfois de dimensions imposantes, ont été créées pour une clientèle très fortunée au cours des XIXe et XXe siècles. Les prix de ces lampes, chandeliers et candélabres, bassins et aiguières, trophées, coupes et autres représentations animalières, peuvent également atteindre plusieurs milliers d’euros, voire plus.

Rareté des pièces d’orfèvrerie antérieures au XIXe siècle

Les pièces d’orfèvrerie française antérieures au XIXe siècle sont beaucoup plus recherchées car il en subsiste peu. Elles ont régulièrement été réquisitionnées, le plus souvent avec contrepartie financière plus ou moins équitable pour être fondues à des époques où la richesse d’un État se mesurait à la quantité d’or et d’argent disponibles pour “battre monnaie” et quand il était urgent de remplir les caisses. Au cours de ces siècles, l’or et l’argent indispensables à la fabrication de pièces de monnaie sont venus à manquer en période de guerre, mais aussi quand les plus riches contribuaient à l’affaiblissement de l’économie en immobilisant quantité de métaux précieux dans de fastueuses commandes en vaisselle, accessoires d’apparat, et autres meubles dont certains pouvaient peser plusieurs centaines de kilos.

Les rois de France, souvent les premiers coupables (le mobilier d’argent de Versailles est resté célèbre), prirent certaines mesures plus ou moins drastiques selon les époques et les circonstances pour empêcher le gaspillage de métaux précieux dans des objets superflus, ou pour ramener cette matière première transformée dans les caisses du pays : interdiction pour ceux qui n’étaient pas assez riches de posséder de l’orfèvrerie, obligation pour ceux qui en avaient trop de les apporter à la Monnaie, interdiction de revente des pièces d’orfèvrerie à toute autre personne qu’au maître de la monnaie, et autres ordres de réquisition.

Les petits objets en argent religieux, militaires et civils des XVIIIe et XIXe siècle mieux préservés  

Les objets religieux indispensables au culte, les ordres de chevalerie, les médailles militaires, et ceux d’un poids relativement peu important ont été mieux préservés. Ce qui explique que l’on retrouve encore de petits objets civils d’or et d’argent des XVIIe et XVIIIe siècle, comme des étuis, des boîtes, des tabatières, des couverts de service. Certains, et notamment les objets de vitrine civils, ont le vent en poupe. Les plus rares peuvent valoir des sommes considérables.

Attention à l’argenterie sans poinçons

Comme l’or, les pièces d’argenterie moderne sans intérêt ou abîmée peuvent se revendre à la casse. Si la présence de poinçons permet d’identifier l’argent, nombre d’objets en argent n’en comportent aucun. Il s’agit principalement d’objets artisanaux anciens et, notamment originaires d’Asie, d’Amérique du sud, du Maghreb ou ottomans, mais aussi de travaux européens. La valeur de certaines de ces pièces peut être importante.

Pierrick Moritz

Source bibliographique pour l’argenterie ancienne : Dictionnaire de numismatique et de sigillographie religieuses, ….par M. Z., membre de plusieurs sociétés savantes, publié par M. L’abbé Migne, Migne éditeur. 1852.

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.

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Les valeurs des affiches de collection

22 mai 2012

Pour les exemplaires plus ou moins courants, la spécialité de l’affiche de collection n’a pas été épargnée par l’érosion des prix engendrée par le phénomène des ventes sur l’Internet. Si le genre est aussi moins couru que dans les années 1970-1980 en terme de décoration, il reste recherché de collectionneurs prêts à investir, le plus généralement, des sommes comprises entre quelques centaines et plusieurs milliers d’euros. Dans certains cas, l’affiche de collection est considérée comme  une œuvre d’art de la catégorie des multiples.

Affiches anciennes récupérées directement après l’impression

Certaines affiches de la fin du XIXe siècle et du tout début du XXe siècle sont arrivées jusqu’à nous dans des états de conservation exceptionnels car elles ont été récupérées directement après impression. C’est à cette époque qu’est né le goût des collectionneurs pour l’affiche, une vogue qui poussait certains à débourser des fortunes pour acquérir un  exemplaire réalisé par un grand nom.

Si, aujourd’hui, quelques milliers d’euros peuvent toujours être engagées sur une affiche de Jules Chéret (1836-1932), considéré comme le père de l’affiche moderne, ces sommes n’ont plus rien à voir avec celles, extravagantes, que les collectionneurs étaient prêts à débourser à l’époque pour les acquérir.

Avec Alphons Mucha le modern style triomphe dans toute sa laideur

Pour un artiste comme Alphons Mucha, dont les affiches sont aujourd’hui très recherchées, on notera qu’en 1959, époque où l’Art nouveau était passé de mode, un critique écrivait dans la revue Le Jardin des arts «Avec Alphons Mucha le modern style triomphe dans toute sa laideur. Pour lui, l’affiche est un vitrail de style byzantino-symboliste. Ses personnages ont des formes hiératiques qui s’harmonisent parfois avec le sujet quand il s’agit de Lorenzaccio, de La Dame aux camélias (interprétée par Sarah Bernhardt) ou de La Samaritaine, mais qui deviennent insupportables quand leur but est de rappeler l’existence du Vin des Incas ou des Bières de la Meuse.”

En mai 2000, un exemplaire de l’affiche du Vin des Incas a été payé quelque 10.000 livres chez Christie’s Londres quand, dans la même vente, un autre de Lorenzaccio était échangé contre la même somme.

Toulouse-Lautrec

Toulouse-Lautrec (1864-1901) demeure le maître incontestée de la spécialité, celui qui a porté l’affiche au rang d’œuvre d’art.  Les traits du génie artistique de Lautrec se retrouvent dans ses affiches comme dans ses peintures. Des enchères de plusieurs centaines de milliers de dollars ont été enregistrées ces dernières années pour ses affiches de spectacle originales. Lautrec aurait créé une trentaine d’affiches d’une grande qualité technique et artistique et dont peu d’exemplaires sont connus.

L’ancienneté n’est pas toujours un critère de valeur ; naufrage dans le pastiche

L’importance du tirage, le nombre d’exemplaires en circulation et celui susceptible d’apparaître sur le marché font a priori partie des critères déterminant la valeur d’une affiche. Plus les quantités sont susceptibles d’être importantes et moins la valeur le sera.

Toutefois, on peut légitimement penser qu’il reste proportionnellement peu d’exemplaires en parfait état de tirages importants de ces dernières décennies. Selon la notoriété du créateur ou du sujet, mais aussi les effets de mode pour l’esthétisme de certaines époques, ces affiches peuvent parfois se négocier autour de quelques centaines d’euros, c’est-à-dire aussi cher que d’autres du début du XXe siècle.

L’ancienneté n’est pas un critère de valeur tout comme de situer l’objet dans le goût de son époque ou d’un grand nom quand il s’agit en réalité d’un naufrage dans le pastiche.

398.000 livres une affiche originale de 1927 du film Metropolis de Fritz Lang

Avec Toulouse-Lautrec, les plus hauts prix enregistrés en salles des ventes pour des affiches concernent le thème du cinéma, et pour des pièces introuvables. En 2005, la London’s Reel Poster Gallery a vendu pour quelque 398.000 livres une affiche originale de 1927 du film Metropolis de Fritz Lang. Seul quatre exemplaires, dont celui-ci, sont connus. Il s’agit du record mondial pour une affiche de cinéma.

244.500 dollars ont été payés en avril 1999 chez Sotheby’s New York pour un exemplaire de l’affiche du film King Kong dans sa version originale de 1933. En 1997, chez le même opérateur, un collectionneur a déboursé 452.000 dollars pour exemplaire original de 1932 du film The Mummy de Karl Freund avec Boris Karloff.

Une affiche intéressante se vendra mieux en salle des ventes ou en galerie

Plus l’état de conservation d’une affiche de collection est proche de la perfection et plus sa valeur est grande. À moins d’une remise en mains propres et/ou de la garantie d’authenticité d’un vendeur professionnel,  une affiche intéressante se vendra mieux en salle des ventes ou en galerie, que sur l’Internet où de nombreux particuliers achèvent leurs annonces de ventes d’objets de collection par de rédhibitoires «Retours refusés» ou «Je suis pas responsable des dégâts faits par La Poste ». De nombreuses affiches ont fait l’objet de réédition qui, quand elles sont anciennes, peuvent être confondues avec des éditions originales par le vendeur et surtout par l’acheteur sur l’Internet. La date de réimpression, souvent située dans la marge, peut très bien manquer du fait des déchirures accidentelles relativement courantes dans cette zone.

État de conservation

Compte tenu de l’usage particulier de ce matériel promotionnel (encollage, exposition aux intempéries), une grande partie des affiches intéressantes arrivées jusqu’à nous en très bon état concerne des exemplaires exposés à l’abri, ou qui n’ont jamais été utilisés, comme celles récupérées aussitôt après l’impression pour être collectionnées. De manière générale, on retrouve les affiches pliées et de manière plus ou moins marquée. Si cette condition est généralement un facteur de dépréciation, un léger pliage en croix pour une affiche de très grandes dimensions est forcément moins disqualifiant. Celles déjà collectionnées sont souvent entoilées et peuvent avoir été restaurées (repeints, par exemple). Extraire des affiches anciennement roulées dans un tube est toujours une opération délicate.

Plusieurs milliers d’euros pour des affiches non illustrées

Les exigences sur l’état d’une affiche peuvent être modérées s’il s’agit d’une rareté. Ce qui est par exemple le cas pour les premières affiches d’expositions d’artistes devenus célèbres et souvent rattachés à des mouvements avant-gardistes (impressionnisme, fauvisme, cubisme, dadaïsme, surréalisme,…). Il s’agit souvent de pièces de petits formats, réalisées avec très peu de moyens, avec une impression de qualité médiocre, qui ne comportent que du texte mais d’une grande importance documentaire pour l’histoire de l’art et dont le tirage a été insignifiant. La valeur de certaines de ces affichettes peut atteindre plusieurs milliers d’euros.

Si, de manière générale, les affiches illustrées, très décoratives, ont été conservées en plus grand nombre que celles qui ne comportent que du texte, ces dernières ne doivent pas non plus être négligées quand il s’agit, par exemple, d’évènement sociaux et politiques, d’artistes débutants devenus célèbres (celles des premiers spectacles de Jacques Brel sont très recherchées).

Affiches de l’Après-Guerre

Les affiches publicitaires de l’Après-guerre, notamment certaines réalisées par des affichistes comme Raymond Savignac (Monsavon) ou Bernard Villemot dans les années 1960-1970 (Perrier, Orangina,…) s’échangent fréquemment contre quelques centaines d’euros. Certaines affiches d’exposition de peintres, comme celles de Pablo Picasso chez l’imprimeur Mourlot, sont principalement recherchées pour les impressions en lithographie à tirage limité. Pour un artiste très célèbre, la valeur de l’affiche est beaucoup plus importante si l’évènement concerne de nouvelles créations montrées dans un lieu plus ou moins confidentiel que s’il s’agit d’une rétrospective d’envergure avec une promotion à l’avenant.

Pierrick Moritz

Sources bibliographiques : Jardin des Arts, N°59, L’Affiche, miroir de la vie moderne, article d’Edmond Alvy, page 684, Mucha et Lautrec dans paragraphe 2 et 3. Lang film poster fetches record, article publié sur le site de BBC News le 15 novembre 2005.

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.

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Les valeurs de l’Art déco

21 mai 2012

Pour vulgariser succinctement le mobilier Art déco, on peut parler de géométrisation des volumes, et des motifs décoratifs éventuels. Si ce “mouvement” concernant aussi l’architecture est plus connu pour être né après la Première Guerre mondiale, ses prémices se situent au début des années 1910. C’est-à-dire quand la vogue de l’Art nouveau s’essouffle.

L’Art déco est souvent rapproché du cubisme, mouvement pictural - dont la grande période historique s’arrête avec le début de la Première Guerre mondiale - de nature plus complexe qu’une simple géométrisation des formes. À propos de l’Art déco, on peut aussi évoquer le besoin d’ordre et de clarté ressenti après le chaos de cette Première Guerre mondiale.

Les créations de l’époque de l’Art déco sont toujours très recherchées, même avec un tassement des prix pour les pièces les plus exceptionnelles et, ces dernières années, des invendus de taille sur le marché de l’art en vente publique. Le mobilier Art déco le plus courant trouve aujourd’hui moins facilement preneur, un phénomène qui impacte toutes les spécialités pour ce niveau de qualité.

Art déco de luxe aux enchères millionnaires

Lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, évènement culminant de l’époque de l’Art déco, deux productions mobilières très différentes se côtoient. L’une vise une élite fortunée dans la tradition des meubles de luxe et se caractérise par l’emploi de matériaux et de techniques coûteux. Elle est novatrice mais reste dans la tradition des productions artisanales des époques antérieures, notamment par le travail d’ébénisterie.

Il s’agit de pièces uniques ou réalisées en très peu d’exemplaires, comme les meubles d’Émile-Jacques Ruhlmann dont la valeur d’un seul peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire dépasser le million. Ces meubles rares sont le plus souvent marqués d’une signature estampillés. Ils peuvent être répertoriés dans des archives ou liés à une facture. Il existe également d’autres créations dessinées par Ruhlmann, mais diffusées en plus grand nombre et dont les prix sont loin d’atteindre des sommets.

Effets de matières et fusion culturelle

Certaines des créations les plus sophistiquées de l’époque de l’Art déco se singularisent par une recherche sur les effets de matières. Il s’agit de la transparence des marbres et des plaques d’albâtre pour les luminaires (Pierre Chareau), de l’emploi de matériaux nobles comme certains bois exotiques, mais aussi l’ivoire, le jade ou le corail. Cette production de luxe utilise des techniques artisanales et des matériaux coûteux et délicats. On pense au travail du laque (Eileen Gray, Jean Dunand, Gaston Suisse) ou de la marqueterie (y compris de paille pour certaines réalisations de Jean-Michel Frank), des essences de bois rares, de la ferronnerie (Edgar Brandt) et de la bronzerie d’art, du galuchat, de très beaux cuirs ou de parchemin pour le gainage ; l’emploi de feuilles d’or, la réalisation de verre gravé. De petits objets en matériaux précieux comme l’ivoire, l’écaille, le corail, l’or et l’argent sont réalisés par des créateurs aujourd’hui très recherchés. Il s’agit, par exemple, des pièces raffinées d’Eugénie O’Kin. Cette catégorie de meubles et d’objets peut intégrer l’influence des arts traditionnels japonais, chinois ou africain.

À la différence des engouements “exotiques” des époques antérieures, comme les vogues,  du XVIIIe au début du XIXe siècles, pour la Chine, l’Orient et le Japon, on est ici dans la fusion culturelle et non dans le pastiche. Cet Art déco intègre parfois des motifs ornementaux abstraits ou figuratifs stylisés que l’on va retrouver, par exemple, sur des tapis (Ivan da Silva Bruhns).

Influence jusque dans les années 1950 pour une production bon marché

Cet Art déco de luxe a inspiré jusque dans les années 1950 –  quand on arrête traditionnellement l’époque de l’Art déco à 1939 – une abondante production de meubles et d’objets bon marché qui, par mesure d’économie, ne pouvait reprendre que les lignes et la géométrisation du genre, avec un rappel plus ou moins heureux de motifs surexploités (comme celui de la fleur aplatie présenté comme un tronçon, dont on a aussi beaucoup abusé pour l’ornementation architecturale), et avec l’utilisation de matériaux communs comme certains bois, la fonte, le régule, le verre moulé, la bakélite, les marbres communs, le laiton, le métal doré, la terre cuite moulée, l’étain, la porcelaine, le grès.

Il s’agit de garnitures de cheminée, serre-livres, statuettes, sculptures animalières ou anthropomorphe, services à café, vases ou lustres évoquant de très loin les créations de Lalique, meubles de fabrication semi-industrielle comme les buffets de cuisine et les guéridons, boucles de ceinture, réveils, plateaux de service, services à liqueurs, et autres porte-photos. L’intérêt financier de ces meubles et objets est extrêmement limité

 “Futuriste” ; préfiguration du phénomène de mondialisation

L’autre grand chapitre de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, concerne une production visionnaire, “futuriste”, toujours destinée à une riche clientèle, souvent de commanditaires. Il s’agit d’un modernisme élégant et raffiné, qui réfute l’ornementation,  ingénieux, dont les formes seront sacrées à raison comme intemporelle, à l’instar de certaines créations d’Eileen Gray comme son fauteuil Bibendum. Ce mobilier, d’une influence phénoménale dans l’histoire des arts décoratifs contemporains, intègre parfaitement les réalisations du mouvement architectural dit “international” qui s’épanouit à partir des années 1920 et préfigure le phénomène de la mondialisation. Ces pièces d’époque s’échangent contre des sommes considérables.

Production de masse

Ce mobilier s’apparente à celui créé par un mouvement également représenté à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes  de 1925 mais destiné à une production de masse. Ici, la fonction définit la ligne, l’ornementation est absente, les volumes sont évidés. On emploie des matériaux communs comme le métal tubulaire et le verre pour des meubles et objets pratiques, ergonomiques, économiques et reproductibles en série. Innovants et radicaux, ces préceptes s’inscriront naturellement dans l’histoire sociale et économique de l’Après-guerre, dans un monde qui réclame une production accrue, efficace et rapide, et offrant des standards internationaux pour donner ce que l’on nomme aujourd’hui “le design”. Ce type de mobilier d’époque est aujourd’hui très recherché. En dehors de ce qui en a été présenté lors de l’exposition internationale de 1925, où figuraient des pavillons emblématiques de ce mouvement comme celui de l’Esprit Nouveau de Le Corbusier ou les présentations de Robert Mallet-Stevens, ce courant s’est également fait connaître par l’Union des Artistes modernes créées en 1929 par le même Mallet-Stevens.

Christopher Dresser

Avant les ateliers du Bauhaus (1919-1933), initiateurs les plus connus de ce modernisme, certaines créations de l’Irlandais Christopher Dresser (1834-1904) sont reconnues comme avant-gardistes de cette approche toute fonctionnelle de l’objet, au détriment de l’ornementation. En 1937, l’Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la vie moderne de Paris a également revendiqué l’importance de l’efficacité de l’objet en terme de fonction.

Néoclassicisme

Un troisième mouvement décoratif s’épanouit pendant la période de l’Art déco. Il s’agit d’un néoclassicisme dont l’ornementation figurative reprend les thèmes de l’antiquité et qui se prolongera dans les années 1940. On retrouve notamment ces décors, pour une production destinée à une clientèle plutôt privilégiée, sur des meubles, des panneaux décoratifs ou des tapisseries. Le genre a ses amateurs mais fait moins l’unanimité.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.

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La chute des prix des objets de collection, des antiquités, des objets et des œuvres d’art plus ou moins courants (version raccourcie du précédent) : http://artwithoutskin.com/2011/05/24/la-chute-des-prix-des-objets-de-collection-des-antiquites-des-objets-et-des-oeuvres-d%e2%80%99art-plus-ou-moins-courants

Cannes : “De rouille et d’os”, un diamant à l’état brut

18 mai 2012

Si la bande annonce vous a découragés d’aller voir De rouille et d’os, c’est probablement parce qu’elle n’est pas vraiment représentative du film, de son immensité. Le meilleur de Jacques Audiard assurément, dont chaque film, excellent, est encore plus abouti que le précédent. Et pourtant Le Prophète, son précédent opus, semblait atteindre une telle plénitude qu’il est extraordinaire de voir à quel point il réussit à repousser encore les limites de son univers pour atteindre l’universel, voire toucher au mystique.

Quand Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland d’Antibes, rencontre Ali, le videur de la boîte de nuit où elle vient d’être mêlée à une bagarre, il est en train de recoller les morceaux d’une vie éclatée. Entre son jeune fils, dont sa sœur se préoccupe plus que lui, et des petits boulots. Puis à la suite d’un accident, c’est sa vie à elle qui éclate, une nouvelle vie sans jambes. Elle s’appuie sur lui, pour sortir de la mer où elle s’est baignée, comme le montre l’affiche du film, puis il s’appuie sur elle pour d’autres raisons.

Les deux personnages principaux sont à l’image du film, à l’état brut, sans fioritures. Maître de l’art de l’ellipse, Jacques Audiard évite les dialogues explicatifs, les scènes redondantes. De rouille et d’os est comme une boisson énergétique. C’est un film sur la puissance, la force qu’on a en soi et qu’on trouve, parce qu’elle est là, quelque part.

A l’aide de plans lumineux et audacieux, Jacques Audiard brouille les pistes, mélange les genres, jusque dans la bande son, passant de la chanteuse pop Katy Perry à de la musique classique. Il joue sa propre partition, à l’image d’autres cinéastes français contemporains, mélangeant habilement cinéma d’auteur et cinéma populaire, sans appartenir à aucun mouvement, n’en déplaise aux nostalgiques de la Nouvelle Vague.

Face à Matthias Schoenaerts, déjà récemment remarqué dans Bullhead, Marion Cotillard prouve à qui en douterait encore l’étendue de son talent. Elle sort littéralement d’elle-même et compose un personnage implacable, déterminé, envoûtant, se plaçant dès le premier jour de la compétition cannoise en pole position pour le prix d’interprétation.

De Rouille et d’Os, de Jacques Audiard  (sélection officielle au festival de Cannes, en compétition).

Paul Bret

Article en rapport :

Un Prophète de Jacques Audiard : un fim miraculeux ; de la pureté en eaux troubles : http://artwithoutskin.com/2009/08/30/un-prophete-de-jacques-audiard-un-film-miraculeux