Archive pour la catégorie ‘Art contemporain’

Hong Kong : chiffres d’affaires en recul pour les premières ventes de peintures asiatiques de Christie’s

28 mai 2012

Les ventes aux enchères d’art contemporain et moderne asiatique proposées ces derniers jours par Christie’s dans le cadre de sa série de ventes de printemps à Hong Kong affichent des chiffres d’affaires* en recul plus ou moins sensibles par rapport aux opérations équivalentes des deux dernières saisons.

La plus importante, une vente en soirée intitulée “Art asiatique du XXe siècle et contemporain”, a généré un chiffre d’affaires de 46,6 millions de dollars et 41 lots vendus sur 45 présentés.

Deux hautes peintures de fleurs par Sanyu (1901-1966), réalisées à l’huile sur Masonite dans les années 1940, ont été  facturées quelque 6 et 5 millions de dollars. La plus chère, Chrysanthèmes bleues dans un vase en verre, provient d’une collection française et a directement été acquise auprès de l’artiste (qui travaillait à Paris) dans les années 1960. L’autre, Lotus roses, avait été payée 28 millions de dollars Hong Kong par le présent vendeur dans une vente d’art chinois contemporain proposée par Sotheby’s sur la même place en avril 2006.

Toujours pour les plus hauts prix, mais plus contemporain, deux peintures réalisées en 2000 par Zeng Fanzhi ont été facturées quelque 5 et 3 millions de dollars, soit très au-dessus des estimations. 2,6 millions de dollars ont été engagés sur une grande huile sur toile en hauteur du franco-chinois Zao Wou-Ki, réalisée en 1985, soit au-dessus de l’estimation haute. Du même artiste, une huile sur toile de 1962 a pulvérisé son estimation de quelque 650.000/1 million de dollars sans les frais (20 %), pour une facture finale de 1,89 million de dollars avec les frais.

La vente équivalente de l’année dernière avait rapporté 63 millions de dollars pour 42 lots présentés et tous vendus. Pour les plus chers, 5,85 millions de dollars étaient allés à une œuvre de Zeng Fanzhi (estimée 780.000/1 million de dollars) ; 5,28 et 4,99 millions à deux peintures de Zao Wou-Ki datées autour des années 1960 (respectivement estimées 1,3/1,9 et 1,6/2,1 millions). Celle de l’automne 2011 avait généré 51 millions de dollars, avec 42 lots vendus sur 57 présentés et deux plus hauts prix de 4,53 millions de dollars engagés sur des toiles du même Zao Wou-Ki.

Une vacation de 217 lots, sous l’intitulé “Art asiatique du XXe siècle” (vente en journée), a généré quelque 22 millions de dollars et quelque 15 % d’invendus. Le montant le plus élevé va à une grande huile sur toile de 1995 du franco-chinois Chu Teh-Chun, payée 1,25 million de dollars pour une estimation de quelque 450.000/700.000 dollars. Il est suivi par les 701.654 dollars avec les frais (20%) facturés pour une sculpture en fer  monumentale réalisée en 1999 par Ju Ming dans une édition de 8 (ici, le numéro 1). L’œuvre a été laissée sous son estimation de quelque 647.000/900.000 dollars sans les frais.

Le programme hongkongais de mai 2011 de Christie’s ne présentait pas de vente à l’intitulé équivalent. Celle de l’automne dernier avait rapporté quelque 25 millions de dollars.

En mai 2011, une vente d’art moderne et contemporain de Sud-Est asiatique supplémentaire avait généré 6,34 millions de dollars pour 87 lots vendus sur 114 présentés.

Cette saison, une troisième vente, sous le titre “Art contemporain asiatique” (vente en journée), a généré 12,5 millions de dollars, avec 82 lots restés sur le carreau pour 297 présentés. Il s’agit, notamment des deux plus chers du catalogue : un Format of Christ de Wang Guangyi, peint à l’huile sur toile en 1987 et dont quelque 518.000/780.000 dollars étaient attendus, ainsi qu’une nature morte de Liu Wei, huile, acrylique et papier sur toile, réalisée en 2004 et estimée quelque 583.000/650.000 dollars. En 2007, le présent vendeur avait déboursé quelque 3 millions de dollars Hong Kong (401.000 dollars américains au cours du change d’aujourd’hui) pour acquérir cette dernière œuvre sur la même place, lors d’une vente proposée par Sotheby’s.

La facture la plus élevée de cette nouvelle vacation, 655.000 dollars, va à un portrait masqué de Zeng Fanzhi, estimé quelque 323.600 /453.000 dollars.

La vente équivalente de l’année dernière avait rapporté 20,59 millions de dollars pour 234 lots vendus sur 303 présentés. Les deux prix les plus élevés allaient à des œuvres de Zeng Fanzhi vendues autour du million de dollars. Celle de l’automne dernier avait généré 14,6 millions de dollars, la plus haute enchère, 1,16 million de dollars, allant à une œuvre du même artiste.

La série de ventes aux enchères de printemps de Christie’s à Hong Kong se poursuit jusqu’au 30 mai avec des vacations consacrées à la peinture moderne, classique et calligraphique chinoise, aux objets d’art chinois, aux bijoux et aux montres.

Après un chiffre d’affaires historique de 515 millions de dollars réalisé au printemps 2011, la dernière série de ventes aux enchères de l’opérateur sur la place asiatique, à l’automne 2011, a généré 385 millions de dollars, contre 408 millions à l’automne 2010. Pour des opérations similaires réalisées avec la même fréquence à Hong Kong par Sotheby’s sur la période concernée, les chiffres d’affaires sont également en recul.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/05/27/petit-chiffre-daffaires-pour-une-ventes-de-vins-de-christies-a-hong-kong/

Pierrick Moritz

Sauf précisions, les estimations et les résultats sont donnés en dollars américains.

41 millions de livres pour la dispersion de la collection Gunter Sachs

24 mai 2012

Programmée les 22 et 23 mai à Londres, la dispersion par Sotheby’s de la collection d’art contemporain et d’art décoratif de Gunter Sachs, disparu l’année dernière, a généré 41,4 millions de livres (avec les frais), soit le double de l’estimation basse du catalogue (sans les frais).

Les quatre prix les plus importants concernent des œuvres d’Andy Warhol. Le plus élevé, 5,36 millions de livres, va à un des autoportrait Fright Wig, réalisé à l’acrylique et à l’encre sérigraphique sur toile (102 x 102 cm) en 1986, qui était estimé 2/3 millions. Gunter Sachs avait acheté cette œuvre chez Christie’s en 1998, lors d’une vente aux enchères à Londres, pour 397.550 livres.

L’estimation de 700.000/900.000 livres d’un Kiss (Bela Lugosi) du même Warhol, sérigraphie d’une image de film de l’icône-interprète de Dracula, pièce unique de 1964, a été pulvérisée pour arriver à un prix d’achat de 3,17 millions de livres. Un portrait de Brigitte Bardot, ex-femme de Sachs, toujours de Warhol et d’une série vue et revue, s’est vendu plus difficilement, 3 millions avec les frais (12 %) pour une estimation de 3/4 millions sans ces frais.

Parmi les autres créations de Warhol présentées, un portrait de Gunter Sachs, sérigraphie de 1972, estimé 400.000/600.000 livres, a été facturé 1,27 million.

Un enchérisseur a engagé 1,6 million de livres sur un ensemble de sièges Moutons de laine de François-Xavier Lalanne, une création de 1968 estimée 250.000/350.000 livres. En février 2009, à Paris, lors de la dispersion de la collection Saint Laurent/Bergé par Christie’s, un bar YSL, une commande de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent à François-Xavier Lalanne, avait été payé 2,75 millions d’euros sur la base d’une estimation haute de 300.000 euros.

Pour de l’art décoratif relevant également de la sculpture, des créations singulières d’Allen Jones datées de 1969, de multiples de 6, et évoquant sans ambages certains “fantasmes”, ont pulvérisé leur estimation de 30.000/40.000 livres pièce. La facture d’une “femme-table” affiche 970.850 livres,  celle d’une “femme-chaise” 836.450 livres et celle d’une “femme-porte-chapeaux” 780.750 livres.

PM

Enchères de milliardaires sur des œuvres de Bacon, Lichtenstein et Warhol

10 mai 2012

Avec les 266,6 millions de dollars générés par sa vente d’art contemporain new-yorkaise d’hier soir, Sotheby’s ferait presque office de “petite joueuse” à côté des quelque 388 millions réunis la veille par sa concurrente Christie’s pour une vente dans la spécialité. Sauf que ce montant reste extrêmement important pour une vacation de ce type. Des œuvres de Francis Bacon, Roy Lichtenstein et Andy Warhol y ont été payées plus de 35 millions de dollars.

Dans cette autre vente pour milliardaires, la moitié du chiffre d’affaires est générée par les 4 lots les plus importants du catalogue. Sur 57 présentés, 9 étaient au moins estimés 5 millions de dollars. Si 11 ont été payés au-dessus de ce seuil, le nombre d’invendus est relativement important : 11 dont les plus chers sont une huile sur toile sans titre de Willem de Kooning, estimée 5,5/7,5 millions, et une Aluminium Girl de Charles Ray, une sculpture dont 4/6 millions étaient attendus.

Estimée 30/40 millions de dollars, Figure Writing Reflected In Mirror, une huile sur toile (198 cm x 147,5 cm) de Francis Bacon datée de 1976, a été payée 44,88 millions de dollars. Le tableau a été acheté par les vendeurs à l’exposition Francis Bacon, Œuvres récentes programmée à la galerie parisienne Claude Bernard en janvier 1977. Il voisinait notamment avec Triptych, 1976, une création assortie d’un des prix les plus importants pour une œuvre d’art contemporain achetée aux enchères publiques. Ce triptyque monumental (198 x 147,5 cm pour chaque panneau) réalisé à l’huile et aux pastels sur toile, une adaptation de la légende de Prométhée, a été payé 86,2 millions de dollars en mai 2008, lors d’une vente de Sotheby’s, à New York.

Pour la même estimation, une Sleeping Girl conçue par Roy Lichtenstein en 1964, une vignette de comic books agrandie à la taille de 91,5 x 91,5 cm, a été payée le même prix  Il s’agit de la somme la plus importante déboursée pour une œuvre de l’artiste. Le précédent record, 43,2 millions de dollars, a été réalisé en novembre dernier chez Christie’s, à New York. Il concerne Can See the Whole Room!…and There’s Nobody in It, une toile de 1961 que le vendeur avait payée 2,09 millions de dollars en 1988 chez le même opérateur. Toujours chez Christie’s, en novembre 2010, 42,64 millions de dollars avaient été engagés sur Ohhh … Alright … du même Lichtenstein.

Estimé 30/50 millions de dollars, un Double Elvis (Ferus Type) d’Andy Warhol, réalisé en 1963 à l’encre sérigraphique et peinture en bombe sur toile (207,6 x 121,9 cm), a été payé quelque 37 millions de dollars. Le record pour une œuvre de Warhol négociée dans une vente publique date de mai 2007. Il s’agit de Green Car Crash (Green Burning Car I), également daté de 1963, payé 71,72 millions de dollars chez Christie’s, à New York.

Daté de 1970 et estimé 15/20 millions de dollars, un sans titre (New York City) réalisé par Cy Twombly à l’huile, peinture et crayon gras sur toile (143,5 x 177,8 cm), a été payé 17,4 millions de dollars.

Pierrick Moritz

Mark Rothko et Yves Klein enflamment les enchères à New York

9 mai 2012

Le très exceptionnel catalogue d’art d’après-guerre et contemporain de la vacation proposée par Christie’s, hier soir à New York, a rapporté la somme record de 388,48 millions de dollars. Les deux œuvres les plus importantes, un Orange, Red, Yellow de Mark Rothko et FC1 d’Yves Klein, ont été respectivement payées 86,88 et 36,48 millions de dollars, devenant les créations les plus chères de ces deux artistes en vente publique.

Avec 56 lots vendus sur 61 au catalogue, ces 388,48 millions de dollars représente l’un des plus importants chiffre d’affaires jamais réalisé pour une vente aux enchères dans la spécialité.

Il s’agissait principalement d’œuvres exceptionnelles d’artistes “historiques” (et en grande majorité disparus, hormis Gerhard Richter et Jasper Johns, pour les 22 enchères les plus importantes, soit 17 œuvres d’artistes disparus), issues de collections prestigieuses et pour la plupart jamais vues en vente publiques.

16 lots étaient estimés au moins 5 millions de dollars, soit un nombre exceptionnellement important d’œuvres très chères pour ce type de vente. 17 auront été payées au moins à ce prix en incluant les frais. Des records mondiaux ont été atteints pour des œuvres de Mark Rothko, Yves Klein, Jackson Pollock, Barnett Newman, Gerhard Richter et Alexander Calder.

Le lot vedette du catalogue, un Orange, Red, Yellow de Mark Rothko, une huile sur toile (236,2 x 206,4 cm) peinte en 1961, a été payé 86,88 millions de dollars sur une estimation de 35/45 millions.

Cette œuvre devient la plus chère de l’artiste négociée en vente publique. Le précédent record concernait un White Center ou Yellow, Pink, and Lavender on Rose, une œuvre aux dimensions moins importantes ( 205,8 cm x 141 cm), payée 72,84 millions de dollars en mai 2007 chez Sotheby’s, à New York.

FC1 d’Yves Klein, une création de 1962 aux pigments secs et résine synthétique sur panneau (141 x 299,5 x 3 cm), dans un cadre de l’artiste, a été payée 36,48 millions de dollars sur une estimation de  30/40 millions. Il s’agit du plus haut prix payé pour une œuvre de Klein dans une vente aux enchères publiques.

Mettant en œuvre le feu, l’anthropométrie, le bleu Klein et le pigment rose, l’œuvre était présentée par la maison de vente comme  la plus importante de l’artiste  jamais proposée aux enchères. Le précédent prix record pour une œuvre de Klein en vente publique, 23,56 millions de dollars, concerne MG 9, une création à base de feuilles d’or sur panneau vendue chez Sotheby’s, à New York, en mai 2008.

Pour la troisième enchère la plus importante, une œuvre de Jackson Pollock intitulée Number 28, réalisée en 1951 à l’huile sur toile (76,5 x 137,4 cm), a été payée 23 millions de dollars sur une estimation de 20/30 millions. Il s’agit là-aussi d’un record pour une œuvre de l’artiste négociée en vente publique.

De Gerhard Richter, une Abstraktes Bild (798-3), peinte à l’huile sur toile (240 x 240 cm) en 1993, a été payée quelque 23 millions de dollars pour une estimation de 14/18 millions ;  quelque 19 millions ont été engagés sur un Seestück (leicht bewölkt), une huile sur toile de 1969 estimée 10/15 millions.  

De Barnett Newman, Onement V, une huile sur toile (152,4 x 96,5 cm) de 1952 a été payée 22,48 millions de dollars sur une estimation de 10/15 millions. Record mondial pour une œuvre de cet artiste négociée en vente publique.

Deux mobiles d’Alexander Calder ont aussi pulvérisé leur estimation.  Un Lily of Force (233 x 205,7 x 226,1 cm) de 1945 a été payé 18,5 millions de dollars (estimé 8/12 millions), un record mondial en vente publique pour l’artiste, et une Snow Flurry (152,4 x 213,4 cm) de 1950 a été payée 10,38 millions (estimé 3,5/,4,5 millions).

Les invendus les plus importants de la vacation sont des œuvres de Jean-Michel Basquiat (un Museum Security, Broadway Meltdown, estimé 9/12 millions) et Brice Marden (un Attendant 5 estimé 7/10 millions de dollars).

Pierrick Moritz

Art, squat et punk (1977-1984) au Centraal Museum d’Utrecht

5 mai 2012

Sous l’intitulé God Save the Queen, Art, squat et punk (1977-1984), le Centraal Museum d’Utrecht propose, jusqu’au 10 juin, une exposition d’envergure consacrée aux mouvements artistiques, sociaux et antimonarchiste de la période 1977-1984 aux Pays-Bas. Axée sur la déferlante libertaire néerlandaise de ces années-là avec, notamment, l’occupation massive des immeubles vacants d’Amsterdam par des squatters qui mit la ville en état de siège, l’exposition riche en documents visuels et sonores montre aussi une belle sélection d’œuvres d’art dont deux grands Basquiat et un Haring monumental. Une des meilleures expositions européennes du moment, pleine de sens. PM

De la représentation de l’histoire de l’art par le commerce de l’art

26 avril 2012

Le commerce de l’art restitue une vision partiellement tronquée de l’histoire de l’art. Il s’agit de l’amalgame entre une représentation “pour l’histoire” et désintéressée et un commerce d’une grande opacité employant des stratagèmes et un marketing d’une efficacité décuplée grâce à l’Internet.

Si  le fait que les marchands d’art ont contribué à l’émergence d’artistes de premiers plans est indéniable, la confusion entre commerce de l’art et histoire de l’art s’est très sensiblement accentuée avec la multiplication des images disponibles sur l’Internet dans le cadre d’une vulgarisation de masse.

Ce média accorde une plus grande représentativité au phénomène de mode (l’art contemporain, le résultat de la requête “art” sur la première page de Google Images est édifiant) et au sensationnel (les prix faramineux) et à travers des images souvent privées de contexte ou légendées par la communication des opérateurs de vente.

Les grandes manifestations marchandes d’art contemporain peuvent présenter dans le même lieu les œuvres d’artistes conceptuels contemporains, jeunes ou relativement jeunes, et celles de génies historiquement reconnus, le plus souvent disparus. Ce qui induit que le talent des premiers se situe sur le même plan et dans le prolongement historique de celui des seconds, et ceci d’autant plus que les prix des œuvres de ces jeunes artistes contemporains peuvent atteindre des niveaux stratosphériques. Cette impression est encore renforcée quand ces foires se déroulent dans des lieux propres à restituer une atmosphère muséale.

Certaines influences du commerce de l’art peuvent même finir par être confondues avec les intentions, voire l’œuvre, de l’artiste. Ainsi, certains tableaux de nymphéas de Claude Monet n’auraient pas trouvé preneur sur le marché de l’art ces dernières années parce que la clientèle préférerait la présence d’un certain bleu dans ces compositions particulières de l’artiste. Man Ray est surtout connu du grand public pour ses photographies surréalistes, alors qu’elles ne représentent qu’une partie de son œuvre photographique. Si la réputation de photographe essentiellement surréaliste de Man Ray est ancienne, on peut se demander si les nymphéas de Monet visibles sur l’Internet ne vont pas finir par être tous imprégnés d’un certain bleu commercial.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D. sous les numéros 24503 et 254240.

Qui veut dépenser des millions pour un œuf surdimensionné de Jeff Koons ?

9 avril 2012

Un œuf de Pâques surdimensionné (199 x 195 x 163 cm) de Jeff Koons, en acier chromé bleu/turquoise, l’extérieur imitant un traditionnel emballage en papier métallique et coiffé d’un nœud de ruban, fera partie de la vente d’art contemporain proposée par Christie’s, le 27 juin à Londres.

Ce Baroque Egg with Bowe existe en 5 exemplaires réalisés entre 1994 et 2008. Tous présentent une association de couleurs œuf/nœud différente. Cette version est assortie d’une estimation équivalant à 4,7/5,5 millions de dollars (2,5/3,5 millions de livres).

L’exemplaire est le dernier disponible sur le marché, du moins jusqu’à ce que l’un des propriétaires des autres se décide à revendre le sien.

En novembre dernier, à New York, Christie’s vendait une version de ce Baroque Egg with Bow, variante orange/magenta, un peu plus grande (212,1 x 196,9 x 152,4 cm), pour 6,42 millions de dollars avec les frais (12%) pour une estimation de 5,5/6,5 millions.

En mai 2009, toujours à New York, Sotheby’s consentait à un rabais de 20 % pour écouler un troisième exemplaire, bleu/magenta, les dimensions identiques au précédent, alors estimé 6/8 millions de dollars sans les frais (12 %). L’œuf était finalement payé 5,48 millions avec les frais.

En juin 2008, un exemplaire de Balloon Flower (Magenta), sculpture en métal imitant une baudruche nouée en forme de fleur, était payé l’équivalent de 25,8 millions de dollars chez Christie’s Londres, devenant l’œuvre de Koons la plus chère de Koons en vente publique. Deux ans et demi plus tard, chez Christie’s, à New York, un autre exemplaire en version bleue, estimée 12/16 millions, était payé 16,88 millions. La seule différence de couleur explique difficilement cet écart, à moins que l’on ne soit plus dans le domaine de l’art, mais dans celui de la décoration.

En mai 2011, chez Sotheby’s, à New York, Pink Panther, une sculpture en porcelaine représentant une femme blonde torse nu, tenant dans ses bras une panthère rose en peluche sur le modèle de celle du film de Blake Edwards, assortie de l’estimation délirante de 20/30 millions de dollars sans les frais (12%), avait été laissée à 16,88 millions avec les frais. Cet exemplaire d’un multiple de 3 + 1 épreuve d’artiste faisait partie de l’encombrante exposition Jeff Koons proposée au château de Versailles en 2008.

L’année précédente, un mille-pattes gonflable encastré dans un escabeau, estimé 5,5/7,5 millions de dollars, n’avait pas trouvé preneur dans une autre vente aux enchères.

Même si la cote de Koons est globalement en baisse, avec une œuvre, comme celle de Damien Hirst, semblant témoigner d’une époque révolue (celle d’avant la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, en pleine crise des subprimes), et malgré un phénomène de rareté habilement géré pour ce genre de situation, certaines de ses œuvres continuent à se vendre à des prix bien plus élevés que dans les années 2000.

En mai 2008, chez Christie’s New York, un New Hoover Convertibles, New Shelton Wet/Drys 5-Gallon, Double Decker de Jeff Koons, une installation de 4 aspirateurs éclairée par des néons fluorescents, était payée 11,8 millions de dollars. En novembre 2009, même lieu, même opérateur, une œuvre du même type mais avec seulement 2 aspirateurs, était encore enlevée pour 3,1 millions. Cette dernière avait été payée 358.000 dollars en mai 2000 chez Christie’s, à New York.

En mai 2010, sur la même place, Sotheby’s avait vendu une pièce de la série Jim Bean (wagons ou locomotives de trains remplis de bourbon, sur le modèle des bouteilles à liqueur fantaisie), J.B. Turner Engine, numéro 3 d’une série de 3 plus 1 épreuve d’artiste, pour 2,32 millions de dollars. Trois ans plus tôt, pour cette série de 1986 et avec le même tirage et le même ordre de dimensions, un Cadoose (2/3) et un Observation Car (2/3) avaient été payés nettement moins cher : 1,6 million pièce. En 2000, ce genre de “babioles” se vendait autour de 56.000 livres chez Sotheby’s Londres.

En novembre 2009, chez Christie’s, à New York, un bouquet de fleurs en bois polychrome de l’artiste, payé l’équivalent de 994.961 dollars en 2000, lors d’une vente chez le même opérateur à Londres, était acheté pour 5,68 millions.

Une question demeure : quel est le profil des acheteurs qui peuvent engager aujourd’hui des sommes aussi importantes sur des œuvres de Koons ?

Pierrick Moritz


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