Archive pour la catégorie ‘Art moderne’

Un pastel d’Edvard Munch exposé à la Pinacothèque de Paris en 2010 vendu 600.000 euros

10 février 2012

Homme mélancolique et sirène (rencontre sur la plage), une œuvre sur papier (25,3 cm x 34 cm), pastel et lavis, réalisé vers 1896-1902 par Edvard Munch, a été payé 505.250 livres (600.000 euros), mercredi chez Christie’s Londres.

Son estimation était de 120.000/180.000 livres (144.000/215.500 euros).

Achetée par le présent vendeur à la galerie parisienne Bellier en 2002, l’œuvre était au programme de l’exposition Edvard Munch ou l’anti-cri proposée à la Pinacothèque de Paris entre février et juillet 2010.

PM

L’estimation n’inclut pas les frais à la charge de l’acheteur. Ils sont de 25 % jusqu’à 25.000 livres ;   de 20 % à partir de 25.001 livres et jusqu’à 500.000 livres ; de 12 % au-dessus de 500.000 livres. Le résultat intégre ces frais.

Le Klimt de Sotheby’s soldé pour 5,6 millions de livres

9 février 2012

Sotheby’s a annoncé que le paysage de Gustav Klimt, toile de 1901 non adjugée faute d’enchére suffisante lors de son passage dans sa vente d’art moderne londonienne d’hier soir, a finalement trouvé preneur pour 5,6 millions de livres avec les frais (12%) lors d’une transaction privée intervenue en cours de vacation. L’œuvre était estimée 6/8 millions de livres sans les frais.

En conséquence, le nombre d’invendus de l’opération passe de 13 à 12.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/02/09/coup-dur-pour-sothebys-klimt-et-miro-restent-sur-le-carreau/

PM

Coup dur pour Sotheby’s : Klimt et Miro restent sur le carreau

9 février 2012

Actualisé le 9/02/2012 à 11 heures 50

Les deux lots les plus chers d’un prestigieux catalogue d’art moderne de Sotheby’s, un Bouleaux au bord du lac peint par Gustav Klimt en 1901 et une grande Peinture de Joan Miró de 1933, n’ont pas trouvé preneur hier soir à Londres. Les deux tableaux étaient respectivement estimés 6/8 millions et 7/10 millions de livres.

Quand le paysage de Klimt, une huile sur toile (90 x 90 cm) peinte en 1901, était loin d’être ce que l’artiste a fait de mieux en matière de scènes extérieures, une superbe Entrée de Giverny en hiver de Claude Monet, une huile sur toile (65,5 x 85,5 cm) peinte en 1885, a été payée 8,21 millions de livres quand 4,5/6,5 millions en étaient attendus. Il s’agit du plus haut prix de la vacation.

Pour le même impressionniste, 2,5 millions de livres ont été engagées sur Berges de la Seine près de Vétheuil, une huile sur toile peinte en 1881. L’œuvre était estimée 800.000 livres/1,2 million de livres.

La seconde enchère la plus importante revient à Le Bosquet, Albertplatz à Dresde d’Ernst Ludwig Kirchner, une grande huile sur toile (120 x 151 cm) peinte en 1911. Estimée 5/7 millions de livres, elle affiche un prix final de 7,32 millions.

De Georges Braque, L’Oliveraie, une huile sur toile (38,3 x 46 cm) peinte en 1907,  a été payée 5,08 millions de livres sur une estimation de 2/3 millions.

Sur 53 lots présentés, 13 n’ont pas trouvé preneur.

Un petit Oasis peint pas Salvador Dali en 1946 (estimé 4/6 millions de livres), et Deux Nus au Ballon par Kees van Dongen (estimés 2,5/3,5 millions) en font partie, tout comme un Pont des Arts (Paris) de Paul Signac, une œuvre de 1925 estimée 2,8/3,5 millions.

Le présent vendeur avait déboursé 3 millions de livres pour acquérir cette dernière toile chez Christie’s Londres en février 2008.

Ettore e Andromaca, une huile sur toile (90,4 x 60,3 cm) de Giorgio de Chirico, peinte en  1925-30, estimée 2,8/4 millions de livres sans les frais (12 %), a été abandonnée sous son estimation basse, avec un prix payé de 2,84 millions.

Même cas de figure pour Une Jeune Fille à l’échelle de Fernand Léger, une huile sur toile (130 x 96 cm) peinte en 1949. Estimée 3,8/4,5 millions de livres sans ces mêmes frais, l’œuvre a été payée 3,96 millions en les intégrant.

Lors de ses ventes équivalentes de la veille, sur la même place, Christie’s, concurrente directe de Sotheby’s, a battu des records absolus en vendant un bronze d’Henry Moore pour 19 millions de livres et une peinture-poème surréaliste de Joan Miró pour 16,84 million, soit très au-dessus de leur estimation. La performance est toutefois minorée par le fait que le lot le plus cher du catalogue, Le Livre, une huile sur toile de Juan Gris datée de 1915, peinte vers 1914/1915, dont 12/18 millions étaient attendus, a été bradée à 10,34 millions.

Hier, ses deux vacations d’art moderne de l’après-midi, proposant quelque 300 œuvres sur papier et sur toile moins importantes en valeur que celles présentées dans les prestigieuses ventes en soirée, ont rencontré un grand succès.

Dans un secteur économique qui n’échappe pas à l’incertitude ambiante, et en tenant compte du fait que la constitution d’un catalogue reste liée à des facteurs aléatoires, on ne peut pas pour autant tirer des conclusions relevant de la supériorité d’un opérateur sur l’autre.

En novembre dernier, à New York, la vente d’art moderne de Christie’s a viré au fiasco ; 7 des 10 lots les plus importants du catalogue ne trouvant pas preneur. Parmi eux figuraient une Petite danseuse de 14 ans, bronze d’Edgar Degas à 25/35 millions de dollars, deux tableaux de Picasso, estimés 12/18 millions pièce, et un bronze de Giacometti,  Femme de Venise VII, dont 10/15 millions étaient attendus.

Le lendemain, sur la même place, Sotheby’s vendait un très beau paysage de Gustav Klimt, peint vers 1914-1915, pour la somme astronomique de 40,4 millions de dollars, et une Aubade de Picasso de la fin des années 1960 pour 23 millions.

Entre temps, effrayé par les résultats catastrophiques de la vente de Christie’s, le vendeur de Nu de dos (1er état), un exceptionnel bas-relief en bronze d’Henri Matisse estimé 20/30 millions de dollars, avait retiré la sculpture du catalogue de Sotheby’s, quelques heures avant le début de la vacation et au motif d’une transaction privée de dernière minute.

La résilience du marché de l’art face à la crise n’est que très relative. Dans un contexte d’incertitude économique, la situation montre que la sélection opérée par les acheteurs les plus riches se concentre encore plus intensément sur les œuvres d’art vraiment exceptionnelles. Si une frange d’acheteurs réduite est ici concernée, le modèle peut être transposé à tout le marché de l’art.

Pierrick Moritz

Les estimations n’incluent pas les frais à la charge de l’acheteur. Ils sont de 25 % jusqu’à 25.000 livres ;   de 20 % à partir de 25.001 livres et jusqu’à 500.000 livres ; de 12 % au-dessus de 500.000 livres. Les résultats intégrent ces frais.

Une peinture-poème de Joan Miro payée 20 millions d’euros chez Christie’s Londres

8 février 2012

Avec son titre à coucher dehors, Le Corps de ma brune puisque je l’aime comme ma chatte habillée en vert salade comme de la grêle c’est pareil, une peinture-poème de Joan Miro réalisée à l’huile sur toile (130,2 x 96,5 cm) en 1925, a été payée 16,84 millions de livres (20,19 millions d’euros) lors d’une vente d’œuvres d’art surréaliste proposée ce soir chez Christie’s Londres.

Le tableau était estimé 6/9 millions de livres (7/10,7 millions d’euros) et il s’agit du plus haut prix jamais payé pour une œuvre de l’artiste négociée en vente publique. Le précédent record était détenu par La Caresse des étoiles, une huile sur toile de 1938 sur laquelle quelque 17 millions de dollars avaient été engagés chez Christie’s New York en mai 2008.

La seconde meilleure enchère, 3,4 millions de livres (4 millions d’euros), a été portée sur Le Nu et le mannequin de Paul Delvaux, une très grande huile sur toile (155 x 225 cm) de 1947 estimée 2/3 millions de livres (2,4/3,6 millions d’euros). Le présent vendeur avait payé cette œuvre 3 millions de dollars chez Sotheby’s New York en mai 2007.

Une petite huile sur panneau (31 x 34,8 cm) peinte par Salvador Dali en 1936, L’Automobile fossile du Cap Creus, estimée de 1,4/1,8 million de livres (1,67/2 millions d’euros), n’a pas trouvé preneur.

Le catalogue de la vacation comptait 39 lots dont 33 ont été vendus.

PM

Les estimations n’incluent pas les frais à la charge de l’acheteur. Chez Christie’s Londres, ils sont de 25 % jusqu’à 25.000 livres ;   de 20 % à partir de 25.001 livres et jusqu’à 500.000 livres ; de 12 % au-dessus de 500.000 livres. Les résultats intégrent ces frais.

Prix historique pour Henry Moore chez Christie’s, mais pas pour Juan gris

8 février 2012

Avec un chiffre d’affaires de quelque 98 millions de livres, le bilan de la vente d’art moderne proposée ce soir chez Christie’s Londres est marqué par un record de 19 millions de livres (22,9 milllions d’euros) enregistré sur un bronze monumental d’Henry Moore, et un taux d’invendus dont la faiblesse est dûe à des lots laissés sous les estimations, dont pour la plus importante du catalogue, espérée pour une huile sur toile de Juan Gris. La vente équivalente de 2011 avait généré 61,88 millions de livres.

Reclining Figure: Festival, un bronze monumental (H. 244,5 cm) d’Henry Moore à patine brun sombre, conçu en 1951 et fondu dans une édition de 5 plus 1 épreuve d’artiste, a été payé 19,08 millions de livres (22,9 millions d’euros) quand  3,5/5,5 millions de livres (4/6,6 millions d’euros) en étaient attendus. Il s’agit du plus haut prix jamais payé en vente publique pour une œuvre de cet artiste. Le précédent record s’élevait à 8,4 millions de dollars, pour une autre sculpture monumentale vendue chez Sotheby’s New york en novembre 2004.

Du même artiste, Working Model for Three Piece No. 3: Vertebrae, bronze à patine brune (H. 235,6 cm), numéroté 8/8, conçu en 1968 et fondu dans une édition de 8 + 1 épreuve d’artiste, a été payé 5 millions de livres (6 millions d’euros) sur une estimation de 2/3 millions de livres (2,4/3,6 millions d’euros).

Une troisième sculpture de Moore, aux dimensions plus modestes (L. 80,3 cm), Working Model for Reclining Figure, bronze à patine verte et brune numéroté 6/9, conçu en  1976 et fondu dans une édition de 9 + 1 épreuve d’artiste, a été payée 1,49 million de livres (1,79 million d’euros) quand 700.000/1 million de livres (839.000/1,19 million d’euros) en étaient attendus.

Payée 6,6 millons de dollars par le présent vendeur, en mai 2008 chez Christie’s New York, La Corne d’Or, Constantinople de Paul Signac revenait en vente publique assortie d’une estimation de 4/6 millions de livres (4,7/7 millions d’euros). Cette grande huile sur toile de 1907 (89,2 x 116,3 cm) a été payée 8,77 millions de livres (10,5 millions d’euros).

Thema: Spitz, une huile sur toile (80 x 57 cm) peinte en 1927 par Wassily Kandinsky, portant son monogramme, présentée dans le cadre d’origine réalisé par l’artiste, a été payée 2,95 millions de livres (3,5 millions d’euros) sur une estimation de 2,5/3,5 millions de livres (3/4 millions d’euros). Le présent vendeur avait acquis cette œuvre pour 908.000 dollars en mai 2011 chez Christie’s New York.

Toujours du côté des œuvres bien vendues, une grande Tour Eiffel peinte à l’huile sur toile (196 x 114 cm) par Robert Delaunay en 1926, assortie d’une estimation de 1,5/2,5 millions de livres, a été payée 3,73 millions de livres (4,48 millions d’euros)

Sur les 52 lots inscrits au catalogue, 6 n’ont pas trouvé preneur et un tableau de Paul Cézanne a été retiré de la vente. Cette Vue sur l’Estaque peinte en 1882-1883 à l’huile sur toile (59,5 x 73 cm) était estimée 2/3 millions de livres (2,4/3,6 millions d’euros).

L’invendu le plus important est Bords de la Seine, une huile sur toile (59,6 x 72,4 cm) peinte par Maurice de Vlaminck en 1905. Cette œuvre était estimée 2,5/3,5 millions de livres (3/4 millions d’euros)

Le lot le plus cher du catalogue, Le Livre, une huile sur toile (73 x 60 cm) de Juan Gris datée de 1915, peinte vers 1914/1915, n’a pas trouvé preneur dans la fourchette d’une estimation de 12/18 millions de livres (14,4/21,7 millions d’euros). L’œuvre a été payée 10,34 millions de livres (12,4 millions d’euros). Vu le niveau élevé de l’estimation, cette toile reste un peu tardive pour la période du cubisme, dont les œuvres majeures sont préférées par le marché jusqu’en 1913.

De Pablo Picasso, un Nu et tête d’homme (vraiment très “brouillon”, ndlr), peint à l’huile sur toile (129,6 x 96,8 cm) en 1967, a connu le même sort en étant payé 1,83 million de livres (2,19 millions d’euros) sur la base d’une estimation de 3/5 millions de livres (3,6/6 millions d’euros).

Une Danseuse rajustant ses épaulettes d’Edgar Degas, pastel sur papier (44,5 x 35,6 cm), réalisée vers 1896-1899, a été laissée à 2,22 millions de livres (2,63 millions d’euros) quand elle était estimée 3/4 millions de livres (3,6/4,8 millions d’euros).

Bauer, un portrait d’homme peint vers 1912 par Alexej Von Jawlensky, huile sur toile (53,8 x 49,3 cm), a été payé 1,83 million de livres (2,19 millions d’euros) sur une estimation de 2/3 millions de livres (2,4/3,6 millions d’euros).

Les trois tableaux provenant de la collection Elisabeth Taylor présentés dans la vente on tous été bien vendus, lire  : http://artwithoutskin.com/2012/02/07/le-van-gogh-delizabeth-taylor-paye-12-millions-deuros-a-londres/

Pierrick Moritz

Les estimations n’incluent pas les frais à la charge de l’acheteur. Chez Christie’s Londres, ils sont de 25 % jusqu’à 25.000 livres ;   de 20 % à partir de 25.001 livres et jusqu’à 500.000 livres ; de 12 % au-dessus de 500.000 livres. Les résultats intégrent ces frais.

Le van Gogh d’Elizabeth Taylor payé 12 millions d’euros à Londres

7 février 2012

Trois œuvres provenant de la collection d’Elizabeth Taylor figuraient au catalogue de la très importante vente d’art moderne et impressionniste proposée ce soir chez Christie’s Londres.

La plus attendue, une Vue de l’asile et de la Chapelle de Saint-Rémy de Vincent van Gogh, était estimée 5/7 millions de livres (6/8,44 millions d’euros). L’huile sur toile (45,1 x 60,4 cm), peinte par van Gogh à Saint-Rémy à l’automne 1889, a été payée 10,12 millions de livres (12,14 millions d’euros).

Acheté en toute légalité par le père de l’actrice, marchand d’art, et au nom de sa fille chez Sotheby’s Londres en 1963, ce tableau fut déclaré, des années plus tard, comme avoir été vendu sous la contrainte par ses propriétaire juifs dans l’Allemagne nazie des années 1930. L’actrice refusa de satisfaire la demande de restitution des héritiers et la justice américaine lui donna raison en rejetant deux fois leur plainte.

De Camille Pissarro, Pommiers à Éragny, une huile sur toile (60,5 x 74 cm) de 1894a été payée 2,95 millions de livres (3,95 millions d’euros) quand 900.000/1,2 million de livres (1/1,4 million d’euros) en étaient attendus.

Un autoportrait d’Edgar Degas estimé 350.000/450.000 livres (420.000/540.000 euros), peint vers 1857-1858 à huile sur papier (47 x 32 cm), a été payé 713.250 livres (855.600 euros).

Le 25 janvier dernier, Christie’s New York a vendu un portrait d’homme de Frans Hals (1581/5-1666) provenant également de la collection de l’actrice. Peinte à l’huile sur toile (77,7 x 66 cm), l’œuvre avait été payée 2,09 millions de dollars sur une estimation de 700.000/900.000 dollars.

PM

Les estimations n’incluent pas les frais à la charge de l’acheteur. Chez Christie’s Londres, ils sont de 25 % jusqu’à 25.000 livres ;   de 20 % à partir de 25.001 livres et jusqu’à 500.000 livres ; de 12 % au-dessus de 500.000 livres. Les résultats intégrent ces frais.

Lyonel Feininger au musée des beaux-arts de Montréal : une identité puissante, d’un exil à l’autre

7 février 2012

Visite sur place

Programmée au Whitney Museum of American Art de New York entre juin et octobre dernier, sous le titre Lyonel Feininger: At the Edge of the World, l’importante rétrospective consacrée au peintre expressionniste, désormais intitulée Lyonel Feininger : de Manhattan au Bauhaus, est installée jusqu’au 13 mai au musée des beaux-arts de Montréal. Pour ceux qui le pourront, le détour par cet évènement exceptionnel, consacré à l’une des figures majeures de l’art moderne, s’impose. Les plus récentes expositions consacrées à l’artiste en France, d’une bien moins grande ampleur, remontent à 1992* et 1974**.

Lyonel Feininger a fréquenté toutes les avant-gardes artistiques européennes de la première moitié du XXe siècle. Le travail magistral de ce caractère endurant et indépendant, notamment forgé par la pratique de la musique et l’expatriation, est l’un des plus puissants de l’histoire de l’art moderne occidental. À travers quelque 350 œuvres, huiles sur toile, aquarelles, gravures, illustrations, photographies et sculptures-jouets, cette rétrospective grandiose offre un panorama exhaustif de l’œuvre de Lyonel Feininger, un Américain qui passa les 50 premières années de sa vie d’artiste en Allemagne.

Formation musicale

Lyonel Feininger naît en 1871 à New York, de parents d’origine allemande et musiciens renommés. Formé au violon, au piano et à l’orgue, il conservera une grande passion pour la musique, composant notamment des fugues influencée par Bach dans les années 1920. Après son retour aux États-Unis, en 1937, il pratiquera chaque jour l’orgue et le piano dans son atelier new-yorkais.

Le musicien devient aussi caricaturiste

Alors que ses parents sont partis pour une tournée de concerts en Europe, le jeune Feininger quitte les États-Unis en 1887, dans le but d’étudier le violon au conservatoire de Leipzig. On le retrouve, l’année suivante, élève à l’Académie Royale prussienne des beaux-arts, à Berlin.

L’adolescent y retrouve sa mère. Séparée de son mari, elle vit dans une pension berlinoise. Le lieu est fréquenté par des caricaturistes de presse. Dès 1890, Lyonel Feininger voit ses dessins reproduits dans un journal berlinois, le Humoristische Blätter. En 1893, après avoir réalisé des illustrations pour des boîtes de cigares et un roman et séjourné à Paris, où il dessine dans la rue toute en fréquentant l’académie Colarossi, il décide de se lancer dans une carrière de caricaturiste.

Entre temps, il a passé un an dans un collège jésuite belge, son père l’a poussé à s’y inscrire pour améliorer une culture générale insuffisante. Des années plus tard, cette expérience nourrira son art avec des représentations peu amènes de ces religieux, comme dans Jésuite I, une huile sur toile de 1908 où une élégante aguicheuse dévisagée par deux jésuites ne renonce en rien à son attitude effrontée, ou dans Le Grand Inquisiteur, une encre sur papier de 1911.

Lyonel Feininger devient rapidement l’un des caricaturistes les plus réputés de Berlin ;  il répond à une commande du Chicago Tribune pour réaliser deux bandes dessinées. En 1910, à Paris, père d’un enfant et vivant avec sa seconde compagne, il dessine pour Le Témoin, journal avec lequel il collaborera jusqu’en 1910.

Premiers tableaux à l’huile en 1907

Lyonel Feininger signe ses premiers tableaux à l’huile en 1907. Il fréquente Le Dôme à Montparnasse, se lie notamment avec Jules Pascin et Richard Götz, peint des scènes architecturales de Paris.

Les tableaux  de ses débuts peuvent évoquer les illustrations d’un livre de contes, enchantés, proches du primitivisme. Mais rien n’est naïf dans cette réalité intérieure fixée sur la toile. La vraie candeur n’est plus possible dans cet enracinement au  monde de l’enfance. Dans le nombre et la foule travestie, la meute ne semble jamais très loin. Le fantastique est trop puissant, dans des carnavals de masques et d’accoutrements, pour jouer la poésie. La distorsion d’échelles est parfois menaçante. Dans des huiles sur toile de 1909-1910, comme Lecteurs de journaux, où des hommes lisent leur journal au pas de course, on retrouve au premier plan la figure d’un géant et d’un homme minuscule, proportions dérangeantes que le peintre impose. Comme tout est sincère, tout est vrai.

Catalogue de l’exposition, première monographie majeure publiée en français sur l’œuvre de Lyonel Feininger

Intégration du cubisme

Quand il expose au salon des Indépendants de Paris, en 1911, Lyonel Feininger découvre le cubisme. L’artiste intègre les préceptes de cette avant-garde par une géométrisation des formes qui resteront toujours figuratives, relevant parfois du puzzle assemblé, sans dissociations comme dans les représentations de collages des autres. Les lignes de fraction se feront de plus en plus subtiles, les couleurs joueront les transparences, jusqu’aux chefs-d’œuvre de la fin des années 1920, comme Verre brisé, une toile représentant des plaques de verre transparent et coloré appuyées contre un mur, ou ses marines. Mais le cubisme est déjà très loin.

Lyonel Feininger, peintre de la vitesse, comme en rendez-vous avec le futurisme

Avec le futurisme, Lyonel Feininger est déjà en territoire connu. Il est incontestablement un dessinateur et un peintre de la foule et du rythme. Ses toiles révèlent une extraordinaire aptitude à traduire les registres du mobile, du mouvement et de la vitesse. Ce don est particulièrement frappant dans les enjambées des personnages sur les toiles des premières années de peinture à l’huile, dont aussi Vélocipédistes (1910) ou le prodigieux Course cycliste (1912).

Un peintre lié aux avant-gardes artistiques européennes

Lyonel Feininger est lié à toutes les avant-gardes majeures de l’époque. Membre de la Sécession Berlinoise depuis 1908, il décline une première invitation d’exposer avec le groupe allemand expressionniste Die Brücke. Il finit par accepter la seconde, en 1914, comme celle de Franz Marc, cofondateur du groupe Blaue Reuter avec Kandinsky, dans le cadre d’un salon organisé par l’éditeur du magazine Der Sturm. Il entretient une correspondance avec Alfred Kubin du groupe Blaue Reuter, et, en 1919, devient membre du conseil des artistes de l’Arbeitstrat für Kunst, fondé notamment par Walter Gropius. La même année, il est nommé maître au Bauhaus, l’école d’art d’état créé à Weimar, une ville qu’il a déjà fréquenté avec sa compagne.

Deux exceptionnelles vitrines de jouets-sculptures

Entre 1913 et 1914, Lyonel Feininger conçoit des prototypes de petits trains en bois pour un fabricant allemand. L’artiste fabrique des jouets  sculptés à la main pour ses fils. Il s’agit de trains, de personnages et de bâtiments miniatures. Il poursuivra cette activité, offrant ses créations à ses amis et à leurs enfants. L’exposition propose deux exceptionnelles vitrines réunissant plusieurs dizaines de ces sculptures-jouets.

Pas Allemand en Allemagne

Bien qu’ayant vécu la majeure partie de sa vie en Allemagne, Lyonel Feininger conservera sa nationalité américaine toute sa vie.  Ce qui lui vaudra d’être séparé de sa famille durant la Grande Guerre. Bloqué pendant une longue période à Berlin, il doit pointer chaque jour au poste de police local.

Pas Américain aux États-Unis

Si, dès 1921, le Detroit Institute of Art achète Le Bateau à Aubes II à Lyonel Feininger, première de ses peintures à entrer dans un musée américain, son art est estampillé comme d’origine allemande aux États-Unis dès 1913, au sein d’une exposition d’art graphique, la première de l’artiste outre-Atlantique. Dix ans plus tard, il exposera 47 œuvres aux Anderson Galleries de New York, dans le cadre d’une manifestation consacrée à l’art moderne allemand.

En 1929, une de ses toiles est incluse dans l’exposition Paintings by 19 living Americans au Museum of Modern Art de New York. La critique d’art américaine conteste avec virulence que Feininger soit un artiste américain.

Une avant-garde qui ne plaît pas du tout au national-socialisme allemand 

Dès 1924, Lyonel Feininger et ses collègues du Bauhaus subissent les pressions des syndicats d’artisans et des nationaux socialistes. Il suivra le déménagement à Dessau, en 1925, ville où il  partagera une maison de maître avec Laszlo et Lucia Moholy-Nagy pendant plusieurs années. Il abandonnera sa charge d’enseignant en 1928.

Ses œuvres exposées pour être ridiculisées, “chambre des horreurs”

En 1930, sur instruction du ministre de l’Intérieur et membre du parti nazi, le Schlossmuseum de Weimar décroche notamment les œuvres de Lyonel Feininger de son fonds d’art moderne. En mars 1933, deux mois après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, les peintures de Feininger, ainsi que celles d’autres artistes modernes appartenant à des municipalités ou à l’État, sont exposées pour être ridiculisées dans les vitrines du journal du parti nazi. La maison des Feininger est perquisitionnée par une section d’assaut ; l’artiste parvient à entreposer ses œuvres au Moritzburg Museum. Elle y resteront en sécurité pendant quelques mois, avant d’être reléguées avec d’autres œuvres d’art moderne du musée dans une “chambre des horreurs”, que le public peut visiter.

En 1935, Lyonel Feininger, dont la compagne est juive, trouve des banderoles antisémites à l’entrée du village où ils habitent. La Chambre de la Culture nazie lui réclame des preuves de son ascendance aryenne. Il fournit les documents mais ne pourra exposer que très exceptionnellement. En 1936, Feininger s’arrange pour qu’un ami emporte ses œuvres dans sa ferme familiale.

Deux tableaux de Feininger exhibés dans l’exposition nazie “L’Art dégénéré” font partie de la rétrospective

Le 19 juillet 1937, les nazis ouvrent l’exposition “L’Art Dégénéré”, à Munich. Il s’agit d’une réunion de plus de 600 œuvres d’art moderne confisquées dans des musées allemands. 24 sont de Lyonel Feininger. La manifestation voyagera dans le pays pendant 3 ans.  Les autres œuvres d’art moderne des collections publiques allemandes, dont 460 de Feininger, furent expédiés à Berlin pour être vendues ou brûlées.

Deux tableaux de l’artiste ayant figuré dans l’exposition “L’Art Dégénéré” sont présentés au sein de la rétrospective montréalaise.

Départ définitif pour les États-Unis

En juin 1937, Lyonel Feininger quitte définitivement l’Allemagne avec sa compagne.  L’artiste a reçu une invitation à enseigner au Mills College d’Oakland en Californie, institution pour laquelle il a travaillé l’année précédente, lors d’un déplacement temporaire. Le couple élit domicile à New York, où leur plus jeune fils est déjà établi, le second les rejoindra deux ans plus tard. En 1940, Feininger se lance dans une série de tableaux de gratte-ciel de Manhattan.

Consécration aux États-Unis

À travers, entre autres, une grande exposition de l’artiste organisée dans la galerie new-yorkaise de Karl Nierendolf en 1937, deux commandes officielles pour l’exposition Universelle de New York de 1939, un premier prix pour Gelmeroda XIII, peint en 1936, à l’exposition Artists for Victory au Metropolitan Museum, qui achète le tableau, une rétrospective avec Hartley, en 1944, au Museum of Modern Art et qui circulera dans 10 villes américaines, Lyonel Feininger devient célèbre aux États-Unis.

En 1945, l’artiste enseigne au Black Mountain College, une école d’art expérimentale. Il est venu à l’initiative de Josef Albers, ancien collègue du Bauhaus où Feininger avait la réputation de porter la même attention à tous ses élèves, qu’ils soient doués ou pas. Deux ans plus tard, il est élu président de la Fédération des peintres et sculpteurs américains. En 1949, à Boston, l’Institute of Contemporary Art organise une rétrospective conjointe des œuvres de Lyonel Feininger et Jacques Villon. L’exposition voyagera aussi à Washington et Wilmington en Caroline du Nord.

Avec une santé en déclin depuis plusieurs années, Lyonel Feininger meurt le 13 janvier 1956 dans son appartement new-yorkais.

Photographie de Lyonel et Andreas Feininger

En fin de parcours, la rétrospective montre des tirages de photographies réalisées par Lyonel Feininger à partir de 1928, après que ses fils aient aménagé une chambre noire dans la maison familiale.

L’artiste s’adonnera à cette spécialité par intermittence jusqu’à la fin de sa vie, et pour l’aider un temps dans son travail de peintre. De retour aux États-Unis, dans un New York qu’il ne reconnaît plus, Lyonel Feininger se rapproche de sa ville natale métamorphosée en la photographiant.

Ces tirages sont présentés près d’un important ensemble réalisé par son fils Andreas, photographe du modernisme américain mondialement connu.

Pierrick Moritz

*Feininger à Paris : les dessins de Paris de Feininger, 1892-1911, exposition itinérante du Achim Moeller Fin Art, New York, à la Biennale internationale des antiquaires, Grand Palais, Paris. 1992.

** Lyonel Feininger, huiles, aquarelles et dessins, Galerie Berggruen et Cie, Paris. 1974.

Source biographique : catalogue de l’exposition par Barbara Haskell. Textes de John Carlin, Bryan Gilliam, Ulrich Luckhardt, Sasha Nicholas. Publié par le Musée des beaux-Arts de Montréal et Somogy éditions d’art, Paris, en collaboration avec le Whitney Museum of American Art, New York. 288 pp, 256 reproductions en couleurs, 12 en noir et blanc. Entoilé sous jaquette. 29 x 24,5 cm

Page internet de l’exposition :http://www.mbam.qc.ca/feininger/index_fr.html

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2010/10/11/otto-dix-au-musee-des-beaux-arts-de-montreal


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 42 followers