Archive pour la catégorie ‘Art moderne’

Un tableau exceptionnel de Natalia Goncharova en vente à Londres

26 mai 2012

Le 28 mai, à Londres, Sotheby’s mettra à l’encan une exceptionnelle Nature morte aux jacinthes de Natalia Goncharova (ou Gontcharova, 1881-1962), conceptrice, avec son mari Mikhaïl (Michel) Larionov, du rayonnisme autour de 1910. Les deux artistes  figurent parmi les plus grands de l’avant-garde russe pré-révolutionnaire.

L’huile sur toile  (100 x 72,5 cm) présentée chez Sotheby’s s’inscrit quant à elle dans l’influence des natures mortes réalisées par Matisse autour de 1910. L’arrière-plan montre une partie de Le Blanchissage du linge, peint en 1908 par Goncharova et conservé au Musée historique d’État de Russie. Selon les informations du catalogue, cette nature morte aux jacinthes a fait partie de Exposition de peinture de Natalia Goncharova, 1900-1913, organisée au Bureau d’Art Nadezhda Dobychina de Saint-Pétersbourg en 1914.

Un grand nombre d’œuvres de Natalia Goncharova ne sont pas signées, ce qui constitue un véritable casse-tête pour les historiens et experts de l’art. Dans le catalogue de l’exposition Michel Larionov et son temps, organisée en 1973 au musée Toulouse-Lautrec d’Albi, où des œuvres de Natalia Goncharova accompagnaient celles de son mari, on constate que  la moitié des 18 huiles sur toile créées par elle entre 1907 et 1924  et exposées ne sont pas signées. La nature morte aux jacinthes mis en vente par Sotheby’s présente au dos, des mentions manuscrites en caractères latins et cyrilliques, un numéro et des étiquettes d’expositions.

L’œuvre est estimée 3/4 millions de livres quand le présent vendeur l’avait payée 3 millions dans une vente aux enchères londonienne du même opérateur, en novembre 2007.  Si l’intervalle entre ces deux ventes est relativement court, il s’agit d’une création de qualité muséale pour une artiste dont la cote ne cesse de monter, rivalisant désormais avec celle de Larionov.

À Londres, en février 2010, Christie’s a vendu Espagnole, une  huile sur toile (130,3 x 81,3 cm) peinte en 1916 par Natalia Goncharova, pour la somme de 6,25 millions de livres (7,35 millions d’euros au cours du change de l’époque). Il s’agit du plus haut prix jamais engagé en vente publique pour une œuvre d’une femme peintre.

Natalia Goncharova est aussi connue pour ses décors et costumes réalisés pour les Ballets russes à partir des années 1910.

Pierrick Moritz

1 million d’euros pour le Joan Miro de Gérard Depardieu

23 mai 2012

Provenant de la collection Gérard Depardieu, Le Lézard aux plumes d’or, une œuvre en longueur réalisée à la gouache, encre de chine et au lavis sur papier par Joan Miró en 1969, a été vendue pour 1,05 million d’euros avec les frais (12%) lors d’une vente aux enchères d’art moderne proposée cet après-midi chez Christie’s, à Paris. La composition était estimée 700.000/1 million d’euros sans les frais. PM

À New York, des ventes d’art moderne très élitistes, trop peut-être

4 mai 2012

Clou du catalogue de 76 lots de la vente d’art moderne proposée par Sotheby’s le 2 mai à New York, une version au pastel du Cri d’Edvard Much devient le tableau le plus cher acheté en vente publique. 55 % du chiffre d’affaires record de 330 millions de dollars sont à verser au compte de seulement 5 œuvres (Munch, Picasso, Miro, Dali, Brancusi), un bilan assorti de 15 invendus, d’œuvres dont la valeur s’est très fortement appréciée en une dizaine d’année et d’autres cédées sous les estimations basses. Compte tenu de l’aspect aléatoire de la collecte d’œuvres d’art pour constituer de tels catalogues et des difficultés pour trouver les quelques-unes assurant la part la plus importante du chiffre d’affaires, la situation d’une clientèle d’acheteurs de plus en plus riche et exigeante augure aussi de grands défis pour les opérateurs de cette envergure.   

Avec la recette de 330,5 millions de dollars tirée de sa vacation d’art moderne et impressionniste du 2 mai, à New York,  Sotheby’s réalise son plus important chiffre d’affaires pour une vente aux enchères dans la spécialité.  Des sommes stratosphériques ont été payées pour des œuvres de qualité muséale ; celles n’entrant pas dans cette catégorie ont connu des fortune diverses, y compris la veille, lors d’une vente organisée chez Christie’s, toujours à New York.  

 Le tableau le plus cher du monde en vente publique

Avec une estimation “symbolique” située autour de 80 millions de dollars, la version  du Cri  proposée dans cette vacation a été réalisée au pastel sur panneau (79 x 59 cm) en 1895. Elle est de deux années plus tardive que le célèbre tempera et crayons sur carton (91 x 73,5 cm) détenu par le musée national d’Oslo et la seule, des quatre connues, à être encore en mains privées. Elle était vendue par le transporteur maritime et milliardaire norvégien Petter Olsen. Son père, Thomas, était voisin et client de Munch à Hvitsten, où le peintre acheta une maison en 1911. Cette version du Cri était conservé dans la famille Olsen depuis plus de 70 ans.

Les 120 millions de dollars payés pour acquérir ce chef-d’œuvre de l’art moderne constitue la somme la plus importante jamais déboursée pour acquérir une œuvre d’art en vente publique. Avec 104,16 millions de dollars payés pour Garçon à la pipe de Pablo Picasso (mai 2004, New York) et 65 millions de livres engagés sur une sculpture d’Alberto Giacometti, un exemplaire de L’Homme qui marche I, œuvre de 183 cm de hauteur créée en 1960 et fondue en 1961 (février 2010, Londres), Sotheby’s détient désormais 3 des 4 prix records pour des œuvre d’art vendues aux enchères.

En mai 2010, à New york,  Christie’s avait vendu Nu, feuilles vertes et buste (ou Nu au plateau de sculpteur) de Pablo Picasso pour 106,5 millions de dollars.

5 autres œuvres d’Edvard Munch au catalogue

Autour de cette version du Cri, le catalogue de Sotheby’s présentait 5 autres œuvres de Munch, pour lesquelles les estimations étaient comprises entre 1,5 et 7 millions de dollars. Mais comme, sur le marché de l’art, un nom ne suffit pas à faire un prix, une seule de ces œuvres a été vendue dans la fourchette de l’estimation. Il s’agit d’un Semeur peint à l’huile sur toile (90,8 x 115,5 cm ) en 1913. Estimé 2/3 millions, le tableau a été payé 2,88 millions.

Femme se regardant dans un miroir, une huile sur toile (92 x 73 cm), peinte en 1892, estimée 5/7 millions de dollars sans les frais (12%), a été payée 5,12 millions avec ces frais.

Datée de 1902, une Corde à linge chargée de vêtements à Åsgårdstrand, peinte à l’huile sur toile (67,5 x 72,5 cm), a été payée 2,09 millions avec les frais (12 %) sur une estimation de 2/3 millions sans ces frais.

Pour les mêmes conditions de frais, une Nuit à Saint-Cloud, une œuvre de 1912 peinte à l’huile sur papier monté sur un panneau (29 cm x 24,4 cm) a été payée 1,53 millions de dollars pour une estimation de 1,5/2 millions.

Assortie d’une estimation de 2,5/3,5 millions de dollars et jamais vue en vente publique, la cinquième, une Nuit d’Été peinte à l’huile sur toile (74,3 x 98,6 cm) en 1917 n’a pas trouvé preneur.

29 millions de dollars et des fortunes diverses pour Pablo Picasso

Pour la deuxième estimation la plus élevée, 20/30 millions de dollars, une Femme assise dans un fauteuil,  peinte à l’huile sur toile en octobre 1941 par Pablo Picasso, a été payée 29,2 millions de dollars. Du même, une Tête de femme (portrait de Françoise), peinte à l’huile sur toile (55 x 38 cm) en 1946, a été payée 6,9 millions sur la base d’une estimation de 4/6 millions.

Toujours de Picasso, La Citronnade, une huile sur toile (72,7 x 59,7 cm) de 1954, estimée 3,5/5 millions de dollars, a été payée 3,89 millions et, Femme assise sur fond bleu-rouge, une huile sur toile (73 x 59 cm) de 1956, a été laissée sous son estimation de 4/6 millions de dollars sans les frais (12 %) avec un prix payé de 4 millions avec ces frais. L’Étrangleur, une grande gouache réalisée vers 1904 n’a pas trouvé preneur. L’œuvre était estimée 1/1,5 millions de dollars.

Un Chasseur de chez Maxim’s de Chaïm Soutine gagne 2,5 millions en 8 ans, un autre ne gagne rien  

De Chaïm Soutine, un Chasseur de chez Maxim’s estimé 10/15 millions de dollars sans les frais (12 %) a été payé 9,37 millions avec ces frais. Bien que cédée sous son estimation basse, cette huile sur toile de 1925 avait été acquise chez Sotheby’s par le présent vendeur, en novembre 2004, pour 6,7 millions de dollars.

Du même artiste, une huile sur panneau marouflée sur toile (65,1 x 50,2 cm) intitulée Le Chasseur, estimée 4/6 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur.

14,8 millions de dollars pour Joan Miro

Une Tête humaine de Joan Miro, estimée 10/15 millions de dollars, a été payée 14,8 millions. Cette technique mixte sur toile (81,3 x 65,4 cm), réalisée en 1931, n’avait jamais été vue en vente publique.

Une toile de Dali payée 1,36 million de livres en 1998, réévaluée à 16,32 millions de dollars

Un Printemps nécrophilique de Salvador Dali, a été payé 16,32 millions de dollars pour une estimation de 8/12 millions. Cette huile sur toile (54,6 x 65 cm) de 1936 faisait initialement partie de la collection Elsa Schiaparelli. Le présent vendeur l’avait payé 1,36 million de livres en 1998, chez Christie’s, à Londres.

Un bronze de Brancusi payé 1,21 million de dollars en 1999, réévalué à 12,68 millions

Prométhée, un “visage” en bronze de Constantin Brancusi, d’une largeur de  17,7 cm, conçu et fondu en 1911 dans une édition de 4, a été payé 12,68 millions de dollars pour une estimation de 6/8 millions. L’œuvre avait été acquise pour 1,2 million de dollars en 1999, chez Christie’s, à New York.

Une Cabane de Paul Gauguin passe de 4,62 millions à 8,48 millions en 10 ans

Cabane sous les arbres, de Paul Gauguin, une huile sur toile ( 72,4 x 43,5 cm) peinte en 1892, a été payée 8,48 millions de dollars sur une estimation de  5/7 millions. L’œuvre avait été acquise par le présent vendeur en novembre 2002 chez Christie’s, à New York, pour 4,62 millions de dollars.

Vendus sous l’estimation

Parmi les œuvres cédées sous leur estimation, on trouve aussi une Peinture, réalisée par Joan Miró en 1953, une grande huile sur toile (194,9 x 130,5 cm), payée 4,11 millions de dollars avec les frais (12 %) sur la base d’une estimation de 4,5/ 6,5 millions sans ces frais. Méme déconvenue pour L’Équilibriste, une huile sur toile (130 x 97 cm) de Kees van Dongen, peinte en 1907, estimé 4/6 millions sans les frais (12 %) et cédée 3,44 millions avec ces frais.

Invendus

Des œuvre de Paul Delvaux (Le Canapé bleu estimé 3,5/5,5 millions), Fernand Léger (une Joie de Vivre à 2,5/3,5 millions), Georges Braque (La Desserte I, estimée 2/3 millions) font partie des invendus les plus chers de la vacation.

117 millions de dollars pour une vente dans la spécialité, la veille, chez Christie’s

La veille, toujours à New York, pour une importante vente dans la spécialité, un catalogue de 32 lots proposé par Christie’s a généré 117 millions de dollars.

Si des prix très importants, avec des lots vendus bien au-dessus des estimations, ont été réalisés dans le cadre d’une vacation qui compte seulement 3 invendus, un nombre plus important d’œuvres a été laissé sous les estimations.

Paul Cézanne et Henri Matisse : 19,12 millions pour chacun

Clou du catalogue et estimée 15/20 millions de dollars, une étude préparatoire à l’aquarelle de Paul Cézanne pour la série Les Joueurs de Cartes, a été payée 19,12 millions. Cette œuvre datée entre 1892 et 1896, mesurant 46,7 x 30 cm,  a été réalisée directement à l’aquarelle, sans sous-dessin au crayon. Le prix le plus important payé en vente publique pour une aquarelle de Cézanne, 25,5 millions de dollars engagés sur une Nature morte au melon vert, a été enregistré en 2007, chez Sotheby’s, à New York.

Des Pivoines d’Henri Matisse, peintes à l’huile sur toile (65 x 54,6 cm) en 1907, estimé 8/12 millions de dollars, ont été facturées le même prix.

Payée 3 millions de dollars en 2002, une toile de Picasso est facturée 9,88 millions

De Pablo Picasso, Le Repos (Marie-Thérèse Walter),  une petite huile sur toile (27,3 x 46,3 cm) peinte à Boisgeloup en 1932, a été 9,88 millions de dollars sur la base d’une estimation de 5/7 millions. Le présent vendeur avait acquis cette œuvre chez Christie’s, en 2002, lors d’une vente new-yorkaise, pour quelque 3 millions de dollars.

Alberto Giacometti : un invendu estimé 8/12 millions de dollars

D’Alberto Giacometti, un Buste de Diego, bronze à patine brune, 6/6, conçu en 1957 et fondu en 1958, H. 61 cm, payé 3,6 millions de dollars chez Christie’s en novembre 2005 et nouvellement assorti d’une estimation de 8/12 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur.

La même déconvenue a frappé une petite huile sur toile (31,8 x 46,4 cm) peinte par Salvador Dali en 1943, titrée New Accessories, apparitions et équilibres en perspective et estimée 3/4 millions de dollars.

8 lots vendus sous les estimations

Si d’autres œuvres ont été payée au-dessus des estimations, comme un Amour en plâtre de Paul Cézanne, une huile sur toile (57,2 cm x 24,8 cm), peinte en 1894-1895, estimée 500.000/700.000 dollars et facturée 1,53 millions, 8  (sur 29 vendues) ont été laissées sous les estimations.

Il s’agit notamment d’une Femme endormie de Pierre Bonnard, une œuvre à l’huile sur toile (50 x 71 cm) peinte vers 1928, estimée 1,8/2,5 millions de dollars sans les frais (12 %) et payée 1,42 million avec ces frais ; d’un Mousquetaire et nu assis de Pablo Picasso, une huile sur toile (99,7 x 80,6 cm) peinte à Mougins en 1967, estimée 5/8 millions sans les frais (12%) et payée 4,22 millions avec ces frais.

Pierrick Moritz

Une étiquette à 120 millions de dollars pour un “Cri” d’Edvard Munch

3 mai 2012

Les 120 millions payés pour un Cri de Munch, hier soir chez Sotheby’s, à New York, montrent les limites de la compréhension du marché de l’art, tant il est inimaginable qu’une création de cette importance puisse avoir un prix.

L’art n’a pas de prix, les sommes payées pour acquérir des chefs-d’œuvre n’ont pas de limites. L’art échappe aux puissants, le génie de l’art n’est pas à vendre, il ne s’achète pas. Il ne se possède pas. Malgré les millions déboursés, personne ne sera jamais propriétaire de cette éternité-là.

Les prix des œuvres d’art  sont aussi une façon de mettre une étiquette sur des miracles, au sens propre comme au figuré, une volonté de contrôler, de normaliser, ce qui ne peut pas l’être. Tenter de posséder l’art, impossible dernière conquête matérialiste, serait le chemin de l’ultime pouvoir. Au point que pour satisfaire les illusions de certains, on a aussi inventé un art qui s’achète vraiment, imité de A à Z ; les contrefaçons les plus chères du monde.

Impossible avec ce Cri de Munch qui, pour 120 millions de dollars, comble et discrédite à la fois le marché de l’art.

Pierrick Moritz

Christie’s localise une étude de Paul Cézanne et en attend le prix fort

28 mars 2012

Une étude préparatoire à l’aquarelle de Paul Cézanne pour la série Les Joueurs de Cartes, localisée par Christie’s au Texas, après avoir été  vue en public pour la dernière fois en 1953, figure au catalogue de la vente d’art moderne proposée par l’opérateur en mai à New York.

Représentant un joueur de cartes assis, cette création full-size (les dimensions ne sont pas précisées dans le communiqué), réalisée directement à l’aquarelle (sans sous-dessin au crayon), est estimée 15/20 millions de dollars.

Le prix le plus important payé en vente publique pour une aquarelle de Cézanne, 25,5 millions de dollars engagés sur une Nature morte au melon vert, a été enregistré en 2007 chez Sotheby’s, à New York.

Article en rapport : “Les Joueurs de cartes” de Cézanne, le tableau le plus cher du monde ? : http://artwithoutskin.com/2011/05/02/%e2%80%9cles-joueurs-de-cartes%e2%80%9d-de-cezanne-le-tableau-le-plus-cher-du-monde

“21, rue La Boétie” d’Anne Sinclair : du côté de chez Paul Rosenberg

23 mars 2012

21, rue la Boétie, le livre d’Anne Sinclair sur son grand-père maternel, le marchand d’art Paul Rosenberg, commence par une obligation de justification d’identité auprès de l’administration française, en 2010, et se termine par une situation d’enfermement à New York, en 2011.

Entre ces deux faits qui n’ont rien d’anodin, la journaliste nous livre les fruits d’une enquête passionnante et très documentée, notamment par des informations provenant d’archives familiales inédites. Ce portrait d’un des plus grands marchands d’art moderne du XXème siècle passe par l’évocation du pillage des œuvres d’art des marchands et collectionneurs juifs pendant l’occupation allemande.

Paul Rosenberg n’a jamais publié d’autobiographie (Anne Sinclair cite une ébauche). Les témoignages rapportant les paroles de cet homme passionné par la peinture sont rares, comme la succulente interview donnée à Tériade en 1927 (reprise dans le livre).

En 2010, à la suite d’un contrôle d’identité, et parce que sa toute nouvelle adresse ne figure pas sur ses papiers, la journaliste française née aux États-Unis doit entreprendre des démarches pour justifier de son “identité nationale”.

En se plongeant dans des cartons de lettres et de papiers oubliés, elle revisite l’histoire de la branche maternelle “qui n’était pas sa vie”, un peu mise à distance, à cause aussi du terme de marchand d’art, du drôle de mariage entre les mots “art” et “argent”. Le héros, le modèle, serait plutôt un père engagé dans la France Libre au Moyen-Orient et qui rédigeait des éditoriaux au nom du Général pour Radio-Beyrouth.

Les murs du 21, rue la Boétie, à Paris, où étaient installés la galerie et l’appartement de Paul Rosenberg depuis le début des années 1910, ont successivement abrité l’art et l’abject. En juillet 1940, l’hôtel particulier déserté par la famille Rosenberg est perquisitionné et les œuvres d’art sont saisies. En 1941, le sinistre Institut d’Études des Questions Juives s’y installe. Cette administration sous tutelle nazie est chargée de propager l’antisémitisme et de donner suite aux dénonciations. Paul Rosenberg figurait sur la liste des marchands juifs à piller de la gestapo.

Anne Sinclair nous entraîne dans une visite de lieux qui ramènent à l’histoire de Paul Rosenberg : entre autres,  21, rue de la Boétie, où sont désormais installés des bureaux de Veolia, à Floirac, où Paul Rosenberg et sa famille trouvèrent refuge en février 1940, avant de partir en direction des États-Unis, dans celle d’Henri Matisse, à Issy-Les-Moulineaux, où est conservée la correspondance entre le peintre et le marchand commencée dès 1916, au musée Picasso, avec les 214 lettres de Rosenberg à Picasso, écrites entre 1918 et la mort du marchand d’art, en 1959. Et aussi à New York, 79ème rue, chez sa tante Elaine, pour consulter les archives de la galerie, récupérées il y a seulement quelques années.

La journaliste fouille des cartons d’archives familiales conservés dans un garde-meuble de Gennevilliers, parfois pour débusquer la possibilité d’un secret de famille qui pourrait expliquer certains aspects de la relation entre Paul Rosenberg et sa femme.

Paul Rosenberg était passionné par l’avant-garde du début du XXe siècle, dont Braque, Matisse et Picasso. Il assurait les finances de sa galerie et de ses peintres modernes avec de l’art du XIXe siècle. Des œuvres de Géricault, Delacroix, Cézanne, Manet, Renoir, Gauguin, Lautrec cohabitaient avec celles de Picasso, Braque, Léger, et Matisse.

Le marchand  rencontre Picasso à Biarritz avant la fin de la première guerre mondiale. Tout les deux sont nés en 1881.  Paul Rosenberg devient son représentant pour l’Europe (il signera également des contrats d’exclusivité avec Braque, Léger et Matisse). Il persuade l’artiste de sortir du cubisme et la première exposition consacrée à Picasso chez Rosenberg montre 177 dessins non cubistes inédits ; il réussira à imposer Picasso auprès des marchands américains, en montrant ses créations aux États-Unis dès le début des années 1920. Paul Rosenberg contribua également aux premières rétrospectives de l’œuvre de Picasso, française, en 1932, à la galerie Petit à Paris, et américaine, à Hartford, en 1934.

Le livre évoque la sombre période traversée par le monde du marché de l’art sous le nazisme, et plus particulièrement en France pendant l’Occupation. Pour les Rosenberg, ce fut la saisie de tous les biens du 21, rue La Boétie, des œuvres d’art à l’équipement de la maison, l’ouverture d’un coffre de Libourne par les nazis pour s’emparer de 162 tableaux, notamment des œuvres de Matisse, Monet et Braque, le pillage par les mêmes de 75 tableaux de Floirac, où la famille trouva un temps refuge. Comme si tout cela n’était pas suffisant, Paul Rosenberg sera déchu de sa nationalité française par le régime de Vichy, au motif d’être parti à New York.

Sans refaire le procès de la collaboration, la journaliste replace certains personnages dans le contexte historique. Du côtés des plus illustres, elle dit pourquoi “elle a perdu la foi” dans la sincérité des engagements de Mitterrand.

La récupération des œuvres d’art volées à Paul Rosenberg est racontée. Si l’homme avait conscience que la vie valait bien plus que des tableaux, qu’ils n’étaient rien en regard de l’horreur, c’était une question de justice pour celui qui, en tant que président du Syndicat des négociants en objets d’art, faisait déjà campagne auprès des marchands européens pour boycotter les ventes de “l’art dégénéré” dès l’avènement du nazisme.

Un marchand parisien lui restitue 24 toiles sans poser de questions. Le concierge de la rue de Boétie est poursuivi pour escroquerie, abus de confiance, vol ou détournement. La maison de Floirac fut le cadre d’une véritable machination orchestrée par des Français avec les nazis pour dépouiller encore un peu plus les Rosenberg. Des œuvres et des objets d’art seront récupérés en Allemagne, en Bavière et en Suisse. D’autres ne le seront peut-être jamais.

En août 1944, un petit détachement des troupes de la 2ème DB, conduit par le lieutenant Alexandre Rosenberg, le fils de Paul, arrête à Aulnay le dernier train d’œuvres d’art volées à destination de l’Allemagne. À l’intérieur, il trouvera 148 caisses d’art moderne dont une petite partie appartient à Paul Rosenberg.

Pierrick Moritz

 21, rue La Boétie d’Anne Sinclair,

 chez Grasset, 299 pp, 20,50 euros

Un exceptionnel autoportrait d’Antonin Artaud mis en vente à Paris

23 février 2012

Sotheby’s proposera un rare autoportrait d’Antonin Artaud lors de la dispersion de la collection Florence Loeb, le 5 avril à Paris. Le dessin, daté de 1946, est estimé 500.000/700.000 euros.

On trouvera également un portrait de Florence Loeb par Artaud (200.000/300.000 euros) au programme de cette vacation, réunissant livres et dessins d’Antonin Artaud, et de très belles pièces “d’art premier” héritées de son père, le marchand d’art Pierre Loeb.

Pour cette dernière spécialité, et concernant l’Afrique et les États-Unis d’Amérique, il s’agit notamment d’une tête miniature fang (estimée 20.000/30.000 euros) et d’une poupée kachina (30.000/50.000 euros).

Un portrait de Pierre Loeb par Alberto Giacometti (120.000/180.000 euros) figure aussi au catalogue.

Exposant les artistes surréalistes dès le milieu des années 1920, Pierre Loeb est connu pour avoir organisé avec Tristan Tzara et Charles Ratton, en 1930 à Paris, la première exposition majeure présentant des objets d’Afrique et d’Océanie en tant que phénomène esthétique. Il financa aussi des expéditions ethnographiques comme, en 1929, le voyage de Jacques Viot en Nouvelle-Guinée.

Sa fille, Florence, disparue en 2011, hérita de cette passion pour les civilisations différentes et les artistes visionnaires. Elle connut Artaud en 1946, alors qu’elle avait 16 ans. Cette rencontre aura une influence déterminante sur son existence.

Article en rapport avec Antonin Artaud :  http://artwithoutskin.com/2007/01/31/antonin-artaud-a-la-bnf-derniers-jours