Archive pour la catégorie ‘Art volé’

“21, rue La Boétie” d’Anne Sinclair : du côté de chez Paul Rosenberg

23 mars 2012

21, rue la Boétie, le livre d’Anne Sinclair sur son grand-père maternel, le marchand d’art Paul Rosenberg, commence par une obligation de justification d’identité auprès de l’administration française, en 2010, et se termine par une situation d’enfermement à New York, en 2011.

Entre ces deux faits qui n’ont rien d’anodin, la journaliste nous livre les fruits d’une enquête passionnante et très documentée, notamment par des informations provenant d’archives familiales inédites. Ce portrait d’un des plus grands marchands d’art moderne du XXème siècle passe par l’évocation du pillage des œuvres d’art des marchands et collectionneurs juifs pendant l’occupation allemande.

Paul Rosenberg n’a jamais publié d’autobiographie (Anne Sinclair cite une ébauche). Les témoignages rapportant les paroles de cet homme passionné par la peinture sont rares, comme la succulente interview donnée à Tériade en 1927 (reprise dans le livre).

En 2010, à la suite d’un contrôle d’identité, et parce que sa toute nouvelle adresse ne figure pas sur ses papiers, la journaliste française née aux États-Unis doit entreprendre des démarches pour justifier de son “identité nationale”.

En se plongeant dans des cartons de lettres et de papiers oubliés, elle revisite l’histoire de la branche maternelle “qui n’était pas sa vie”, un peu mise à distance, à cause aussi du terme de marchand d’art, du drôle de mariage entre les mots “art” et “argent”. Le héros, le modèle, serait plutôt un père engagé dans la France Libre au Moyen-Orient et qui rédigeait des éditoriaux au nom du Général pour Radio-Beyrouth.

Les murs du 21, rue la Boétie, à Paris, où étaient installés la galerie et l’appartement de Paul Rosenberg depuis le début des années 1910, ont successivement abrité l’art et l’abject. En juillet 1940, l’hôtel particulier déserté par la famille Rosenberg est perquisitionné et les œuvres d’art sont saisies. En 1941, le sinistre Institut d’Études des Questions Juives s’y installe. Cette administration sous tutelle nazie est chargée de propager l’antisémitisme et de donner suite aux dénonciations. Paul Rosenberg figurait sur la liste des marchands juifs à piller de la gestapo.

Anne Sinclair nous entraîne dans une visite de lieux qui ramènent à l’histoire de Paul Rosenberg : entre autres,  21, rue de la Boétie, où sont désormais installés des bureaux de Veolia, à Floirac, où Paul Rosenberg et sa famille trouvèrent refuge en février 1940, avant de partir en direction des États-Unis, dans celle d’Henri Matisse, à Issy-Les-Moulineaux, où est conservée la correspondance entre le peintre et le marchand commencée dès 1916, au musée Picasso, avec les 214 lettres de Rosenberg à Picasso, écrites entre 1918 et la mort du marchand d’art, en 1959. Et aussi à New York, 79ème rue, chez sa tante Elaine, pour consulter les archives de la galerie, récupérées il y a seulement quelques années.

La journaliste fouille des cartons d’archives familiales conservés dans un garde-meuble de Gennevilliers, parfois pour débusquer la possibilité d’un secret de famille qui pourrait expliquer certains aspects de la relation entre Paul Rosenberg et sa femme.

Paul Rosenberg était passionné par l’avant-garde du début du XXe siècle, dont Braque, Matisse et Picasso. Il assurait les finances de sa galerie et de ses peintres modernes avec de l’art du XIXe siècle. Des œuvres de Géricault, Delacroix, Cézanne, Manet, Renoir, Gauguin, Lautrec cohabitaient avec celles de Picasso, Braque, Léger, et Matisse.

Le marchand  rencontre Picasso à Biarritz avant la fin de la première guerre mondiale. Tout les deux sont nés en 1881.  Paul Rosenberg devient son représentant pour l’Europe (il signera également des contrats d’exclusivité avec Braque, Léger et Matisse). Il persuade l’artiste de sortir du cubisme et la première exposition consacrée à Picasso chez Rosenberg montre 177 dessins non cubistes inédits ; il réussira à imposer Picasso auprès des marchands américains, en montrant ses créations aux États-Unis dès le début des années 1920. Paul Rosenberg contribua également aux premières rétrospectives de l’œuvre de Picasso, française, en 1932, à la galerie Petit à Paris, et américaine, à Hartford, en 1934.

Le livre évoque la sombre période traversée par le monde du marché de l’art sous le nazisme, et plus particulièrement en France pendant l’Occupation. Pour les Rosenberg, ce fut la saisie de tous les biens du 21, rue La Boétie, des œuvres d’art à l’équipement de la maison, l’ouverture d’un coffre de Libourne par les nazis pour s’emparer de 162 tableaux, notamment des œuvres de Matisse, Monet et Braque, le pillage par les mêmes de 75 tableaux de Floirac, où la famille trouva un temps refuge. Comme si tout cela n’était pas suffisant, Paul Rosenberg sera déchu de sa nationalité française par le régime de Vichy, au motif d’être parti à New York.

Sans refaire le procès de la collaboration, la journaliste replace certains personnages dans le contexte historique. Du côtés des plus illustres, elle dit pourquoi “elle a perdu la foi” dans la sincérité des engagements de Mitterrand.

La récupération des œuvres d’art volées à Paul Rosenberg est racontée. Si l’homme avait conscience que la vie valait bien plus que des tableaux, qu’ils n’étaient rien en regard de l’horreur, c’était une question de justice pour celui qui, en tant que président du Syndicat des négociants en objets d’art, faisait déjà campagne auprès des marchands européens pour boycotter les ventes de “l’art dégénéré” dès l’avènement du nazisme.

Un marchand parisien lui restitue 24 toiles sans poser de questions. Le concierge de la rue de Boétie est poursuivi pour escroquerie, abus de confiance, vol ou détournement. La maison de Floirac fut le cadre d’une véritable machination orchestrée par des Français avec les nazis pour dépouiller encore un peu plus les Rosenberg. Des œuvres et des objets d’art seront récupérés en Allemagne, en Bavière et en Suisse. D’autres ne le seront peut-être jamais.

En août 1944, un petit détachement des troupes de la 2ème DB, conduit par le lieutenant Alexandre Rosenberg, le fils de Paul, arrête à Aulnay le dernier train d’œuvres d’art volées à destination de l’Allemagne. À l’intérieur, il trouvera 148 caisses d’art moderne dont une petite partie appartient à Paul Rosenberg.

Pierrick Moritz

 21, rue La Boétie d’Anne Sinclair,

 chez Grasset, 299 pp, 20,50 euros

Axa lance un avis de recherche par voie de presse pour retrouver des objets archéologiques volés au Musée des beaux-arts de Montréal

5 mars 2012

Axa lance un avis de recherche par voie de presse spécialisée, comme dans le Art Newspaper de ce mois-ci, pour retrouver deux importantes pièces archéologiques volées, le 26 octobre 2011 au plus tard, au Musée des beaux-arts de Montréal.

L’information n’a été révélée que le mois dernier pour ne pas gêner les premières investigations.

L’assureur offre une importante récompense, dont le montant n’est pas communiqué et le versement soumis à condition, pour toute information permettant de retrouver ces œuvres d’art.

Il s’agit d’une tête romaine de style égyptien archaïsant en marbre jaune de Numidie (20,2 x 13,3 x 8,5 cm), 1er siècle avant J.-.C., et d’un fragment de bas-relief perse (Persépolis) en grès représentant une tête de garde (21 x 20,5 x3 cm), Empire achéménide, 5ème siècle avant J.-.C. Ces objets, répertoriés, sont invendables ad vitam æternam sur le marché de l’art.

Vol à main armée au musée archéologique d’Olympie

17 février 2012

Selon le Athens News, deux hommes ont effectué un vol à main armée tôt ce matin au musée du site archéologique d’Olympie. Les malfaiteurs, armés de kalachnikovs et masqués, ont fait irruption dans le musée, ligoté la gardienne et brisé des vitrines pour emporter une soixantaine d’objets archéologiques.

Suite à l’annonce du cambriolage, le ministre de la Culture et du tourisme grec, Pavlos Yeroulanos, a présenté sa démission au premier ministre.

En janvier dernier, un portrait de femme peint à l’huile sur toile par Pablo Picasso en 1939, une huile figurative de Piet Mondrian datée de 1905 et un dessin du XVIIe siècle de l’Italien Guglielmo Caccia ont été dérobés lors d’un cambriolage nocturne à la Pinacothèque d’Athènes.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/01/10/une-importante-toile-de-picasso-volee-a-la-pinacotheque-nationale-dathenes/

PM

Une importante toile de Picasso volée à la Pinacothèque nationale d’Athènes

10 janvier 2012

Un portrait de femme à l’huile sur toile peint en 1939 par Pablo Picasso est l’œuvre majeure du butin d’un cambriolage commis dans la nuit de dimanche à lundi à la Pinacothèque d’Athènes, une information révélée hier sur le site de l’Athen News. Les voleurs ont aussi emporté une huile figurative datée de 1905 de Piet Mondrian et un dessin du XVIIe siècle de l’Italien Guglielmo Caccia.

Si l’on prend en compte les références actuelles du marché de l’art en vente publique, le dessin ancien vaudrait quelques dizaines de milliers d’euros et le tableau de Mondrian quelques centaines de milliers.

Cette œuvre de Mondrian se rattache à la période qui précède celle de l’abstraction, cette dernière étant éminemment plus recherchée avec un record en vente publique de 21,56 millions d’euros pour une Composition avec bleu, rouge, jaune et noir vendue au cours de la dispersion parisienne de la collection Saint Laurent/Bergé en 2009.

La valeur de la toile de Picasso peut être estimée à au moins plusieurs millions d’euros.

Invendables sur le marché de l’art, les importantes œuvres d’art volées, et notamment celles de Picasso, sont souvent retrouvées. Si ce n’est pas encore le cas pour le carnet de 33 dessins de l’artiste dérobé en juin 2008 au Musée Picasso de Paris, 3 de ses œuvres disparues de l’appartement parisien de sa petite-fille en février 2007 ont été récupérées quelques mois plus tard, dans le cadre de l’interpellation des auteurs du cambriolage.

En 2005, et pour une affaire remontant à l’année précédente, une nature morte “à la charlotte” peinte en 1924 avait été récupérée. En 2006, un tableau de l’artiste d’une valeur de 2 millions d’euros avait été restitué à une galerie monégasque au lendemain de son vol.

En 1986, à la National Gallery of Victoria de Melbourne, Femme pleurant (une toile  cubiste de 1937 représentant Dora Maar) avait été volée par un groupe se nommant  “Les Terroristes culturels australiens” et qui menaçait de la détruire si une rançon n’était pas payée.  17 jours plus tard, la toile était retrouvée sans dommages dans la consigne d’une gare.

Toujours pour un portrait de Dora Maar par Picasso, un buste en bronze avait été volé en 1999 dans le square de Saint-Germain-des-Prés qu’il agrémentait. L’œuvre sera retrouvée, exposée de bonne foi, dans une mairie de banlieue. Entre temps, elle avait transité par le fossé dans lequel on s’en était débarrassée.

Les œuvres d’art volées sont aussi menacées de détériorations et de destruction. Selon les déclarations de l’un des suspects mis en examen dans le cadre de l’affaire du cambriolage du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2010, les toiles dérobées de Braque, Léger, Matisse, Modigliani et Picasso auraient été jetées dans une poubelle.

Pierrick Moritz

Les chefs-d’œuvre volés du Musée d’art Moderne jetés à la poubelle ?

9 octobre 2011

Selon une dépêche du bureau parisien d’Associated Press, publiée hier sur le site du Nouvel Observateur, les toiles de Braque, Léger, Matisse, Modigilani et Picasso volées l’année dernière au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris auraient pu être jetées dans une poubelle. C’est du moins ce qu’affirme l’un des suspects mis en examen dans le cadre de cette affaire.

En 2001, sous le coup de la panique après l’arrestation de son fils qui conservait dans sa chambre les 239 objets et œuvres d’art qu’il avait volés dans des musées, églises ou châteaux d’Europe, une Française avait jeté une grande partie de ce trésor dans le canal Rhin-Rhône.  Elle avait également détruit à la hache et au marteau des œuvres de Boucher, Dürer, Schoebroeck et Watteau.

Article en rapport :  Art détruit, histoires célèbres et anecdotes: http://artwithoutskin.com/2007/02/04/art-detruit-i-destroyed-art-i-histoires-celebres-some-famous-storie

PM

Un tableau d’un casse à 33 millions de dollars retrouvé

28 mai 2011

Selon une dépêche AP en anglais datée du 23 mai, un triptyque du XIVe siècle sur fond or  volé en Italie en 1971 a été retrouvé dans un musée du Kentucky.

La peinture attribuée à Jacopo del Casentino, achetée 38.000 dollars dans une galerie de New York en 1973, a été retournée aux autorités italiennes.

À titre de comparaison, Sotheby’s Londres a vendu un petit panneau du même artiste pour l’équivalent de 85.000 dollars en 2008.

L’élément central du triptyque représente une Vierge à L’Enfant entourée de saint Jean-Baptiste et sainte Catherine d’Alexandrie, et les deux panneaux extérieurs la Crucifixion de Jésus, l’Annonciation à la Vierge Marie et deux saints.

Ce tableau fait partie d’un ensemble de 14 œuvres d’art dérobé dans une villa italienne il y a 40 ans et est loin d’être le plus cher d’un casse évalué à 33 millions de dollars.

Le masque africain le plus cher du monde réapparaît, puis disparaît

28 décembre 2010

L’État d’Edo (Nigeria) aurait fait annuler la vente par Sotheby’s d’un trésor national volé en 1897

En septembre 2009, Artwithoutskin relayait une information du Art Newspaper annonçant la possible mise en vente chez Sotheby’s Paris d’un extraordinaire masque pendentif  en ivoire du Royaume du Bénin, dit masque Gallwey, du nom de son premier “propriétaire” occidental.

Le caractère très exceptionnel de cette pièce datée vers 1500,  à l’effigie très probable d’Idia, la première reine mère du Royaume du Bénin, en ferait certainement l’œuvre d’art premier la plus chère du monde si elle était effectivement présentée dans une vente internationale.

Ce record est actuellement détenu par le masque Ngil de la collection Vérité, payé 5,9 millions d’euros avec les frais en 2006 à Drouot.

À l’époque, Sotheby’s n’avait pas confirmé avoir ce trésor en dépôt.

Ce qui a été fait le 22 décembre dernier, avec l’annonce de sa mise en vente à Londres le 17  février 2011, l’estimation étant fixée à 4/5,3 millions d’euros sans les frais.

Deux jours plus tard, Sotheby’s indiquait sans plus de  précisions que le vendeur annulait l’opération.

Selon The Nigerian Observer, c’est une intervention du gouvernement de l’État d’Edo (Nigeria) auprès des Nations Unies qui serait à l’origine de cette annulation, le masque étant un trésor national volé (avec d’autres objets) lors de “l’expédition punitive” anglaise de 1897.

Pierrick Moritz


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