Archive pour la catégorie ‘Arts décoratifs’

Les valeurs de l’Art déco

21 mai 2012

Pour vulgariser succinctement le mobilier Art déco, on peut parler de géométrisation des volumes, et des motifs décoratifs éventuels. Si ce “mouvement” concernant aussi l’architecture est plus connu pour être né après la Première Guerre mondiale, ses prémices se situent au début des années 1910. C’est-à-dire quand la vogue de l’Art nouveau s’essouffle.

L’Art déco est souvent rapproché du cubisme, mouvement pictural - dont la grande période historique s’arrête avec le début de la Première Guerre mondiale - de nature plus complexe qu’une simple géométrisation des formes. À propos de l’Art déco, on peut aussi évoquer le besoin d’ordre et de clarté ressenti après le chaos de cette Première Guerre mondiale.

Les créations de l’époque de l’Art déco sont toujours très recherchées, même avec un tassement des prix pour les pièces les plus exceptionnelles et, ces dernières années, des invendus de taille sur le marché de l’art en vente publique. Le mobilier Art déco le plus courant trouve aujourd’hui moins facilement preneur, un phénomène qui impacte toutes les spécialités pour ce niveau de qualité.

Art déco de luxe aux enchères millionnaires

Lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, évènement culminant de l’époque de l’Art déco, deux productions mobilières très différentes se côtoient. L’une vise une élite fortunée dans la tradition des meubles de luxe et se caractérise par l’emploi de matériaux et de techniques coûteux. Elle est novatrice mais reste dans la tradition des productions artisanales des époques antérieures, notamment par le travail d’ébénisterie.

Il s’agit de pièces uniques ou réalisées en très peu d’exemplaires, comme les meubles d’Émile-Jacques Ruhlmann dont la valeur d’un seul peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire dépasser le million. Ces meubles rares sont le plus souvent marqués d’une signature estampillés. Ils peuvent être répertoriés dans des archives ou liés à une facture. Il existe également d’autres créations dessinées par Ruhlmann, mais diffusées en plus grand nombre et dont les prix sont loin d’atteindre des sommets.

Effets de matières et fusion culturelle

Certaines des créations les plus sophistiquées de l’époque de l’Art déco se singularisent par une recherche sur les effets de matières. Il s’agit de la transparence des marbres et des plaques d’albâtre pour les luminaires (Pierre Chareau), de l’emploi de matériaux nobles comme certains bois exotiques, mais aussi l’ivoire, le jade ou le corail. Cette production de luxe utilise des techniques artisanales et des matériaux coûteux et délicats. On pense au travail du laque (Eileen Gray, Jean Dunand, Gaston Suisse) ou de la marqueterie (y compris de paille pour certaines réalisations de Jean-Michel Frank), des essences de bois rares, de la ferronnerie (Edgar Brandt) et de la bronzerie d’art, du galuchat, de très beaux cuirs ou de parchemin pour le gainage ; l’emploi de feuilles d’or, la réalisation de verre gravé. De petits objets en matériaux précieux comme l’ivoire, l’écaille, le corail, l’or et l’argent sont réalisés par des créateurs aujourd’hui très recherchés. Il s’agit, par exemple, des pièces raffinées d’Eugénie O’Kin. Cette catégorie de meubles et d’objets peut intégrer l’influence des arts traditionnels japonais, chinois ou africain.

À la différence des engouements “exotiques” des époques antérieures, comme les vogues,  du XVIIIe au début du XIXe siècles, pour la Chine, l’Orient et le Japon, on est ici dans la fusion culturelle et non dans le pastiche. Cet Art déco intègre parfois des motifs ornementaux abstraits ou figuratifs stylisés que l’on va retrouver, par exemple, sur des tapis (Ivan da Silva Bruhns).

Influence jusque dans les années 1950 pour une production bon marché

Cet Art déco de luxe a inspiré jusque dans les années 1950 –  quand on arrête traditionnellement l’époque de l’Art déco à 1939 – une abondante production de meubles et d’objets bon marché qui, par mesure d’économie, ne pouvait reprendre que les lignes et la géométrisation du genre, avec un rappel plus ou moins heureux de motifs surexploités (comme celui de la fleur aplatie présenté comme un tronçon, dont on a aussi beaucoup abusé pour l’ornementation architecturale), et avec l’utilisation de matériaux communs comme certains bois, la fonte, le régule, le verre moulé, la bakélite, les marbres communs, le laiton, le métal doré, la terre cuite moulée, l’étain, la porcelaine, le grès.

Il s’agit de garnitures de cheminée, serre-livres, statuettes, sculptures animalières ou anthropomorphe, services à café, vases ou lustres évoquant de très loin les créations de Lalique, meubles de fabrication semi-industrielle comme les buffets de cuisine et les guéridons, boucles de ceinture, réveils, plateaux de service, services à liqueurs, et autres porte-photos. L’intérêt financier de ces meubles et objets est extrêmement limité

 “Futuriste” ; préfiguration du phénomène de mondialisation

L’autre grand chapitre de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, concerne une production visionnaire, “futuriste”, toujours destinée à une riche clientèle, souvent de commanditaires. Il s’agit d’un modernisme élégant et raffiné, qui réfute l’ornementation,  ingénieux, dont les formes seront sacrées à raison comme intemporelle, à l’instar de certaines créations d’Eileen Gray comme son fauteuil Bibendum. Ce mobilier, d’une influence phénoménale dans l’histoire des arts décoratifs contemporains, intègre parfaitement les réalisations du mouvement architectural dit “international” qui s’épanouit à partir des années 1920 et préfigure le phénomène de la mondialisation. Ces pièces d’époque s’échangent contre des sommes considérables.

Production de masse

Ce mobilier s’apparente à celui créé par un mouvement également représenté à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes  de 1925 mais destiné à une production de masse. Ici, la fonction définit la ligne, l’ornementation est absente, les volumes sont évidés. On emploie des matériaux communs comme le métal tubulaire et le verre pour des meubles et objets pratiques, ergonomiques, économiques et reproductibles en série. Innovants et radicaux, ces préceptes s’inscriront naturellement dans l’histoire sociale et économique de l’Après-guerre, dans un monde qui réclame une production accrue, efficace et rapide, et offrant des standards internationaux pour donner ce que l’on nomme aujourd’hui “le design”. Ce type de mobilier d’époque est aujourd’hui très recherché. En dehors de ce qui en a été présenté lors de l’exposition internationale de 1925, où figuraient des pavillons emblématiques de ce mouvement comme celui de l’Esprit Nouveau de Le Corbusier ou les présentations de Robert Mallet-Stevens, ce courant s’est également fait connaître par l’Union des Artistes modernes créées en 1929 par le même Mallet-Stevens.

Christopher Dresser

Avant les ateliers du Bauhaus (1919-1933), initiateurs les plus connus de ce modernisme, certaines créations de l’Irlandais Christopher Dresser (1834-1904) sont reconnues comme avant-gardistes de cette approche toute fonctionnelle de l’objet, au détriment de l’ornementation. En 1937, l’Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la vie moderne de Paris a également revendiqué l’importance de l’efficacité de l’objet en terme de fonction.

Néoclassicisme

Un troisième mouvement décoratif s’épanouit pendant la période de l’Art déco. Il s’agit d’un néoclassicisme dont l’ornementation figurative reprend les thèmes de l’antiquité et qui se prolongera dans les années 1940. On retrouve notamment ces décors, pour une production destinée à une clientèle plutôt privilégiée, sur des meubles, des panneaux décoratifs ou des tapisseries. Le genre a ses amateurs mais fait moins l’unanimité.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.

Les valeurs de l’art chinois ancien (analyse)

23 avril 2012

Conséquence, parmi d’autres, du boom économique de la Chine et de l’enrichissement considérable d’une fraction de sa population, l’engouement pour les objets et œuvres d’art traditionnel chinois s’accompagne d’une spéculation en partie stimulée par la forte exposition médiatique d’une spécialité autrefois plus confidentielle. Devant un marché désormais beaucoup plus sélectif, les apprentis chercheurs occidentaux de “trésors” chinois anciens appréhendent souvent difficilement les critères culturels faisant l’intérêt de telles pièces.   

En Chine, il existe l’art de peindre le vide, de le rendre sensible et de composer de multiples variations sur ce thème singulier, Rudolf Otto dans Le Sacré, 1917.

Ces œuvres se rangent parmi les créations les plus profondes et les plus grandes que l’art humain ait jamais produites, Otto Fischer dans Das Kunstblatt, janvier 1920.

Les phrases les plus justes et les plus belles écrites par des Occidentaux sur l’art traditionnel chinois sont le plus souvent relativement anciennes, l’Occident semblant avoir perdu pendant des décennies la trace de cette immense culture.  

La Chine récupère son patrimoine, en partie pillé par les Occidentaux

Investisseurs et collectionneurs, principalement chinois, ont contribué à la montée vertigineuse des prix des objets et œuvres d’art chinois en spéculant sur une manne créée par la classe sociale la plus aisée qui a émergé du boom économique de la Chine. Cette élite financière semble aussi désireuse de s’entourer les témoignages d’un passé fastueux que de rapatrier nombre d’objets impériaux dispersés de par le monde à la suite des exactions étrangères de la seconde moitié du XIXème siècle.

Quand ils sont retrouvés en Europe, les objets chinois impériaux peuvent provenir de pillages militaires. On pense notamment au premier sac du palais d’été des empereurs à Pékin à l’automne 1860 par les armées française et anglaise, peu avant la fin de la troisième Guerre de l’opium.

La première phase de cet interminable conflit débuta en 1842 à la suite de l’interdiction par la Chine des importations d’opium par la Grande-Bretagne pour en protéger sa population. La mesure ne fut pas du tout du goût des Anglais qui entrèrent en conflit pour continuer à y acheminer leur opium indien. Le palais d’été de Pékin fut à nouveau pillé par l’Alliance des huit Nations en 1900.

Des enchères millionnaires pour des estimations millionnaires

En mars 2011, dans deux ventes aux enchères toulousaines, un rouleau impérial chinois long de 24 mètres ayant appartenu à l’empereur Qianlong (règne de 1736 à 1795) était payé 22,05 millions d’euros et 12,93 millions étaient engagés sur un sceau impérial en néphrite blanche du même empereur.

Un an plus tard, un lave-pinceau chinois en céramique Ru, lot vedette d’une série de ventes organisée par Sotheby’s à Hong Kong, était emporté pour l’équivalent de 20 millions d’euros.

Des prix incroyables pour des objets aux estimations modestes 

Si les prix records enregistrés dans les ventes publiques pour  de rarissimes objets et œuvres d’art traditionnel chinois – en opposition aux pièces d’exportation adaptées au goût des Occidentaux – concernent principalement des lots aux estimations déjà très importantes, d’autres (dont des pièces d’exportation), pour lesquels les attentes sont beaucoup plus modestes, décuplent régulièrement leur estimation.

En 2010, dans une vente milanaise de Sotheby’s, un amateur engageait 120.750 euros sur une petite sculpture en corail rouge de la première moitié du XXe siècle estimée 500/700 euros. En décembre 2011, dans une vente parisienne du même opérateur, l’estimation de 600/800 euros pour une bouteille en verre overlay vert et jaune, marque Qianlong, donnait une facture finale de 29.800 euros. Lors d’une vente aux enchères chez Tajan, à Paris, quelques mois auparavant, un vase bouteille chinois de la fin du XIX siècle – et dont il manquait quand même le fond – était payé 32.937 euros quand 300/400 euros en étaient attendus.

L’écart le plus incroyable entre estimation et prix finalement payé pour un objet d’art chinois négocié en vente publique concerne un vase à décor de la famille rose et or, présenté l’année dernière chez Sotheby’s, à New York. Estimée 800/1.200 dollars, cette porcelaine d’une quarantaine de centimètres de hauteur, marquée d’un cachet Qianlong (XVIIIe), mais vendue pour une création du début du XXe siècle à cause de doutes sur son ancienneté, était payée 18 millions de dollars.

Un raccourci aux références spectaculaires, des acheteurs plus sélectifs

Cette présentation sensationnelle du marché des objets d’art chinois ancien, un raccourci aux références spectaculaires, pourrait faire oublier que les objets vendus à de tels prix sont exceptionnels dans leur catégorie. Beaucoup d’autres ne trouvent pas preneur.

L’augmentation considérable des prix des objets d’art chinois ancien depuis une dizaine d’années, plus progressive qu’on pourrait le penser, a connu une accélération en fin de période, notamment due à une forte poussée spéculative. Des échelles de prix revues en très forte hausse dans le cadre d’une évolution exponentielle pourraient expliquer ce décalage entre estimation et enchère finale pour certaines pièces pour lesquelles on ne possède pas d’éléments de comparaison antérieurs à cette séquence.

Le seuil de résistance à la hausse testé par les opérateurs semble atteint. Les acheteurs les plus riches sont beaucoup plus sélectifs, ne s’intéressant, comme dans bien d’autres spécialités, qu’à l’extrême rareté. Ils tournent le dos aux estimations rendues extravagantes par des expériences inattendues de prix mirobolants.

Invendus, impayés et spéculation

Même si des prix faramineux sont toujours enregistrés en vente publique pour la spécialité, et pour les objets et œuvres d’art impériaux en particulier, certaines difficultés se font sentir depuis 2011, et que cela soit à Paris, New York ou Hong Kong.

De plus en plus d’objets d’art traditionnels chinois, dont de très importants, ne trouvent pas preneur. Beaucoup ne sont aussi jamais payés, des spéculateurs ayant espéré réaliser une plus-value dans le cadre d’une revente entre l’enchère finale et le règlement (l’enchérisseur s’arrange pour faire patienter la maison de vente, ce qui peut durer un certain temps). La manœuvre est rendue compliquée par le fait que les objets ne sont bien entendu jamais remis avant l’encaissement du règlement.

Ces impayés sur les objets d’art chinois les plus prestigieux ont pris une telle ampleur que les maisons de vente en sont arrivées à demander le versement de cautions préalables pour les pièces les plus importantes. Ces garanties peuvent atteindre plusieurs millions de dollars hong kongais. Les acheteurs potentiels désireux d’enchérir sur ces objets les plus chers doivent aussi s’enregistrer auprès de l’opérateur avant la vente, avec pour condition de fournir toute preuve de garantie financière demandée.

Outre le fait que l’injonction de prouver sa solvabilité puisse froisser les susceptibilités, et d’autant plus dans la culture chinoise, les vrais investisseurs et collectionneurs sont devenus extrêmement méfiants devant cette forme de spéculation. Les résultats de ces ventes aux enchères d’art chinois, immédiatement signalés par les opérateurs et répertoriés par les bases de données après les vacations, doivent être interprétés avec la plus grande prudence, certains concernant très probablement des objets et œuvres d’art qui n’ont jamais été payés.

Les ressources en objets d’art chinois ancien sont importantes

Certains prix exorbitants demandés pour des pièces d’art chinois ancien ne présentant pas de caractère exceptionnel sont d’autant moins crédibles qu’on peut légitimement estimer que les ressources en marchandise de ce type sont extrêmement importantes.

Si les amateurs de “chinoiseries” européens des XVIIIe et XIXe siècles faisaient partie d’une couche sociale privilégiée – et donc réduite – de la population, les quantités d’objets réunies dans leurs cabinets réservés à la spécialité pouvaient être impressionnantes.

Aux États-Unis, entre  la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle,  certaines pièces “exotiques” de luxueux appartements new-yorkais pouvaient être littéralement farcies d’objets d’art chinois, comme le montrent les photographies d’époque de Joseph Byron (New York Interiors at the Turn of the Century, Dover Publications, 1976).

On pense aussi aux cargaisons d’épaves de porcelaines chinoises anciennes d’exportation qui gisent au fond des océans et dont certaines sont remontées à destination du marché de l’art, y compris par le marché noir asiatique.

Rareté des objets fabriqués pour la cour impériale

Ces faits déplaisants ont moins de succès que les histoires très médiatisées d’objets chinois millionnaires découverts chez des particuliers qui en ignoraient la valeur, et notamment en France. Du coup, certains rêvent de dénicher de tels trésors dans leur cave ou sur les vide-greniers. Au risque de faire baisser encore d’un cran l’enthousiasme, il faut rappeler que les objets d’art chinois figurant parmi les plus recherchés, notamment ceux ayant appartenus à la cour impériale, sont rares.

S’ils donnent lieu à une flambée des prix sans précédent, les objets impériaux ont toujours été appréciés de collectionneurs qui déboursaient des sommes moins phénoménales mais déjà conséquentes pour les acquérir. Ce marché était simplement plus confidentiel. S’il peut tenter de surfer sur cette vague spéculative, le propriétaire d’un objet de ce type n’est pas toujours sûr d’obtenir des prix aussi satisfaisants que ceux dont la communication des maisons de vente, cherchant aussi à frapper les esprits pour recruter de nouveaux vendeurs, se fait l’écho.

La présence d’un cachet de règne n’est pas un gage assuré de grande valeur

Les Français  trouveront le plus souvent des objets d’exportation dont la valeur sera située entre quelques dizaines et quelques milliers d’euros.

Dans tous les cas, les marques de cachet, et notamment de règne, éventuellement présentes sur un objet ou une œuvre d’art chinois doivent être déchiffrées par des spécialistes. Pour les marques de règne, il pourra par exemple définir si celle-ci est apocryphe. Si la présence de ces marques de cachet n’est pas forcément un gage de très grande valeur, un objet d’art chinois qui en est dénué peut valoir très cher. Ainsi, dans la catégorie des porcelaines, certains pièces impériales et pour certaines périodes peuvent n’en présenter aucune.

Ces empreintes peuvent aussi être incisées sous des verreries comme les superbes monochromes opaques du XVIIIe siècle, en rouge ou en bleu, ou dites overlay de la même époque. Ces objets précieux peuvent comporter des calligraphies pour des dédicaces et/ou des poèmes. Des objets destinés à la cour peuvent être identifiés par une couleur qui, à une époque donnée, lui était réservée. Il existe un répertoire des formes spécifiques des céramiques chinoises.

Des panneaux chinois anciens sur des meubles de télévision

Si des panneaux anciens en laque chinois ont été employés et réemployés dans l’ébénisterie françaises à des époques antérieures, il faut savoir que, autour des années 1960, période où l’art chinois ancien bénéficie d’un effet de mode dans un certain milieu bourgeois, des ébénistes parisiens réalisaient des meubles agrémentés de véritables panneaux anciens en laque chinois en façade.

Il s’agit notamment de meubles “cache-télévision”, équipement jugé très laid à l’époque, se présentant sous forme de bahut à deux vantaux, mais aussi de coffres équipés d’un élévateur pour le téléviseur. Si la structure moderne du meuble n’a aucune valeur, ces panneaux anciens peuvent souvent se vendre au moins quelques centaines d’euros, parfois plus.

On connaît aussi des exemples de “meubles musicaux” de la même époque, également réalisés à partir de panneaux chinois anciens, comme des tables basses dont les panneaux chinois anciens amovibles dissimulent du matériel hi-fi.

Le jade : de l’or, spirituel

Certains prix importants payés pour des objets et œuvres d’art traditionnel chinois sont établis  à l’aune de critères philosophiques et religieux qui peuvent échapper aux Occidentaux. On pense, par exemple, aux sommes parfois très importantes payées par les jades sculptés, et même d’époque moderne.

Ici, la symbolique du matériau détermine la valeur de l’objet, comme les critères de sélection internationaux pour le matériau (poids en carat, rareté de la couleur) et esthétique par le talent du sculpteur. Selon le Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant (collection Bouquins, Robert Laffont/Jupiter) le jade, de même que l’or, est chargé de Yang et donc d’énergie cosmique. Symbole même du Yang, il est doué de qualités solaires, impériales, indestructibles. (…). La définition précise également qu’il est l’emblème de la perfection, de la fonction royale et que même la sonorité du matériau est chargé de symboles.

 Le souffle mythique de l’antique Tao, la respiration de l’Être intime

La peinture classique chinoise paysagiste (sur rouleau dont certains très longs, mais aussi sur des feuilles d’éventail), immuable depuis des siècles et que les Occidentaux appréhendent avec difficulté, d’autant plus quand certaines de ces œuvres figuratives dépouillées s’échangent contre des millions d’euros sur le marché de l’art, est avant tout emprunte de spiritualité.

Dans son ouvrage Le Sacré, Rudolf Otto fait référence à un article d’Otto Fischer sur ce sujet et publié dans le numéro de janvier 1920 de la revue d’art allemande Das Kunstblatt  : “Ces œuvres se rangent parmi les créations les plus profondes et les plus grandes que l’art humain ait jamais produites. Qui se plonge dans leur étude perçoit derrière ces eaux, ces nuages et ces montagnes le souffle mythique de l’antique Tao, la respiration de l’Être intime. Dans ces images résident de profonds mystères, tous ensemble voilés et révélés. Il y a en elles la connaissance du “néant” et du “vide”, la connaissance du Tao du ciel et de la terre, qui est aussi le Tao du cœur humain. Malgré leur éternel mouvement, on croit percevoir en elles une profondeur lointaine et silencieuses, et comme un souffle caché sous les flots.”

L’art de peindre le vide

Dans le même ouvrage, l’auteur nous parle de la particularité du vide dans la peinture chinoise classique : “En Chine, il existe l’art de peindre le vide, de le rendre sensible et de composer de multiples variations sur ce thème singulier. Il y a des tableaux sur lesquels il n’y a “presque rien”, un style qui consiste à produire le plus d’effet avec les traits les plus exigus et les moyens les plus réduits ; bien plus, à la vue de très nombreux tableaux, spécialement de ceux qui sont en rapport avec la tendance contemplative, on a l’impression que le vide est lui-même l’objet dépeint, qu’il est l’objet principal de la peinture.”

Pierrick Moritz

Sources bibliographiques : John Ayers : La Collection de porcelaines chinoises de Marie Vergottis. Traduction française de Frank Dunand. Fondation Georges et Marie Vergottis. Lausanne. La Bilbliothèque des Arts, 2004. Rudolf Otto : Le Sacré, l’élément non-rationnel dans l’idée du divin et de sa relation avec le rationnel, pp 105-106, 108. Petite Bibliothèque Payot. Édition de 1968.

Pierrick Moritz 2011-2012. Texte enregistré à la SACD sous les numéros 24503 et 254240, faisant partie d’une somme sur le patrimoine “réaliste” des Français en objets de brocante, antiquités, objets et œuvres d’art. Ce texte est protégé par la législation sur le droit d’auteur. Sa reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation de l’auteur. La protection du travail de l’auteur concerne la reproduction directe du contenu et de sa structure, mais aussi  la contrefaçon, jugée sur les similitudes, mais aussi sur les différences destinées à les maquiller.

Un tapis très raccourci payé 1,8 million d’euros à Paris

20 avril 2012

Un tapis de la manufacture Royale de la Savonnerie, daté vers 1630-1632, a été payé 1,85 million d’euros avec les frais cet après-midi chez Sotheby’s, à Paris.

Présentant principalement un centre à fond jaune entouré d’une large bordure rouge, le tout décoré de fleurs et d’enroulements fleuris, ce tapis était estimé 1,8/2,5 millions d’euros sans les frais.

Il a finalement été adjugé 200.000 euros de moins que le minimum attendu.

Le fait que ses dimensions d’origine ont été considérablement réduites au cours de son histoire, passant de 9,16 x 6,20 mètres à 5,92 x 3,86 mètres, explique ce manque d’engouement pour un genre rarissime sur le marché de l’art.

Ce tapis était très bien documenté, notamment du nom du commanditaire, le cardinal Giovanni Francesco Guidi di Bagno (1578-1641), et de directives de fabrication datées de 1631.

PM

Centenaire du naufrage du Titanic : ventes aux enchères et produits inspirés du paquebot

13 janvier 2012

2012 est l’année du centenaire du naufrage du Titanic, paquebot mythique coulé par un choc avec un iceberg au large de la Nouvelle-Écosse au cours de son voyage inaugural vers New York, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Actualité des ventes aux enchères et mise en avant de produits et créations inspirés du paquebot marquent cet évènement.

Si, entre une tête de rivet payée 504 livres, des clés des toilettes de première classe parties à 43.000 livres et un plan en coupe à 220.200 livres, on trouve régulièrement des souvenirs du Titanic dans les ventes aux enchères internationales, le centenaire du naufrage le plus célèbre du monde engendre une actualité plus fournie dans ce domaine, notamment avec la mise sur le marché d’une exceptionnelle collection de plus 5.000 objets collectés sur le site de l’épave.

Les produits et créations inspirés de l’histoire du Titanic sont également mis en avant en 2012, comme un  livre de recettes du dernier dîner en première classe (prévoir homard et caviar frais), une édition commémorative du service à vaisselle du restaurant “à la carte” et la sortie en 3-D du Titanic de James Cameron, le 4 avril dans les salles de cinéma françaises.

Plus de 5.000 objets récupérés sur le site du naufrage

Quand les objets en rapport avec le Titanic habituellement proposés à la vente ont été sauvés du naufrage par des passagers ou n’ont jamais été présents à bord, les quelque 5.000 reliques de la vacation du 11 avril à New York par l’opérateur Guernesey sont exceptionnelles car directement collectées sur le site de l’épave par RMS Titanic, Inc. Cette entreprise a mené de manière exclusive les missions de recherche et de récupération sous-marines depuis la localisation du Titanic en 1985.

Il s’agit notamment d’effets personnels de passagers, comme une épingle à cheveux, une paire de lunettes ou un sac en maille, un gilet en laine retrouvé dans une valise et un bracelet, de vaisselle, d’art décoratif comme ce chérubin en bronze, porte-torchère qui ornait la rampe du grand escalier, et d’éléments de construction du navire.

Ces vestiges ont été prélevés au cours de sept campagnes de fouilles sous-marines organisées pendant 25 ans. Le lot comprend également les droits des vidéos des plongées, des images 3-D du navire, et la carte de la première enquête complète et unique réalisée sur le site de l’épave.

Clauses restrictives

Cette collection est proposée aux enchères en un seul lot estimé 189 millions de dollars. Son acquisition est subordonnée à certaines clauses restrictives comme l’entretien des objets et leur exposition publique.

L’acheteur aura également la possibilité d’assumer un rôle “d’intendant” du Titanic, avec la mission de protéger et de préserver le site du naufrage pour les générations futures. Une partie des bénéfices de la vente sera consacrée à un fonds de dotation pour la conservation des futurs objets collectés.

220.000 livres pour une coupe en largeur du paquebot

Le prix le plus élevé obtenu en vente publique pour un souvenir du Titanic a été enregistré l’année dernière chez l’opérateur britannique Henry Aldridge & Son, avec 220.000 livres engagées sur un plan d’époque montrant une coupe en largeur du paquebot. Dans la même vacation, un ensemble de deux clefs des toilettes de première classe a été payé 43.000 livres.

Henry Aldridge & Son, qui a régulièrement proposé des souvenirs du Titanic ces dernières années, a annoncé la présence de souvenirs provenant du paquebot mythique dans une vacation sur le thème de la marine proposée le 31 mars prochain. On y trouvera notamment un menu de première classe pour le déjeuner du 14 avril 1912 et un trousseau de clés de magasinier.

60.000 livres pour un gilet de sauvetage

Parmi d’autres reliques rattachées au Titanic et vues en vente publique ces dernières années, un ensemble de 8 télégrammes envoyés entre le 15 et le 18 avril 1912 par Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line, à leur bureau de New York et au sujet du naufrage a été payé 86.500 dollars chez Sotheby’s New York en décembre dernier. En mai 2007, Christie’s Londres vendait le filet de sauvetage d’une rescapée (et dédicacé par d’autres passagers) pour 60.000 livres ; une tête de rivet du paquebot du même catalogue portant l’inscription R.M.S. Titanic était payée 504 livres dans la même vacation.

Cameron et Last Dinner on the Titanic

2012, année du centenaire du naufrage du Titanic, voit aussi la mise en avant de produits et créations inspirés de son histoire. James Cameron en profite pour une sortie, le 4 avril en France, de son célèbre film en version 3-D. Côté cuisine, on retrouve Last Dinner on the Titanic (sorti en 1997), un manuel proposant de recréer l’atmosphère du dernier dîner de première classe avec le menu historique, une superproduction - naufrage non compris - où homard Thermidor et œufs de caille en gelée au caviar ouvrent la marche.

La Titanic, une célèbre bière québécoise. L’acool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération  

1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe

On peut aussi se procurer une édition  spéciale “100 ème anniversaire” du service à vaisselle du restaurant “à la carte” du Titanic (120 dollars l’assiette plate), fabriquée par la faïencerie anglaise d’origine, et même la musique jouée à bord (18,95 dollars le CD). Les moins fortunés trouveront leur bonheur dans le choix d’élements d’un kit Titanic Dinner Party. Icicomptez 1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe.    

Tee-shirt humoristique dans une vitrine nord-américaine

“Authentique poudre de charbon du Titanic

Croisière sur les lieux du naufrage ou traversée de l’Atlantique en version luxe ou “charter” suivant l’itinéraire du paquebot (jusqu’à New York et si tout se passe bien vu le trafic en perspective), maquettes, pièces et autres médailles commémoratives, dont une recouverte de poudre de charbon certifiée comme provenant du Titanic, font également partie du programme marchand du centenaire du naufrage du paquebot.

Pierrick Moritz

Chères et bonnes affaires de la dispersion du mobilier du Palais Abbatial de Royaumont

24 septembre 2011

La dispersion-fleuve du mobilier ancien de la collection Fould-Springer du Palais Abbatial de Royaumont, proposée chez Christie’s à Paris du 19 au 21 septembre, a rapporté 7,6 millions d’euros avec les frais pour la quasi-totalité des lots vendus. Si ce succès s’explique par la provenance prestigieuse et la qualité de lots éloignés du marché de l’art pendant des décennies, le fait que la très grande majorité était vendue sans prix de réserve à également joué en la faveur de la liquidation du luxueux débarras.

Christie’s a vendu cette semaine à Paris plusieurs centaines de meubles et objets d’art du  Palais Abbatial de Royaumont et pour un chiffre d’affaires de 7,6 millions d’euros avec les frais* quand 4 millions sans ces frais en étaient attendus. La performance de l’écoulement quasi intégral d’un mobilier proposé majoritairement sans prix de réserve a été rendue possible grâce à des concessions sur certaines estimations.

Le meuble le plus cher de la vacation vendu au niveau de son estimation basse

La plus forte enchère, 600.000 euros, revient à une table de milieu d’époque Consulat, un plateau de granit rose soutenu par 4 sphinges ailés en bronze patiné noir et doré. Attribué à Jean Philippe Thomire, le meuble était estimé 500.000/800.000 euros. Le résultat étant donné avec les frais à la charge de l’acheteur (20 %) tandis que l’estimation ne les inclut pas, le lot a donc été vendu à l’exact niveau de son estimation basse.

Le deuxième lot le plus cher, un meuble d’appui d’époque Louis XVI de Joseph ou Gaspard-Joseph Baumhauer, présentant quatre panneaux de marqueterie Boulle d’époque Louis XIV réadaptés, a été payé sous son estimation basse : 373.000 euros avec les frais quand 400.000/600.000 en étaient attendus sans ces frais.

Le troisième prix le plus important, 301.000 euros avec les frais, va à une paire de fauteuils d’époque Transition Louis XV-Louis XVI estampillée Jean-Jacques Pothier. Ces sièges ont été payés dans la fourchette d’une estimation de 200.000/300.000 euros sans les frais.

Performances pour pour le mobilier d’époque….

Si aucune enchère vraiment spectaculaire n’a été enregistrée pour les 5 lots aux estimations les plus élevées, c’est-à-dire supérieures à 150.000 euros, elles ont dépassé les attentes pour d’autres moins en vue. Toujours pour le mobilier d’époque, un secrétaire à abattant d’époque Louis XVI en marqueterie, avec des ornementations de laiton et de bronze ciselé et doré, a été payé 31.000 euros (estimé 2.000/3.000 euros) et une paire de tables en cabaret de la maison L’Escalier de Cristal, avec les plateaux peints d’une scène chinoise, seconde moitié du XIXe siècle, a été payée 38.200 euros (estimée 4.000/6.000 euros). La facture s’élève à 94.600 euros pour l’acheteur d’un bureau plat d’époque Louis XVI estimé 20.000/30.000 euros

…et pour le mobilier de style très décoratif

Un lustre de style baroque à pendeloques (début XXe) estimé 30.000/50.000 euros a été payé 205.000 euros et une paire de lit de repos de style néoclassique en métal doré et tôle laquée couleur lapis-lazuli (XXe siècle), chacun équipé d’un grands coussin en velours léopard, a été acquise pour 29.800 euros quand 5.000/8.000 euros en étaient attendus.

Des objets d’art traditionnel chinois explosent leur estimation

Les très sensibles dépassement des estimations pour quelques-uns des objets d’art chinois présents dans cette collection étaient plus attendus. L’enchère la plus spectaculaire a été réalisée sur un imposant brûle-parfum en bronze (hauteur : 49 cm) représentant un cerf et daté de la dynastie Qing. Estimé 6.000/8.000 euros, le gracieux animal a finalement été payé 181.000 euros.

Une paire de brûle-parfums d’époque Transition (vers 1760), présentant un cerf et une biche en porcelaine émaillée d’époque Qianlong montée sur bronze, a été payée 85.000 euros sur une estimation de 30.000/50.000 euros.

29.800 euros ont été engagés sur un vase bouteille en verre overlay vert et jaune avec une marque de l’empereur Qianlong (estimé 600/800 euros). Un vase rouleau en porcelaine dite Wucai du XVIIe siècle a été payé 15.000 euros sur une estimation de 1.000/1.500 euros. Pour la même estimation, un vase YenYen en porcelaine céladon, dynastie Qing, XVIIIe siècle, a été payé 18.750 euros.

Vendus sous les estimations

Si bien d’autres meubles et objets ont été vendus au-dessus de leur estimation, cette vacation très majoritairement sans prix de réserve a aussi été l’occasion pour certains de réaliser de bonnes affaires, même si certains lots sans prix de réserve n’ont pas été cédés.

La plus importante remise concerne un régulateur et un baromètre de parquet formant paire, style Louis XVI (fin XIXe) payés 6.875 euros sur une estimation de 20.000/30.000 euros. Elle est suivie par celle concernant une pendule d’époque Empire avec une paire de vases d’époque Restauration en bronze ciselé patiné et doré, l’ensemble a été payé 688 euros sur une estimation de 3.000/4.000 euros.

Pour une estimation de 3.000/5.000 euros pièce, une pendule en bronze doré, porcelaine et biscuit, socle en marbre, flanquée d’un putto lisant au sommet, fin XVIIIe-début XIXe, et une table à jeux d’époque Directoire, fin du XVIIIe siècle, estampillée de Jean-Henri Riesener, ont été payées 1.250 euros chacune. Toujours pour la même estimation, une paire de candélabres, début du XIXe, en bronze doré et ciselé et porcelaine de Wedgwood a fait 125 euros de mieux.

Très petits prix

D’autres amateurs ont pu également rapporter un souvenir de cette vente à un prix extrêmement attractif. Un plat en porcelaine anglaise du XVIIIe siècle a été payé 75 euros (petits éclats, estimé 500/800 euros), un vase balustre chinois monté en pied de lampe de la dynastie Qing, XIXe siècle, est parti à 88 euros (estimé 800/1.200 euros), une bannette en faïence de Rouen du XVIIIe siècle avec un décor de Chinois (restauration) a été payée 250 euros (même estimation que le précédent), une paire de brocs à monture en argent a été payé 432 euros sur une estimation de 800/1.200 euros.

Pierrick Moritz

*Les frais ajoutés au montant de l’adjudication finale et à la charge de l’acheteur sont de 25 % ou 20 % pour ces niveaux d’enchères.

Les prix affolants d’une vente d’art chinois à Paris

9 juin 2011

Une paire de cabinets chinois estimée 10.000/15.000 euros payée 1,29 million d’euros

Comme en témoignent à nouveau les lots vendus 2, 5, 10 fois leur estimation basse, et jusqu’à 100 fois pour une paire de cabinets de présentation du XIXe siècle, lors de la vacation d’art d’Asie organisée cet après-midi chez Sotheby’s Paris, pulvériser les estimations attractives est décidément une coutume dans les ventes aux enchères publiques d’objets d’art chinois.  

Avant ce 1,29 million d’euros payé pour une paire de cabinets de présentation du XIXe siècle, en bois et placage de zitan et à décor sculpté et laqué, estimée 10.000/15.000 euros, le prix le plus élevé de la vacation, 1,96 million d’euros, est allé à un  rython (vase pour boire ou pour les libations) en jade sculpté de style archaïsant, dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795), gravé d’un poème impérial de l’année de règne 1787.

Cet objet de 15 cm de hauteur et estimé 150.000/200.000 euros a été acheté 400 dollars en 1941 chez Yamanaka and Co, une boutique new-yorkaise spécialisée dans l’art asiatique. Cette somme équivaut à quelque 6.000 dollars d’aujourd’hui.

Acheté pour 200 dollars au même endroit et la même année, soit quelque 3.000 dollars d’aujourd’hui, une statuette de Guanyin en jade blanc sculpté, dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795), H. 15 cm, a été payée 504.750 euros quand elle était estimée 30.000/40.000 euros.

Parmi les prix les plus impressionnants de cette dispersion de 365 lots, on remarque :

-  780.750 euros payés pour un rare vase bouteille en porcelaine de la famille rose, dynastie Qing, décor d’une scène religieuse bouddhiste, XVIIIe siècle, estimé 50.000/70.000 euros.

-  468.500 euros payés pour un grand vase couvert en jade blanc sculpté de style moghol, dynastie Qing, H. 25,5 cm, estimé 40.000/60.000 euros.

-  348.750 euros payés pour un petit groupe en jade blanc et rouille sculpté, dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795), H. 9 cm, estimé 20.000/30.000 euros. Cet objet provient de la collection d’un secrétaire d’ambassade européen nommé à Pékin en 1892.

-  192.750 euros payés pour une coupe libatoire en corne de rhinocéros sculptée, dynastie Qing, XVIIe-XVIIe siècles, H. 16 cm, estimée 25.000/35.000 euros.

-  156.750 euros payés pour un bouddha maitreya en jade céladon sculpté, dynastie Qing, XVIIe-XVIIe siècles, H. 18,5 cm, estimé 10.000/15.000 euros.

Fait récurrent depuis quelques temps dans les ventes d’art asiatique de ce type, les estimations des lots vedettes du catalogue, en conséquence les plus élevées, n’ont pas été pulvérisées.

Il s’agit, pour les quatre lots majeurs, d’une gourde en porcelaine bleue Qianlong payée 660.750 euros (est. 600.000/800.000), d’un pot à pinceaux en jade vert épinard Qianlong  payé 300.750 euros (est. 200.000/300.000), d’un album impérial d’après Zhang Ning (1425-vers 1506) d’époque Qianlong payé 216.750 euros (est. 200.000/300.000 euros) et d’un rince-pinceaux en jade Qianlong ou antérieur payé 228.750 euros (est. 200.000/300.000).

Un certain nombre de lots du catalogue n’a pas trouvé preneur.

Pierrick Moritz

Chiffre d’affaires historique pour Christie’s à Hong Kong, les ventes d’objets d’art chinois toujours moins performantes

2 juin 2011

Avec l’équivalent de 515 millions de dollars américains, Christie’s vient de réaliser le plus important chiffre d’affaires de son histoire pour une série de ventes à Hong Kong.

Entamée le 27 mai, cette séquence de 13 vacations dans les spécialités des arts traditionnels chinois, de la peinture “moderne” et contemporaine asiatique, de la joaillerie, des montres de luxe et des vins de prestige s’est achevée hier.

Avec cette performance, l’opérateur relève aussi le plafond du plus important chiffre d’affaires réalisé sur la place asiatique par une maison de vente occidentale (449 millions de dollars américains produits par Sotheby’s en avril dernier pour une série de ventes similaire).

Si les chiffres d’affaires des deux opérateurs sont en augmentation constante (pour une opération similaire, Christie’s réalisait 408 millions de dollars en décembre 2010), le net mouvement de recul devant les estimations délirantes des objets d’art traditionnel chinois constaté lors de la dernière série de ventes de Sotheby’s à Hong Kong s’est confirmé ici.

La peinture chinoise “moderne” a été la spécialité la plus profitable avec l’équivalent de 123 millions de dollars américains allant à une seule vacation regroupant des centaines de lots dont des dizaines de peintures du peintre Zhang Daqian (ou Chang Dai-Chien, 1899-1983). Ses œuvres ont largement contribué au résultat mirobolant, notamment avec les 3 plus importantes vendues très au-dessus des estimations et pour l’équivalent de plus de 20 millions de dollars américains.

Le 31 mai, toujours à Hong Kong, Sotheby’s a vendu une collection de 25 peintures de cet artiste très célèbre en Chine pour l’équivalent de quelque 87,6 millions de dollars. Il s’agit des plus hauts prix enregistrés en vente publique pour des œuvres de Zhang Daqian.

La spécialité dépasse celles des objets d’art chinois, habituellement plus rémunératrice qui, en 4 ventes, a produit l’équivalent de 107 millions de dollars.

Comme Sotheby’s lors de sa dernière série de ventes à Hong Kong, en avril dernier, Christie’s a vu un certains nombres des lots phares ne pas trouver preneur, à commencer par le plus cher, un vase réticulé Qianlong pressenti pour rivaliser avec le record d’un autre de ce type vendu pour quelque 51 millions d’euros – et qui ne serait toujours pas payé - par la maison de ventes britannique Bainbridges en novembre 2010. L’évènement était tel qu’une vacation était entièrement consacrée à cet objet d’art.

L’Imperial Sale a enregistré 24 lots invendus sur 94 présentés dont 3 étaient assortis des estimations les plus élevées du catalogue, c’est-à-dire confidentielles.

Il s’agit d’un paravent à dix feuilles d’époque Kangxi (période Yongzheng, 1662-1735) recouvert d’un laque polychrome et d’une jarre en bleu/blanc à décor de dragon du début de la période Ming (1426-1435). Ces deux objets ont pour point commun d’avoir été achetés en salle des ventes à Londres dans les années 1980.

Le troisième est une paire de jarres couvertes de la famille rose d’époque Qianlong (1736-1795) qui avait été achetée l’équivalent de 3 millions de dollars américains chez le même opérateur en mai 2005 à Hong Kong.

Pour les invendus aux estimations clairement chiffrées, on peut citer un très grand vase de la famille rose à décor millefleurs et de forme ”double gourde” d’époque Qianlong dont l’équivalent de 2,3/2,8 millions de dollars américains étaient attendus.

Ce vase provient d’une paire vendue séparément chez Sotheby’s Londres en novembre 2003.  Celui-ci avait été payé 363.650 livres,  l’autre présentait une restauration ancienne et avait été acquis pour 10 fois moins.

Une jardinière impériale, “automate musical” en bronze émaillé, fin de la période Qianlong (1736-1795), assortie d’une estimation de 2,3/3,2 millions de dollars américains, n’a également pas trouvé preneur. L’objet d’art avait été payé l’équivalent de 1,9 million de dollars américains chez Christie’s Hong Kong en mai 2009.

Dans une autre vente dédiée aux céramiques et objets d’art chinois, 80 lots sur les 327 présentés n’ont pas trouvé preneurUn plat bleu/blanc de la dynastie Yuan (XIVe siècle) estimé l’équivalent de 514.000/771.000 dollars américains figure parmi les plus importants.

L’évolution de l’estimation de cet objet d’art payé 12.925 livres dans une vacation chez Christie’s Londres en novembre 2000 illustre la situation d’une spécialité devenue extrêmement spéculative.

Pierrick Moritz

Les estimations sont donnés sans les frais à la charge de l’acheteur en plus de l’adjudication finale. Chez Christie’s Hong Kong, Ils sont de 25 % pour les adjudications inférieures ou égales à 400.000 HKD, de 20 % entre 400.001 HKD  et jusqu’à 8 millions de HKD,  et de 12 % au-dessus. Pour les vins, ces frais sont de 20 % dans tous les cas.

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