Archive pour la catégorie ‘Arts premiers’

Prix records pour l’art premier africain chez Sotheby’s New York

13 mai 2011

Une statuette magique masculine Songye (République Démocratique du Congo) estimée 150.000/250.000 dollars a été payée 2,09 millions de dollars aujourd’hui à New York lors de la dispersion de la collection d’art premier africain de feu Robert Rubin, l’un des fondateurs et administrateurs du Museum For African Art ouvert à New York en 1983. L’œuvre d’une hauteur de 21 cm avait été collectée sur place au début des années 1970.

Dans la même vacation, une maternité Yombe, même localisation que la pièce précédente, a été payée 1,87 million de dollars quand 150.000/250.000 dollars en étaient attendus. La notice de l’œuvre d’une hauteur de 27,1 cm portait la mention collected in the Sundi-Lukula chiefdom Mayumbe Teritory Zaire in 1938 -1939.

Les 50 lots de la collection ont quasiment tous été vendus et pour un montant de 11,74 millions de dollars. Les estimations ont souvent été très largement dépassées, à l’instar des 150.000/250.000 dollars attendus pour un masque yoruba qui a finalement été payé 842.500 dollars.

Il s’agit de prix extrêmement importants pour des pièces d’art premier africain, spécialité dans laquelle la place de Paris détient les deux records mondiaux, pour un masque Fang du Gabon de la collection Vérité, vendu 5,9 millions d’euros en juin 2006 à Drouot, et un exceptionnel siège à cariatide Luba (République Démocratique du Congo), chef-d’œuvre du “Maître de Buli”, payé 5,54 millions d’euros l’année dernière chez Sotheby’s.

Un record absolu pour l’art premier africain était pressenti cette année chez Sotheby’s Paris, avec la mise en vente d’un extraordinaire masque pendentif  en ivoire à l’effigie très probable d’Idia, la première reine mère du Royaume du Bénin, et daté vers 1500.

Les propriétaires de cette œuvre, très raisonnablement estimée 4/5 millions d’euros, ont  finalement annulé l’opération sous les pressions du gouvernement de l’état d’Edo et d’une forte mobilisation des Nigérians*, notamment sur Internet, pour empêcher la vente de ce  trésor national volé lors de l’expédition punitive anglaise de 1897 sur le Royaume du Bénin.

Pierrick Moritz

*L’ancien Royaume du Bénin se situe sur l’actuel territoire du Nigeria.

Sotheby’s : chiffre d’affaires en hausse de 17 % au premier trimestre 2011

10 mai 2011

Sotheby’s vient d’annoncer un chiffre d’affaires de 119,6 millions de dollars pour le premier trimestre 2011, soit une hausse de 17 % par rapport à la période équivalente de 2010.

L’intermédiaire de vente en tire un bénéfice net de 2,4 millions de dollars contre une perte nette de 2,2 millions sur la période équivalente de 2010.

Selon l’opérateur, cette amélioration est principalement dûe à l’augmentation des revenus des commissions sur les ventes, en hausse de 23 %.

PM

La statue maya de Drouot déclarée authentique par des analyses scientifiques françaises

29 avril 2011

Le site internet du quotidien Le Monde révèle aujourd’hui que les analyses scientifiques menées par le MSMAP de Pessac soutiennent l’authenticité de la statue Maya vendue pour quelque 3 millions d’euros le 21 mars à Drouot. L’œuvre a été déclarée comme étant un faux par l’Institut National d’Antropologie et d’Histoire du Mexique au lendemain de la vente.

Lire  l’article : http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/04/29/la-divinite-assise-vraie-statue-maya_1514643_3246.html

Articles d’Artwithoutskin en rapport :

http://artwithoutskin.com/2010/05/04/le-mexique-preoccupe-par-le-pillage-de-ses-biens-culturels

http://artwithoutskin.com/2011/03/23/une-statue-maya-vendue-3-millions-deuros-a-drouot-serait-fausse

Une statue maya vendue 3 millions d’euros à Drouot serait fausse

23 mars 2011

 L’Institut National d’Antropologie et d’Histoire du Mexique (INAH) et le Ministère des Affaires étrangères mexicain ont publié un communiqué conjoint affirmant que la grande sculpture maya vendue lundi dernier à Drouot par l’étude Binoche et Giquello pour la somme record de quelque 3 millions d’euros avec les frais est un faux.

Nouveau scandale pour le marché de l’art : l’INAH, autorité absolue dans le domaine des antiquités préhispaniques mexicaines, a déclaré hier que la statue de divinité maya payée quelque 3 millions d’euros à l’étude Binoche-Giquello est un faux, et parmi d’autres objets du catalogue de sa vente d’art précolombien de lundi dernier à Drouot. Le Mexique compte demander la restitution des pièces authentiques de cette vacation.

67 lots du catalogue seraient des faux

Selon le communiqué, l’étude du catalogue de cette dispersion de la collection d’art préhispanique de l’industriel suisse Henri Law a révélé que 67 objets sur les 215 présentés sont de fabrication récente.

Parmi les enchères les plus élevées de la vacation, une figure olmèque en serpentine a été adjugée 720. 000 euros, une urne-autel de la Culture de Vera Cruz représentant un dieu fantastique 330.000 euros, un joug de jeu de pelote de la même origine 260.000 euros, et un grand masque funéraire Teotihuacan en serpentine 180.000 euros.

 En outre, 95 lots n’ont pas trouvé preneur.

Conditions exceptionnelles

La notice du catalogue présente la statue incriminée comme une sculpture en stuc polychrome sur noyau de pierre d’une grande divinité  maya – dont l’éventuel trône aurait disparu - et pouvant provenir d’une région située entre le Sud du Yucatan et le Nord du Belize et du Guatemala, dans un territoire où les fouilles scientifiques ne font que débuter, et la date de la période classique (550 à 950 après J.-C.). 

Elle précise également que le caractère périssable du stuc laisse supposer que l’œuvre ne nous est parvenue que grâce à des conditions exceptionnelles, qui permirent en outre la conservation de sa polychromie.  

Biennale des Antiquaires et références bibliographiques  

Toujours selon le catalogue, et pour la plus ancienne référence indiquée, cette statue d’une hauteur de 156,5 cm a été présentée par la galerie Mermoz en 1986 dans le cadre de la XIIIe Biennale des Antiquaires à Paris, avant de partir pour une galerie de Los Angeles, puis pour Anvers, et enfin de revenir à Paris. 

L’objet est répertorié dans des ouvrages comme The Maya chez Taschen et a notamment été reproduit en couverture du numéro de la revue LŒil de septembre 1993.

Une sculpture d’un genre inconnu, un vieillissement artificiel  

Dans son argumentaire, l’INAH indique que, selon l’expertise de ses archéologues, la sculpture n’entre pas dans le corpus des caractéristiques formelles et stylistiques de la statuaire des cultures anciennes du Mexique.

L’institut ajoute que, si la figure tente de reconstituer les traits propres à des représentations préhispaniques élaborées dans la zone maya du sud-est du Mexique, sa hauteur, sa posture avec les jambes fléchies et les lanières des chaussures ne sont pas caractéristiques de cette culture particulière.

Toujours selon les archéologues, les signes d’érosion ont été créés artificiellement pour vieillir l’objet.  

Le problème signalé avant la vente et demande de restitution

L’INAH précise également que, averti de la vente de l’étude Binoche et Giquello, il a déposé plainte auprès des autorités compétentes de son pays dès le 21 janvier.

Le ministère mexicain des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de sa représentation diplomatique en France, a signalé la situation aux autorités françaises avant la vacation. L’institut et ce ministère entendent recourir à des moyens diplomatiques, mais aussi légaux, pour récupérer les pièces d’intérêt patrimonial pour leur pays.

L’art préhispanique mexicain interdit de sortie de territoire depuis 1827

Le Mexique interdit la sortie de pièces préhispaniques de son territoire depuis 1827. 

L’année dernière, dans un communiqué de son ambassade en France, son gouvernement avait exprimé sa préoccupation concernant le pillage croissant de ses biens culturels. Il rappelait qu’un pourcentage important des biens archéologiques provenant de l’actuel territoire mexicain sont des faux.

Collection saisie à la demande du Mexique

En 2008, en Bavière, le Mexique avait fait mettre sous scellés 252 objets précolombiens à l’authenticité suspecte sur les 1.029 l’intéressant (dans la mesure où ils proviendraient supposément du territoire mexicain) de la collection Leonardo Patterson.

L’ensemble avait été saisi en Allemagne, après être resté 10 ans sur le sol espagnol, et en vertu d’une loi qui classe patrimoine national toute collection de ce type demeurant pendant ce délai sur son territoire et qui en interdit l’exportation sans licence.

Une demande de restitution, à laquelle s’était jointe le Pérou et le Guatemala, et portant sur les objets authentiques, avait été formulée.

Annulation de la vente

Contredire les expertises de l’INAH pour l’art préhispanique mexicain revient à remettre en question celles du Musée du Caire pour les antiquités égyptiennes.

Son avis sur cette sculpture peut conduire à l’annulation de la vente, si l’acheteur le souhaite. Dans ce cas, il est remboursé et le vendeur récupère son bien. En France, l’authenticité d’un objet vendu par un commissaire-priseur est garantie pendant 10 ans.

Une fausse clef de la Kaaba vendue à Londres en 2008

Un cas d’annulation de vente pour une enchère record a été vu en 2009. Il concernait une clé présentée comme provenant de la Kaaba à la Mecque et datant du XIIe siècle. Payée 9,2 millions de livres chez Sotheby’s en 2008, elle avait finalement été considérée comme un faux par des experts.

Dans The International Herald Tribune, Souren Melikian, chercheur de réputation internationale dans le domaine de  l’Histoire culturelle du monde islamique, avait notamment souligné des incohérences dans la traduction et la formulation de l’inscription en caractères coufiques sur l’objet.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2010/05/04/le-mexique-preoccupe-par-le-pillage-de-ses-biens-culturels

Pierrick Moritz

Cet article original est la propriété de son auteur. Sa republication et  son exploitation commerciale, directe ou non, sans autorisation de l’auteur sont interdites. De courts extraits peuvent être repris en citant la source. Contact : pierrick.moritz@noos.fr

Le musée Rufino Tamayo d’Oaxaca ou l’art mexicain préhispanique en tant que phénomène purement esthétique

15 février 2011

La muséographie n’est pas simplement l’art de présenter … il s’agit d’une activité artistique dont la totale maîtrise exige une puissance créatrice, en plus de la culture et de l’inventivité visuelle, ainsi que la connaissance historique et théorique … Un bon muséographe est comme un poète qui traduit la poésie d’un autre poète. Fernando Gamboa

Le musée d’art mexicain préhispanique Rufino Tamayo d’Oaxaca (Mexique) peut revendiquer l’une des plus belles muséographies du monde dans le domaine des “arts premiers”, une excellence à la hauteur de la qualité de sa collection permanente, notamment pour des œuvres mayas, de Veracruz, nayarit, olmèques et toltèques, soit une réunion exceptionnelle née de la passion du peintre Rufino Tamayo (1899-1991) pour l’art mexicain ancien. Fernando Gamboa a admirablement assuré la muséographie de cet ensemble au début des années 1970, notamment par une approche sensible qui rejoignait le désir de Tamayo de montrer ces œuvres en tant que phénomène purement esthétique.

 

 

Rufino Tamayo lègue sa prestigieuse collection d’art préhispanique mexicain à Oaxaca, sa ville natale, en 1971. L’ouverture d’un musée pour la présenter au grand public est rapidement décidée. L’endroit sera une splendide et sobre demeure coloniale du XVIIIe siècle, avec de vastes pièces ouvrant sur un patio central dans une atmosphère de sérénité. Le muséographe Fernando Gamboa, doué d’une magnifique sensibilité artistique, dirige les travaux d’adaptation du bâtiment et de présentation de la collection, en accord avec Rufino Tamayo pour révéler la dimension artistique de ces œuvres. C’est-à-dire loin des dénominations péjoratives dont elles étaient encore affublées à l’époque.

Si  une telle reconnaissance  pour les “arts premiers” en général semble aller de soi aujourd’hui, elle émanait d’amateurs avertis à l’époque de la constitution de cette collection, et d’un public encore restreint lors de l’ouverture du Musée d’art mexicain préhispanique Rufino Tamayo en 1974.

 

 

Pour optimiser la spontanéité du face-à-face avec les œuvres, les  repères muséographiques habituels sont modifiés. Les créations sont réparties dans cinq vastes salles simplement nommées par la couleur spécifique des niches-vitrines creusées dans les murs. Rose, bleu, violet vert et orange, soit les couleurs de la palette de Tamayo. On limite les considérations ethnographiques, avec des explications allant à l’essentiel et discrètement placées.

Toujours dans la volonté de favoriser le jugement esthétique du visiteur, mais aussi de valoriser un caractère unique, les œuvres sont bien isolées dans l’espace et chaque réunion est limitée et absolument cohérente.    

Près de 40 ans après son inauguration, et loin de certains grands musées “d’art premier” d’aujourd’hui où l’accumulation transforme des œuvres d’art en objets parmi d’autres – et même si l’on ne s’y intéresse pas exclusivement à l’aspect esthétique – le Musée d’art mexicain préhispanique Rufino Tamayo reste un modèle pour le genre.  

Reportage : Pierrick Moritz pour le texte/Paul Bret pour les photographies.

Museo De Arte Prehispánico De México Rufino Tamayo : avenue Morelos 503, dans le centre-ville d’Oaxaca de Juárez, Oaxaca 

Le masque africain le plus cher du monde réapparaît, puis disparaît

28 décembre 2010

L’État d’Edo (Nigeria) aurait fait annuler la vente par Sotheby’s d’un trésor national volé en 1897

En septembre 2009, Artwithoutskin relayait une information du Art Newspaper annonçant la possible mise en vente chez Sotheby’s Paris d’un extraordinaire masque pendentif  en ivoire du Royaume du Bénin, dit masque Gallwey, du nom de son premier “propriétaire” occidental.

Le caractère très exceptionnel de cette pièce datée vers 1500,  à l’effigie très probable d’Idia, la première reine mère du Royaume du Bénin, en ferait certainement l’œuvre d’art premier la plus chère du monde si elle était effectivement présentée dans une vente internationale.

Ce record est actuellement détenu par le masque Ngil de la collection Vérité, payé 5,9 millions d’euros avec les frais en 2006 à Drouot.

À l’époque, Sotheby’s n’avait pas confirmé avoir ce trésor en dépôt.

Ce qui a été fait le 22 décembre dernier, avec l’annonce de sa mise en vente à Londres le 17  février 2011, l’estimation étant fixée à 4/5,3 millions d’euros sans les frais.

Deux jours plus tard, Sotheby’s indiquait sans plus de  précisions que le vendeur annulait l’opération.

Selon The Nigerian Observer, c’est une intervention du gouvernement de l’État d’Edo (Nigeria) auprès des Nations Unies qui serait à l’origine de cette annulation, le masque étant un trésor national volé (avec d’autres objets) lors de “l’expédition punitive” anglaise de 1897.

Pierrick Moritz

Sotheby’s fait flamber l’art africain et océanien à Paris

16 juin 2010

Sotheby’s a réalisé, aujourd’hui à Paris, le chiffre d’affaires record de 6,81 millions d’euros avec un catalogue d’art africain et océanien de seulement 82 lots. Moins importante en valeur, la vacation dans la même spécialité proposée la veille chez Christie’s, toujours à Paris, a enregistré quelque 50% d’invendus.

Aujourd’hui à Paris, Sotheby’s a tiré quelque 6,81 millions d’euros d’un catalogue d’art africain et océanien comptant seulement 82 lots.

La quasi-totalité a été vendue, souvent au-dessus des estimations.

Celui qui illustrait la couverture du catalogue, une rare tête à trois visages Kuyu, République du Congo, a été payé 576.750 euros.  

Cette sculpture tout à fait exceptionnelle et de qualité muséale était plus que raisonnablement estimée 200.000/300.000 euros.

Elle a été collectée avant 1938 par Charles Courtois, administrateur des colonies.

Selon le catalogue de Sotheby’s, seules trois autres têtes s’inscrivant dans le corpus des œuvres Kuyu sont référencées dans le monde.

Une fait partie des collections du British Museum, une autre de celles du Metropolitan Museum of Art.

Les quatre têtes, dont l’usage et la signification demeurent inconnus, ont toutes été collectées par Charles Courtois.

Le prix le plus élevé de la vente, 840.750 euros, va à une statue d’ancêtre Niembo de la Luika, toujours de qualité muséale.

Elle était estimée 350.000/500.000 euros.  

Un sceptre Tshokwe (Angola) a pulvérisé son estimation de 70.000/100.000 euros en étant  finalement payé 660.750 euros.

Parmi les lots les plus chers de la vacation, une statue féminine du bas Sépik,  Papouasie/Nouvelle-Guinée, a été payée 384.750 euros sur une estimation de 100.000/150.000, une autre, masculine et de la même origine, a été emportée contre 576.550 euros (estimée 250.000/350.000)  et  une statue féminine du moyen Sépik a été échangée contre 552.750 euros (estimée 300.000/500.000).   

La veille chez Christie’s, toujours à Paris, pour la même spécialité, mais pour un catalogue moins important en valeur, 73 lots sur les 143 présentés n’avaient pas trouvé preneur.

Soit quelque 50 % d’invendus dont, pour les lots les plus chers,  un cavalier baoulé (Côte d’Ivoire, première moitié XIXe, 350.000/450.000 euros), une paire de statuettes Lobi, région de Diébougou, Burkina Faso (50.000/70.000), un masque Punu du Gabon (60.000/90.000) et un masque de la Nouvelle-Irlande (50.000/70.000).   

Avec 570.000 euros de chiffre d’affaires, le prix le plus élevé de la vacation est allé à une statue Malagan (Nouvelle-Irlande) payée 37.000 euros.

Pierrick Moritz