La valeur des objets, souvenirs et autre mobilier que l’on retrouve le plus souvent dans une succession familiale a beaucoup diminué en 10 ans, et de manière sensible pour certaines catégories. Explications du phénomène.
Si, en permettant un accès direct des vendeurs aux acheteurs, les vide-greniers et plateformes de vente aux enchères sur internet ont révolutionné les modes de vente des objets de collection, de brocante, des antiquités, des objets et des œuvres d’art, ils ont fini par entraîner un effondrement des prix des pièces plus ou moins courantes.
La classe moyenne supérieure touchée par la crise économique étend le phénomène à la marchandise de meilleure qualité dont elle est vendeuse et avec une moindre représentation en tant qu’acheteuse.
Vide-greniers et Internet
Cette chute des prix tient principalement à la démocratisation de l’utilisation des plateformes Internet spécialisées dans la vente d’objets anciens et de collection au début des années 2000, notamment avec l’arrivée d’eBay en France.
La multiplication des vide-greniers de particuliers à partir du début des années 1990 (également époque du plein essor des dépôts-vente) avait déjà amorcé cette dévalorisation.
La conjugaison des deux phénomènes a modelé un marché qui n’est plus essentiellement contrôlé par les seuls professionnels, corporation très critiquée mais qui tirait les prix vers le haut.
Un marché non régulé, inondé dans l’anarchie la plus totale d’objets semblables dans le même temps
Avant ce mode de fonctionnement, et pour donner un exemple, les marchands de disques ou de bandes dessinées ne présentaient qu’un exemplaire d’un “collector” en vitrine, quand ils en avaient 25 similaires dans leur réserve. Ils attendaient que cet exemplaire soit vendu avant d’en afficher un autre.
Des centaines d’exemplaires du même titre ont été mis en vente simultanément sur les vide-greniers, puis des milliers sur Internet, contribuant à l’effondrement d’une cote qui, équivalente à une centaine d’euros, peut être descendue aujourd’hui en dessous de 10 euros.
Les prix ont littéralement plongé dans certaines spécialités du fait d’un marché non régulé, inondé dans l’anarchie la plus totale d’objets semblables dans le même temps.
La spirale de la chute des prix
Dans le cadre de l’explosion et de l’éparpillement de l’offre amorcés il y a quelques années sur les plateformes de vente d’internet, la confusion née du fait que des objets identiques sont présentés à des prix extrêmement variables d’un vendeur à l’autre est un facteur majeur de la baisse des prix, notamment pour les livres et les objets de collection.
L’acheteur potentiel se place naturellement en position attentiste et finit par jeter son dévolu sur la proposition de prix la plus basse possible pour un même objet. Le montant de cette bonne affaire – les informations restent visibles un certain temps sur Internet – servira de référence de prix maximum d’achat pour d’autres exemplaires de cet objet, contribuant encore à la baisse de la cote.
Dans ce contexte, les vendeurs ont été amenés à présenter des pièces de meilleure qualité pour se démarquer de la concurrence, contribuant ainsi à la chute des prix d’objets moins courants sans être pour autant des pièces uniques.
Les difficultés économiques qui ont suivi n’ont pas tardé à corriger ce défaut avec l’arrivée sur le marché de la “vente directe” de biens plus rares provenant de la classe moyenne supérieure touchée par la crise.
La grande braderie
Des situations de nécessité ont conduit cette population à brader sur internet des œuvres et objets d’art dont la valeur peut atteindre plusieurs milliers d’euros. Le phénomène s’est encore accru du fait du retour des objets refusés ou invendus dans les salles des ventes. Leur nombre a considérablement augmenté dans un contexte où beaucoup de lots ne trouvent pas preneur et où les opérateurs du monde des ventes aux enchères publiques sont devenus extrêmement sélectifs.
Des objets qui auraient été acceptés il y a quelques années dans des ventes aux enchères ne le sont plus aujourd’hui. On les retrouve dans un premier temps bradés sur internet, où les sites spécialisés ont dépassé le stade de la saturation depuis un moment (le pourcentage d’invendus y est extrêmement important), puis, s’ils ne trouvent toujours pas preneur, sur les vide-greniers ou les stands des ventes de charité.
Désertion des boutiques et des salles des ventes par la classe moyenne supérieure
La désertion des boutiques d’antiquaires et des salles des ventes par cette classe moyenne supérieure qui s’intéressait à des objets dont les prix allaient de quelques centaines à quelques milliers d’euros s’est renforcée avec la crise de 2008.
En fait, les premiers signes de désaffection cette clientèle pour les professionnels sont apparus bien avant le “début officiel” de cette crise, notamment du fait de la concurrence des plateformes de vente sur Internet où ces acheteurs avait pris l’habitude de s’approvisionner auprès des vendeurs particuliers réputés moins chers, mais aussi parce que des problèmes de budget, de logement, d’emploi et de précarité se posaient déjà à elle
Une classe sociale relativement privilégiée commençait à renoncer à la petite folie à quelques centaines d’euros – voire quelques milliers pour une occasion exceptionnelle – qu’elle s’octroyait de temps en temps dans des ventes aux enchères ou des boutiques spécialisées en bibliophilie ou objets de vitrine. Dans le même temps, elle devenait vendeuse des objets dont elle était auparavant consommatrice, contribuant ainsi au phénomène de la chute des prix dans ses anciennes spécialités de prédilection.
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L’objet rare, quelle que soit la spécialité
Dans cet effondrement global des prix du patrimoine en brocante, antiquités et objets de collection, seule la cote de la pièce rare a survécu, et souvent progressé de façon impressionnante.
Quelle que soit la spécialité, du moulin à café à la dentelle en passant par la carte postale et le meuble Napoléon III, il faut posséder la pièce qui se démarque du commun par son originalité, par la curiosité qu’elle est capable de susciter.
Le constat est identique pour les œuvres et objets d’art, domaines où l’écart de prix entre le beau et l’exceptionnel n’a jamais été aussi important et ne cesse de se creuser, et ceci d’autant plus que les pièces relevant de la première catégorie se vendent plus difficilement.
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Pierrick Moritz
Ce texte est tiré de : Estimez L’intérêt de votre patrimoine mobilier (brocante, antiquités, collection, objets et œuvres d’art) de Pierrick Moritz. Dépôt SACD sous le numéro d’enregistrement 24503. Dépôt du 04 février 2011. Ce texte est protégé par la législation sur le droit d’auteur. Sa reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation de l’auteur. La protection du travail de l’auteur concerne la reproduction directe du contenu et de sa structure mais aussi la contrefaçon, jugée sur les similitudes, mais aussi sur les différences destinées à les maquiller.
