Archive pour la catégorie ‘Cinéma’

Cannes : “De rouille et d’os”, un diamant à l’état brut

18 mai 2012

Si la bande annonce vous a découragés d’aller voir De rouille et d’os, c’est probablement parce qu’elle n’est pas vraiment représentative du film, de son immensité. Le meilleur de Jacques Audiard assurément, dont chaque film, excellent, est encore plus abouti que le précédent. Et pourtant Le Prophète, son précédent opus, semblait atteindre une telle plénitude qu’il est extraordinaire de voir à quel point il réussit à repousser encore les limites de son univers pour atteindre l’universel, voire toucher au mystique.

Quand Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland d’Antibes, rencontre Ali, le videur de la boîte de nuit où elle vient d’être mêlée à une bagarre, il est en train de recoller les morceaux d’une vie éclatée. Entre son jeune fils, dont sa sœur se préoccupe plus que lui, et des petits boulots. Puis à la suite d’un accident, c’est sa vie à elle qui éclate, une nouvelle vie sans jambes. Elle s’appuie sur lui, pour sortir de la mer où elle s’est baignée, comme le montre l’affiche du film, puis il s’appuie sur elle pour d’autres raisons.

Les deux personnages principaux sont à l’image du film, à l’état brut, sans fioritures. Maître de l’art de l’ellipse, Jacques Audiard évite les dialogues explicatifs, les scènes redondantes. De rouille et d’os est comme une boisson énergétique. C’est un film sur la puissance, la force qu’on a en soi et qu’on trouve, parce qu’elle est là, quelque part.

A l’aide de plans lumineux et audacieux, Jacques Audiard brouille les pistes, mélange les genres, jusque dans la bande son, passant de la chanteuse pop Katy Perry à de la musique classique. Il joue sa propre partition, à l’image d’autres cinéastes français contemporains, mélangeant habilement cinéma d’auteur et cinéma populaire, sans appartenir à aucun mouvement, n’en déplaise aux nostalgiques de la Nouvelle Vague.

Face à Matthias Schoenaerts, déjà récemment remarqué dans Bullhead, Marion Cotillard prouve à qui en douterait encore l’étendue de son talent. Elle sort littéralement d’elle-même et compose un personnage implacable, déterminé, envoûtant, se plaçant dès le premier jour de la compétition cannoise en pole position pour le prix d’interprétation.

De Rouille et d’Os, de Jacques Audiard  (sélection officielle au festival de Cannes, en compétition).

Paul Bret

Article en rapport :

Un Prophète de Jacques Audiard : un fim miraculeux ; de la pureté en eaux troubles : http://artwithoutskin.com/2009/08/30/un-prophete-de-jacques-audiard-un-film-miraculeux

Cinéma : “Margin Call”, la vague arrive

8 mai 2012

C’est une vague immense. Silencieuse. Elle approche lentement. Si on ne se protège pas, elle engloutira tout. Mais dans ce film catastrophe-là, la vague est invisible. Juste des chiffres sur des écrans.

A la suite de positions trop risquées, beaucoup trop risquées, sur des actifs représentant des milliards de dollars, une banque de Wall Street se retrouve avec une quantité inimaginable d’actifs pourris. Rien qu’en en vendant un quart, sa perte équivaudrait à la totalité de sa capitalisation boursière. Alors que faire ?

C’est là que Margin Call diffère des films catastrophes classiques. Cette fois, il ne suffit pas de chercher un abri élevé et attendre que la vague passe. Il faut trouver un autre moyen, coûte que coûte – quitte à faire payer les autres.

Au milieu des années 1980, Wall Street d’Oliver Stone décrivait des requins, emmenés par Michael Douglas, sans foi ni loi, triomphants.

Au début des années 2010, Margin Call décrit ces requins, emmenés par Kevin Spacey (qui avait d’ailleurs joué dans Swimming with Sharks, au titre éloquent), impuissants face au tsunami financier qu’ils ont eux-mêmes créé.

Servi par une distribution impeccable – Jeremy Irons, Simon Mentalist Baker, Demi Moore et Stanley Tucci en tête – Margin Call  fait d’autant plus froid dans le dos que les dégâts causés par la vague restent loin des bureaux surplombant Manhattan.

L’action se déroule en 2008. L’année de la faillite de Lehman Brothers. L’année où les subprimes, ces prêts accordés à des ménages déjà trop endettés, une fois transformés en produits financiers échappant au contrôle de leurs créateurs, ont entraîné la planète au bord du gouffre et semé la misère – bien réelle, elle – aux États-Unis et ailleurs.

Paul Bret

Margin Call. Film américain de J.C. Chandor. Sorti le 2 mai.

Une page Facebook pour ArtWithoutSkin

9 mars 2012

ArtWithoutSkin inaugure une page Facebook

Cette page présente une sélection d’articles puisés dans les archives du blog et toujours d’actualité, comme sur les thèmes des voyages, des lieux de tournage mythiques, des grands musées du monde, des artistes, du street art dans les grandes villes du monde, …..et des “inédits” jamais publiés sur le blog.

Jusqu’à “épuisement du stock” (+ de 1.000 articles), de nouveaux liens vers ces contenus exclusifs s’afficheront presque chaque jour.

Les liens vers les nouveaux articles y figurent également, ainsi que des informations et des brèves non publiées sur le blog.

Cinéma : fragments de vie à Oslo

3 mars 2012

Oslo, fin d’été. Un toxico profite d’une journée de permission destinée à un entretien professionnel pour revoir son entourage de sa vie d’avant.

Le film épouse l’itinéraire d’Anders, un jeune homme qui s’est perdu lui-même – I’ve been losing you, la chanson du groupe norvégien A-ha résonne dans le taxi qui l’amène de son centre de traitement au centre d’Oslo pour une journée éclairée de la lumière trop agressive de la vie réelle.

A travers le filtre gris de son regard, le bonheur conjugal de son meilleur ami paraît un peu moins éclatant, la gêne du recruteur face aux trous dans son CV devient insupportable et l’absence de sa sœur, qui refuse de le voir par peur d’être déçue, achève de détruire ses dernières illusions.

Nouvelle adaptation de Feu Follet de Drieu La Rochelle – après celle de Louis Malle en 1963 avec Maurice Ronet – Oslo 31 août touche par l’intensité de son acteur principal, Anders Danielsen Li, et la réalisation sans fioritures de Joachim Trier dont c’est le deuxième film.

Parcours initiatique dans un Oslo indolent d’un personnage en stand by entre deux vies – celle qui ne peut plus être vécue et le nouveau départ qui pourrait l’être – le film prend toute son ampleur dans une scène d’attente où Anders, seul dans un café, écoute les diverses conversations autour de lui, fragments de vie enjoués et préoccupés par le futile et le moins futile, et observe des passants dans la rue, imaginant la suite de leur journée, alors que la sienne semble sans suite.

Paul Bret

Oslo, 31 août de Joachim Trier, sorti en salles le 29 février.

“Incendies”, un film nord-américain aux César, et “The Artist”, un film français aux Oscar

24 février 2012

Les films Incendies du Québécois Denis Villeneuve et The Artist du Français Michel Hazanavicius sont unanimement célébrés par le public, la critique et les jurys internationaux.

Incendies, sélectionné pour l’Oscar 2011 du “meilleur film en langue étrangère”, est placé  dans la catégorie “meilleur film étranger” aux César 2012. The Artist est notamment nommé aux Oscar 2012 dans la section “meilleur film” (10 nominations aux Oscar, 10 aux César).

Dans des registres radicalement différents, ces deux créations sont des paris fous habités par la grâce.

Incendies est un film terrible et magnifique, dont le scénario est une adaptation de la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad.

Au Québec, de nos jours, et à la suite du décès de leur mère, un frère et une sœur jumeaux se voient remettre d’énigmatiques enveloppes par le notaire de famille. Pour pouvoir accéder  à l’apaisement éternel, la défunte leur demande de partir à la recherche d’un père inconnu et d’un frère dont ils ignoraient l’existence, dans un pays du Moyen-Orient. Il s’agit peut-être du Liban, pays d’origine de Wajdi Mouawad.

Au terme d’un éprouvant jeu de piste, principalement parcouru par la fille, ils découvriront ce dont ils ont réellement hérité, ce dont ils sont faits. Au moyen d’allers-retours entre deux histoires parallèles, le réalisateur éclaire de manière de plus en plus précise l’indentité d’une femme qui s’était murée dans l’ombre et le silence, une femme que ses enfants ne connaissaient pas.

Ce personnage fort est interprété avec intensité par Lubna Azabal.

Le pari fou était de s’attaquer à un diamant du renouveau du théâtre mondial, de réussir à évoquer l’abomination sans le voyeurisme que faciliterait l’image, sans l’obscénité, mêmes des mots. Il fallait maîtriser la construction vers une révélation si dérangeante que les spectateurs pourraient masquer leur malaise sous le rejet. À la fin d’Incendies, la tragédie a désarmé les spectateurs impliqués par Denis Villeneuve, et tout le monde est abasourdi, cloué. C’est un choc.

The Artist est un autre pari fou : un film muet, en noir et blanc et français sur l’univers du cinéma hollywoodien de la fin des années 1920.

D’après les derniers comptages d’Allo Ciné, près de 2 millions de personnes en France sont allées à la rencontre de cet “OVNI” qui a également engrangé quelque 27 millions de dollars de recettes aux États-Unis, un montant exceptionnel pour un film français.

À travers le parcours d’une star du cinéma muet qui vit une descente aux enfers et une histoire d’amour contrariée au moment du passage au parlant, The Artist est un hymne à la gloire de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Les références et les clins d’œil aux grands classiques des années 1920-1950 sont omniprésents, sous différentes formes.

Le film oscille entre comédie et drame. Vu ses paramètres “exotiques”, le ridicule l’aurait vraiment tué. Michel Hazanavicius n’a pas choisi la facilité pour cet élan du cœur, mais il a choisi Jean Dujardin.

Le charismatique Jean Dujardin est un comédien subtil, au jeu nuancé. Sa grande humanité qui transparaît au cinéma définit assez bien The artist.

Une des surprises du film est Bérénice Bejo (nommée dans la catégorie meilleure actrice aux César) dont les talents de comédienne sautent aux yeux.

James Cromwel et John Godman, les Américains, sont impeccables dans les rôles respectifs d’un très fidèle valet-chauffeur et d’un producteur opportuniste et soupe au lait.

Pierrick Moritz

Centenaire du naufrage du Titanic : ventes aux enchères et produits inspirés du paquebot

13 janvier 2012

2012 est l’année du centenaire du naufrage du Titanic, paquebot mythique coulé par un choc avec un iceberg au large de la Nouvelle-Écosse au cours de son voyage inaugural vers New York, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Actualité des ventes aux enchères et mise en avant de produits et créations inspirés du paquebot marquent cet évènement.

Si, entre une tête de rivet payée 504 livres, des clés des toilettes de première classe parties à 43.000 livres et un plan en coupe à 220.200 livres, on trouve régulièrement des souvenirs du Titanic dans les ventes aux enchères internationales, le centenaire du naufrage le plus célèbre du monde engendre une actualité plus fournie dans ce domaine, notamment avec la mise sur le marché d’une exceptionnelle collection de plus 5.000 objets collectés sur le site de l’épave.

Les produits et créations inspirés de l’histoire du Titanic sont également mis en avant en 2012, comme un  livre de recettes du dernier dîner en première classe (prévoir homard et caviar frais), une édition commémorative du service à vaisselle du restaurant “à la carte” et la sortie en 3-D du Titanic de James Cameron, le 4 avril dans les salles de cinéma françaises.

Plus de 5.000 objets récupérés sur le site du naufrage

Quand les objets en rapport avec le Titanic habituellement proposés à la vente ont été sauvés du naufrage par des passagers ou n’ont jamais été présents à bord, les quelque 5.000 reliques de la vacation du 11 avril à New York par l’opérateur Guernesey sont exceptionnelles car directement collectées sur le site de l’épave par RMS Titanic, Inc. Cette entreprise a mené de manière exclusive les missions de recherche et de récupération sous-marines depuis la localisation du Titanic en 1985.

Il s’agit notamment d’effets personnels de passagers, comme une épingle à cheveux, une paire de lunettes ou un sac en maille, un gilet en laine retrouvé dans une valise et un bracelet, de vaisselle, d’art décoratif comme ce chérubin en bronze, porte-torchère qui ornait la rampe du grand escalier, et d’éléments de construction du navire.

Ces vestiges ont été prélevés au cours de sept campagnes de fouilles sous-marines organisées pendant 25 ans. Le lot comprend également les droits des vidéos des plongées, des images 3-D du navire, et la carte de la première enquête complète et unique réalisée sur le site de l’épave.

Clauses restrictives

Cette collection est proposée aux enchères en un seul lot estimé 189 millions de dollars. Son acquisition est subordonnée à certaines clauses restrictives comme l’entretien des objets et leur exposition publique.

L’acheteur aura également la possibilité d’assumer un rôle “d’intendant” du Titanic, avec la mission de protéger et de préserver le site du naufrage pour les générations futures. Une partie des bénéfices de la vente sera consacrée à un fonds de dotation pour la conservation des futurs objets collectés.

220.000 livres pour une coupe en largeur du paquebot

Le prix le plus élevé obtenu en vente publique pour un souvenir du Titanic a été enregistré l’année dernière chez l’opérateur britannique Henry Aldridge & Son, avec 220.000 livres engagées sur un plan d’époque montrant une coupe en largeur du paquebot. Dans la même vacation, un ensemble de deux clefs des toilettes de première classe a été payé 43.000 livres.

Henry Aldridge & Son, qui a régulièrement proposé des souvenirs du Titanic ces dernières années, a annoncé la présence de souvenirs provenant du paquebot mythique dans une vacation sur le thème de la marine proposée le 31 mars prochain. On y trouvera notamment un menu de première classe pour le déjeuner du 14 avril 1912 et un trousseau de clés de magasinier.

60.000 livres pour un gilet de sauvetage

Parmi d’autres reliques rattachées au Titanic et vues en vente publique ces dernières années, un ensemble de 8 télégrammes envoyés entre le 15 et le 18 avril 1912 par Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line, à leur bureau de New York et au sujet du naufrage a été payé 86.500 dollars chez Sotheby’s New York en décembre dernier. En mai 2007, Christie’s Londres vendait le filet de sauvetage d’une rescapée (et dédicacé par d’autres passagers) pour 60.000 livres ; une tête de rivet du paquebot du même catalogue portant l’inscription R.M.S. Titanic était payée 504 livres dans la même vacation.

Cameron et Last Dinner on the Titanic

2012, année du centenaire du naufrage du Titanic, voit aussi la mise en avant de produits et créations inspirés de son histoire. James Cameron en profite pour une sortie, le 4 avril en France, de son célèbre film en version 3-D. Côté cuisine, on retrouve Last Dinner on the Titanic (sorti en 1997), un manuel proposant de recréer l’atmosphère du dernier dîner de première classe avec le menu historique, une superproduction - naufrage non compris - où homard Thermidor et œufs de caille en gelée au caviar ouvrent la marche.

La Titanic, une célèbre bière québécoise. L’acool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération  

1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe

On peut aussi se procurer une édition  spéciale “100 ème anniversaire” du service à vaisselle du restaurant “à la carte” du Titanic (120 dollars l’assiette plate), fabriquée par la faïencerie anglaise d’origine, et même la musique jouée à bord (18,95 dollars le CD). Les moins fortunés trouveront leur bonheur dans le choix d’élements d’un kit Titanic Dinner Party. Icicomptez 1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe.    

Tee-shirt humoristique dans une vitrine nord-américaine

“Authentique poudre de charbon du Titanic

Croisière sur les lieux du naufrage ou traversée de l’Atlantique en version luxe ou “charter” suivant l’itinéraire du paquebot (jusqu’à New York et si tout se passe bien vu le trafic en perspective), maquettes, pièces et autres médailles commémoratives, dont une recouverte de poudre de charbon certifiée comme provenant du Titanic, font également partie du programme marchand du centenaire du naufrage du paquebot.

Pierrick Moritz

“Pieds nus sur les limaces”, merveille cinématographique

8 janvier 2012

Pieds nus sur les limaces, long-métrage de Fabienne Berthaud sorti en 2010 et actuellement diffusé sur Canal+, est une merveilleuse réussite, notamment servie par des acteurs impeccables.

Avec force et fraîcheur, jamais dans la  démonstration, la réalisatrice maîtrise de bout en bout une brillante variation sur un thème original et infiniment casse-gueule, celui de l’être “déséquilibré” sur lequel repose l’équilibre de ceux qui l’entourent.

Ludivine Sagnier campe Lily, jeune fille désignée comme “psychotique de service” en raison de frasques régressives qui dévorent l’existence de son entourage, et en premier lieu de sa sœur (Diane Kruger).

Cette dernière est mariée à un avocat tout-à-fait-dans-le-moule-du-trentenaire-brillant (Denis Menochet).

Mais l’aînée ne trouve-t-elle pas son compte dans cette oppression permanente qui remplit ses pensées et pompe son énergie ?

Lily a compris. Lily voit ce que les autres ne peuvent pas voir. Lily agit comme un révélateur. Lily transcende le malheur à travers la création, le plus souvent avec des matériaux de récupération pas vraiment anodins.

Lily est bien la seule à savoir ce qu’elle veut et là où elle se trouve. Lily est capable de montrer la possibilité d’un vrai chemin.

PM

Pieds nus sur les limaces, un film de Fabienne Berthaud adapté de son roman. Sorti en 2010. Avec  Diane Kruger, Ludivine Sagnier, Denis Menochet, Brigitte Catillon, Jacques Spiesser, Anne Benoît, Jean-Pierre Martins, Gaëtan Gallier. Diffusé en janvier 2012 sur Canal+.

Comme d’habitude, on peut regretter le turn over étourdissant des films dans les salles de cinéma qui empêche souvent de découvrir de telles réussites au moment de leur sortie. On ne peut pas tout aller voir tout de suite.


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