Archive pour la catégorie ‘Expositions’

Art, squat et punk (1977-1984) au Centraal Museum d’Utrecht

5 mai 2012

Sous l’intitulé God Save the Queen, Art, squat et punk (1977-1984), le Centraal Museum d’Utrecht propose, jusqu’au 10 juin, une exposition d’envergure consacrée aux mouvements artistiques, sociaux et antimonarchiste de la période 1977-1984 aux Pays-Bas. Axée sur la déferlante libertaire néerlandaise de ces années-là avec, notamment, l’occupation massive des immeubles vacants d’Amsterdam par des squatters qui mit la ville en état de siège, l’exposition riche en documents visuels et sonores montre aussi une belle sélection d’œuvres d’art dont deux grands Basquiat et un Haring monumental. Une des meilleures expositions européennes du moment, pleine de sens. PM

La Fondation Carmignac Gestion sur le site préservé de l’île de Porquerolles

16 mars 2012

Soutien de l’exposition Basquiat au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2011, entre autres activités de mécénat, la Fondation Carmignac Gestion a annoncé l’implantation  d’un lieu de prestige dédié à l’art contemporain sur le site préservé de l’île de Porquerolles, au sein du Parc national de Port-Cros dans le Var.

Acquis en 2011, l’endroit est encore sujet a des permis d’aménagement. Sauf retards administratifs, il devrait ouvrir ses portes à l’été 2014.

La réhabilitation du bâtiment existant a été confiée à l’architecte Antoine Jouve et celle du parc au paysagiste Louis Benech, soucieux de la compréhension des lieux et familier des réalisations en milieu méditerranéen.

Selon le communiqué de presse, il s’agira d’un lieu de convergence entre les courants les plus singuliers de la création contemporaine française et étrangère représentés au sein de la collection de la Fondation, ce nouvel espace entend faire partager au plus grand nombre la découverte de nouveaux talents.

Constituée initialement autour du Pop Art et de l’école allemande, la collection de la Fondation rassemble près de 150 œuvres, dont des créations majeures d’Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Roy Lichtenstein, Gerhard Richter, Andreas Gursky, Keith Haring et Martial Raysse.

Cette réunion de figures historiques de l’art contemporain est enrichie par les noms d’une nouvelle génération d’artistes issus de “l’univers émergent” : le Libanais Ayman Baalbaki, les Brésiliens Os Gêmeos, la photographe argentine Nicola Constantino ou l’Iranienne Shirin Neshat.

Des œuvres du photographe Alex Prager, du peintre Makoto Saito (une peinture inspirée par Catherine Deneuve), Using the loud speaker as an instrument of fear while killing, une technique mixte du Cambodgien Leang Seckon, et un ensemble de 4 photographies issues du reportage de l’Italien Massimo Berruti, second lauréat du Prix Carmignac Gestion du photojournalisme, font partie des nouvelles acquisitions.

En 2009, la Fondation a créé un prix du photojournalisme, axé sur les anciens théâtres de conflit et les zones de grande détresse humaine, pour récompenser un reportage approfondi sur le terrain.

La direction du projet de Porquerolles est confiée à Gaïa Donzet, qui a lancé les activités parisiennes de la galerie Tornabuoni Art et de la maison de ventes aux enchères Bonham’s. Nathalie Gallon demeure chargée de la conservation de la collection et Directrice du Prix Carmignac Gestion du photojournalisme.

Penser le huis clos à “Sidération”, festival des imaginaires spatiaux, du 23 au 25 mars à Paris

5 mars 2012

Le thème du huis clos a été retenu pour la deuxième édition du festival Sidération. Cette manifestation culturelle, dont le programme s’inscrit aux frontières de l’art et de la science, se déroulera du 23 au 25 mars au siège parisien du CNES (agence spatiale française).

Parmi les 36 artistes invités - et en dehors des musiciens, metteurs en scène et performeurs - des auteurs proposeront des lectures et mises en voix performées de leur texte publié dans le dernier numéro d’Espace(s).
Cette revue, au rythme de parution annuelle et conçue comme un “cahier de laboratoire”, a pour objectif d’inscrire l’univers spatial au cœur des préoccupations littéraires et artistiques.
Des nouvelles sur le thème de l’Espace écrites par des auteurs reconnus sont publiées, des artistes explorant d’autres champs de la création partagent leur expérience.
Dans la dernière livraison, une vingtaine d’auteurs réfléchit sur cette thématique du huis clos.
La revue sortira à l’occasion du Salon du livre de Paris (16-19 mars, porte de Versailles), avant d’être présentée au festival Sidération.
Certains de ces auteurs seront présents au festival, où d’autres créateurs proposeront des expériences comme de vraies et fausses conférences scientifiques, une restitution d’un voyage spatial sous hypnose. Accompagné d’un artiste, le spectateur pénétrera en visioconférence dans différents lieux du monde spatial.
Chacun des invités possède son univers de prédilection, comme le voyage réel ou imaginaire, rêvé ou sous hypnose, l’enfermement, les tentatives d’arrachement à un univers clos.
Des créations originales mises en scène dans une salle principale, comme des pièces multimédia associant texte, musique et vidéo, précéderont des performances plus intimes présentées dans des espaces adaptés.

Ce festival s’inscrit dans le programme Création et imaginaire spatial de l’Observatoire de l’Espace du CNES. Son ambition est de participer à l’affirmation, au développement et au renouvellement des imaginaires spatiaux, en offrant aux artistes un accès privilégié au matériau spatial (documents d’archives, imagerie et instrument du patrimoine spatial,…). Les productions artistiques et les performances qui en résultent sont présentées au public dans le cadre de manifestations comme le festival Sidération.

INFORMATIONS PRATIQUES FESTIVAL SIDÉRATION

Adresse : Centre national d’études spatiales – Salle de l’Espace. 2, place Maurice Quentin 75001 Paris. Métro-RER : Châtelet-les Halles (sortie Place Carrée)

Horaires : vendredi 23 mars : 19h00-22h30. Samedi 24 mars : 15h30-22h30. Dimanche 25 mars : 15h00-18h00

Tarifs : billet valable pour 1 jour (petites salles + grande salle) : 10 euros. Pass accès illimités pour 3 jours : 22 euros

Paul Strand, Henri Cartier-Bresson et le Mexique à la Fondation Henri Cartier-Bresson

21 février 2012

La Fondation Henri Cartier-Bresson montre, jusqu’au 22 avril à Paris, des photographies du Mexique populaire des années 1930 de Paul Strand et Henri-Cartier Bresson, chacun exposé dans une salle différente.

Paul Strand, l’Américain, arrive au Mexique en 1932. Âgé de 42 ans, il répond à une invitation du ministère de l’Éducation mexicain.

Henri Cartier-Bresson a 26 ans quand, en 1934, et à la suite d’une mission ethnographique française en Argentine avortée, il se retrouve au Mexique.

Les tirages de cette exposition ne sont pas le fruit d’une collaboration entre les deux photographes, il s’agit du travail indépendant de chacun d’entre eux sur le thème du Mexique populaire des années 1930, où la pauvreté est omniprésente.

Dans son art, Paul Strand était un adepte de la frontalité censée rejeter la subjectivité de la stylisation. Mais la tentative de restitution de l’objectivité d’un instant déjà évanoui est condamnée à l’échec car l’impression qui a donné l’impulsion créatrice a, au mieux, perdu de son intensité. Le souvenir du passé immédiat est déjà une reconstruction, une esthétisation. Le risque est de donner à voir quelque chose “d’empaillé”. Paul Strand a très bien photographié les statues religieuses mexicaines.

Les clichés d’Henri Cartier-Bresson relèvent du photojournalisme contemporain. Son travail adhère au modernisme qu’il a anticipé. Spontanées et dynamiques, ses images sont dégagées de toute lourdeur théoricienne. L’écart générationnel est évident. Henri Cartier-Bresson est tout à son sujet ; aucune interrogation existentielle ne transparaît dans ses clichés. À côté du jeune homme en devenir, Paul Strand semble être un photographe du début du XXe siècle.

Dans les deux  cas, on peut parfois penser que ces regards bourgeois sur la pauvreté se concentrent sur des différences dans le cadre d’une comparaison avec leur propre monde.

Au Mexique, cette pauvreté est toujours présente de nos jours. Au fin fond du Chiapas, les enfants réclament les restes de leurs repas aux touristes. Les adultes, eux, jettent des pierres sur ceux qui tentent de photographier les cérémonies traditionnelles. Cette réalité-là n’a rien de docile.

Pierrick Moritz

Henri Cartier-Bresson/Paul Strand, Mexique 1932-1934. Exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson jusqu’au 22 avril 2012. 2, impasse Lebouis. 75014 Paris. Fermée le lundi

Lyonel Feininger au musée des beaux-arts de Montréal : une identité puissante, d’un exil à l’autre

7 février 2012

Visite sur place

Programmée au Whitney Museum of American Art de New York entre juin et octobre dernier, sous le titre Lyonel Feininger: At the Edge of the World, l’importante rétrospective consacrée au peintre expressionniste, désormais intitulée Lyonel Feininger : de Manhattan au Bauhaus, est installée jusqu’au 13 mai au musée des beaux-arts de Montréal. Pour ceux qui le pourront, le détour par cet évènement exceptionnel, consacré à l’une des figures majeures de l’art moderne, s’impose. Les plus récentes expositions consacrées à l’artiste en France, d’une bien moins grande ampleur, remontent à 1992* et 1974**.

Lyonel Feininger a fréquenté toutes les avant-gardes artistiques européennes de la première moitié du XXe siècle. Le travail magistral de ce caractère endurant et indépendant, notamment forgé par la pratique de la musique et l’expatriation, est l’un des plus puissants de l’histoire de l’art moderne occidental. À travers quelque 350 œuvres, huiles sur toile, aquarelles, gravures, illustrations, photographies et sculptures-jouets, cette rétrospective grandiose offre un panorama exhaustif de l’œuvre de Lyonel Feininger, un Américain qui passa les 50 premières années de sa vie d’artiste en Allemagne.

Formation musicale

Lyonel Feininger naît en 1871 à New York, de parents d’origine allemande et musiciens renommés. Formé au violon, au piano et à l’orgue, il conservera une grande passion pour la musique, composant notamment des fugues influencée par Bach dans les années 1920. Après son retour aux États-Unis, en 1937, il pratiquera chaque jour l’orgue et le piano dans son atelier new-yorkais.

Le musicien devient aussi caricaturiste

Alors que ses parents sont partis pour une tournée de concerts en Europe, le jeune Feininger quitte les États-Unis en 1887, dans le but d’étudier le violon au conservatoire de Leipzig. On le retrouve, l’année suivante, élève à l’Académie Royale prussienne des beaux-arts, à Berlin.

L’adolescent y retrouve sa mère. Séparée de son mari, elle vit dans une pension berlinoise. Le lieu est fréquenté par des caricaturistes de presse. Dès 1890, Lyonel Feininger voit ses dessins reproduits dans un journal berlinois, le Humoristische Blätter. En 1893, après avoir réalisé des illustrations pour des boîtes de cigares et un roman et séjourné à Paris, où il dessine dans la rue toute en fréquentant l’académie Colarossi, il décide de se lancer dans une carrière de caricaturiste.

Entre temps, il a passé un an dans un collège jésuite belge, son père l’a poussé à s’y inscrire pour améliorer une culture générale insuffisante. Des années plus tard, cette expérience nourrira son art avec des représentations peu amènes de ces religieux, comme dans Jésuite I, une huile sur toile de 1908 où une élégante aguicheuse dévisagée par deux jésuites ne renonce en rien à son attitude effrontée, ou dans Le Grand Inquisiteur, une encre sur papier de 1911.

Lyonel Feininger devient rapidement l’un des caricaturistes les plus réputés de Berlin ;  il répond à une commande du Chicago Tribune pour réaliser deux bandes dessinées. En 1910, à Paris, père d’un enfant et vivant avec sa seconde compagne, il dessine pour Le Témoin, journal avec lequel il collaborera jusqu’en 1910.

Premiers tableaux à l’huile en 1907

Lyonel Feininger signe ses premiers tableaux à l’huile en 1907. Il fréquente Le Dôme à Montparnasse, se lie notamment avec Jules Pascin et Richard Götz, peint des scènes architecturales de Paris.

Les tableaux  de ses débuts peuvent évoquer les illustrations d’un livre de contes, enchantés, proches du primitivisme. Mais rien n’est naïf dans cette réalité intérieure fixée sur la toile. La vraie candeur n’est plus possible dans cet enracinement au  monde de l’enfance. Dans le nombre et la foule travestie, la meute ne semble jamais très loin. Le fantastique est trop puissant, dans des carnavals de masques et d’accoutrements, pour jouer la poésie. La distorsion d’échelles est parfois menaçante. Dans des huiles sur toile de 1909-1910, comme Lecteurs de journaux, où des hommes lisent leur journal au pas de course, on retrouve au premier plan la figure d’un géant et d’un homme minuscule, proportions dérangeantes que le peintre impose. Comme tout est sincère, tout est vrai.

Catalogue de l’exposition, première monographie majeure publiée en français sur l’œuvre de Lyonel Feininger

Intégration du cubisme

Quand il expose au salon des Indépendants de Paris, en 1911, Lyonel Feininger découvre le cubisme. L’artiste intègre les préceptes de cette avant-garde par une géométrisation des formes qui resteront toujours figuratives, relevant parfois du puzzle assemblé, sans dissociations comme dans les représentations de collages des autres. Les lignes de fraction se feront de plus en plus subtiles, les couleurs joueront les transparences, jusqu’aux chefs-d’œuvre de la fin des années 1920, comme Verre brisé, une toile représentant des plaques de verre transparent et coloré appuyées contre un mur, ou ses marines. Mais le cubisme est déjà très loin.

Lyonel Feininger, peintre de la vitesse, comme en rendez-vous avec le futurisme

Avec le futurisme, Lyonel Feininger est déjà en territoire connu. Il est incontestablement un dessinateur et un peintre de la foule et du rythme. Ses toiles révèlent une extraordinaire aptitude à traduire les registres du mobile, du mouvement et de la vitesse. Ce don est particulièrement frappant dans les enjambées des personnages sur les toiles des premières années de peinture à l’huile, dont aussi Vélocipédistes (1910) ou le prodigieux Course cycliste (1912).

Un peintre lié aux avant-gardes artistiques européennes

Lyonel Feininger est lié à toutes les avant-gardes majeures de l’époque. Membre de la Sécession Berlinoise depuis 1908, il décline une première invitation d’exposer avec le groupe allemand expressionniste Die Brücke. Il finit par accepter la seconde, en 1914, comme celle de Franz Marc, cofondateur du groupe Blaue Reuter avec Kandinsky, dans le cadre d’un salon organisé par l’éditeur du magazine Der Sturm. Il entretient une correspondance avec Alfred Kubin du groupe Blaue Reuter, et, en 1919, devient membre du conseil des artistes de l’Arbeitstrat für Kunst, fondé notamment par Walter Gropius. La même année, il est nommé maître au Bauhaus, l’école d’art d’état créé à Weimar, une ville qu’il a déjà fréquenté avec sa compagne.

Deux exceptionnelles vitrines de jouets-sculptures

Entre 1913 et 1914, Lyonel Feininger conçoit des prototypes de petits trains en bois pour un fabricant allemand. L’artiste fabrique des jouets  sculptés à la main pour ses fils. Il s’agit de trains, de personnages et de bâtiments miniatures. Il poursuivra cette activité, offrant ses créations à ses amis et à leurs enfants. L’exposition propose deux exceptionnelles vitrines réunissant plusieurs dizaines de ces sculptures-jouets.

Pas Allemand en Allemagne

Bien qu’ayant vécu la majeure partie de sa vie en Allemagne, Lyonel Feininger conservera sa nationalité américaine toute sa vie.  Ce qui lui vaudra d’être séparé de sa famille durant la Grande Guerre. Bloqué pendant une longue période à Berlin, il doit pointer chaque jour au poste de police local.

Pas Américain aux États-Unis

Si, dès 1921, le Detroit Institute of Art achète Le Bateau à Aubes II à Lyonel Feininger, première de ses peintures à entrer dans un musée américain, son art est estampillé comme d’origine allemande aux États-Unis dès 1913, au sein d’une exposition d’art graphique, la première de l’artiste outre-Atlantique. Dix ans plus tard, il exposera 47 œuvres aux Anderson Galleries de New York, dans le cadre d’une manifestation consacrée à l’art moderne allemand.

En 1929, une de ses toiles est incluse dans l’exposition Paintings by 19 living Americans au Museum of Modern Art de New York. La critique d’art américaine conteste avec virulence que Feininger soit un artiste américain.

Une avant-garde qui ne plaît pas du tout au national-socialisme allemand 

Dès 1924, Lyonel Feininger et ses collègues du Bauhaus subissent les pressions des syndicats d’artisans et des nationaux socialistes. Il suivra le déménagement à Dessau, en 1925, ville où il  partagera une maison de maître avec Laszlo et Lucia Moholy-Nagy pendant plusieurs années. Il abandonnera sa charge d’enseignant en 1928.

Ses œuvres exposées pour être ridiculisées, “chambre des horreurs”

En 1930, sur instruction du ministre de l’Intérieur et membre du parti nazi, le Schlossmuseum de Weimar décroche notamment les œuvres de Lyonel Feininger de son fonds d’art moderne. En mars 1933, deux mois après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, les peintures de Feininger, ainsi que celles d’autres artistes modernes appartenant à des municipalités ou à l’État, sont exposées pour être ridiculisées dans les vitrines du journal du parti nazi. La maison des Feininger est perquisitionnée par une section d’assaut ; l’artiste parvient à entreposer ses œuvres au Moritzburg Museum. Elle y resteront en sécurité pendant quelques mois, avant d’être reléguées avec d’autres œuvres d’art moderne du musée dans une “chambre des horreurs”, que le public peut visiter.

En 1935, Lyonel Feininger, dont la compagne est juive, trouve des banderoles antisémites à l’entrée du village où ils habitent. La Chambre de la Culture nazie lui réclame des preuves de son ascendance aryenne. Il fournit les documents mais ne pourra exposer que très exceptionnellement. En 1936, Feininger s’arrange pour qu’un ami emporte ses œuvres dans sa ferme familiale.

Deux tableaux de Feininger exhibés dans l’exposition nazie “L’Art dégénéré” font partie de la rétrospective

Le 19 juillet 1937, les nazis ouvrent l’exposition “L’Art Dégénéré”, à Munich. Il s’agit d’une réunion de plus de 600 œuvres d’art moderne confisquées dans des musées allemands. 24 sont de Lyonel Feininger. La manifestation voyagera dans le pays pendant 3 ans.  Les autres œuvres d’art moderne des collections publiques allemandes, dont 460 de Feininger, furent expédiés à Berlin pour être vendues ou brûlées.

Deux tableaux de l’artiste ayant figuré dans l’exposition “L’Art Dégénéré” sont présentés au sein de la rétrospective montréalaise.

Départ définitif pour les États-Unis

En juin 1937, Lyonel Feininger quitte définitivement l’Allemagne avec sa compagne.  L’artiste a reçu une invitation à enseigner au Mills College d’Oakland en Californie, institution pour laquelle il a travaillé l’année précédente, lors d’un déplacement temporaire. Le couple élit domicile à New York, où leur plus jeune fils est déjà établi, le second les rejoindra deux ans plus tard. En 1940, Feininger se lance dans une série de tableaux de gratte-ciel de Manhattan.

Consécration aux États-Unis

À travers, entre autres, une grande exposition de l’artiste organisée dans la galerie new-yorkaise de Karl Nierendolf en 1937, deux commandes officielles pour l’exposition Universelle de New York de 1939, un premier prix pour Gelmeroda XIII, peint en 1936, à l’exposition Artists for Victory au Metropolitan Museum, qui achète le tableau, une rétrospective avec Hartley, en 1944, au Museum of Modern Art et qui circulera dans 10 villes américaines, Lyonel Feininger devient célèbre aux États-Unis.

En 1945, l’artiste enseigne au Black Mountain College, une école d’art expérimentale. Il est venu à l’initiative de Josef Albers, ancien collègue du Bauhaus où Feininger avait la réputation de porter la même attention à tous ses élèves, qu’ils soient doués ou pas. Deux ans plus tard, il est élu président de la Fédération des peintres et sculpteurs américains. En 1949, à Boston, l’Institute of Contemporary Art organise une rétrospective conjointe des œuvres de Lyonel Feininger et Jacques Villon. L’exposition voyagera aussi à Washington et Wilmington en Caroline du Nord.

Avec une santé en déclin depuis plusieurs années, Lyonel Feininger meurt le 13 janvier 1956 dans son appartement new-yorkais.

Photographie de Lyonel et Andreas Feininger

En fin de parcours, la rétrospective montre des tirages de photographies réalisées par Lyonel Feininger à partir de 1928, après que ses fils aient aménagé une chambre noire dans la maison familiale.

L’artiste s’adonnera à cette spécialité par intermittence jusqu’à la fin de sa vie, et pour l’aider un temps dans son travail de peintre. De retour aux États-Unis, dans un New York qu’il ne reconnaît plus, Lyonel Feininger se rapproche de sa ville natale métamorphosée en la photographiant.

Ces tirages sont présentés près d’un important ensemble réalisé par son fils Andreas, photographe du modernisme américain mondialement connu.

Pierrick Moritz

*Feininger à Paris : les dessins de Paris de Feininger, 1892-1911, exposition itinérante du Achim Moeller Fin Art, New York, à la Biennale internationale des antiquaires, Grand Palais, Paris. 1992.

** Lyonel Feininger, huiles, aquarelles et dessins, Galerie Berggruen et Cie, Paris. 1974.

Source biographique : catalogue de l’exposition par Barbara Haskell. Textes de John Carlin, Bryan Gilliam, Ulrich Luckhardt, Sasha Nicholas. Publié par le Musée des beaux-Arts de Montréal et Somogy éditions d’art, Paris, en collaboration avec le Whitney Museum of American Art, New York. 288 pp, 256 reproductions en couleurs, 12 en noir et blanc. Entoilé sous jaquette. 29 x 24,5 cm

Page internet de l’exposition :http://www.mbam.qc.ca/feininger/index_fr.html

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2010/10/11/otto-dix-au-musee-des-beaux-arts-de-montreal

Lewis Hine, photographe-militant au bord de la crise artistique

18 octobre 2011

L’exposition parisienne consacrée au photographe américain Lewis Hine, à la Fondation Henri Cartier-Bresson, témoigne du travail d’un militant engagé pour la justice sociale, et révèle parfois un artiste.

Né en 1874, Lewis Hine va utiliser la photographie pour dénoncer la misère, l’exclusion, la ségrégation, l’indignité du travail des enfants, mais aussi pour montrer le progrès social au fil des années. Il va notamment travailler pour le compte de programmes sociaux américains et la Croix-Rouge, il voyagera en Europe.

Au début de sa carrière, Hine s’intéresse aux immigrés débarquant à Ellis Island, la petite île new-yorkaise où étaient sélectionnés les candidats venus du monde entier.

Ces portraits de femmes en costume traditionnel d’Europe de l’Est, présentant parfois comme un passeport des enfants à la mise soignée et évocateurs d’une force de travail à bas coût, sont célèbres dans le monde entier. Ici, Hine fait preuve d’un vrai regard, un aspect que l’on retrouvera notamment dans ses photographies plus tardives d’Afro-Américains.

Le photographe va immortaliser le travail des enfants, les taudis, les accidentés du travail. Lewis Hine est ici un militant. Son engagement est clair. Le message est surligné par une mise en scène dont le manque de naturel va bien au-delà de la spontanéité empêchée par l’encombrant et statique matériel photographique de l’époque.

Les cadrages sont serrés à l’intérieur des taudis, pour mieux restituer l’impression d’étouffement. Les grossesses sans répits d’une jeune veuve sont traduites par l’alignement par ordre de grandeur de ses 9 enfants. Une petite vendeuse de journaux lit les nouvelles car elle sait tirer profit de son travail pour s’instruire. Dans un groupe, les grands sont placés au fond et les petits devant. Un bébé Afro-Américain est assis sous une fenêtre derrière laquelle on aperçoit une pancarte sur laquelle est écrit un enfant de couleur est hébergé dans cette maison. 

Entre les photographies des années 1900 et celles des années 1930, la démonstration de la misère laisse place à une satisfaction progressiste, un travail qui relève parfois plus de la propagande que du documentaire. Le cliché, comme celui d’un ouvrier relié à sa machine par une immense clé à molette, peut devenir carrément esthétisant, avec une mise en scène proche du courant artistique du machinisme en vogue à la même époque.

Plus rarement, la force du sujet terrasse le contrôle du militant. La raison laisse place au sentiment, à l’humanité. Et c’est l’image terrible d’une petite ramasseuse de coton. Elle a peut être 5 ans. Elle trimballe un sac plus gros qu’elle. Elle a l’air complètement éblouie. Nous ne sommes plus dans la représentation de la misère, mais dans la vérité de la misère.

Pierrick Moritz

Exposition Lewis Hine,  jusqu’au 18 décembre 2011 à la Fondation Henri Cartier-Bresson, 2, impasse Lebouis, 75014 Paris.

Les tirages présentés sont en très grande majorité des originaux de petits formats. Devant le succès de l’exposition et à certains moments de grande affluence, ils sont difficilement appréciables avec une barrière de têtes et d’épaules devant soi. Il faut donc faire preuve d’un peu de patience et prendre place dans la file qui passe devant les clichés présentés chronologiquement.

 Infos : http://www.henricartierbresson.org/

Rétrospective Enrico Castellani chez Tornabuoni Art

14 octobre 2011

La galerie parisienne Tornabuoni Art poursuit ses remarquables rétrospectives de qualité muséale consacrées aux artistes majeurs de l’art contemporain italien d’après-guerre. Après Lucio Fontana et Alighiero e Boetti, pour les plus célèbres, elle consacre son espace parisien à l’ Œuvre d’Enrico Castellani jusqu’au 17 décembre. La réunion d’une quarantaine de créations est exceptionnelle, d’une importance inédite en France pour cette figure historique de l’art contemporain.

Superficie argento, 2005, Acrylique sur toile enfoncée et soulevée, 80 x 80 cm.Tornabuoni Art

La singularité des œuvres d’Enrico Castellani repose sur une technique qui consiste à planter des clous sur un support recouvert ensuite d’une toile monochrome. Une espèce en trois dimensions d’un genre inédit naît de cette ossature. Chacune des œuvres semble habitée par un miraculeux ADN qui ne laisse transparaître aucun air de famille. Le gène commun  de ces individualités repose dans la sensualité qui se dégage de ces tissus comme organiques. Des peaux tendues avec des pores, des hérissements, des enfoncements, des vibrations.        

Dittico rosso, 1963, Gouache sur toile enfoncée et soulevée, 152 x 157 x 20 cm. Tornabuoni Art

Les éclats d’ombre et de lumière colorent, sculptent. Il s’agit d’un langage radical et autonome. Jamais rien n’hésite, rien ne se tait. La ressource semble inépuisable. Le rythme est unique à chaque fois. Un vrai miracle se passe devant les créations d’Enrico Castellani.

Pierrick Moritz

Enrico Castellani, Rétrospective.  Jusqu’au 17 décembre 2011.  Galerie Tornabuoni Art. 16, avenue Matignon. 75008 Paris. Ouverte du lundi au samedi de 10 heures à 18 heures 30. http://www.tornabuoniart.fr/


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