Archive pour la catégorie ‘Expositions’

Lewis Hine, photographe-militant au bord de la crise artistique

18 octobre 2011

L’exposition parisienne consacrée au photographe américain Lewis Hine, à la Fondation Henri Cartier-Bresson, témoigne du travail d’un militant engagé pour la justice sociale, et révèle parfois un artiste.

Né en 1874, Lewis Hine va utiliser la photographie pour dénoncer la misère, l’exclusion, la ségrégation, l’indignité du travail des enfants, mais aussi pour montrer le progrès social au fil des années. Il va notamment travailler pour le compte de programmes sociaux américains et la Croix-Rouge, il voyagera en Europe.

Au début de sa carrière, Hine s’intéresse aux immigrés débarquant à Ellis Island, la petite île new-yorkaise où étaient sélectionnés les candidats venus du monde entier.

Ces portraits de femmes en costume traditionnel d’Europe de l’Est, présentant parfois comme un passeport des enfants à la mise soignée et évocateurs d’une force de travail à bas coût, sont célèbres dans le monde entier. Ici, Hine fait preuve d’un vrai regard, un aspect que l’on retrouvera notamment dans ses photographies plus tardives d’Afro-Américains.

Le photographe va immortaliser le travail des enfants, les taudis, les accidentés du travail. Lewis Hine est ici un militant. Son engagement est clair. Le message est surligné par une mise en scène dont le manque de naturel va bien au-delà de la spontanéité empêchée par l’encombrant et statique matériel photographique de l’époque.

Les cadrages sont serrés à l’intérieur des taudis, pour mieux restituer l’impression d’étouffement. Les grossesses sans répits d’une jeune veuve sont traduites par l’alignement par ordre de grandeur de ses 9 enfants. Une petite vendeuse de journaux lit les nouvelles car elle sait tirer profit de son travail pour s’instruire. Dans un groupe, les grands sont placés au fond et les petits devant. Un bébé Afro-Américain est assis sous une fenêtre derrière laquelle on aperçoit une pancarte sur laquelle est écrit un enfant de couleur est hébergé dans cette maison. 

Entre les photographies des années 1900 et celles des années 1930, la démonstration de la misère laisse place à une satisfaction progressiste, un travail qui relève parfois plus de la propagande que du documentaire. Le cliché, comme celui d’un ouvrier relié à sa machine par une immense clé à molette, peut devenir carrément esthétisant, avec une mise en scène proche du courant artistique du machinisme en vogue à la même époque.

Plus rarement, la force du sujet terrasse le contrôle du militant. La raison laisse place au sentiment, à l’humanité. Et c’est l’image terrible d’une petite ramasseuse de coton. Elle a peut être 5 ans. Elle trimballe un sac plus gros qu’elle. Elle a l’air complètement éblouie. Nous ne sommes plus dans la représentation de la misère, mais dans la vérité de la misère.

Pierrick Moritz

Exposition Lewis Hine,  jusqu’au 18 décembre 2011 à la Fondation Henri Cartier-Bresson, 2, impasse Lebouis, 75014 Paris.

Les tirages présentés sont en très grande majorité des originaux de petits formats. Devant le succès de l’exposition et à certains moments de grande affluence, ils sont difficilement appréciables avec une barrière de têtes et d’épaules devant soi. Il faut donc faire preuve d’un peu de patience et prendre place dans la file qui passe devant les clichés présentés chronologiquement.

 Infos : http://www.henricartierbresson.org/

Rétrospective Enrico Castellani chez Tornabuoni Art

14 octobre 2011

La galerie parisienne Tornabuoni Art poursuit ses remarquables rétrospectives de qualité muséale consacrées aux artistes majeurs de l’art contemporain italien d’après-guerre. Après Lucio Fontana et Alighiero e Boetti, pour les plus célèbres, elle consacre son espace parisien à l’ Œuvre d’Enrico Castellani jusqu’au 17 décembre. La réunion d’une quarantaine de créations est exceptionnelle, d’une importance inédite en France pour cette figure historique de l’art contemporain.

Superficie argento, 2005, Acrylique sur toile enfoncée et soulevée, 80 x 80 cm.Tornabuoni Art

La singularité des œuvres d’Enrico Castellani repose sur une technique qui consiste à planter des clous sur un support recouvert ensuite d’une toile monochrome. Une espèce en trois dimensions d’un genre inédit naît de cette ossature. Chacune des œuvres semble habitée par un miraculeux ADN qui ne laisse transparaître aucun air de famille. Le gène commun  de ces individualités repose dans la sensualité qui se dégage de ces tissus comme organiques. Des peaux tendues avec des pores, des hérissements, des enfoncements, des vibrations.        

Dittico rosso, 1963, Gouache sur toile enfoncée et soulevée, 152 x 157 x 20 cm. Tornabuoni Art

Les éclats d’ombre et de lumière colorent, sculptent. Il s’agit d’un langage radical et autonome. Jamais rien n’hésite, rien ne se tait. La ressource semble inépuisable. Le rythme est unique à chaque fois. Un vrai miracle se passe devant les créations d’Enrico Castellani.

Pierrick Moritz

Enrico Castellani, Rétrospective.  Jusqu’au 17 décembre 2011.  Galerie Tornabuoni Art. 16, avenue Matignon. 75008 Paris. Ouverte du lundi au samedi de 10 heures à 18 heures 30. http://www.tornabuoniart.fr/

Le Livre rouge de Jung au musée Guimet : à la recherche de l’âme perdue

5 octobre 2011

Parallèlement à la sortie de son édition française,  le manuscrit original du Livre rouge de Carl-Gustav Jung  se trouve actuellement au musée Guimet comme œuvre centrale de l’exposition Le Livre rouge de C.G. Jung - Récits d’un voyage intérieur.

Autour de cet ouvrage où, dans la tradition des textes sacrés, Jung a consigné ses rêves et visions dans une impressionnante création toute en lettres gothiques et enluminures et qui retrace une aventure intérieure de manière très impressionnante, sont notamment montrés des sculptures fantastiques réalisées par Jung, un film où il grave un texte au burin dans la pierre, d’autres illustrations (de sa main et provenant du manuscrit des Visions secrètes du Ve Dalaï-Lama), des mandalas et une réunion d’œuvres de différents pays d’Asie

Si cette exposition illustre le bouillonnement créatif de Jung pendant la période de réalisation de son ouvrage, on peut craindre une entrée en matière un peu brutale pour le néophyte. Difficile dans ce cas-là de ne pas s’imaginer l’auteur en grand illuminé.

Jung était le premier a dénoncer le “syndrome du gourou” dont sont atteints ceux qui croient pouvoir décoder les autres sur la base de théories. On pense plus particulièrement aux effets pervers de l’enseignement freudien, en partie rejeté par Jung et notamment du fait qu’il ramène le plus souvent tout à la sexualité.

On pourrait proposer que la grande différence entre le chemin d’individuation montré par Jung et les théories freudiennes est que le premier cherche à retrouver l’homme “universel” tandis que les secondes ne dépassent pas le cadre des suppositions sur les troubles de l’Occidental du début du XXe siècle.

Carl-Gustav Jung s’est intéressé aux représentations ancestrales communes aux peuples de l’humanité pour tenter de dresser le tableau d’une psyché universelle. Par exemple, le mythe de l’œuf primordial marin d’où serait sorti le premier homme se retrouve aussi bien dans la culture nordique que polynésienne, et à partir d’époque où ces deux-là ne s’étaient sûrement pas rencontrées.

Toutes les infos : http://www.guimet.fr/Le-Livre-Rouge-de-C-G-Jung-Recits

Pierrick Moritz

Manet, révélateur d’intérieurs, au Musée d’Orsay

19 juin 2011

En raison de son succès, l’exposition Manet, inventeur du moderne, est prolongée jusqu’au 17 juillet au Musée d’Orsay. Sous un titre qui ramène notamment au fameux Déjeuner sur l’herbe peint par l’artiste en 1863, révolution absolue dans l’histoire de l’art occidental, la proximité de certaines œuvres permet d’observer une capacité d’analyse psychologique géniale et une audace pouvant aller jusqu’à la provocation.

Dans un espace peu adapté à l’affluence, l’exposition Manet, inventeur du moderne, met notamment en exergue la personnalité et l’Œuvre singuliers d’un artiste hors du commun, dont les créations furent l’impitoyable miroir de ses contemporains, défendu par Baudelaire et honnis par la convenance. Trois tableaux de l’exposition.

Bar aux Folies-Bergères (1882)

Le génie dramatique et narratif de Manet est particulièrement criant dans Bar aux Folies-Bergères où, par le jeu d’un miroir dans son dos, une femme au regard absent est à la fois désespérément seule au premier plan tout en tenant une conversation avec un homme au second.

Le Balcon (1869)

Aucun des trois modèles du Balcon, personnages littéralement posés les uns à côtés des autres, comme les différents sujets dans Le Déjeuner sur l’herbe, ne regarde dans la même direction. Berthe Morisot affiche l’air emprunté d’une caricature romantique, le peintre paysagiste Antoine Guillemet, en arrière-plan, pose avec l’autosatisfaction d’un premier prix de salon officiel et on peut espérer que son évanescente voisine, la violoniste Fanny Claus, était moins encombrée par son instrument de musique que par l’inutile ombrelle calée au creux de son bras.

L’Asperge (1880)

Parmi les quelques natures mortes présentées ici, on trouve L’Asperge. L’histoire de ce petit tableau, une anecdote que l’on trouve sur le site du Musée d’Orsay, illustre bien la personnalité de Manet. Le peintre vendit une nature morte représentant une botte d’asperges pour 800 francs. Comme l’acheteur lui en envoya 1.000, il lui adressa cette asperge esseulée avec le mot  : “Il en manquait une à votre botte”.

Pierrick Moritz

Le MashUp Film Festival ouvre ses portes le 24 juin

17 juin 2011

Initialement prévu les 17 et 18 juin, et repoussé pour cause de dégât des eaux dans le lieu d’accueil, le MashUp Film Festival aura lieu les 24 et 25 juin au Forum des Images à Paris.

On parle ici du mashup en tant que pratique web consistant à mélanger des images et/ou des sons copiés, eux-mêmes transformés ou non, et montés pour donner une œuvre nouvelle. Le mashup, qui pose des problèmes de droits d’auteurs, mais aussi d’atteinte à l’intégrité d’œuvres originales, connaît un véritable engouement sur le web.

La manifestation, dont l’accès est gratuit, propose notamment une exposition, Le Mashup dans tous ses états, avec la projection de mashup d’artistes ou d’amateurs, une performance de DJV Selector - improvisées et diffusées en temps réel, les activités de DJing (celle du disc-jockey) et de VJing (celle du video-jockey) peuvent être mêlées pour des performances artistiques  et/ou festives – et une animation où 6 équipes de créateurs se lanceront dans un marathon de 24 heures pour produire chacune un film mashup d’une durée située  entre 5 et 10 minutes sur le thème Demain sera (presque) parfait. L’accès à une conférence “Mashup, remix, détournements : nouveaux usages des images sur les réseaux sociaux” est également proposé.

Dans le cadre du festival, vous avez jusqu’au 22 juin à 23 heures 59 pour soumettre vos films mashup réalisés sur le thème Demain sera (presque) parfait à partir des sources mises à disposition par les partenaires de l’évènement. Un outil de montage en ligne peut être utilisé sur le site du festival.

Toutes les infos : http://www.mashupfilmfestival.fr/

PM

Xavier Devaud expose à la galerie Gabriel et Gabriel

17 juin 2011

Après un show solo d’Artiste Ouvrier, l’excellente galerie parisienne Gabriel & Gabriel, située rue du Vertbois dans le 3ème arrondissement, propose du 18 juin au 31 juillet une exposition de dessins de Xavier Devaud intitulée Après moi. 

Galerie Gabriel & Gabriel, 68 rue du Vertbois 75003 Paris (M° Arts et  Métiers). Plus d’infos  : http://www.gabrieletgabriel.com/


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