Archive pour la catégorie ‘Livres’

“Pieds nus sur les limaces”, merveille cinématographique

8 janvier 2012

Pieds nus sur les limaces, long-métrage de Fabienne Berthaud sorti en 2010 et actuellement diffusé sur Canal+, est une merveilleuse réussite, notamment servie par des acteurs impeccables.

Avec force et fraîcheur, jamais dans la  démonstration, la réalisatrice maîtrise de bout en bout une brillante variation sur un thème original et infiniment casse-gueule, celui de l’être “déséquilibré” sur lequel repose l’équilibre de ceux qui l’entourent.

Ludivine Sagnier campe Lily, jeune fille désignée comme “psychotique de service” en raison de frasques régressives qui dévorent l’existence de son entourage, et en premier lieu de sa sœur (Diane Kruger).

Cette dernière est mariée à un avocat tout-à-fait-dans-le-moule-du-trentenaire-brillant (Denis Menochet).

Mais l’aînée ne trouve-t-elle pas son compte dans cette oppression permanente qui remplit ses pensées et pompe son énergie ?

Lily a compris. Lily voit ce que les autres ne peuvent pas voir. Lily agit comme un révélateur. Lily transcende le malheur à travers la création, le plus souvent avec des matériaux de récupération pas vraiment anodins.

Lily est bien la seule à savoir ce qu’elle veut et là où elle se trouve. Lily est capable de montrer la possibilité d’un vrai chemin.

PM

Pieds nus sur les limaces, un film de Fabienne Berthaud adapté de son roman. Sorti en 2010. Avec  Diane Kruger, Ludivine Sagnier, Denis Menochet, Brigitte Catillon, Jacques Spiesser, Anne Benoît, Jean-Pierre Martins, Gaëtan Gallier. Diffusé en janvier 2012 sur Canal+.

Comme d’habitude, on peut regretter le turn over étourdissant des films dans les salles de cinéma qui empêche souvent de découvrir de telles réussites au moment de leur sortie. On ne peut pas tout aller voir tout de suite.

“Conversations avec James Gray” : un grand livre sur le cinéma à travers un grand réalisateur

31 décembre 2011

Conversations avec James Gray est édité par David Frenkel/Cynecdoche et mené par Jordan Mintzer, critique de cinéma pour The Hollywood Reporter et producteur. Comme James Gray, l’auteur est originaire du Queens, quartier populaire de New York City qui marque l’Œuvre du réalisateur.

En un court-métrage (Cowboys and Angels) et quatre films (Little Odessa, The Yards, We Own the Night et Two Lovers) nés entre 1991 et 2008, James Gray et son univers original et puissant se sont imposés comme créateur et création majeurs du cinéma mondial.

Cette somme passionnante et accessible explore l’Œuvre de Gray à travers une série de longs entretiens exclusifs avec lui, et d’autres avec quelques uns de ses collaborateurs majeurs (acteurs, producteurs, scénariste, chef décorateur,…), des témoignages qui intéresseront aussi bien les fans du cinéaste culte que tout ceux qui sont à la recherche d’une référence pédagogique sur les métiers du cinéma.

Au fil d’une mise en page soignée, de nombreux documents, comme des photographies personnelles et de tournage, des extraits de scénarios et de story-boards, viennent rythmer le texte bilingue (français/anglais).

Par ses dimensions de vitalité, d’humanité et d’intimité, cet ouvrage m’a rappelé Les Maîtres de l’art contemporain d’Alexander Liberman (Arthaud, 1961), l’un des meilleurs livres sur les peintres et les artistes en général. Ces Conversations avec James Gray trouveront leur place dans votre bibliothèque serrées contre le Hitchcock/Truffaut (Gallimard).

Conversations avec James Gray de Jordan Mintzer, préface de Jean Douchet, introduction de Francis Ford Coppola. Édition bilingue français/anglais, “beau livre” relié avec couverture entoilée (21 cm x 28 cm), 240 pages, environ 300 documents reproduits en plus du texte, édité par Synecdoche. 49 euros.

Pierrick Moritz

Roy Lichtenstein, plagiaire de bandes dessinées

2 décembre 2011

Que Roy Lichtenstein se soit inspiré des comics américains pour créer ses œuvres est une chose connue ; le fait qu’il ait passé une grande partie de son temps à surdimensionner des dessins existants l’est beaucoup moins.

Le site internet de David Barsalou, Desconstructing Roy Lichtenstein, se livre à une édifiante démonstration par l’image prouvant que Lichtenstein était plus un concepteur qu’un artiste. Quant “au message” susceptiblement porté par ses toiles, à savoir la distraction et la consommation de masse portées au rang d’œuvres d’art car sujets d’adoration, angles intellectuels repris par une bonne partie du Pop Art, rien de nouveau sous ce soleil des années 1960. Les écrivains américains des années 1930 parlaient déjà de la consommation confondue avec la culture par les assauts du marketing.

À décharge de Lichtenstein de n’avoir jamais prétendu être un artiste, pas plus que son travail pouvait valoir des milliards. Les marchands et la spéculation sont passés par là.

L’œuvre de Lichtenstein vendue 43 millions de dollars, le 8 novembre dernier, en couverture du catalogue de Christie’s  

Dans ce même catalogue de Christie’s, reproduction de la vignette originale de Steve Roper dont s’est “inspiré” Lichtenstein

Voir le site de David Barsalou : http://davidbarsalou.homestead.com/LICHTENSTEINPROJECT.html.

Autodestruction programmée des livres électroniques : une pétition en ligne

4 mai 2011

La pétition lancée par Andy Woodworth, bibliothécaire du New-Jersey, contre le géant de l’édition NewsCorp et l’éditeur HarperCollins qui ont institué une date d’expiration sur les livres électroniques achetés par les bibliothèques américaines - ces ouvrages sont désormais programmés pour s’autodétruirent après le 26ème lecteur – a recueilli près de 50.000 signatures sur change.org.

Les bibliothèques américaines sont de plus en plus équipées en livres électroniques pouvant être lus sur un Kindle ou un dispositif similaire. Au départ, ces livres étaient programmés pour durer indéfiniment.

Les tablettes de lecture pour les bilbliothèques permettent les emprunts de livres à distance, notamment pour les personnes handicapées qui ne peuvent pas se déplacer.

Un groupe de bibliothécaires américains a également lancé un boycott total de HarperCollins jusqu’à ce que l’abolition du livre programmé pour l’autodestruction soit effective.

L’objectif d’Andy Woodworth est de recueillir 100.000 signatures :

http://www.change.org/petitions/tell-harpercollins-limited-checkouts-on-ebooks-is-wrong-for-libraries

Pierrick Moritz

Manuscrits musicaux de Jules Massenet, bandes magnétiques tricotées de Michel Magne et écrits inédits de Françoise Sagan aux enchères

21 avril 2011

Dispersion des archives de la famille Heugel et des œuvres et souvenirs du génial Michel Magne à Drouot

Après la vente consacrée à Jacques Prévert en juin dernier (avec un résultat de quelque 2,2 millions d’euros dont 560.000 pour le manuscrit original du scénario de Quai des brumes), et avant celle des archives de Sacha Guitry au mois d’octobre, l’étude Ader mettra à l’encan les souvenirs de la famille Heugel, éditrice de musique depuis 1839, en mai, et ceux de l’inclassable Michel Magne en juin. La vente Heugel comporte notamment des manuscrits musicaux de Jules Massenet, celle consacrée à Michel Magne une centaine de ses créations plastiques (dont ses fameuses bandes magnétiques tricotées) ainsi que des écrits inédits de Françoise Sagan.  

Les archives Heugel, dispersées le 26 mai à Drouot, contiennent des manuscrits d’opéra et d’orchestres importants. Il s’agit notamment de ceux du Jongleur de Notre-Dame de Jules Massenet (25.000/30.000 euros) ou du Dieu bleu de Reynaldo Hahn, créé au théâtre du Châtelet en 1912 sur un livret de Jean Cocteau (10.000/15.000€). On y trouve également un ensemble de plus de 4.000 lettres datant des années 1840 à 1950, et notamment signées Offenbach, Berlioz, Gounod, Delibes, Musset ou Strauss. 

Dans leur maison de Passy, puis avenue du Bois (avenue Foch), les Heugel recevaient le Tout-Paris financier et artistique : Rothschild, Proust, Hahn, et aussi, comme en témoignent les 21 signatures gravées à l’intérieur du piano Pleyel de 1875 qui sera également vendu, Philipp, Massenet, Paderewski ou Delibes. Des affiches lithographiques d’opéras célèbres seront également mises à l’encan.

Le 1er juin, toujours à Drouot, la même étude dispersera des souvenirs de Michel Magne. Cet artiste inclassable, tragiquement disparu en 1984, créa les musiques d’Angélique, marquise des Anges, des Tontons Flingueurs ou de Fantomas. Il fut aussi tricoteur de bandes magnétiques pour certaines de ses créations visuelles et monta le premier orchestre de musique électronique dans les années 1950. Entre autres performances, on lui doit  d’avoir fait “ravaler” ses paroles à Hitler en enregistrant l’un de ses discours à l’envers.

Michel Magne s’est rendu célèbre avec un concert de “musique inaudible” joué en 1954 à la salle Gaveau. Les spectateurs en ressortirent avec de violentes nausées, la prestation étant tout de même saluée par l’un d’entre eux, un dénommé Abel Gance.

Magne rencontra Françoise Sagan en juin 1955. L’écrivain était déjà célèbre, avec la sortie de Bonjour Tristesse l’année précédente. Ils écrivirent ensemble un ballet intitulé Le Rendez-vous manqué, puis des chansons pour Juliette Gréco, Annabel Buffet et Mouloudji. Un disque, fruit de la collaboration Sagan-Gréco-Magne, sortit en mai 1956.

Des manuscrits inédits de Françoise Sagan, retrouvés dans les archives de Michel Magne, seront également proposés aux enchères. Il s’agit de textes assortis de dessins qui lui sont adressés, de projets de chanson et d’écrits datant de leur voyage à New York.

Archives et souvenirs de la famille Heugel, éditeurs de musique. Ventes aux enchères publiques le jeudi 26 mai à Drouot-Richelieu par l’étude Ader Nordmann. 

Exposition partielle à la salle des ventes Favart. 3, rue Favart (gace à l’Opéra-Comique).

Michel Magne, Le Fantaisiste pop (1930-1984) (1). Vente aux enchères publiques de ses œuvres et archives par l’étude Ader Nordmann. Mercredi 1er juin à Drouot Richelieu.  

“6mois” pour le photojournalisme

31 mars 2011

La direction éditoriale de XXI lance 6mois, un  semestriel consacré au photojournalisme   

L’information est désormais principalement engloutie par des robots insatiables, et dont la vitesse de digestion va finir par dépasser celle de la lumière.

La durée de vie d’un article publié sur Internet se raccourcit de façon exponentielle, et à un point où le rythme de production qu’il faudrait soutenir pour maintenir ses audiences n’est tout simplement plus envisageable. 

On assiste à l’avènement d’une production rédactionnelle miniaturisée sans échelle logique, du raccourci qui donne le plus souvent dans le tronqué que dans la synthèse.   

Quant à l’information en continu, le genre, engagé dans un ronronnement addictif, s’apparente désormais à un antidépresseur de masse qui, entre autres, normalise les pires catastrophes.

 

 

C’est dans ce paysage journalistique appauvri que  la direction éditoriale du trimestriel XXI lance 6mois, une revue qui consacre le meilleur du photojournalisme planétaire, dans la séquence de la grande tradition du reporter d’images, où Cappa et Cartier-Bresson prêtaient leurs yeux au monde, le révélaient.*

Le premier numéro de 6mois est sorti le 24 mars, sous la forme d’un généreux pavé de 352 pages, sans publicité, et qui vaut largement ses 25 euros, même si pour beaucoup un tel prix de vente peut être rédhibitoire.

Le pari de montrer la puissance du témoignage photojournalistique est réussi. Le relief  de ces images-là est incomparable, leur empreinte indélébile. Seules les images nous restent exactement en mémoire, rares sont les textes capables de nous sidérer comme elles. L’image c’est  l’icône, et l’icône se transforme en symbole.  

Le portfolio de Justin Jin, consacré aux ouvriers du jean à Zhongshan, en Chine, nous montre notamment une mère travaillant la nuit, son enfant dormant derrière elle, au sommet d’une pile de jeans, les deux êtres littéralement engloutis dans les pantalons et les cartons.

Celui de Christopher Furlong sur Eton, le collège de l’élite anglophone, témoigne pour la première fois du quotidien d’un monde clos, aux traditions singulières. Celle qui oblige, le temps d’une journée, au port d’un chapeau chargé de fleurs, pourrait trouver des équivalences avec des rites de tribus primitives.   

Les bras et les mains des politiques et des médecins tunisiens au chevet  du corps embaumé de Mohamed Bouazizi, le jeune homme qui s’est immolé par le feu en décembre dernier, trahissent la fuite émotionnelle, pour des raisons différentes.

Des images fortes, de vrais regards sur le monde et l’actualité, sujets de réflexion et de prise de conscience, on en trouve des centaines dans cette revue. À regarder sans modération, en prenant le temps, au moins pendant 6 mois.

Pierrick Moritz  

*On notera que sur le terrain du photojournalisme, Polka Magazine est déjà présent.       


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