Archive pour la catégorie ‘Livres’

Livre : “Crépuscule” de Michael Cunningham, un hétéro en eaux troubles

5 mars 2012

Peter vit une existence confortable sans interrogations majeures avec Rebecca à New York, jusqu’à l’irruption dans leur vie du frère cadet de celle-ci, Ethan – alias Mizzy. Troublé par le machiavélique jeune homme d‘une vingtaine d’années, Peter perd peu à peu ses certitudes et ses repères.

Plongée dans l’univers des galeristes d’art new-yorkais, Crépuscule entraîne le lecteur dans le tourbillon de doutes d’un hétéro confronté aux questionnements sur sa propre identité et aux limites de sa morale. Michael Cunningham, l’auteur des Heures, signe un roman haletant jusqu’à la toute dernière phrase.

Paul Bret

Crépuscule de Michael Cunningham, Belfond, 300 p. 20 euros

Cinéma : fragments de vie à Oslo

3 mars 2012

Oslo, fin d’été. Un toxico profite d’une journée de permission destinée à un entretien professionnel pour revoir son entourage de sa vie d’avant.

Le film épouse l’itinéraire d’Anders, un jeune homme qui s’est perdu lui-même – I’ve been losing you, la chanson du groupe norvégien A-ha résonne dans le taxi qui l’amène de son centre de traitement au centre d’Oslo pour une journée éclairée de la lumière trop agressive de la vie réelle.

A travers le filtre gris de son regard, le bonheur conjugal de son meilleur ami paraît un peu moins éclatant, la gêne du recruteur face aux trous dans son CV devient insupportable et l’absence de sa sœur, qui refuse de le voir par peur d’être déçue, achève de détruire ses dernières illusions.

Nouvelle adaptation de Feu Follet de Drieu La Rochelle – après celle de Louis Malle en 1963 avec Maurice Ronet – Oslo 31 août touche par l’intensité de son acteur principal, Anders Danielsen Li, et la réalisation sans fioritures de Joachim Trier dont c’est le deuxième film.

Parcours initiatique dans un Oslo indolent d’un personnage en stand by entre deux vies – celle qui ne peut plus être vécue et le nouveau départ qui pourrait l’être – le film prend toute son ampleur dans une scène d’attente où Anders, seul dans un café, écoute les diverses conversations autour de lui, fragments de vie enjoués et préoccupés par le futile et le moins futile, et observe des passants dans la rue, imaginant la suite de leur journée, alors que la sienne semble sans suite.

Paul Bret

Oslo, 31 août de Joachim Trier, sorti en salles le 29 février.

Lyonel Feininger au musée des beaux-arts de Montréal : une identité puissante, d’un exil à l’autre

7 février 2012

Visite sur place

Programmée au Whitney Museum of American Art de New York entre juin et octobre dernier, sous le titre Lyonel Feininger: At the Edge of the World, l’importante rétrospective consacrée au peintre expressionniste, désormais intitulée Lyonel Feininger : de Manhattan au Bauhaus, est installée jusqu’au 13 mai au musée des beaux-arts de Montréal. Pour ceux qui le pourront, le détour par cet évènement exceptionnel, consacré à l’une des figures majeures de l’art moderne, s’impose. Les plus récentes expositions consacrées à l’artiste en France, d’une bien moins grande ampleur, remontent à 1992* et 1974**.

Lyonel Feininger a fréquenté toutes les avant-gardes artistiques européennes de la première moitié du XXe siècle. Le travail magistral de ce caractère endurant et indépendant, notamment forgé par la pratique de la musique et l’expatriation, est l’un des plus puissants de l’histoire de l’art moderne occidental. À travers quelque 350 œuvres, huiles sur toile, aquarelles, gravures, illustrations, photographies et sculptures-jouets, cette rétrospective grandiose offre un panorama exhaustif de l’œuvre de Lyonel Feininger, un Américain qui passa les 50 premières années de sa vie d’artiste en Allemagne.

Formation musicale

Lyonel Feininger naît en 1871 à New York, de parents d’origine allemande et musiciens renommés. Formé au violon, au piano et à l’orgue, il conservera une grande passion pour la musique, composant notamment des fugues influencée par Bach dans les années 1920. Après son retour aux États-Unis, en 1937, il pratiquera chaque jour l’orgue et le piano dans son atelier new-yorkais.

Le musicien devient aussi caricaturiste

Alors que ses parents sont partis pour une tournée de concerts en Europe, le jeune Feininger quitte les États-Unis en 1887, dans le but d’étudier le violon au conservatoire de Leipzig. On le retrouve, l’année suivante, élève à l’Académie Royale prussienne des beaux-arts, à Berlin.

L’adolescent y retrouve sa mère. Séparée de son mari, elle vit dans une pension berlinoise. Le lieu est fréquenté par des caricaturistes de presse. Dès 1890, Lyonel Feininger voit ses dessins reproduits dans un journal berlinois, le Humoristische Blätter. En 1893, après avoir réalisé des illustrations pour des boîtes de cigares et un roman et séjourné à Paris, où il dessine dans la rue toute en fréquentant l’académie Colarossi, il décide de se lancer dans une carrière de caricaturiste.

Entre temps, il a passé un an dans un collège jésuite belge, son père l’a poussé à s’y inscrire pour améliorer une culture générale insuffisante. Des années plus tard, cette expérience nourrira son art avec des représentations peu amènes de ces religieux, comme dans Jésuite I, une huile sur toile de 1908 où une élégante aguicheuse dévisagée par deux jésuites ne renonce en rien à son attitude effrontée, ou dans Le Grand Inquisiteur, une encre sur papier de 1911.

Lyonel Feininger devient rapidement l’un des caricaturistes les plus réputés de Berlin ;  il répond à une commande du Chicago Tribune pour réaliser deux bandes dessinées. En 1910, à Paris, père d’un enfant et vivant avec sa seconde compagne, il dessine pour Le Témoin, journal avec lequel il collaborera jusqu’en 1910.

Premiers tableaux à l’huile en 1907

Lyonel Feininger signe ses premiers tableaux à l’huile en 1907. Il fréquente Le Dôme à Montparnasse, se lie notamment avec Jules Pascin et Richard Götz, peint des scènes architecturales de Paris.

Les tableaux  de ses débuts peuvent évoquer les illustrations d’un livre de contes, enchantés, proches du primitivisme. Mais rien n’est naïf dans cette réalité intérieure fixée sur la toile. La vraie candeur n’est plus possible dans cet enracinement au  monde de l’enfance. Dans le nombre et la foule travestie, la meute ne semble jamais très loin. Le fantastique est trop puissant, dans des carnavals de masques et d’accoutrements, pour jouer la poésie. La distorsion d’échelles est parfois menaçante. Dans des huiles sur toile de 1909-1910, comme Lecteurs de journaux, où des hommes lisent leur journal au pas de course, on retrouve au premier plan la figure d’un géant et d’un homme minuscule, proportions dérangeantes que le peintre impose. Comme tout est sincère, tout est vrai.

Catalogue de l’exposition, première monographie majeure publiée en français sur l’œuvre de Lyonel Feininger

Intégration du cubisme

Quand il expose au salon des Indépendants de Paris, en 1911, Lyonel Feininger découvre le cubisme. L’artiste intègre les préceptes de cette avant-garde par une géométrisation des formes qui resteront toujours figuratives, relevant parfois du puzzle assemblé, sans dissociations comme dans les représentations de collages des autres. Les lignes de fraction se feront de plus en plus subtiles, les couleurs joueront les transparences, jusqu’aux chefs-d’œuvre de la fin des années 1920, comme Verre brisé, une toile représentant des plaques de verre transparent et coloré appuyées contre un mur, ou ses marines. Mais le cubisme est déjà très loin.

Lyonel Feininger, peintre de la vitesse, comme en rendez-vous avec le futurisme

Avec le futurisme, Lyonel Feininger est déjà en territoire connu. Il est incontestablement un dessinateur et un peintre de la foule et du rythme. Ses toiles révèlent une extraordinaire aptitude à traduire les registres du mobile, du mouvement et de la vitesse. Ce don est particulièrement frappant dans les enjambées des personnages sur les toiles des premières années de peinture à l’huile, dont aussi Vélocipédistes (1910) ou le prodigieux Course cycliste (1912).

Un peintre lié aux avant-gardes artistiques européennes

Lyonel Feininger est lié à toutes les avant-gardes majeures de l’époque. Membre de la Sécession Berlinoise depuis 1908, il décline une première invitation d’exposer avec le groupe allemand expressionniste Die Brücke. Il finit par accepter la seconde, en 1914, comme celle de Franz Marc, cofondateur du groupe Blaue Reuter avec Kandinsky, dans le cadre d’un salon organisé par l’éditeur du magazine Der Sturm. Il entretient une correspondance avec Alfred Kubin du groupe Blaue Reuter, et, en 1919, devient membre du conseil des artistes de l’Arbeitstrat für Kunst, fondé notamment par Walter Gropius. La même année, il est nommé maître au Bauhaus, l’école d’art d’état créé à Weimar, une ville qu’il a déjà fréquenté avec sa compagne.

Deux exceptionnelles vitrines de jouets-sculptures

Entre 1913 et 1914, Lyonel Feininger conçoit des prototypes de petits trains en bois pour un fabricant allemand. L’artiste fabrique des jouets  sculptés à la main pour ses fils. Il s’agit de trains, de personnages et de bâtiments miniatures. Il poursuivra cette activité, offrant ses créations à ses amis et à leurs enfants. L’exposition propose deux exceptionnelles vitrines réunissant plusieurs dizaines de ces sculptures-jouets.

Pas Allemand en Allemagne

Bien qu’ayant vécu la majeure partie de sa vie en Allemagne, Lyonel Feininger conservera sa nationalité américaine toute sa vie.  Ce qui lui vaudra d’être séparé de sa famille durant la Grande Guerre. Bloqué pendant une longue période à Berlin, il doit pointer chaque jour au poste de police local.

Pas Américain aux États-Unis

Si, dès 1921, le Detroit Institute of Art achète Le Bateau à Aubes II à Lyonel Feininger, première de ses peintures à entrer dans un musée américain, son art est estampillé comme d’origine allemande aux États-Unis dès 1913, au sein d’une exposition d’art graphique, la première de l’artiste outre-Atlantique. Dix ans plus tard, il exposera 47 œuvres aux Anderson Galleries de New York, dans le cadre d’une manifestation consacrée à l’art moderne allemand.

En 1929, une de ses toiles est incluse dans l’exposition Paintings by 19 living Americans au Museum of Modern Art de New York. La critique d’art américaine conteste avec virulence que Feininger soit un artiste américain.

Une avant-garde qui ne plaît pas du tout au national-socialisme allemand 

Dès 1924, Lyonel Feininger et ses collègues du Bauhaus subissent les pressions des syndicats d’artisans et des nationaux socialistes. Il suivra le déménagement à Dessau, en 1925, ville où il  partagera une maison de maître avec Laszlo et Lucia Moholy-Nagy pendant plusieurs années. Il abandonnera sa charge d’enseignant en 1928.

Ses œuvres exposées pour être ridiculisées, “chambre des horreurs”

En 1930, sur instruction du ministre de l’Intérieur et membre du parti nazi, le Schlossmuseum de Weimar décroche notamment les œuvres de Lyonel Feininger de son fonds d’art moderne. En mars 1933, deux mois après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, les peintures de Feininger, ainsi que celles d’autres artistes modernes appartenant à des municipalités ou à l’État, sont exposées pour être ridiculisées dans les vitrines du journal du parti nazi. La maison des Feininger est perquisitionnée par une section d’assaut ; l’artiste parvient à entreposer ses œuvres au Moritzburg Museum. Elle y resteront en sécurité pendant quelques mois, avant d’être reléguées avec d’autres œuvres d’art moderne du musée dans une “chambre des horreurs”, que le public peut visiter.

En 1935, Lyonel Feininger, dont la compagne est juive, trouve des banderoles antisémites à l’entrée du village où ils habitent. La Chambre de la Culture nazie lui réclame des preuves de son ascendance aryenne. Il fournit les documents mais ne pourra exposer que très exceptionnellement. En 1936, Feininger s’arrange pour qu’un ami emporte ses œuvres dans sa ferme familiale.

Deux tableaux de Feininger exhibés dans l’exposition nazie “L’Art dégénéré” font partie de la rétrospective

Le 19 juillet 1937, les nazis ouvrent l’exposition “L’Art Dégénéré”, à Munich. Il s’agit d’une réunion de plus de 600 œuvres d’art moderne confisquées dans des musées allemands. 24 sont de Lyonel Feininger. La manifestation voyagera dans le pays pendant 3 ans.  Les autres œuvres d’art moderne des collections publiques allemandes, dont 460 de Feininger, furent expédiés à Berlin pour être vendues ou brûlées.

Deux tableaux de l’artiste ayant figuré dans l’exposition “L’Art Dégénéré” sont présentés au sein de la rétrospective montréalaise.

Départ définitif pour les États-Unis

En juin 1937, Lyonel Feininger quitte définitivement l’Allemagne avec sa compagne.  L’artiste a reçu une invitation à enseigner au Mills College d’Oakland en Californie, institution pour laquelle il a travaillé l’année précédente, lors d’un déplacement temporaire. Le couple élit domicile à New York, où leur plus jeune fils est déjà établi, le second les rejoindra deux ans plus tard. En 1940, Feininger se lance dans une série de tableaux de gratte-ciel de Manhattan.

Consécration aux États-Unis

À travers, entre autres, une grande exposition de l’artiste organisée dans la galerie new-yorkaise de Karl Nierendolf en 1937, deux commandes officielles pour l’exposition Universelle de New York de 1939, un premier prix pour Gelmeroda XIII, peint en 1936, à l’exposition Artists for Victory au Metropolitan Museum, qui achète le tableau, une rétrospective avec Hartley, en 1944, au Museum of Modern Art et qui circulera dans 10 villes américaines, Lyonel Feininger devient célèbre aux États-Unis.

En 1945, l’artiste enseigne au Black Mountain College, une école d’art expérimentale. Il est venu à l’initiative de Josef Albers, ancien collègue du Bauhaus où Feininger avait la réputation de porter la même attention à tous ses élèves, qu’ils soient doués ou pas. Deux ans plus tard, il est élu président de la Fédération des peintres et sculpteurs américains. En 1949, à Boston, l’Institute of Contemporary Art organise une rétrospective conjointe des œuvres de Lyonel Feininger et Jacques Villon. L’exposition voyagera aussi à Washington et Wilmington en Caroline du Nord.

Avec une santé en déclin depuis plusieurs années, Lyonel Feininger meurt le 13 janvier 1956 dans son appartement new-yorkais.

Photographie de Lyonel et Andreas Feininger

En fin de parcours, la rétrospective montre des tirages de photographies réalisées par Lyonel Feininger à partir de 1928, après que ses fils aient aménagé une chambre noire dans la maison familiale.

L’artiste s’adonnera à cette spécialité par intermittence jusqu’à la fin de sa vie, et pour l’aider un temps dans son travail de peintre. De retour aux États-Unis, dans un New York qu’il ne reconnaît plus, Lyonel Feininger se rapproche de sa ville natale métamorphosée en la photographiant.

Ces tirages sont présentés près d’un important ensemble réalisé par son fils Andreas, photographe du modernisme américain mondialement connu.

Pierrick Moritz

*Feininger à Paris : les dessins de Paris de Feininger, 1892-1911, exposition itinérante du Achim Moeller Fin Art, New York, à la Biennale internationale des antiquaires, Grand Palais, Paris. 1992.

** Lyonel Feininger, huiles, aquarelles et dessins, Galerie Berggruen et Cie, Paris. 1974.

Source biographique : catalogue de l’exposition par Barbara Haskell. Textes de John Carlin, Bryan Gilliam, Ulrich Luckhardt, Sasha Nicholas. Publié par le Musée des beaux-Arts de Montréal et Somogy éditions d’art, Paris, en collaboration avec le Whitney Museum of American Art, New York. 288 pp, 256 reproductions en couleurs, 12 en noir et blanc. Entoilé sous jaquette. 29 x 24,5 cm

Page internet de l’exposition :http://www.mbam.qc.ca/feininger/index_fr.html

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2010/10/11/otto-dix-au-musee-des-beaux-arts-de-montreal

“Pieds nus sur les limaces”, merveille cinématographique

8 janvier 2012

Pieds nus sur les limaces, long-métrage de Fabienne Berthaud sorti en 2010 et actuellement diffusé sur Canal+, est une merveilleuse réussite, notamment servie par des acteurs impeccables.

Avec force et fraîcheur, jamais dans la  démonstration, la réalisatrice maîtrise de bout en bout une brillante variation sur un thème original et infiniment casse-gueule, celui de l’être “déséquilibré” sur lequel repose l’équilibre de ceux qui l’entourent.

Ludivine Sagnier campe Lily, jeune fille désignée comme “psychotique de service” en raison de frasques régressives qui dévorent l’existence de son entourage, et en premier lieu de sa sœur (Diane Kruger).

Cette dernière est mariée à un avocat tout-à-fait-dans-le-moule-du-trentenaire-brillant (Denis Menochet).

Mais l’aînée ne trouve-t-elle pas son compte dans cette oppression permanente qui remplit ses pensées et pompe son énergie ?

Lily a compris. Lily voit ce que les autres ne peuvent pas voir. Lily agit comme un révélateur. Lily transcende le malheur à travers la création, le plus souvent avec des matériaux de récupération pas vraiment anodins.

Lily est bien la seule à savoir ce qu’elle veut et là où elle se trouve. Lily est capable de montrer la possibilité d’un vrai chemin.

PM

Pieds nus sur les limaces, un film de Fabienne Berthaud adapté de son roman. Sorti en 2010. Avec  Diane Kruger, Ludivine Sagnier, Denis Menochet, Brigitte Catillon, Jacques Spiesser, Anne Benoît, Jean-Pierre Martins, Gaëtan Gallier. Diffusé en janvier 2012 sur Canal+.

Comme d’habitude, on peut regretter le turn over étourdissant des films dans les salles de cinéma qui empêche souvent de découvrir de telles réussites au moment de leur sortie. On ne peut pas tout aller voir tout de suite.

“Conversations avec James Gray” : un grand livre sur le cinéma à travers un grand réalisateur

31 décembre 2011

Conversations avec James Gray est édité par David Frenkel/Cynecdoche et mené par Jordan Mintzer, critique de cinéma pour The Hollywood Reporter et producteur. Comme James Gray, l’auteur est originaire du Queens, quartier populaire de New York City qui marque l’Œuvre du réalisateur.

En un court-métrage (Cowboys and Angels) et quatre films (Little Odessa, The Yards, We Own the Night et Two Lovers) nés entre 1991 et 2008, James Gray et son univers original et puissant se sont imposés comme créateur et création majeurs du cinéma mondial.

Cette somme passionnante et accessible explore l’Œuvre de Gray à travers une série de longs entretiens exclusifs avec lui, et d’autres avec quelques uns de ses collaborateurs majeurs (acteurs, producteurs, scénariste, chef décorateur,…), des témoignages qui intéresseront aussi bien les fans du cinéaste culte que tout ceux qui sont à la recherche d’une référence pédagogique sur les métiers du cinéma.

Au fil d’une mise en page soignée, de nombreux documents, comme des photographies personnelles et de tournage, des extraits de scénarios et de story-boards, viennent rythmer le texte bilingue (français/anglais).

Par ses dimensions de vitalité, d’humanité et d’intimité, cet ouvrage m’a rappelé Les Maîtres de l’art contemporain d’Alexander Liberman (Arthaud, 1961), l’un des meilleurs livres sur les peintres et les artistes en général. Ces Conversations avec James Gray trouveront leur place dans votre bibliothèque serrées contre le Hitchcock/Truffaut (Gallimard).

Conversations avec James Gray de Jordan Mintzer, préface de Jean Douchet, introduction de Francis Ford Coppola. Édition bilingue français/anglais, “beau livre” relié avec couverture entoilée (21 cm x 28 cm), 240 pages, environ 300 documents reproduits en plus du texte, édité par Synecdoche. 49 euros.

Pierrick Moritz

Roy Lichtenstein, plagiaire de bandes dessinées

2 décembre 2011

Que Roy Lichtenstein se soit inspiré des comics américains pour créer ses œuvres est une chose connue ; le fait qu’il ait passé une grande partie de son temps à surdimensionner des dessins existants l’est beaucoup moins.

Le site internet de David Barsalou, Desconstructing Roy Lichtenstein, se livre à une édifiante démonstration par l’image prouvant que Lichtenstein était plus un concepteur qu’un artiste. Quant “au message” susceptiblement porté par ses toiles, à savoir la distraction et la consommation de masse portées au rang d’œuvres d’art car sujets d’adoration, angles intellectuels repris par une bonne partie du Pop Art, rien de nouveau sous ce soleil des années 1960. Les écrivains américains des années 1930 parlaient déjà de la consommation confondue avec la culture par les assauts du marketing.

À décharge de Lichtenstein de n’avoir jamais prétendu être un artiste, pas plus que son travail pouvait valoir des milliards. Les marchands et la spéculation sont passés par là.

L’œuvre de Lichtenstein vendue 43 millions de dollars, le 8 novembre dernier, en couverture du catalogue de Christie’s  

Dans ce même catalogue de Christie’s, reproduction de la vignette originale de Steve Roper dont s’est “inspiré” Lichtenstein

Voir le site de David Barsalou : http://davidbarsalou.homestead.com/LICHTENSTEINPROJECT.html.

Autodestruction programmée des livres électroniques : une pétition en ligne

4 mai 2011

La pétition lancée par Andy Woodworth, bibliothécaire du New-Jersey, contre le géant de l’édition NewsCorp et l’éditeur HarperCollins qui ont institué une date d’expiration sur les livres électroniques achetés par les bibliothèques américaines - ces ouvrages sont désormais programmés pour s’autodétruirent après le 26ème lecteur – a recueilli près de 50.000 signatures sur change.org.

Les bibliothèques américaines sont de plus en plus équipées en livres électroniques pouvant être lus sur un Kindle ou un dispositif similaire. Au départ, ces livres étaient programmés pour durer indéfiniment.

Les tablettes de lecture pour les bilbliothèques permettent les emprunts de livres à distance, notamment pour les personnes handicapées qui ne peuvent pas se déplacer.

Un groupe de bibliothécaires américains a également lancé un boycott total de HarperCollins jusqu’à ce que l’abolition du livre programmé pour l’autodestruction soit effective.

L’objectif d’Andy Woodworth est de recueillir 100.000 signatures :

http://www.change.org/petitions/tell-harpercollins-limited-checkouts-on-ebooks-is-wrong-for-libraries

Pierrick Moritz


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