Archive pour la catégorie ‘Marché de l’art’

Hong Kong : prix record pour une œuvre attribuée à Shen Zhou

29 mai 2012

Après des chiffres d’affaires moins importants pour les vacations d’art moderne et contemporain asiatique de sa traditionnelle série de ventes aux enchères de printemps à Hong Kong, Christie’s fait mieux que l’opération équivalente de 2011 pour sa vente intitulée “Peintures classiques et calligraphies chinoises” du 28 mai.

Les enchères les plus spectaculaires donnent des factures de 4,8 millions de dollars, pour une œuvre attribuée à Shen Zhou (1427-1509) dont l’estimation basse était de quelque 78.000 dollars, et de 1,09 million pour une feuille d’album anonyme, datée des XIIe-XIIIe siècles, dont l’estimation basse était de 15.000 dollars.

Le prix le plus important, 7,48 millions de dollars, va à une série de poèmes calligraphiés de Dong Qichang (1555-1636), pour une estimation basse de 650.000 dollars.

La vente a généré 26,4 millions de dollars pour 139 lots vendus sur 163 présentés. Il s’agit, pour l’opérateur, d’un chiffre d’affaires très supérieur aux 17,34 millions  engrangés lors de son opération équivalente du printemps 2011. Mais cette dernière ne comportait que 80 lots (71 vendus).

La même vacation de l’automne 2011 – ces séries de ventes sont biannuelles – avait produit 23 millions de dollars pour 140 lots vendus sur 172 présentés.

Cette saison, quasiment la moitié du chiffre d’affaires est due aux deux enchères les plus élevées. Comme souvent dans les ventes aux enchères d’art traditionnel chinois, et pour des écarts colossaux entre estimations et enchères finales, les résultats les plus importants ne concernent pas forcément les lots les plus chers du catalogue.

Quelque 4,8 millions de dollars avec les frais, vont à une œuvre attribuée à Shen Zhou dessinée et calligraphiée à l’encre sur un rouleau de plus de 10 mètres de longueur.

Ce paysage, intitulé Adieux à Wu Kuan, portant le cachet du peintre, agrémenté de 15 colophons et de 90 cachets apposés au cours de son histoire, et notamment au gré des changements de propriétaires, était assorti d’une estimation basse 50 fois moins élevée (quelque 78.000 dollars sans les frais de 20 %, ramené à 12 % vu le niveau de l’enchère finale).

Pour un coefficient multiplicateur encore plus important, une feuille d’album (29,2 x 26,7 cm) anonyme, datée des XIIe-XIIIe siècles, œuvre à l’encre sur papier intitulée Poissons dans l’eau au printemps, notamment accompagnée d’un poème et de deux cachets attribués à ceux de Qianlong sur la page opposée, a été facturée 1,09 million de dollars avec les frais (12 %) pour une estimation de quelque 15.000/20.000 dollars.

La facture la plus élevée, 7,48 millions de dollars, concerne une série de poèmes calligraphiés de Dong Qichang, réalisée sur un rouleau de plus de 2 mètres de longueur, signée de deux cachets du lettré. L’œuvre est enrichie d’une vingtaine de cachets dont 6 de l’empereur Qianlong et un de l’empereur Jiaqing.

Ce prix final correspond à presque 10 fois l’estimation basse (quelque 650.000 dollars sans les frais de 20 % ; vu le niveau de prix dans lequel l’œuvre est entrée, ces frais sont ramenés à 12 %).  Le vendeur est un collectionneur chinois habitant en Amérique du Nord.

Sur les 4 œuvres du catalogue présentant les estimations les plus élevées, 2 ont été vendues.

Un poème calligraphié, signé et dédicacé par Wang Duo (1592-1652), encre sur satin en rouleau (233 cm), avec deux cachets de l’artiste et daté 1641, comportant également 3 cachets de collectionneurs apposés au cours de son histoire, a été facturé 934.720 dollars sur une estimation de 453.000/517.826 dollars. Son vendeur est un collectionneur japonais.

Du même auteur, un texte calligraphié en écriture cursive, daté de 1650, encre sur satin en rouleau (230 cm), est facturé 344.372 dollars avec les frais (20 %), sous son estimation basse de 338.370 dollars sans les frais (20%).  

Une œuvre à l’encre sur papier en rouleau (893 cm) de Zhu Yunming (1460-1526), provenant de la collection du marchand et collectionneur américain Robert H. Ellsworth, estimée autour du million de dollars, et un petit paysage de Wen Zhengming (1470-1559) à l’encre sur papier, dont quelque 622.000/750.000 dollars étaient attendus, n’ont pas trouvé preneur.

Pierrick Moritz

Sauf précisions, les résultats et les estimations sont donnés en dollars américains.

Hong Kong : chiffres d’affaires en recul pour les premières ventes de peintures asiatiques de Christie’s

28 mai 2012

Les ventes aux enchères d’art contemporain et moderne asiatique proposées ces derniers jours par Christie’s dans le cadre de sa série de ventes de printemps à Hong Kong affichent des chiffres d’affaires* en recul plus ou moins sensibles par rapport aux opérations équivalentes des deux dernières saisons.

La plus importante, une vente en soirée intitulée “Art asiatique du XXe siècle et contemporain”, a généré un chiffre d’affaires de 46,6 millions de dollars et 41 lots vendus sur 45 présentés.

Deux hautes peintures de fleurs par Sanyu (1901-1966), réalisées à l’huile sur Masonite dans les années 1940, ont été  facturées quelque 6 et 5 millions de dollars. La plus chère, Chrysanthèmes bleues dans un vase en verre, provient d’une collection française et a directement été acquise auprès de l’artiste (qui travaillait à Paris) dans les années 1960. L’autre, Lotus roses, avait été payée 28 millions de dollars Hong Kong par le présent vendeur dans une vente d’art chinois contemporain proposée par Sotheby’s sur la même place en avril 2006.

Toujours pour les plus hauts prix, mais plus contemporain, deux peintures réalisées en 2000 par Zeng Fanzhi ont été facturées quelque 5 et 3 millions de dollars, soit très au-dessus des estimations. 2,6 millions de dollars ont été engagés sur une grande huile sur toile en hauteur du franco-chinois Zao Wou-Ki, réalisée en 1985, soit au-dessus de l’estimation haute. Du même artiste, une huile sur toile de 1962 a pulvérisé son estimation de quelque 650.000/1 million de dollars sans les frais (20 %), pour une facture finale de 1,89 million de dollars avec les frais.

La vente équivalente de l’année dernière avait rapporté 63 millions de dollars pour 42 lots présentés et tous vendus. Pour les plus chers, 5,85 millions de dollars étaient allés à une œuvre de Zeng Fanzhi (estimée 780.000/1 million de dollars) ; 5,28 et 4,99 millions à deux peintures de Zao Wou-Ki datées autour des années 1960 (respectivement estimées 1,3/1,9 et 1,6/2,1 millions). Celle de l’automne 2011 avait généré 51 millions de dollars, avec 42 lots vendus sur 57 présentés et deux plus hauts prix de 4,53 millions de dollars engagés sur des toiles du même Zao Wou-Ki.

Une vacation de 217 lots, sous l’intitulé “Art asiatique du XXe siècle” (vente en journée), a généré quelque 22 millions de dollars et quelque 15 % d’invendus. Le montant le plus élevé va à une grande huile sur toile de 1995 du franco-chinois Chu Teh-Chun, payée 1,25 million de dollars pour une estimation de quelque 450.000/700.000 dollars. Il est suivi par les 701.654 dollars avec les frais (20%) facturés pour une sculpture en fer  monumentale réalisée en 1999 par Ju Ming dans une édition de 8 (ici, le numéro 1). L’œuvre a été laissée sous son estimation de quelque 647.000/900.000 dollars sans les frais.

Le programme hongkongais de mai 2011 de Christie’s ne présentait pas de vente à l’intitulé équivalent. Celle de l’automne dernier avait rapporté quelque 25 millions de dollars.

En mai 2011, une vente d’art moderne et contemporain de Sud-Est asiatique supplémentaire avait généré 6,34 millions de dollars pour 87 lots vendus sur 114 présentés.

Cette saison, une troisième vente, sous le titre “Art contemporain asiatique” (vente en journée), a généré 12,5 millions de dollars, avec 82 lots restés sur le carreau pour 297 présentés. Il s’agit, notamment des deux plus chers du catalogue : un Format of Christ de Wang Guangyi, peint à l’huile sur toile en 1987 et dont quelque 518.000/780.000 dollars étaient attendus, ainsi qu’une nature morte de Liu Wei, huile, acrylique et papier sur toile, réalisée en 2004 et estimée quelque 583.000/650.000 dollars. En 2007, le présent vendeur avait déboursé quelque 3 millions de dollars Hong Kong (401.000 dollars américains au cours du change d’aujourd’hui) pour acquérir cette dernière œuvre sur la même place, lors d’une vente proposée par Sotheby’s.

La facture la plus élevée de cette nouvelle vacation, 655.000 dollars, va à un portrait masqué de Zeng Fanzhi, estimé quelque 323.600 /453.000 dollars.

La vente équivalente de l’année dernière avait rapporté 20,59 millions de dollars pour 234 lots vendus sur 303 présentés. Les deux prix les plus élevés allaient à des œuvres de Zeng Fanzhi vendues autour du million de dollars. Celle de l’automne dernier avait généré 14,6 millions de dollars, la plus haute enchère, 1,16 million de dollars, allant à une œuvre du même artiste.

La série de ventes aux enchères de printemps de Christie’s à Hong Kong se poursuit jusqu’au 30 mai avec des vacations consacrées à la peinture moderne, classique et calligraphique chinoise, aux objets d’art chinois, aux bijoux et aux montres.

Après un chiffre d’affaires historique de 515 millions de dollars réalisé au printemps 2011, la dernière série de ventes aux enchères de l’opérateur sur la place asiatique, à l’automne 2011, a généré 385 millions de dollars, contre 408 millions à l’automne 2010. Pour des opérations similaires réalisées avec la même fréquence à Hong Kong par Sotheby’s sur la période concernée, les chiffres d’affaires sont également en recul.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/05/27/petit-chiffre-daffaires-pour-une-ventes-de-vins-de-christies-a-hong-kong/

Pierrick Moritz

Sauf précisions, les estimations et les résultats sont donnés en dollars américains.

Un tableau exceptionnel de Natalia Goncharova en vente à Londres

26 mai 2012

Le 28 mai, à Londres, Sotheby’s mettra à l’encan une exceptionnelle Nature morte aux jacinthes de Natalia Goncharova (ou Gontcharova), conceptrice, avec son mari Mikhaïl (Michel) Larionov, du rayonnisme, autour de 1910. Les deux artistes  figurent parmi les plus grands de l’avant-garde russe pré-révolutionnaire.

L’huile sur toile  (100 x 72,5 cm) présentée chez Sotheby’s s’inscrit quant à elle dans l’influence des natures mortes réalisées par Matisse autour de 1910. L’arrière-plan montre une partie de Le Blanchissage du linge, peint en 1908 par Goncharova et conservé au Musée historique d’État de Russie. Selon les informations du catalogue, cette nature morte aux jacinthes a fait partie de Exposition de peinture de Natalia Goncharova, 1900-1913, organisée au Bureau d’Art Nadezhda Dobychina de Saint-Pétersbourg en 1914.

Un grand nombre d’œuvres de Natalia Goncharova ne sont pas signées, ce qui constitue un véritable casse-tête pour les historiens et experts de l’art. Dans le catalogue de l’exposition Michel Larionov et son temps, organisée en 1973 au musée Toulouse-Lautrec d’Albi, où des œuvres de Natalia Goncharova accompagnaient celles de son mari, on constate que  la moitié des 18 huiles sur toile créées par elle entre 1907 et 1924  et exposées ne sont pas signées. La nature morte aux jacinthes mis en vente par Sotheby’s présente, au dos, des mentions manuscrites en caractères latins et cyrilliques, un numéro et des étiquettes d’expositions.

L’œuvre est estimée 3/4 millions de livres quand le présent vendeur l’avait payée 3 millions dans une vente aux enchères londonienne du même opérateur, en novembre 2007.  Si l’intervalle entre ces deux ventes est relativement court, il s’agit d’une création de qualité muséale pour une artiste dont la cote ne cesse de monter, rivalisant désormais avec celle de Larionov.

À Londres, en février 2010, Christie’s a vendu Espagnole, une  huile sur toile (130,3 x 81,3 cm) peinte en 1916 par Natalia Goncharova, pour la somme de 6,25 millions de livres (7,35 millions d’euros au cours du change de l’époque). Il s’agit du plus haut prix jamais engagé en vente publique pour une œuvre d’une femme peintre.

Natalia Goncharova est aussi connue pour ses décors et costumes réalisés pour les Ballets russes à partir des années 1910.

Pierrick Moritz

41 millions de livres pour la dispersion de la collection Gunter Sachs

24 mai 2012

Programmée les 22 et 23 mai à Londres, la dispersion par Sotheby’s de la collection d’art contemporain et d’art décoratif de Gunter Sachs, disparu l’année dernière, a généré 41,4 millions de livres (avec les frais), soit le double de l’estimation basse du catalogue (sans les frais).

Les quatre prix les plus importants concernent des œuvres d’Andy Warhol. Le plus élevé, 5,36 millions de livres, va à un des autoportrait Fright Wig, réalisé à l’acrylique et à l’encre sérigraphique sur toile (102 x 102 cm) en 1986, qui était estimé 2/3 millions. Gunter Sachs avait acheté cette œuvre chez Christie’s en 1998, lors d’une vente aux enchères à Londres, pour 397.550 livres.

L’estimation de 700.000/900.000 livres d’un Kiss (Bela Lugosi) du même Warhol, sérigraphie d’une image de film de l’icône-interprète de Dracula, pièce unique de 1964, a été pulvérisée pour arriver à un prix d’achat de 3,17 millions de livres. Un portrait de Brigitte Bardot, ex-femme de Sachs, toujours de Warhol et d’une série vue et revue, s’est vendu plus difficilement, 3 millions avec les frais (12 %) pour une estimation de 3/4 millions sans ces frais.

Parmi les autres créations de Warhol présentées, un portrait de Gunter Sachs, sérigraphie de 1972, estimé 400.000/600.000 livres, a été facturé 1,27 million.

Un enchérisseur a engagé 1,6 million de livres sur un ensemble de sièges Moutons de laine de François-Xavier Lalanne, une création de 1968 estimée 250.000/350.000 livres. En février 2009, à Paris, lors de la dispersion de la collection Saint Laurent/Bergé par Christie’s, un bar YSL, une commande de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent à François-Xavier Lalanne, avait été payé 2,75 millions d’euros sur la base d’une estimation haute de 300.000 euros.

Pour de l’art décoratif relevant également de la sculpture, des créations singulières d’Allen Jones datées de 1969, de multiples de 6, et évoquant sans ambages certains “fantasmes”, ont pulvérisé leur estimation de 30.000/40.000 livres pièce. La facture d’une “femme-table” affiche 970.850 livres,  celle d’une “femme-chaise” 836.450 livres et celle d’une “femme-porte-chapeaux” 780.750 livres.

PM

Résultats mitigés pour une vente d’art moderne de Christie’s à Paris

23 mai 2012

La dispersion parisienne de 97 œuvres d’art impressionniste et moderne proposée cet après-midi par Christie’s enregistre des résultats en demi-teinte, avec 26 invendus (+ 1 retiré) dont certains sont les lots les plus chers du catalogue.

Le prix le plus élevé va à un lampadaire en plâtre peint d’Alberto Giacometti, facturé 1,4 million d’euros sur une estimation de 300.000/500.000 euros.  Ce modèle “Pilastre” d’une hauteur de 174 cm, conçu vers 1936 et provenant initialement de chez Jean-Michel Frank, grand décorateur de l’époque  de  l’Art déco avec lequel Giacometti collabora.

Il s’agit d’un des prix les plus importants payés pour un luminaire de Giacometti dans une vente aux enchères. En octobre 2007, lors de la dispersion parisienne de la collection Alice Tériade, du même Giacometti, Artcurial avait vendu 1,92 million d’euros une suspension à quatre éclairages en forme de cône, en fer et plâtre, vers 1954 (estimée 70.000 /100.000 euros)  et 1,86 million un petit lustre avec figurines en plâtre et fer, avant 1951 (estimé 200.000 /300.000 euros).

901.000 euros devront être payés pour un masque de Julio González, pièce unique en bronze forgé, ciselé, découpé et soudé à patine brune, réalisé en 1929 et d’une hauteur de 20,2  cm.  Il s’agissait du lot à l’estimation la plus élevée du catalogue (800.000/1,2 million d’euros).

En 2007, le Centre Pompidou a consacré une grande rétrospective à cet figure majeure de l’art moderne, qualifiée de “père de la sculpture en fer”.

Julio González collabora, en 1931, comme conseiller pour le travail du métal auprès de Picasso, autrefois fréquenté à Barcelone. 6 ans plus tard, au Pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris, il exposera La Monserrat, une sculpture réaliste que les organisateurs auront préféré à une autre de ses créations, une pièce abstraite intitulée La Femme au miroir. La Monserrat, cette tête de femme au foulard, hurlant bouche béante, trouvera sa place à l’ombre du charnier Guernica de Picasso, également présenté dans la manifestation.

Le prix le plus élevé enregistré en vente publique pour une œuvre de Julio González, 4,6 millions de livres, concerne un masque Ombre et lumière en fer, une pièce unique réalisée vers 1930 et vendue chez Sotheby’s, à Londres, en février 2011.

Parmi les prix les plus importants de cette vente, figurent également le montant de 1,05 million d’euros engagé sur Le Lézard aux plumes d’or, une œuvre en longueur réalisée à la gouache, encre de chine et au lavis sur papier par Joan Miró en 1969. Provenant de la collection Gérard Depardieu, elle était estimée 700.000/1 million d’euros.

De Jean Metzinger,  Femme et paysage à l’aqueduc, une œuvre réalisée à l’huile et au sable sur toile en 1916, a été payée 937.000 euros sur une estimation de 400.000/600.000 euros.

Une Nature morte à la daurade peinte par Henri Matisse en 1920 (estimée 500.000/700.000 euros), Le Cavalier de Salvador Dali, peint en 1966 (400.000/600.00 euros) et une  Nature morte au chou rouge de Chaïm Soutine datée vers 1918 (300.000/500.000 euros) sont les trois invendus les plus chers d’une vacation qui a rapporté 9,43 millions d’euros.

Pierrick Moritz

1 million d’euros pour le Joan Miro de Gérard Depardieu

23 mai 2012

Provenant de la collection Gérard Depardieu, Le Lézard aux plumes d’or, une œuvre en longueur réalisée à la gouache, encre de chine et au lavis sur papier par Joan Miró en 1969, a été vendue pour 1,05 million d’euros avec les frais (12%) lors d’une vente aux enchères d’art moderne proposée cet après-midi chez Christie’s, à Paris. La composition était estimée 700.000/1 million d’euros sans les frais. PM

Les valeurs de l’Art déco

21 mai 2012

Pour vulgariser succinctement le mobilier Art déco, on peut parler de géométrisation des volumes, et des motifs décoratifs éventuels. Si ce “mouvement” concernant aussi l’architecture est plus connu pour être né après la Première Guerre mondiale, ses prémices se situent au début des années 1910. C’est-à-dire quand la vogue de l’Art nouveau s’essouffle.

L’Art déco est souvent rapproché du cubisme, mouvement pictural - dont la grande période historique s’arrête avec le début de la Première Guerre mondiale - de nature plus complexe qu’une simple géométrisation des formes. À propos de l’Art déco, on peut aussi évoquer le besoin d’ordre et de clarté ressenti après le chaos de cette Première Guerre mondiale.

Les créations de l’époque de l’Art déco sont toujours très recherchées, même avec un tassement des prix pour les pièces les plus exceptionnelles et, ces dernières années, des invendus de taille sur le marché de l’art en vente publique. Le mobilier Art déco le plus courant trouve aujourd’hui moins facilement preneur, un phénomène qui impacte toutes les spécialités pour ce niveau de qualité.

Art déco de luxe aux enchères millionnaires

Lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, évènement culminant de l’époque de l’Art déco, deux productions mobilières très différentes se côtoient. L’une vise une élite fortunée dans la tradition des meubles de luxe et se caractérise par l’emploi de matériaux et de techniques coûteux. Elle est novatrice mais reste dans la tradition des productions artisanales des époques antérieures, notamment par le travail d’ébénisterie.

Il s’agit de pièces uniques ou réalisées en très peu d’exemplaires, comme les meubles d’Émile-Jacques Ruhlmann dont la valeur d’un seul peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire dépasser le million. Ces meubles rares sont le plus souvent marqués d’une signature estampillés. Ils peuvent être répertoriés dans des archives ou liés à une facture. Il existe également d’autres créations dessinées par Ruhlmann, mais diffusées en plus grand nombre et dont les prix sont loin d’atteindre des sommets.

Effets de matières et fusion culturelle

Certaines des créations les plus sophistiquées de l’époque de l’Art déco se singularisent par une recherche sur les effets de matières. Il s’agit de la transparence des marbres et des plaques d’albâtre pour les luminaires (Pierre Chareau), de l’emploi de matériaux nobles comme certains bois exotiques, mais aussi l’ivoire, le jade ou le corail. Cette production de luxe utilise des techniques artisanales et des matériaux coûteux et délicats. On pense au travail du laque (Eileen Gray, Jean Dunand, Gaston Suisse) ou de la marqueterie (y compris de paille pour certaines réalisations de Jean-Michel Frank), des essences de bois rares, de la ferronnerie (Edgar Brandt) et de la bronzerie d’art, du galuchat, de très beaux cuirs ou de parchemin pour le gainage ; l’emploi de feuilles d’or, la réalisation de verre gravé. De petits objets en matériaux précieux comme l’ivoire, l’écaille, le corail, l’or et l’argent sont réalisés par des créateurs aujourd’hui très recherchés. Il s’agit, par exemple, des pièces raffinées d’Eugénie O’Kin. Cette catégorie de meubles et d’objets peut intégrer l’influence des arts traditionnels japonais, chinois ou africain.

À la différence des engouements “exotiques” des époques antérieures, comme les vogues,  du XVIIIe au début du XIXe siècles, pour la Chine, l’Orient et le Japon, on est ici dans la fusion culturelle et non dans le pastiche. Cet Art déco intègre parfois des motifs ornementaux abstraits ou figuratifs stylisés que l’on va retrouver, par exemple, sur des tapis (Ivan da Silva Bruhns).

Influence jusque dans les années 1950 pour une production bon marché

Cet Art déco de luxe a inspiré jusque dans les années 1950 –  quand on arrête traditionnellement l’époque de l’Art déco à 1939 – une abondante production de meubles et d’objets bon marché qui, par mesure d’économie, ne pouvait reprendre que les lignes et la géométrisation du genre, avec un rappel plus ou moins heureux de motifs surexploités (comme celui de la fleur aplatie présenté comme un tronçon, dont on a aussi beaucoup abusé pour l’ornementation architecturale), et avec l’utilisation de matériaux communs comme certains bois, la fonte, le régule, le verre moulé, la bakélite, les marbres communs, le laiton, le métal doré, la terre cuite moulée, l’étain, la porcelaine, le grès.

Il s’agit de garnitures de cheminée, serre-livres, statuettes, sculptures animalières ou anthropomorphe, services à café, vases ou lustres évoquant de très loin les créations de Lalique, meubles de fabrication semi-industrielle comme les buffets de cuisine et les guéridons, boucles de ceinture, réveils, plateaux de service, services à liqueurs, et autres porte-photos. L’intérêt financier de ces meubles et objets est extrêmement limité

 “Futuriste” ; préfiguration du phénomène de mondialisation

L’autre grand chapitre de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, concerne une production visionnaire, “futuriste”, toujours destinée à une riche clientèle, souvent de commanditaires. Il s’agit d’un modernisme élégant et raffiné, qui réfute l’ornementation,  ingénieux, dont les formes seront sacrées à raison comme intemporelle, à l’instar de certaines créations d’Eileen Gray comme son fauteuil Bibendum. Ce mobilier, d’une influence phénoménale dans l’histoire des arts décoratifs contemporains, intègre parfaitement les réalisations du mouvement architectural dit “international” qui s’épanouit à partir des années 1920 et préfigure le phénomène de la mondialisation. Ces pièces d’époque s’échangent contre des sommes considérables.

Production de masse

Ce mobilier s’apparente à celui créé par un mouvement également représenté à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes  de 1925 mais destiné à une production de masse. Ici, la fonction définit la ligne, l’ornementation est absente, les volumes sont évidés. On emploie des matériaux communs comme le métal tubulaire et le verre pour des meubles et objets pratiques, ergonomiques, économiques et reproductibles en série. Innovants et radicaux, ces préceptes s’inscriront naturellement dans l’histoire sociale et économique de l’Après-guerre, dans un monde qui réclame une production accrue, efficace et rapide, et offrant des standards internationaux pour donner ce que l’on nomme aujourd’hui “le design”. Ce type de mobilier d’époque est aujourd’hui très recherché. En dehors de ce qui en a été présenté lors de l’exposition internationale de 1925, où figuraient des pavillons emblématiques de ce mouvement comme celui de l’Esprit Nouveau de Le Corbusier ou les présentations de Robert Mallet-Stevens, ce courant s’est également fait connaître par l’Union des Artistes modernes créées en 1929 par le même Mallet-Stevens.

Christopher Dresser

Avant les ateliers du Bauhaus (1919-1933), initiateurs les plus connus de ce modernisme, certaines créations de l’Irlandais Christopher Dresser (1834-1904) sont reconnues comme avant-gardistes de cette approche toute fonctionnelle de l’objet, au détriment de l’ornementation. En 1937, l’Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la vie moderne de Paris a également revendiqué l’importance de l’efficacité de l’objet en terme de fonction.

Néoclassicisme

Un troisième mouvement décoratif s’épanouit pendant la période de l’Art déco. Il s’agit d’un néoclassicisme dont l’ornementation figurative reprend les thèmes de l’antiquité et qui se prolongera dans les années 1940. On retrouve notamment ces décors, pour une production destinée à une clientèle plutôt privilégiée, sur des meubles, des panneaux décoratifs ou des tapisseries. Le genre a ses amateurs mais fait moins l’unanimité.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.


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