Archive pour la catégorie ‘Marché de l’art’

Enchères de milliardaires sur des œuvres de Bacon, Lichtenstein et Warhol

10 mai 2012

Avec les 266,6 millions de dollars générés par sa vente d’art contemporain new-yorkaise d’hier soir, Sotheby’s ferait presque office de “petite joueuse” à côté des quelque 388 millions réunis la veille par sa concurrente Christie’s pour une vente dans la spécialité. Sauf que ce montant reste extrêmement important pour une vacation de ce type. Des œuvres de Francis Bacon, Roy Lichtenstein et Andy Warhol y ont été payées plus de 35 millions de dollars.

Dans cette autre vente pour milliardaires, la moitié du chiffre d’affaires est générée par les 4 lots les plus importants du catalogue. Sur 57 présentés, 9 étaient au moins estimés 5 millions de dollars. Si 11 ont été payés au-dessus de ce seuil, le nombre d’invendus est relativement important : 11 dont les plus chers sont une huile sur toile sans titre de Willem de Kooning, estimée 5,5/7,5 millions, et une Aluminium Girl de Charles Ray, une sculpture dont 4/6 millions étaient attendus.

Estimée 30/40 millions de dollars, Figure Writing Reflected In Mirror, une huile sur toile (198 cm x 147,5 cm) de Francis Bacon datée de 1976, a été payée 44,88 millions de dollars. Le tableau a été acheté par les vendeurs à l’exposition Francis Bacon, Œuvres récentes programmée à la galerie parisienne Claude Bernard en janvier 1977. Il voisinait notamment avec Triptych, 1976, une création assortie d’un des prix les plus importants pour une œuvre d’art contemporain achetée aux enchères publiques. Ce triptyque monumental (198 x 147,5 cm pour chaque panneau) réalisé à l’huile et aux pastels sur toile, une adaptation de la légende de Prométhée, a été payé 86,2 millions de dollars en mai 2008, lors d’une vente de Sotheby’s, à New York.

Pour la même estimation, une Sleeping Girl conçue par Roy Lichtenstein en 1964, une vignette de comic books agrandie à la taille de 91,5 x 91,5 cm, a été payée le même prix  Il s’agit de la somme la plus importante déboursée pour une œuvre de l’artiste. Le précédent record, 43,2 millions de dollars, a été réalisé en novembre dernier chez Christie’s, à New York. Il concerne Can See the Whole Room!…and There’s Nobody in It, une toile de 1961 que le vendeur avait payée 2,09 millions de dollars en 1988 chez le même opérateur. Toujours chez Christie’s, en novembre 2010, 42,64 millions de dollars avaient été engagés sur Ohhh … Alright … du même Lichtenstein.

Estimé 30/50 millions de dollars, un Double Elvis (Ferus Type) d’Andy Warhol, réalisé en 1963 à l’encre sérigraphique et peinture en bombe sur toile (207,6 x 121,9 cm), a été payé quelque 37 millions de dollars. Le record pour une œuvre de Warhol négociée dans une vente publique date de mai 2007. Il s’agit de Green Car Crash (Green Burning Car I), également daté de 1963, payé 71,72 millions de dollars chez Christie’s, à New York.

Daté de 1970 et estimé 15/20 millions de dollars, un sans titre (New York City) réalisé par Cy Twombly à l’huile, peinture et crayon gras sur toile (143,5 x 177,8 cm), a été payé 17,4 millions de dollars.

Pierrick Moritz

Mark Rothko et Yves Klein enflamment les enchères à New York

9 mai 2012

Le très exceptionnel catalogue d’art d’après-guerre et contemporain de la vacation proposée par Christie’s, hier soir à New York, a rapporté la somme record de 388,48 millions de dollars. Les deux œuvres les plus importantes, un Orange, Red, Yellow de Mark Rothko et FC1 d’Yves Klein, ont été respectivement payées 86,88 et 36,48 millions de dollars, devenant les créations les plus chères de ces deux artistes en vente publique.

Avec 56 lots vendus sur 61 au catalogue, ces 388,48 millions de dollars représente l’un des plus importants chiffre d’affaires jamais réalisé pour une vente aux enchères dans la spécialité.

Il s’agissait principalement d’œuvres exceptionnelles d’artistes “historiques” (et en grande majorité disparus, hormis Gerhard Richter et Jasper Johns, pour les 22 enchères les plus importantes, soit 17 œuvres d’artistes disparus), issues de collections prestigieuses et pour la plupart jamais vues en vente publiques.

16 lots étaient estimés au moins 5 millions de dollars, soit un nombre exceptionnellement important d’œuvres très chères pour ce type de vente. 17 auront été payées au moins à ce prix en incluant les frais. Des records mondiaux ont été atteints pour des œuvres de Mark Rothko, Yves Klein, Jackson Pollock, Barnett Newman, Gerhard Richter et Alexander Calder.

Le lot vedette du catalogue, un Orange, Red, Yellow de Mark Rothko, une huile sur toile (236,2 x 206,4 cm) peinte en 1961, a été payé 86,88 millions de dollars sur une estimation de 35/45 millions.

Cette œuvre devient la plus chère de l’artiste négociée en vente publique. Le précédent record concernait un White Center ou Yellow, Pink, and Lavender on Rose, une œuvre aux dimensions moins importantes ( 205,8 cm x 141 cm), payée 72,84 millions de dollars en mai 2007 chez Sotheby’s, à New York.

FC1 d’Yves Klein, une création de 1962 aux pigments secs et résine synthétique sur panneau (141 x 299,5 x 3 cm), dans un cadre de l’artiste, a été payée 36,48 millions de dollars sur une estimation de  30/40 millions. Il s’agit du plus haut prix payé pour une œuvre de Klein dans une vente aux enchères publiques.

Mettant en œuvre le feu, l’anthropométrie, le bleu Klein et le pigment rose, l’œuvre était présentée par la maison de vente comme  la plus importante de l’artiste  jamais proposée aux enchères. Le précédent prix record pour une œuvre de Klein en vente publique, 23,56 millions de dollars, concerne MG 9, une création à base de feuilles d’or sur panneau vendue chez Sotheby’s, à New York, en mai 2008.

Pour la troisième enchère la plus importante, une œuvre de Jackson Pollock intitulée Number 28, réalisée en 1951 à l’huile sur toile (76,5 x 137,4 cm), a été payée 23 millions de dollars sur une estimation de 20/30 millions. Il s’agit là-aussi d’un record pour une œuvre de l’artiste négociée en vente publique.

De Gerhard Richter, une Abstraktes Bild (798-3), peinte à l’huile sur toile (240 x 240 cm) en 1993, a été payée quelque 23 millions de dollars pour une estimation de 14/18 millions ;  quelque 19 millions ont été engagés sur un Seestück (leicht bewölkt), une huile sur toile de 1969 estimée 10/15 millions.  

De Barnett Newman, Onement V, une huile sur toile (152,4 x 96,5 cm) de 1952 a été payée 22,48 millions de dollars sur une estimation de 10/15 millions. Record mondial pour une œuvre de cet artiste négociée en vente publique.

Deux mobiles d’Alexander Calder ont aussi pulvérisé leur estimation.  Un Lily of Force (233 x 205,7 x 226,1 cm) de 1945 a été payé 18,5 millions de dollars (estimé 8/12 millions), un record mondial en vente publique pour l’artiste, et une Snow Flurry (152,4 x 213,4 cm) de 1950 a été payée 10,38 millions (estimé 3,5/,4,5 millions).

Les invendus les plus importants de la vacation sont des œuvres de Jean-Michel Basquiat (un Museum Security, Broadway Meltdown, estimé 9/12 millions) et Brice Marden (un Attendant 5 estimé 7/10 millions de dollars).

Pierrick Moritz

À New York, des ventes d’art moderne très élitistes, trop peut-être

4 mai 2012

Clou du catalogue de 76 lots de la vente d’art moderne proposée par Sotheby’s le 2 mai à New York, une version au pastel du Cri d’Edvard Much devient le tableau le plus cher acheté en vente publique. 55 % du chiffre d’affaires record de 330 millions de dollars sont à verser au compte de seulement 5 œuvres (Munch, Picasso, Miro, Dali, Brancusi), un bilan assorti de 15 invendus, d’œuvres dont la valeur s’est très fortement appréciée en une dizaine d’année et d’autres cédées sous les estimations basses. Compte tenu de l’aspect aléatoire de la collecte d’œuvres d’art pour constituer de tels catalogues et des difficultés pour trouver les quelques-unes assurant la part la plus importante du chiffre d’affaires, la situation d’une clientèle d’acheteurs de plus en plus riche et exigeante augure aussi de grands défis pour les opérateurs de cette envergure.   

Avec la recette de 330,5 millions de dollars tirée de sa vacation d’art moderne et impressionniste du 2 mai, à New York,  Sotheby’s réalise son plus important chiffre d’affaires pour une vente aux enchères dans la spécialité.  Des sommes stratosphériques ont été payées pour des œuvres de qualité muséale ; celles n’entrant pas dans cette catégorie ont connu des fortune diverses, y compris la veille, lors d’une vente organisée chez Christie’s, toujours à New York.  

 Le tableau le plus cher du monde en vente publique

Avec une estimation “symbolique” située autour de 80 millions de dollars, la version  du Cri  proposée dans cette vacation a été réalisée au pastel sur panneau (79 x 59 cm) en 1895. Elle est de deux années plus tardive que le célèbre tempera et crayons sur carton (91 x 73,5 cm) détenu par le musée national d’Oslo et la seule, des quatre connues, à être encore en mains privées. Elle était vendue par le transporteur maritime et milliardaire norvégien Petter Olsen. Son père, Thomas, était voisin et client de Munch à Hvitsten, où le peintre acheta une maison en 1911. Cette version du Cri était conservé dans la famille Olsen depuis plus de 70 ans.

Les 120 millions de dollars payés pour acquérir ce chef-d’œuvre de l’art moderne constitue la somme la plus importante jamais déboursée pour acquérir une œuvre d’art en vente publique. Avec 104,16 millions de dollars payés pour Garçon à la pipe de Pablo Picasso (mai 2004, New York) et 65 millions de livres engagés sur une sculpture d’Alberto Giacometti, un exemplaire de L’Homme qui marche I, œuvre de 183 cm de hauteur créée en 1960 et fondue en 1961 (février 2010, Londres), Sotheby’s détient désormais 3 des 4 prix records pour des œuvre d’art vendues aux enchères.

En mai 2010, à New york,  Christie’s avait vendu Nu, feuilles vertes et buste (ou Nu au plateau de sculpteur) de Pablo Picasso pour 106,5 millions de dollars.

5 autres œuvres d’Edvard Munch au catalogue

Autour de cette version du Cri, le catalogue de Sotheby’s présentait 5 autres œuvres de Munch, pour lesquelles les estimations étaient comprises entre 1,5 et 7 millions de dollars. Mais comme, sur le marché de l’art, un nom ne suffit pas à faire un prix, une seule de ces œuvres a été vendue dans la fourchette de l’estimation. Il s’agit d’un Semeur peint à l’huile sur toile (90,8 x 115,5 cm ) en 1913. Estimé 2/3 millions, le tableau a été payé 2,88 millions.

Femme se regardant dans un miroir, une huile sur toile (92 x 73 cm), peinte en 1892, estimée 5/7 millions de dollars sans les frais (12%), a été payée 5,12 millions avec ces frais.

Datée de 1902, une Corde à linge chargée de vêtements à Åsgårdstrand, peinte à l’huile sur toile (67,5 x 72,5 cm), a été payée 2,09 millions avec les frais (12 %) sur une estimation de 2/3 millions sans ces frais.

Pour les mêmes conditions de frais, une Nuit à Saint-Cloud, une œuvre de 1912 peinte à l’huile sur papier monté sur un panneau (29 cm x 24,4 cm) a été payée 1,53 millions de dollars pour une estimation de 1,5/2 millions.

Assortie d’une estimation de 2,5/3,5 millions de dollars et jamais vue en vente publique, la cinquième, une Nuit d’Été peinte à l’huile sur toile (74,3 x 98,6 cm) en 1917 n’a pas trouvé preneur.

29 millions de dollars et des fortunes diverses pour Pablo Picasso

Pour la deuxième estimation la plus élevée, 20/30 millions de dollars, une Femme assise dans un fauteuil,  peinte à l’huile sur toile en octobre 1941 par Pablo Picasso, a été payée 29,2 millions de dollars. Du même, une Tête de femme (portrait de Françoise), peinte à l’huile sur toile (55 x 38 cm) en 1946, a été payée 6,9 millions sur la base d’une estimation de 4/6 millions.

Toujours de Picasso, La Citronnade, une huile sur toile (72,7 x 59,7 cm) de 1954, estimée 3,5/5 millions de dollars, a été payée 3,89 millions et, Femme assise sur fond bleu-rouge, une huile sur toile (73 x 59 cm) de 1956, a été laissée sous son estimation de 4/6 millions de dollars sans les frais (12 %) avec un prix payé de 4 millions avec ces frais. L’Étrangleur, une grande gouache réalisée vers 1904 n’a pas trouvé preneur. L’œuvre était estimée 1/1,5 millions de dollars.

Un Chasseur de chez Maxim’s de Chaïm Soutine gagne 2,5 millions en 8 ans, un autre ne gagne rien  

De Chaïm Soutine, un Chasseur de chez Maxim’s estimé 10/15 millions de dollars sans les frais (12 %) a été payé 9,37 millions avec ces frais. Bien que cédée sous son estimation basse, cette huile sur toile de 1925 avait été acquise chez Sotheby’s par le présent vendeur, en novembre 2004, pour 6,7 millions de dollars.

Du même artiste, une huile sur panneau marouflée sur toile (65,1 x 50,2 cm) intitulée Le Chasseur, estimée 4/6 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur.

14,8 millions de dollars pour Joan Miro

Une Tête humaine de Joan Miro, estimée 10/15 millions de dollars, a été payée 14,8 millions. Cette technique mixte sur toile (81,3 x 65,4 cm), réalisée en 1931, n’avait jamais été vue en vente publique.

Une toile de Dali payée 1,36 million de livres en 1998, réévaluée à 16,32 millions de dollars

Un Printemps nécrophilique de Salvador Dali, a été payé 16,32 millions de dollars pour une estimation de 8/12 millions. Cette huile sur toile (54,6 x 65 cm) de 1936 faisait initialement partie de la collection Elsa Schiaparelli. Le présent vendeur l’avait payé 1,36 million de livres en 1998, chez Christie’s, à Londres.

Un bronze de Brancusi payé 1,21 million de dollars en 1999, réévalué à 12,68 millions

Prométhée, un “visage” en bronze de Constantin Brancusi, d’une largeur de  17,7 cm, conçu et fondu en 1911 dans une édition de 4, a été payé 12,68 millions de dollars pour une estimation de 6/8 millions. L’œuvre avait été acquise pour 1,2 million de dollars en 1999, chez Christie’s, à New York.

Une Cabane de Paul Gauguin passe de 4,62 millions à 8,48 millions en 10 ans

Cabane sous les arbres, de Paul Gauguin, une huile sur toile ( 72,4 x 43,5 cm) peinte en 1892, a été payée 8,48 millions de dollars sur une estimation de  5/7 millions. L’œuvre avait été acquise par le présent vendeur en novembre 2002 chez Christie’s, à New York, pour 4,62 millions de dollars.

Vendus sous l’estimation

Parmi les œuvres cédées sous leur estimation, on trouve aussi une Peinture, réalisée par Joan Miró en 1953, une grande huile sur toile (194,9 x 130,5 cm), payée 4,11 millions de dollars avec les frais (12 %) sur la base d’une estimation de 4,5/ 6,5 millions sans ces frais. Méme déconvenue pour L’Équilibriste, une huile sur toile (130 x 97 cm) de Kees van Dongen, peinte en 1907, estimé 4/6 millions sans les frais (12 %) et cédée 3,44 millions avec ces frais.

Invendus

Des œuvre de Paul Delvaux (Le Canapé bleu estimé 3,5/5,5 millions), Fernand Léger (une Joie de Vivre à 2,5/3,5 millions), Georges Braque (La Desserte I, estimée 2/3 millions) font partie des invendus les plus chers de la vacation.

117 millions de dollars pour une vente dans la spécialité, la veille, chez Christie’s

La veille, toujours à New York, pour une importante vente dans la spécialité, un catalogue de 32 lots proposé par Christie’s a généré 117 millions de dollars.

Si des prix très importants, avec des lots vendus bien au-dessus des estimations, ont été réalisés dans le cadre d’une vacation qui compte seulement 3 invendus, un nombre plus important d’œuvres a été laissé sous les estimations.

Paul Cézanne et Henri Matisse : 19,12 millions pour chacun

Clou du catalogue et estimée 15/20 millions de dollars, une étude préparatoire à l’aquarelle de Paul Cézanne pour la série Les Joueurs de Cartes, a été payée 19,12 millions. Cette œuvre datée entre 1892 et 1896, mesurant 46,7 x 30 cm,  a été réalisée directement à l’aquarelle, sans sous-dessin au crayon. Le prix le plus important payé en vente publique pour une aquarelle de Cézanne, 25,5 millions de dollars engagés sur une Nature morte au melon vert, a été enregistré en 2007, chez Sotheby’s, à New York.

Des Pivoines d’Henri Matisse, peintes à l’huile sur toile (65 x 54,6 cm) en 1907, estimé 8/12 millions de dollars, ont été facturées le même prix.

Payée 3 millions de dollars en 2002, une toile de Picasso est facturée 9,88 millions

De Pablo Picasso, Le Repos (Marie-Thérèse Walter),  une petite huile sur toile (27,3 x 46,3 cm) peinte à Boisgeloup en 1932, a été 9,88 millions de dollars sur la base d’une estimation de 5/7 millions. Le présent vendeur avait acquis cette œuvre chez Christie’s, en 2002, lors d’une vente new-yorkaise, pour quelque 3 millions de dollars.

Alberto Giacometti : un invendu estimé 8/12 millions de dollars

D’Alberto Giacometti, un Buste de Diego, bronze à patine brune, 6/6, conçu en 1957 et fondu en 1958, H. 61 cm, payé 3,6 millions de dollars chez Christie’s en novembre 2005 et nouvellement assorti d’une estimation de 8/12 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur.

La même déconvenue a frappé une petite huile sur toile (31,8 x 46,4 cm) peinte par Salvador Dali en 1943, titrée New Accessories, apparitions et équilibres en perspective et estimée 3/4 millions de dollars.

8 lots vendus sous les estimations

Si d’autres œuvres ont été payée au-dessus des estimations, comme un Amour en plâtre de Paul Cézanne, une huile sur toile (57,2 cm x 24,8 cm), peinte en 1894-1895, estimée 500.000/700.000 dollars et facturée 1,53 millions, 8  (sur 29 vendues) ont été laissées sous les estimations.

Il s’agit notamment d’une Femme endormie de Pierre Bonnard, une œuvre à l’huile sur toile (50 x 71 cm) peinte vers 1928, estimée 1,8/2,5 millions de dollars sans les frais (12 %) et payée 1,42 million avec ces frais ; d’un Mousquetaire et nu assis de Pablo Picasso, une huile sur toile (99,7 x 80,6 cm) peinte à Mougins en 1967, estimée 5/8 millions sans les frais (12%) et payée 4,22 millions avec ces frais.

Pierrick Moritz

Une étiquette à 120 millions de dollars pour un “Cri” d’Edvard Munch

3 mai 2012

Les 120 millions payés pour un Cri de Munch, hier soir chez Sotheby’s, à New York, montrent les limites de la compréhension du marché de l’art, tant il est inimaginable qu’une création de cette importance puisse avoir un prix.

L’art n’a pas de prix, les sommes payées pour acquérir des chefs-d’œuvre n’ont pas de limites. L’art échappe aux puissants, le génie de l’art n’est pas à vendre, il ne s’achète pas. Il ne se possède pas. Malgré les millions déboursés, personne ne sera jamais propriétaire de cette éternité-là.

Les prix des œuvres d’art  sont aussi une façon de mettre une étiquette sur des miracles, au sens propre comme au figuré, une volonté de contrôler, de normaliser, ce qui ne peut pas l’être. Tenter de posséder l’art, impossible dernière conquête matérialiste, serait le chemin de l’ultime pouvoir. Au point que pour satisfaire les illusions de certains, on a aussi inventé un art qui s’achète vraiment, imité de A à Z ; les contrefaçons les plus chères du monde.

Impossible avec ce Cri de Munch qui, pour 120 millions de dollars, comble et discrédite à la fois le marché de l’art.

Pierrick Moritz

Antiquités, objets et œuvres d’art : faux et falsifications

27 avril 2012

Les méfaits des faussaires et autres falsificateurs en antiquités et œuvres d’art peuvent aussi concerner une fausse malle Vuitton fabriquée à la fin du XIXe siècle et le cas, marginal, du tableau du grand artiste portant la signature d’une petite gloire passée de la peinture. 

Si, à la différence de la copie, plate reproduction revendiquée en tant que telle, le faux et la falsification (1) sont destinés à tromper, une création authentique anciennement maquillée peut être largement sous-estimée du fait d’un examen trop superficiel.

Le faux très généralement retoqué aux portes du marché de l’art

Une copie devient un faux dès lors qu’un vendeur tente de la faire passer pour un original en toute connaissance de cause. Pour faire naître l’espoir d’une importante plus-value auprès d’amateurs peu éclairés, le faux sera proposé à un prix qui serait très avantageux s’il s’agissait d’un original. Le faux sera très généralement retoqué aux portes du marché de l’art par les experts auxquels s’adressera l’acheteur qui pensait avoir fait une bonne affaire.

Des matériaux d’époque

Alors que les matériaux utilisés pour une copie revendiquée comme telle sont le plus souvent contemporains de son époque de réalisation, le faussaire professionnel va chercher à se procurer des matériaux d’époque.

Renseigné sur la façon de travailler du peintre, le faussaire l’est aussi sur son matériel de prédilection. Il pourra notamment utiliser des supports d’époque semblables à ceux habituellement employés par le modèle, éventuellement débarrassés d’une œuvre ancienne sans valeur. Les marchands de couleurs parisiens de l’époque de l’art moderne, pour ne parler que d’eux, ont au moins vendu des dizaines de milliers de toiles vierges, beaucoup marquées du tampon du magasin au dos de la toile ou sur le châssis, les plus grands peintres et les amateurs les moins doués pouvant s’être approvisionnés aux mêmes endroits. Toutefois, certains peintres fabriquaient eux-mêmes leurs châssis, des assemblages difficiles à imiter. Les faussaires professionnels travaillent aussi sur des formats habituels de l’artiste.

L’unité naturelle qui est la marque de l’originalité est absente du faux

Comme l’a décrit Max J. Friedländer dans son ouvrage De l’Art et du connaisseur, publié en 1946, on entre dans plus de subtilité avec le faux composé d’éléments hétérogènes puisés dans différentes œuvres d’un même artiste pour créer un inédit. Si l’auteur y parle de faux dans la peinture ancienne, ses remarques peuvent tout à fait s’appliquer à ceux des époques ultérieures. Il écrit aussi : « mélange des styles et manque d’harmonie sont le signe distinctif du faux bien plus encore que de la copie. L’unité naturelle qui est la marque de l’originalité est absente du faux.»

Certains faux tableaux sont aussi des inventions intégrales affublées de la signature d’un artiste célèbre ; des œuvres disparues sont aussi recréées sur la base de documents les représentant ou les décrivant.

Ajouts de détails et modifications des couleurs

On peut aussi se trouver dans le cas d’une œuvre de valeur rendue plus ou moins méconnaissable par les modifications d’un propriétaire qui aura eu l’idée de “l’arranger” en ajoutant des détails ou en modifiant des couleurs.

Falsification : quand la signature censée valoriser la toile produit l’effet contraire

Quand la falsification concerne uniquement l’imitation de la signature, c’est-à dire qu’elle a été apposée en bas d’une peinture d’une facture “approchante” de celle d’un artiste dont on veut faire croire qu’il a réalisé l’œuvre d’un autre, la tromperie sera déjouée à vue d’œil par les experts habilités.

La difficulté se corse quand il s’agit de la fausse signature d’un peintre qui a eu sa petite heure de gloire apposée en bas d’une toile non signée d’un artiste  de premier plan, mais inconnu du falsificateur (parce que l’artiste dont l’œuvre a été falsifiée par la fausse signature n’était pas encore célèbre, par exemple). C’est-à-dire que la falsification censée valoriser la toile produit exactement l’effet contraire.

Si ce cas est très probablement marginal, un tableau à la signature falsifiée peut donc avoir une importance plus grande que celle qu’on a voulu lui donner.

Quand les meuble d’époque passent pour des meubles de style

On retrouve un problème cousin avec celui les meubles d’époque pouvant passer pour des meubles de style parce que des modifications ultérieures touchant à l’ornementation – donc souvent réversibles – y auront été apportées pour être en phase avec la mode du moment. La valeur de ce type de meubles peut, au final, être bien supérieure à celle qu’aurait livré un examen superficiel.

Mobilier : vieillissement express, réunion d’épaves, matériaux et outils d’époque

Dans le domaine des meubles de prix, les faux existent pour toutes les époques. Pour faire passer des meubles fraîchement fabriqués pour de l’ancien, les méthodes de vieillissement radicales, très connues et qui ne datent pas d’hier, peuvent aller des trous de vers percés artificiellement aux grands coups portés sur le bois, comme autant de chocs subis au cours d’une longue histoire.

Un faux meuble d’époque peut avoir été réalisé à partir d’épaves provenant de plusieurs meubles de la même époque. Les éléments auront été ajustés. On parle alors pudiquement de “remontage”. Sans que cela ait été fait avec l’intention de tromper, certains meubles peuvent aussi être des montages constitués de pièces de différentes époques.

En plus de matériaux d’époque, le faussaire pointu dans cette spécialité va aussi chercher à utiliser des outils d’époque.

Pour des imitations contemporaines et grossières, généralement destinées à être vendues à la va-vite, les placages et autres marqueteries «précieux» peuvent être des scans fixés sous une épaisse couche de vernis.

Art premier africain : morceaux manquants et fausses restaurations

Dans le domaine des arts premiers africains, les faux peuvent présenter des morceaux manquants. Quand on examine l’objet dans son ensemble, on se rend compte qu’ils n’ont jamais existés. Certaines de ces inventions auront été volontairement cassées et recollées pour faire croire à une restauration, la subitilité consitant à imiter l’intervention professionnelle – notamment réversible - qu’on aurait accordée à une œuvre de prix. D’autres auront subi des opérations de vieillissement express en étant mis en contact direct avec des mites ou enterrés dans un terrain humide. Pour des ventes à la va-vite, ces objets peuvent avoir été enduit de cire pour imiter la brillance d’une patine ancienne.

Porcelaines : des décors complétés pour en accroître la valeur

Dans leur ouvrage L’Art de la porcelaine en Europe (Gründ, 1994), Jan Divis et Marielle Ernould-Gandouet évoquent des techniques de faussaires en porcelaine actifs à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Sur la base de pièces authentiques portant la marque de la manufacture, ils créaient un décor sur les pièces blanches et pouvaient aussi compléter un décor d’origine pour en accroître la valeur.

Grandes marques

Dans le domaine des marques, les contrefaçons et les copies sont difficiles à déceler au premier coup d’œil lorsqu’elles sont anciennes. De véritables et anciennes étiquettes de grands couturiers peuvent avoir été cousues sur des modèles copiés dans des magazines, sans que cela ait été fait à l’origine pour la vente. Les productions du malletier Vuitton font l’objet de contrefaçons depuis les débuts de la marque, à la fin du XIXe siècle.

(1) La très grande majorité des exemples cités dans cet article découle d’expériences concrètes de l’auteur, qui a vu et manipulé ces objets.

Pierrick Moritz

Sources bibliographiques : Jan Divis/Marielle Ernoult-Gandouet : L’Art de la porcelaine en Europe, éditions Gründ, 1984. Chapitre “Faux et copies”, pp. 135-136. Max Jakob Friedland : De l’Art et du connaisseur, Librairie Générale Française, pp. 298-299.  

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240.

De la représentation de l’histoire de l’art par le commerce de l’art

26 avril 2012

Le commerce de l’art restitue une vision partiellement tronquée de l’histoire de l’art. Il s’agit de l’amalgame entre une représentation “pour l’histoire” et désintéressée et un commerce d’une grande opacité employant des stratagèmes et un marketing d’une efficacité décuplée grâce à l’Internet.

Si  le fait que les marchands d’art ont contribué à l’émergence d’artistes de premiers plans est indéniable, la confusion entre commerce de l’art et histoire de l’art s’est très sensiblement accentuée avec la multiplication des images disponibles sur l’Internet dans le cadre d’une vulgarisation de masse.

Ce média accorde une plus grande représentativité au phénomène de mode (l’art contemporain, le résultat de la requête “art” sur la première page de Google Images est édifiant) et au sensationnel (les prix faramineux) et à travers des images souvent privées de contexte ou légendées par la communication des opérateurs de vente.

Les grandes manifestations marchandes d’art contemporain peuvent présenter dans le même lieu les œuvres d’artistes conceptuels contemporains, jeunes ou relativement jeunes, et celles de génies historiquement reconnus, le plus souvent disparus. Ce qui induit que le talent des premiers se situe sur le même plan et dans le prolongement historique de celui des seconds, et ceci d’autant plus que les prix des œuvres de ces jeunes artistes contemporains peuvent atteindre des niveaux stratosphériques. Cette impression est encore renforcée quand ces foires se déroulent dans des lieux propres à restituer une atmosphère muséale.

Certaines influences du commerce de l’art peuvent même finir par être confondues avec les intentions, voire l’œuvre, de l’artiste. Ainsi, certains tableaux de nymphéas de Claude Monet n’auraient pas trouvé preneur sur le marché de l’art ces dernières années parce que la clientèle préférerait la présence d’un certain bleu dans ces compositions particulières de l’artiste. Man Ray est surtout connu du grand public pour ses photographies surréalistes, alors qu’elles ne représentent qu’une partie de son œuvre photographique. Si la réputation de photographe essentiellement surréaliste de Man Ray est ancienne, on peut se demander si les nymphéas de Monet visibles sur l’Internet ne vont pas finir par être tous imprégnés d’un certain bleu commercial.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2012. Ce texte fait partie d’une somme déposée à la S.A.C.D. sous les numéros 24503 et 254240.

1,68 million d’euros pour une feuille de manuscrit enluminé perse

25 avril 2012

Traduite en français par Réunion après l’hommage rendu par les nobles à Kay Khosraw suite à son intronisation, une feuille de manuscrit enluminé perse du XVIe siècle, tirée du Shah Isma’ll Shahnameh, estimée 60.000/80.000 livres (73.000/98.000 livres), a été payée 1,38 millions de livres (1,68 million d’euros) aujourd’hui chez Sotheby’s, à Londres.

Si cette œuvre d’origine impériale est très exceptionnelle, la facture, équivalent à environ 20 fois l’estimation moyenne, constitue un record dans la spécialité.

D’une dimension de 41 x 29 cm, elle est peinte à la gouache et à l’or sur papier renforcé et comporte 10 lignes de texte sur 4 colonnes, ainsi qu’un autre texte écrit en diagonale dans la marge supérieure.

PM