Une superbe exposition, un crève-cœur
Cette réunion de 220 créations d’Otto Dix et de documents-clefs liés à l’histoire du peintre livre une rétrospective exceptionnelle de l’Œuvre d’un des premiers artistes à avoir été mis à l’index par le Troisième Reich, avant que ce régime ne classe son Œuvre dans la catégorie “art dégénéré” et n’en détruise une grande partie.
Esthétique froide contre profondeur psychologique
Si, dit-on, Otto Dix était l’un des artistes les plus détestés par Adolf Hitler, c’est bien évidemment parce que son Œuvre est l’exact contraire des images de propagande de l’idéologie nazie : la profondeur psychologique par l’expressionnisme de choses pas jolies à regarder, mais susceptibles de réveiller les consciences, opposée à une esthétique froide, peuplée de robots “métropolisiens”, héros éternellement jeunes, en “bonne santé mentale et physique”, dans un monde fantasmé où le blond et le bleu sont synonymes de pureté, et destinée à fabriquer des jouets serviles à la confiance inaltérable.
Une vision à abattre
Repoussoir pour le Troisième Reich que cet Otto Dix donc, un artiste qui explore les horreurs de l’humanité dans des représentations frontales : champs de bataille de la guerre de 1914-1918, meurtres sordides, prostitution dans des bordels où les filles pouvaient être bossues ou estropiées selon les désirs des clients, corps maigres et disloqués, sauvagerie sexuelle. Un monde avec la décrépitude, la maladie et la mort pour tout accomplissement, un regard qui fait de l’homme un bien curieux héros, c’est-à-dire une vision à abattre pour les nazis.
Comme une vache
L’exposition nous montre également le Dix auteur de portraits de commande, sans concession pour ses modèles, le Dix peintre de paysages, forcé à l’inexpressivité par les nazis, un homme loin de lui-même qui dit se sentir comme une vache lorsqu’il réalise ces travaux-là, et le Dix de l’Après-guerre qui crée toujours.
Un gâchis
On peut ressentir une terrible impression de gâchis devant un Œuvre amputé de créations majeures, détruites ou bien perdues (après avoir été vendues) par le Troisième Reich. Il n’en subsiste que de rares photographies dont certaines sont montrées ici.
Pierrick Moritz
Rouge Cabaret, le monde effroyable et beau d’Otto Dix, Musée des Beaux-Arts de Montréal, pavillon Jean-Noël Demarais (niveau 3), 1380, rue Sherbrook Ouest, Montréal. Infos : http://www.mbam.qc.ca/ottodix/fr/index.html










