Articles Tagués ‘cinema’

Les Chèvres du Pentagone, réquisitoire par l’absurde contre une “guerre pacifique”

14 mars 2010

L’invasion de l’Irak ou le monde sous LSD

L’hilarant film de Grant Heslov, librement inspiré du document journalistique de Jon Ronson qui révèle l’existence d’un corps de l’armée américaine spécialisé dans le surnaturel, de la parapsychologie à la magie noire, dénonce par l’absurde une guerre sans ennemi.  

À l’heure où les VRP de tout poil se bousculent en Irak pour arracher les parts d’un marché dit “de la reconstruction”, Les Chèvres du Pentagone version cinéma montre la débilité d’une guerre officiellement destinée à libérer les Irakiens d’un dictateur et à pacifier une région ; un conflit Flower Power mené par l’autoproclamé “Axe du Bien”. 

George Clooney et Jeff Bridges, dans des compositions déjantées, incarnent  des soldats capables de diriger et de neutraliser l’ennemi par la pensée.

L’ennemi ? Mais quel ennemi ? questionne  le réalisateur  au sujet d’une  invasion qui, a posteriori, a fatalement engendré adversaires et mouvements radicaux.

Les Chèvres du Pentagone nous montre une inquiétante hallucination collective, sans avoir besoin d’être sous LSD comme ces soldats dans l’une des scènes les plus drôles du film.

Ewan McGregor est parfait dans le rôle du journaliste embarqué dans cette histoire de fous.

Pierrick Moritz

Martin Scorsese : le génie est clair

2 mars 2010

Le réalisateur américain fait sien Shutter Island, le roman de Dennis Lehane

Dès les premières images, la mise en scène géniale de Martin Scorsese nous entraîne à Shutter Island et nous enferme dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique. Nous voilà bouclés avec la folie, avec les inadaptés à la réalité et les adaptés au traumatisme, avec nous-mêmes.

Shutter Island de Martin Scorsese est tiré du best-seller éponyme de Dennis Lehane et le réalisateur réussit dans une entreprise des plus compliquées. 

L’écriture offre des possibilités de représentations complexes sans limites, même si les auteurs capables de ce talent-là ne sont pas légions. 

L’écriture, pourvu que l’auteur en ait le talent, possède un pouvoir d’évocation et dégage une sensibilité, une coloration, que l’image aidée par la mise en scène doit restituer d’une toute autre manière.

Le cas de la structure romanesque simple, ce qui vaut pour le roman de Lehane,  n’est en rien le gage d’une adaptation cinématographique forcément  gagnée d’avance.

À part le romancier (et encore, pas toujours), personne  n’est capable de reconstituer le cheminement créatif  qui a permis d’aboutir à cette clarté, un cheminement qui laisse des traces et des porosités, un cheminement par lequel il faudrait repasser pour restituer la même force, la même solidité de construction, retrouver le grain et la texture, la sonorité.

Un film est une nouvelle construction en soi pas le placage d’une construction existante.

Comme Martin Scorsese pour Shutter Island, Alfred Hitchcock a excellé sur les thèmes du traumatisme, du dédoublement, de la perte d’identité, des mécanismes psychologiques de survie qui engendrent une perception plus ou moins tronquée de la réalité, en faisant sien DEntre les morts, le roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac devenu Vertigo au cinéma     

Pierrick Moritz

« Home » d’Ursula Meier : le scénario de l’année !

3 novembre 2008

Isabelle Huppert version déesse-mère

Grand coup de chapeau pour ce film original, souvent très drôle, inventif, effrayant. Tous les acteurs, Isabelle Huppert et Olivier Gourmet en tête, son impeccables.

Une famille heureuse vit, comme coupée du monde, dans une maison au bord d’un tronçon d’autoroute inutilisé et dont les travaux sont interrompus depuis des années.

Ses membres entretiennent entre eux une relation fusionnelle, ils constituent comme un seul et même individu avec la mère dans le rôle du cerveau. 

Seule la plus grande des filles semble coupée de ce corps-là.

Un jour, l’arrivée de l’évènement redouté, attendu, inévitable, sonne le glas de leur vie dans ce lieu. 

Mais Maman ne veut pas !  

Pierrick Moritz

Home d’Ursula Meier. Film franco-suisse avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet. Dans les salles depuis le 29 octobre 2008

« Mesrine : l’instinct de mort »

27 octobre 2008

Superproduction et film d’auteur

Le premier volet de l’épopée cinématographique de Jean-François Richet consacrée à Jacques Mesrine est une incontestable réussite.  

Mesrine, l’instinct de mort est un film d’action très efficace (Jean-François Richet a réalisé en 2004 un très bon remake de Assault on Precinct 13 de John Carpenter ; ici le suspens du projet d’évasion de la prison québéquoise est un modèle du genre) où la psychologie du personnage central est interprétée par un Vincent Cassel époustouflant dans la possibilité d’un Mesrine très physique, ultra-violent et meurtrier mais aussi en quête d’humanité. 

Cécile de France est prodigieuse dans un personnage déterminé qui se révèle déchirant dans le choix d’aller jusqu’au sacrifice de ses sentiments pour sauver l’objet de son amour.

La deuxième et dernière partie, Mesrine : l’ennemi public N°1 sortira le 19 novembre.    

Pierrick Moritz

“Mamma Mia” : Meryl Streep, dancing queen

4 septembre 2008

Ressortez les boules à facettes et les pantalons pat d’éph’ ! Le film le plus vintage de la rentrée vous donnera envie de vous lever et de danser.

N’espérez pas un scénario, il a dû couler dans l’eau turquoise de l’île grecque de rêve où une jeune fille va se marier en présence de ses trois pères potentiels qu’elle a invités à l’insu de sa mère.

Clip géant totalement assumé, Mamma Mia tiré d’une comédie musicale à succès ne tient que par un fil rouge cousu de fil blanc, prétexte à tricoter entre eux les différents tubes d’Abba.

Trente ans après, Money, Money, Money, Gimme ! Gimme ! Gimme ! et Voulez-Vous sont devenus des hymnes cultes que les acteurs entonnent à pleins poumons sans chercher la note juste. Mais le film vaut le déplacement rien que pour voir Meryl Streep  se déhancher sur Dancing Queen ou Pierce Brosnan, que chaque nouveau film éloigne davantage du personnage lisse de James Bond, entonner un S.O.S. désespéré.

Futile comme une chanson d’Abba, Mamma Mia est comme un bonbon à la menthe que l’on prend plaisir à déguster et dont le goût frais subsite longtemps après la sortie de la salle.

Paul Bret

Mamma Mia sortira en salle le 10 septembre prochain.

Film inédit de Marilyn Monroe aux enchères

3 septembre 2008

Un film 8mm amateur d’une durée de 2,5 minutes présentant des images inédites de Marilyn Monroe et réalisé sur une base navale de San Diego à l’époque du tournage de Certains l’aiment chaud sera proposé aux enchères le 25 septembre prochain par la maison de ventes australienne Leski Auctions.

Une première estimation du document retrouvé en Australie fait état d’une somme comprise entre 11.500 € et 17.300 € : une broutille puisque l’acheteur deviendra aussi propriétaire des droits d’exploitation commerciale du film pour le monde entier. 

Pour voir 17 secondes du film : http://www.leski.com.au/news/20080902/index.php

PM

“Juno” de Jason Reitman : plaisant contre-pied du cliché

10 février 2008

Juno de Jason Reitman (2007). Avec Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner. Sorti en salle depuis le 06 février.

Juno est un film délicieux qui doit beaucoup à Ellen Page, héroïne craquante qui porte le rôle-titre. Un film à voir comme une fable et qui montre un monde merveilleux où tout le monde réagit plutôt bien au fait qu’elle se retrouve enceinte à l’âge de 16 ans. Il faut dire que Juno est une adolescente plutôt sensationnelle : malgré son jeune âge, elle possède à peu près la sagesse et la maturité d’un moine bouddhiste de 103 ans. La caractéristique principale du scénario de Diablo Cody est son anticonformisme qui prend le contre-pied de tous les clichés, au risque que l’histoire se transforme rapidement en cliché de l’anti-cliché. La vision de l’extérieur du couple de yuppies américains est jubilatoire et la scène de leurs hésitations  ”pâtissières” sur le choix d’une nuance de jaune (-Tu préfères crème anglaise ou cheese cake ? ) deviendra probablement anthologique. Juno est souvent comparé à Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris pour son impertinence mais est, en définitive, beaucoup plus «moral». Le film est nommé aux prochains Oscars dans les catégories «Meilleur film», «Meilleure actrice» (Ellen Page), «Meilleur réalisateur» (Jason Reitman) et «Meilleur scénario original» (Diablo Cody). Cette 80e édition aura lieu de 24 février à Los Angeles.

PM