Articles Tagués ‘Marché de l’art’

Du “miracle” du marché de l’art et d’internet

19 janvier 2012

Actualisé le 20/01/2011 à 7h13

“On peut toujours nous rabattre les oreilles avec l’avenir que représente le transfert de l’activité physique des commerçants vers le numérique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déplacement vers une technologie du XXIe siècle qui consacre le modèle socio-économique du XIXe  : plus pyramidal, tu meurs et dévalorisation du travail. En prime, la marchandise y est considérablement dépréciée.”

Les performances du marché de l’art sont louées de façon très exagérée dans ce que l’on peut lire et entendre en ce moment. S’il est vrai que les milliardaires ne connaissent pas la crise, ce qui n’est pas vraiment une nouveauté, la réalité de cet univers très opaque, dont seules les informations et la communication émanant des opérateurs de ventes volontaires aux enchères publiques et en courtage parviennent jusqu’à nous, est beaucoup plus nuancée. Le marché de l’art intégre également une partie  privée extrêmement importante et dont on ignore à peu près tout.

Progression des chiffres d’affaires, invendus et défaillances

La progression des chiffres d’affaires des maisons de ventes aux enchères publiques en 2011 repose en partie sur des transactions à des niveaux records plus nombreuses, baobabs qui cachent des déserts d’invendus depuis septembre 2008, encore plus nombreux depuis la rentrée 2011. Ces taux ont pu monter jusqu’à 70 % dans les grandes ventes internationales ces derniers mois. Ils concernent également des œuvres et objets d’art majeurs, de toiles de Picasso jusqu’à des objets d’art chinois rarissimes.

Pour cette dernière spécialité, extrêmement spéculative, le phénomène grandissant des  cautions réclamées par les maisons de ventes aux enchères à des enchérisseurs pré-inscrits révèle que les cas d’impayés sont plus nombreux. Les résultats des dernières séries de ventes à Hong Kong des grands opérateurs occidentaux indiquent un net repli, avec pléthore de lots majeurs restés sur le carreau.

Pour les mandats où les vendeurs assument tous les frais de mise en vente, comme c’est le cas dans les transactions avec les sociétés anglo-saxonnes, la rentabilité de ces opérateurs pourrait ne pas être trop impactée par ces déconvenues. Il n’empêche que ces forts taux d’invendus constituent une très mauvaise publicité et placent les vendeurs potentiels des biens les plus intéressants en position attentiste.

Au bord de la crise de panique

Dans l’édition du mois de novembre du Art Newspaper, vrai succès éditorial britannique dont on aimerait bien avoir un l’équivalent qualitatif en France, figure une analyse qui décrit le milieu des marchands anglo-saxons opérant dans le milieu de gamme comme étant au bord de la crise de panique face au désastre de la situation.

Pour constater ce genre de réalité en France, il faut visiter les galeries où règne majoritairement une grande morosité. Au Louvre des Antiquaires, à Paris, le nombre de boutiques inoccupées bat des records.

On peut toujours nous rabattre les oreilles avec “l’avenir” que représente le transfert de l’activité physique d’une partie de ces commerçants sur le numérique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déplacement vers une technologie du XXIe siècle qui importe le modèle socio-économique du XIXe  : plus pyramidale, tu meurs et sous-valorisation du travail. En prime, la marchandise y est considérablement dépréciée.

Artprice, eBay, l’art vendu sur Internet

Au sujet du l’art vendu sur internet, l’évènement du mois de janvier en France a été le lancement du courtage aux enchères sur Artprice, une nouvelle activité qui va forcément augmenter le chiffre d’affaires de la société. Reste à savoir dans quelles proportions.

La menace d’assignation en référé par le Conseil des Ventes Volontaires au sujet de la communication initiale d’Artprice, concernant une confusion possible des activités de courtage du site avec celles des maisons de vente aux enchères, aura été profitable aux deux parties. L’entreprise a bénéficié d’une campagne de publicité à l’œil et l’autorité de régulation d’une clarification publique de la situation.

Une différence notable entre ces deux types de commerce concerne la responsabilité de l’opérateur en cas de problèmes découlant de la transaction. Elle est totale pour une maison de vente aux enchères, argument qui peut convaincre l’acheteur malgré une commission très élevée, quand elle ne concerne que le vendeur (et non l’intermédiaire) dans le cas du courtage. Néanmoins, on sait que la responsabilité d’eBay, seul exemple de société de courtage aux enchères en ligne à grande échelle connu, et le plus ancien, a été pointé du doigt dans certaines affaires juridiques. Il s’agit de la lutte conte la contrefaçon et du libre choix des distributeurs pour des marques de luxe.

Les courtiers d’art aux enchères de l’internet concurrencent bien les maisons de ventes aux enchères, mais jusqu’à un certain niveau de prix

Dans la rubrique “art/antiquités” d’eBay, une céramique chinoise est parfois enlevée à 15.000 euros ou un tableau à 20.000 euros. Dans un contexte de biens invendus conséquents, ces cas restent minoritaires et concernent principalement la marchandise de vendeurs professionnels. Ces derniers sont juridiquement obligés d’accepter le retour des objets et de les rembourser au cas où les acheteurs ne les jugeraient pas conformes, ce qui n’est pas le cas pour les vendeurs particuliers.

Si le modèle et la marchandise proposés par ce courtage aux enchères en ligne concurrencent directement les maisons de vente aux enchères publiques, le phénomène s’inscrit dans une certaine limite de prix. Depuis bientôt 11 ans qu’eBay a ouvert sa plateforme française, les maisons de vente aux enchères publiques ont progressivement revu leur stratégie en montant en gamme, mais aussi en proposant parfois des ventes à des prix bien plus attractifs que sur le site américain, notamment dans le domaine des objets de collection.

Courtage : prudence et risques de détournement de commission

On n’achète pas plus une œuvre d’art d’une certaine valeur sans la voir physiquement, qu’une voiture sans l’essayer ou un appartement sans le visiter. Et avant même d’engager ne serait-ce que plusieurs centaines d’euros pour acquérir un bien sur photographie, les acheteurs potentiels veulent la garantie d’un intermédiaire fiable, la possibilité d’une mise en relation avec le vendeur avant échéance et ils peuvent souhaiter voir l’œuvre en question avant le règlement.

C’est dans cette possibilité du contact direct entre vendeur et acheteur qu’on trouve la situation du détournement de commission, c’est-à-dire quand le vendeur qui a trouvé preneur grâce au courtier décide de se débrouiller pour ne pas rénumérer ce dernier. Il peut également proposer son bien auprès de plusieurs courtiers et donc annuler certaines mises en vente à tout moment.

Difficulté à trouver une marchandise de qualité

Nombreux sont ceux qui ont créé des sites sur Internet dans le but de capter les biens des particuliers et de manière plus ou moins frontale. Depuis 20 ans que je traîne dans ce milieu, je peux vous affirmer que la marchandise réellement intéressante est rare. Et les choses ne vont pas en s’arrangeant. Avant de trouver un tableau un tant soit peu valable, il faut en avoir vu des milliers. Si les catalogues des maisons de vente, les galeries et les boutiques d’antiquités les plus prestigieux donnent une impression de qualité généralisée, l’écrémage est de plus en plus rude pour arriver à pareille concentration.

Pour les maisons de ventes aux enchères les plus célèbres, la captation de prestigieuses collections nécessite un important travail de suivi et de communication, des moyens financiers colossaux et de pouvoir s’offrir un personnel maniant les codes sociaux de milieux très privilégiés. Comme pour l’immobilier haut de gamme, il est recruté dans les mêmes univers sociaux-culturels que ceux auxquels appartient la clientèle potentielle. Cette éducation plutôt aristocratique implique d’être capable des mêmes égards envers les clients plus modestes.

Pierrick Moritz

Articles en rapport :

http://artwithoutskin.com/2011/05/24/la-chute-des-prix-des-objets-de-collection-des-antiquites-des-objets-et-des-oeuvres-d%e2%80%99art-plus-ou-moins-courants

http://artwithoutskin.com/2011/01/28/chiffre-daffaires-record-pour-christies-les-vendeurs-occidentaux-paient-les-effets-de-la-crise

Artprice dément l’existence d’une action en référé du Conseil des Ventes Volontaires

11 janvier 2012

Dans un communiqué publié ce matin, Artprice dément l’existence d’un  référé du Conseil des Ventes Volontaires concernant une clarification des conditions de ses nouvelles enchères en ligne, celles-ci devant relever du cadre légal du courtage en ligne et non de celui des ventes aux enchères publiques. 

Le 6 janvier, l’autorité de régulation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques avait publié un communiqué rendant compte de cette action. 

Toujours visible sur son site, le document se termine par Le Conseil des ventes a donc adressé un courrier à la société Artprice pour lui demander de se mettre en conformité avec la loi et a décidé en parallèle de saisir le juge des référés en application de ces dispositions.

Voir le communiqué d’Artprice du 11/01/2012 : http://serveur.serveur.com/press_release/pressreleasefr.htm#a20120111

Voir le communiqué du Conseil des Ventes du 06/01/2012 : http://www.conseildesventes.fr/images/stories/actualite/communiquédepresse.pdf

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/01/06/23675/

PM

Marché de l’art 2011 en vente publique : prix records et prudence de mise pour les vendeurs

24 décembre 2011

2011 restera une année exceptionnelle pour le marché de l’art en vente publique. Sur une lancée ascendante, pour ne pas dire verticale dans certains cas, jamais des objets et œuvres d’art ne s’y seront vendus à des prix aussi élevés, des grandes places internationales aux études de commissaires-priseurs de provinces françaises.

Toutes les spécialités, même celles qui semblaient globalement moribondes il y a quelques années encore (l’orfèvrerie, la haute époque, le mobilier classique,..), sont revisitées par les acheteurs pour y dénicher la rareté payée à prix d’or. Celles concernant des œuvres d’art avec des prix déjà élevés mais beaucoup plus attractifs que l’équivalence qualitative en peinture font l’objet de rattrapages fulgurants. On pense à l’archéologie et aux arts premiers.

Seule ombre au tableau et sceau de l’ambiance économique qui prévaut depuis la rentrée : des pourcentages d’invendus, souvent non négligeables depuis l’automne 2008,  qui se sont accrus de manière sensible, et à tous les niveaux de prix, pour atteindre des volumes pouvant souvent tourner autour de 35 % dans les vacations.

Sur cette situation, les opérateurs, qui revendiquent leurs exploits dans des communiqués éventuellement appels à marchandise entre les lignes, ne s’étendent pas. Comme, dans le même temps, on n’a probablement jamais vu autant d’objets et d’œuvres d’art décupler leur estimation, le signal de dangerosité du marché à l’adresse des vendeurs potentiels est encore plus inaudible.

D’un point de vue marketing, la situation joue en faveur des maisons de vente car la formule  “le jeu peut en valoir la chandelle” reste incitative pour nombre de vendeurs qui ont le choix, c’est-à-dire qui ne sont pas dans l’obligation de se séparer de leurs biens pour se procurer des liquidités.

Pierrick Moritz

Articles en rapport :

http://artwithoutskin.com/2011/12/16/tensions-et-tendance-pour-les-arts-premiers-dans-les-ventes-publiques

http://artwithoutskin.com/2011/01/28/chiffre-daffaires-record-pour-christies-les-vendeurs-occidentaux-paient-les-effets-de-la-crise

Les plus gros bides des ventes publiques : les tableaux et sculptures les moins chers du monde

11 novembre 2011

Les œuvres d’art ne sont pas des investissements infaillibles, comme en témoigne la liste des invendus les plus importants de ces quatre dernières années dans les salles des ventes publiée ci-après.

Ce classement n’est pas représentatif des performances réalisées par les deux plus gros opérateurs occidentaux du marché de l’art cités. Ces derniers ont également vendu des œuvres d’art à des prix bien plus élevés que ceux référencés dans ce classement.

À l’opposé des listes de prix époustouflants dont on nous comble régulièrement la vue, celle-ci montre qu’il arrive que des œuvres très importantes ne trouvent pas preneur.

Classement, par ordre d’importance, des plus gros bides enregistrés ces quatre dernière années dans les ventes publiques pour la peinture et la sculpture

Claude Monet : Nymphéas, huile sur toile peinte en 1906. Estimée 30/40 millions de livres. Christie’s Londres, 23 juin 2010.

Pablo Picasso : Instruments de musique sur un guéridon, composition cubiste, huile sur toile. Estimée 25/30 millions d’euros. Christie’s Paris, 23 février 2009.

Vincent van Gogh : Champ de blé, huile sur toile, peinte en 1890. Estimée 28/35 millions de dollars. Sotheby’s New York, 7 novembre 2007.

Claude Monet : Nymphéas, peints vers 1914-1917, huile sur toile (150 cm x 200 cm). Estimée 17/24 millions de livres. Christie’s Londres, 21 juin 2011.

Edvard Munch : Fertilité, huile sur toile, peinte en 1899-1900. Estimée 25/35 millions de dollars. Christie’s New York, 4 mai 2010.

Pablo Picasso : La Lampe, huile sur toile, peinte en 1931. Estimée : 25/35 millions de dollars. Sotheby’s New York, 7 novembre 2007.

Edgar Degas : Petite danseuse de 14 ans, sculpture en bronze, H. 103 cm. Estimée 25/35 millions de dollars. Christie’s New York, 1er novembre 2010.*

Nicolas Poussin : Ordination, huile sur toile, vers 1630. Estimée 15/20 millions de livres. Christie’s Londres, 7 décembre 2010.

Mark Rothko : N°43 (mauve) , huile sur toile de grand format, peinte en 1960. Estimée 20/30 millions de dollars. Christie’s New York, 5-6 novembre 2008.

Amedeo Modigliani : Homme assis, huile sur toile, peinte en 1918. Estimée 18 millions/25 millions de dollars. Sotheby’s New York, 3 novembre 2008.

Pablo Picasso : Femme endormie, huile sur toile, peinte en 1935, estimée 18 millions/25 millions de dollars. Christie’s New York, 1er novembre 2011.

Pablo Picasso : Tête de femme au chapeau mauve, 1939, huile sur toile . Estimée 18 millions/25 millions de dollars. Christie’s New York, 1er novembre 2011.

Francis Bacon : Figure Turning, huile sur toile, peinte en 1962. Estimée 10/15 millions de livres. Sotheby’s Londres, 1 er juillet 2008.

Claude Monet : Iris mauves, huile sur toile (200 cm x 100,3 cm), peinte vers 1914-1917. Estimée 15/25 millions de dollars. Cette œuvre est revêtue du cachet de la signature du peintre. Christie’s New York, 4 mai 2011.

Claude Monet : La Cathédrale dans le brouillard, huile sur toile, peinte en 1893. Estimée 16 millions/22 millions de dollars. Sotheby’s New York, 3 novembre 2008.

Pablo Picasso : un portrait de sa fille Marina, peint en 1938. Estimé 16/22 millions de dollars. Sotheby’s New York, 5 mai 2009.

Frans Hals (XVIe/XVIIe siècles) : paire de portrait. Estimée 15/20 millions de dollars. Sotheby’s New York, 29-30 janvier 2009.

Vincent van Gogh : Route aux confins de Paris, huile sur toile, peinte durant l’été 1887. Estimée 13/16 millions de dollars. Christie’s New York, 6 mai 2008.

Henri Matisse : Nu au fauteuil noir, huile sur toile, peinte en 1936. Estimée 12/18 millions de dollars. Christie’s New York, 6 novembre 2008.

Henri Matisse : Titine Trovato en robe et chapeau, huile sur toile, peinte en 1934. Estimée 12 millions/18 millions de dollars. Sotheby’s New York, 3 novembre 2008. Ce tableau a été remis en vente chez Sotheby’s New York le 2 novembre 2010 avec une estimation de 6/8 millions de dollars et n’a toujours pas trouvé preneur.

Édouard Manet : Fillette sur un banc , huile sur toile, peinte en 1880. Estimée 12/18 millions de dollars. Christie’s New York, 5 novembre 2008.

Fernand Léger : Partie de campagne, huile sur toile, peinte en 1953-1953. Estimée 12/18 millions de dollars. Sotheby’s New York, 7 mai 2008.

Kees van Dongen : Anita en almée, huile sur toile. Estimée 12/16 millions de dollars. Christie’s New York, 6 mai 2008.

Données relevées dans les comptes rendus de résultats et les analyses d’ArtWithoutSkin pour la période 2007-2011.  

Pierrick Moritz

Enchère record pour un triptyque de Francis Bacon

11 février 2011

Sotheby’s génère la majeure partie du chiffre d’affaires des ventes d’art moderne à Londres

Une  huile sur toile en triptyque réalisée en 1964 par Francis Bacon, Three Studies for Portrait of Lucian Freud, chaque partie mesurant 35,5 x 30,2 cm, a été payée l’équivalent de 27 millions d’euros (23 millions de livres) avec les frais (12%) hier soir chez Sotheby’s Londres. 

La composition était estimée 7/9 millions de livres sans les frais. Il s’agit de l’un des prix les plus importants payés dans une vente publique pour une œuvre de l’artiste d’origine irlandaise.

Avec un record à 86 millions de dollars pour un Triptych 76 chez Sotheby’s New York en 2008, Francis Bacon fait partie des artistes les plus chers du monde en ventes publiques, avec Alberto Giacometti, Pablo Picasso et Kasimir Malevich. 

Du fait du montant élévé des estimations pour les œuvres importantes de ces artistes, la sélection opérée par les acheteurs n’en est que plus pointue, même s’il faut tenir compte de l’environnement économique du moment, qui peut engendrer une attitude  plus ou moins attentiste, et d’aspects aléatoires comme celui de pouvoir investir à un certain moment de l’année plutôt qu’à un autre.

Pour des estimations à de tels niveaux, et le plus souvent, l’œuvre doit être exceptionnelle et non interchangeable pour déclencher une bataille d’enchères. De plus, les acheteurs savent très bien que les estimations resteront fermes dans ce cas-là. 

Si les œuvres suprématistes de Malevich sont rarissimes et, de fait, se vendront toujours très bien, de très importantes créations de Giacometti, Picasso et Bacon, n’ont pas trouvé preneur en ventes publiques ces dernières années. 

On pense, par exemple, à un Figure Turning (1962) de Bacon chez Sotheby’s Londres en juillet 2008 (estimé 10/15 millions de livres), à Instruments de musique sur un guéridon, une composition cubiste de Picasso estimée 25/30 millions d’euros et figurant dans la dispersion de la collection Saint Laurent/Bergé chez Christie’s Paris en février 2009, ou encore à deux œuvres de Giacometti qui, cette semaine, étaient estimées 3/5 millions de livres chacune dans une autre vente d’art moderne chez Sotheby’s Londres.     

Ce portrait d’Éluard par Bacon faisait partie d’une dispersion de 60 œuvres d’art moderne et contemporain, issues d’une même collection privée, sous l’intitulé Looking Closely. Toutes avaient été acquises par leur propriétaire au plus tard à la fin des années 1980, le portrait d’Éluard par Bacon ayant été acheté en 1964.

Le fait d’années passées loin d’un marché de l’art où les prix ont considérablement augmenté pour les sélections de grande qualité, comme c’est le cas ici, explique que 100% des lots aient été vendus et pour un montant de 93,5 millions de livres (111 millions d’euros), dépassant allègrement l’estimation “pré-vente” la plus optimiste 

13,48 millions de livres, le plus haut prix payé pour une œuvre de Salvador Dali en vente publique, sont allés à un petit Portrait de Paul Éluard (33 x 25 cm) estimé 3,5/5 millions. Cette huile sur toile surréaliste de 1929 a été acquise par le collectionneur chez Sotheby’s en 1989.

Deux petits masques en fer de Julio González, des pièces uniques, ont battu des records absolus pour des œuvres de cet artiste. 

Julio González est l’un des sculpteurs les plus inventifs de la première moitié du XXe siècle. Ami catalan de longue date de Pablo Picasso, il fut son conseiller pour les œuvres en métal des années 1930. Le Centre Pompidou lui avait consacré une importante rétrospective en 2007.  

Le masque intitulé Ombre et lumière, d’une hauteur de 25 cm et réalisé vers 1930, acquis par le vendeur en 1983 auprès de la Galerie de France, a ainsi été payé 4,63 millions de livres sur une estimation de 800.000/1,2 million. Le  Masque My, 15 cm de hauteur et réalisé en 1927-1929, acquis en 1982 chez le même marchand, a été payé 2,72 millions de livres sur une estimation de 800.000/1,2 million de livres. 

Toujours dans la séquence des génies créatifs et pour une œuvre de la même époque, L’Acrobate d’Alexander Calder, une sculpture en fil de fer sur base en bois et d’une hauteur de 45 cm, réalisée vers 1928, acquise par le vendeur en 1965, estimée 1/1,5 million de livres, a été payée 1,38 million. Des œuvres de ce type ont notamment été montrées dans l’expositions des années parisiennes de Calder au Centre Pompidou en 2009.

Parmi les enchères les plus élevées, figure également Annette ou Portrait d’Annette au pull-over rouge, une huile sur toile (55 cm x 46 cm) d’Alberto Giacometti  peinte en 1961 et acquise par le vendeur en 1989 chez Christie’s Londres. Elle a été payée 4,85 millions de livres sur une estimation de 2/3 millions sans les frais (12%).

Cette dispersion était l’avant-dernière de la traditionnelle série de vacations d’art moderne de février chez Christie’s et Sotheby’s à Londres. 

Pour le moment, ces ventes ont rapporté 299 millions de livres dont quelque 184 millions engrangés par  Sotheby’s (en y incluant les œuvres d’art contemporain  faisant partie de la vente Looking Closely), soit un très large fossé entre les deux maisons de ventes que ne comblera pas la dernière vacation chez Christie’s aujourd’hui. Malgré la quantité, 245 lots, la très grande majorité des estimations est inférieure à 10.000 livres. 

L’enjeu est capital pour les deux plus importants opérateurs mondiaux du marché de l’art en ventes publiques – désormais au coude-à-coude pour un leadership encore détenu par Christie’s – qui se livrent une concurrence acharnée pour décrocher les meilleures œuvres. Les résultats de ces ventes majeures assurent une communication très efficace auprès des vendeurs potentiels.

Pierrick Moritz  

Chiffre d’affaires record pour Christie’s ; les vendeurs occidentaux paient les effets de la crise

28 janvier 2011

Christie’s annonce un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars pour l’ensemble de ses ventes d’art mondiales en 2010, soit une hausse de 53 % par rapport à l’exercice précédent, notamment du fait d’un premier semestre 2009 exécrable.

Pour l’année 2009, la maison de vente avait communiqué un chiffre d’affaires de 3,3 milliards de dollars pour l’ensemble de ses ventes mondiales. Il était de 5,1 milliards en 2008, de 6,3 milliards en 2007 et de 4,67 milliards en 2006.

En tête de son  communiqué de presse pour ses résultats 2010, Christie’s annonce avoir réalisé le chiffre d’affaires le plus important de son histoire alors que, au premier abord, il est très largement supérieur pour 2007. Cette différence est due au fait que la maison de ventes britannique donne également son chiffre d’affaires en livres. Elle s’explique donc par l’évolution importante des taux de change entre les deux monnaies. En 2007, le chiffres d’affaires converti en livres était de 3,1 millions, il est de 3,3 millions cette année.

Les ventes d’art privées ont augmenté de 39 % chez Christie’s. Cette activité particulière, au même titre que celles des ventes dans les galeries ou les échanges entre collectionneurs, concerne une partie importante des transactions dont on ne sait rien, ce qui relativise les résultats en ventes publiques, notamment pour la peinture contemporaine où certaines opérations peuvent relever du marketing du fait des vendeurs.

Toujours selon son communiqué pour 2010, le marché le plus important pour Christie’s reste les États-Unis avec 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires (en hausse de 111 % par rapport à 2009). Il est talonné par l’ensemble Europe/Grande-Bretagne pour 1,7 milliard de dollars.

L’Asie (ventes centralisées à Hong Kong) arrive en troisième position avec 721,9 millions de dollars (plus du double par rapport à 2009).

51 millions de dollars ont été produits sur la place du Moyen-Orient (ventes à Dubaï), un résultat également en forte augmentation.

Les 11 enchères  les plus importantes de l’année 2010 réalisées par Christie’s dans le monde - des 106,48 millions de dollars d’un Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso aux 23,88 millions de dollars d’un Big Campbell’s Soup With Can Opener (Vegetable) d’Andy Warhol – correspondent à 10 % de son chiffre d’affaires global pour l’art.

La seule ombre au tableau de cette vigueur retrouvée demeure le nombre très élevé d’invendus relevé depuis le printemps 2010 dans les salles des ventes occidentales (et même pour des lots de qualité), une tendance encore plus sensible depuis le second semestre. Pour les maisons de ventes anglo-saxonnes, ces déconvenues n’influent pas sur leurs résultats puisque les frais relatifs à la mise en vente (transports internationaux, catalogue, publicité) sont majoritairement à la charge des vendeurs.

La confiance de ces derniers ne peut qu’être affectée quand certaines vacations donnent l’impression d’un grand jeu de pêche à la ligne pour lequel un maximum de lots a été réuni afin d’optimiser le nombre de prises aléatoires, à moins qu’il ne s’agisse d’étoffer un catalogue autour de lots de qualité, ou encore de les valoriser  par  des effets de contraste avec d’autres moins intéressants.

Si la sélection opérée par les maisons de ventesparmi les objets qui leur sont présentés est censée être devenue draconienne, il n’empêche que la marchandise de grande qualité, et à tous les niveaux de prix, est devenue extrêmement difficile à trouver. Ce dernier phénomène explique l’envolée des prix et les ventes conformes aux estimations hautes pour les pièces les plus intéressantes.

Les maisons de ventes aux enchères anglo-saxonnes qui, comme toutes les autres, n’ont aucune obligation de résultats et demeurent avant tout des entreprises commerciales, ont pour elles le fait que, crise économique oblige, les vendeurs se pressent pour tenter de placer leurs objets dans leurs vacations. À défaut d’un chèque, un grand nombre de candidats retenus reçoit une facture.

Pierrick Moritz


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