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Marché de l’art 2010 : records et attentisme

29 décembre 2010

La situation du marché de l’art mondial s’est nettement redressée en 2010, notamment à travers des prix faramineux pour des biens d’exception et l’art traditionnel chinois. Mais Les invendus ont été légion et certaines performances, notamment dans le domaine de  l’art contemporain, jurent avec ce manque de fluidité en cohérence avec la prudence des investisseurs sur fond de dérèglement économique structurel. 

Si, après une année 2009 difficile, la situation du marché de l’art mondial s’est nettement redressée en 2010, les phénomènes d’invendus et de lots importants achetés au niveau des estimations basses ont perduré tout au long de l’année. Le secteur a conservé les difficultés de son année de crise, et elles gangrènent par à-coups un phénomène sensible de vigueur retrouvée.    

Contrastes

Les 106,5 millions de dollars payés pour Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso figurent au sommet d’une palanquée de prix records.

Un Big Campbell’s Soup Can With Can Opener (Vegetable) d’Andy Warhol payés 23,8 millions avec les frais (12%), quand 30/50 millions de dollar en étaient attendus sans eux, trône au-dessus d’une corbeille à soldes bien garnie. 

Des Nymphéas de Claude Monet à 30/40 millions de livres figurent en tête de gondole d’une flopée d’invendus planétaire.

Dans la série “ loin du record espéré”, l’autoportrait d’Édouard Manet intitulé Portrait de Manet à la palette (Manet à la Palette) a été payé l’équivalent de 27 millions d’euros avec les frais (12%) sur une estimation de 24/36 millions d’euros sans eux.

Les marchands travaillent avec des stocks à minima

Ces résultats extrêmes illustrent la situation d’une économie qui dépend tout autant des collectionneurs que des marchands. Hors, ces derniers continuent à travailler avec des stocks à minima et à flux tendu. Ils achètent la marchandise qu’il sont sûrs de pouvoir revendre très vite.

Le secteur des arts décoratifs du XXe siècle, spécialité où les marchands sont traditionnellement très actifs, a été marqué par de  nombreuses déconvenues, dont certaines spectaculaires. 

Des pièces exceptionnelles et assorties d’estimations à l’avenant, comme une table basse en bronze d’Armand-Albert Rateau à Paris, ou un fauteuil “à la sirène” d’Eileen Gray et un bureau Greene & Greene à New York, soit le genre de pièces de commande types auprès des marchands les plus puissants, n’ont pas trouvé preneur. Dans la spécialité du mobilier ancien, un rarissime lustre en bronze d’André-Charles Boulle n’a pas été vendu chez Dorotheum.   

Les vendeurs des invendus

Si les lots ravalés ont été nombreux dans toutes les spécialités, les pertes relatives à leur mise en vente se feront sentir a minima dans les résultats des maisons de vente anglo-saxonnes car, sauf accord spécifique, ils sont supportés par les vendeurs.

Si, avec un  taux d’invendus de 20 %, l’estimation pré-vente globale pour l’ensemble d’un catalogue peut être rattrapée par des enchères très supérieures sur d’autres lots, le préjudice en terme de crédibilité pour ces services de grand luxe est important. 

La  majeure partie des clients déçus ne reviendra pas une fois la facture acquittée et, devant les risques encourus, les autres hésiteront à confier leurs biens.

Le retour du marketing de l’art contemporain spéculatif ?

Vu l’humeur plutôt attentiste des acheteurs, on peut être surpris par les prix astronomiques enregistrés pour certaines productions d’art contemporain.

Celles de Maurizio Cattelan, par exemple, et dont le Château de Versailles ne sera finalement pas farci en 2011. 

Au passage, signalons qu’une œuvre de Robert Gober vaut 10 fois moins cher.

Cattelan figurait au catalogue de la vente Philipps de Pury/Ségalot de décembre, là où un Men in Her Life d’Andy Warhol a été payé quelque 63 millions de dollars.

Au sujet de cette vacation qui a rapporté 117 millions de dollars, certains observateurs, dont du The Economist et cités par  Artvest Partners dans The Art  Newspaper, soulignent un curieux triptyque “maison de ventes-marchand-garantie”. 

Toujours dans The Art Newspaper, un journaliste rappelait que le vendeur de ce Warhol n’était autre que Jose Mugrabi (qui posséderait, entre autres, 800 Warhol). Le collectionneur en a profité pour acheté un Murakami à 6,8 millions de dollars, tandis que le même Murakami se trouvait au fond de la salle. 

Le mensuel britannique indique que, selon des sources commerciales, Philipps Mercury (la maison de ventes Philipps de Pury appartient au très puissant groupe russe Mercury) était le garant de la vente.

Si le fait que des œuvres soient garanties dans une vente anglo-saxonne n’a rien d’extraordinaire en soi, on peut tout de même y voir la touche finale d’un  tableau “très familial”, et pour un succès garanti.

Prix promotionnels pour Hirst et Koons

En 2010, un tableau de Damien Hirst arrive encore à se vendre 900.000 dollars. Pour ceux qui auraient perdu le sens commun à force de voir des enchères millionnaires, rappelons qu’il s’agit là d’une somme énorme. Après son crâne en diamants vendu à un groupe d’investisseurs dont sa société propre Science, et trimballé comme une attraction foraine dans certains musées du monde, l’homme d’affaires britannique a récemment fait fabriquer un crâne de fillette pavé de diamants roses.

Quand à Jeff Koons, les 16,9 millions de dollars payés pour son ballon noué en version bleue, quand un autre exemplaire en magenta valait 25,8 millions deux ans plus tôt, pourraient presque faire croire à un retour à la normale. Sauf qu’il s’agit toujours d’un prix complètement délirant en regard des prix payés pour des œuvres d’artistes historiques de l’art contemporain. Ceci étant,  toujours sur une idée de Koons, un mille-pattes gonflable encastré dans un escabeau et estimé 5,5/7,5 millions de dollars n’a pas trouvé preneur.  

La peinture ancienne en retrait

Alors que  la peinture ancienne était devenue un terrain de repli pour investisseurs pendant la période de grandes difficultés, la spécialité à moins passionné cette année. En 2009, après les 35,9 millions d’euros obtenus pour une œuvre d’art moderne lors de la vente Saint-Laurent/Bergé (Les Coucous, Tapis bleu et rose d’Henri Matisse), la plus haute enchère mondiale revenait à un dessin de Raphaël, une Tête de Muse payée l’équivalent de 32,39 millions d’euros.

Le phénomène a particulièrement été sensible au niveau des œuvres majeures. Par exemple, et toujours de manière significative pour l’ensemble de la spécialité, une Ordination de Nicolas Poussin estimée 15/20 millions de livres n’a pas trouvé preneur, un portrait militaire par Rubens s’est vendu au niveau de son estimation basse à 9 millions de livres, et une vue de Venise du Canaletto est partie pour l’équivalent de 2,65 millions d’euros, juste sous le seuil minimum attendu.

Des records internationaux pour les objets d’art traditionnel chinois 

Le marché de l’art international 2010 fait la part belle aux objets d’art traditionnel chinois, avec un record absolu de 51 millions d’euros marqué cette année en Grande-Bretagne pour un vase Qianlong. Et les œuvres d’art chinois, comme la peinture classique, ne sont pas en reste. 

Les deux géants Sotheby’s et Christie’s ont réalisé au second semestre leur plus importants chiffres d’affaires historiques pour des séries de ventes à Hong Kong, et avec des résultats spectaculaires pour les ventes de vins et de bijoux.

Toutefois, le protectionnisme étant de mise en Chine, aucune maison de ventes étrangère n’a de licence pour vendre à l’intérieur d’un pays où le marché de l’art est florissant.

La France, la chance de ses spécificités

Au même titre que la mondialisation n’a pas signifié la fin du camembert au lait cru en France, pas plus qu’elle n’a transformé l’attitude du consommateur norvégien qui consiste à acheter exclusivement des produits fabriqués en Norvège, ce n’est pas parce que le marché de l’art s’est mondialisé qu’il ne subsiste pas de spécificités “inexportables” et très rentables au sein de chaque pays. Dans le domaine des ventes aux enchères, l’engouement pour les souvenirs liés à certains sports aux États-Unis en est un exemple.

Le modèle des maisons de ventes françaises est unique, et ne se limite pas à Drouot, endroit où  le monde entier vient pour ses spécificités et avec des retombées économiques indirectes extrêmement importantes. 

À part finir par disparaître, Drouot n’aurait probablement rien à gagner en copiant le modèle anglo-saxon. Il aurait plutôt intérêt à cultiver ses différences, et surtout à les faire connaître.

Par rapport à la concurrence anglo-saxonne, et dans la majorité des cas, Drouot présente par exemple l’énorme avantage d’avoir des frais quasiment inexistants pour le vendeur  français (français, car il n’y a pas de frais de transport international) au cas où son objet ne trouve pas preneur.   

Quant à l’importance prise par le marché chinois, elle est inévitable, comme pour bien d’autres secteurs économiques (et les choses pourraient aussi se calmer). Drouot, Sotheby’s et Christie’s n’y peuvent rien à moins de pénétrer dans un pays où, pour le moment, elles ne peuvent pas exercer. 

Pour le marché de l’art global, et selon Artvest Partners, le grand perdant en volume de ventes depuis quelques années reste les États-Unis.  

Le problème de Drouot : sa communication

Le problème de Drouot, c’est avant tout une communication souvent réduite à son hebdomadaire, quand celles des acteurs anglo-saxons du marché de l’art est extrêmement active et diversifiée. Dans la presse papier spécialisée, où les annonces de ces derniers sont omniprésentes, celles de Drouot et des maisons de ventes françaises sont, en général, inexistantes. 

Pierrick Moritz

Cette analyse originale est la propriété de son auteur. Sa republication et  son exploitation commerciale, directe ou non, sans autorisation de l’auteur sont interdites. De courts extraits peuvent être repris en citant la source. Contact : pierrick.moritz@noos.fr

Un marché de l’art moins sûr qu’il n’y paraît

12 novembre 2010

Avec quelque 341 millions de dollars générés par ses ventes d’art contemporain, dont 42,62 millions obtenus la veille pour un Ohhh…Alright… de Roy Lichtenstein, Christie’s a clôturé hier la série des grandes vacations new-yorkaises à la suite de Sotheby’s.

Les ventes d’art moderne et contemporain des deux opérateurs sur la place américaine ont généré 1,14 milliard de dollars, un montant astronomique dans un marché de l’art bouleversé par un nouvel ordre économique mondial dont les milliardaires sont capables d’engager des fortunes dans des œuvres parfois inattendues.

Le 4 novembre chez Sotheby’s, toujours à New York et dans le cadre d’une vacation de peinture du XIXe siècle étrangère à celles d’art moderne et contemporain, 36 millions de dollars ont été payés pour un Moïse sauvé des eaux peint par Lawrence Alma-Tadema en 1904, une œuvre dont l’ambition se limite à la  représentation minutieuse et idéalisée de l’épisode biblique. La cote de cet artiste n’avait jamais dépassé 3 millions de dollars (pour ce même tableau en 1995, et qui était estimé 3/5 millions dans cette vente).

Pour l’ensemble de ces ventes d’art moderne et contemporain new-yorkaises, Christie’s prend 611,67 millions de dollars sur le chiffre d’affaires de 1,14 milliard réalisé en comptabilisant celles de son concurrent Sotheby’s, dont 341 millions pour l’art contemporain contre quelque 271 millions produits chez Sotheby’s. Les deux maisons de ventes ont fait à peu près jeu égal pour l’art moderne.

L’avantage de Christie’s, qui a conservé son titre de première maison de ventes aux enchères au monde en 2009, est important car l’écart avec sa principale concurrente est devenu extrêmement ténu.  

Pour les 9 premiers mois de 2010, Sotheby’s a communiqué avoir généré  un bénéfice net de 64,7 millions de dollars contre une perte nette de 80,1 millions sur la période correspondante de 2009. Sur le seul troisième trimestre, l’entreprise a  réduit ses pertes de 67% à 57,8 millions. Elle souligne que les recettes des enchères du troisième trimestre ne représentent que 7 à 10 % de son chiffre d’affaires annuels.

En même temps que se déroulaient ces importantes ventes d’art moderne et contemporain, où certains lots n’auraient pas trouvé preneur si les estimations n’avaient pas été sérieusement revues à la baisse, d’autres vacations de Sotheby’s et Christie’s continuaient à produire des taux d’invendus élévés.

Le 9 novembre, dans une vente de céramique chinoise qui  se tenait à Londres, Christie’s a enregistré 43 % d’invendus. Le même jour,  Sotheby’s en voyait défiler 39 % dans sa vente parisienne de mobilier français.

Pierrick Moritz

Un tableau ancien estimé 20.000 euros payé 1 million d’euros chez Christie’s Paris

27 octobre 2010

Un Portrait d’une jeune fille tenant un éventail, une huile sur toile anonyme présentée comme une école  flamande du XVIIe siècle  et assortie d’une estimation de 15.000/20.000 euros, a été payé 1 million aujourd’hui à Paris au cours d’une dispersion d’œuvres et objets d’art provenant des collections Rothschild chez Christie’s.  

Selon le catalogue, la toile rectangulaire (99 cm x 83 cm) était probablement ovale à l’origine. 

Le tableau, remarquable, avait été autrefois attribué à Anthony Van Dyck (1599-1641) avec  le modèle identifié comme étant Henriette de France (fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, et qui allait devenir reine d’Angleterre).

Le million d’euros donné aujourd’hui pour cette toile correspond au prix d’une œuvre authentique de Van Dyck.

Articles en rapport :

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Pierrick Moritz http://artwithoutskin.com/

Trop d’art sur le marché de l’art

23 juin 2010

Un catalogue d’art impressionniste et moderne exceptionnel et un résultat décevant hier soir chez Sotheby’s à Londres : l’action a plongé de 8,35 % à New york

Les résultats de l’importante vacation d’art impressionniste et moderne proposée  hier soir à Londres chez Sotheby’s confirment l’état de déstabilisation d’un marché de l’art animé de convulsions aussi extrêmes qu’imprévisibles.

La vente a généré l’équivalent de quelque 136 millions d’euros.

Ce montant, qui peut faire tourner les têtes, correspond à peu près à l’estimation basse avec les frais de l’ensemble du catalogue de 51 lots.

La déception a fait plonger le titre Sotheby’s de 8,35 % hier à New York.

Pour les résultats les plus importants on trouve, en tête, l’autoportrait d’Édouard Manet intitulé Portrait de Manet à la palette (Manet à la Palette).

Il  a été payé l’équivalent de 27 millions d’euros avec les frais (12%), conformément à son estimation basse de 24/36 millions sans les frais.

Arbres à Collioure d’André Derain, sublime peinture fauve issue du “coffre Vollard” et estimée 11/17 millions d”euros, a finalement été payée l’équivalent de 19,6 millions.

De Henri Matisse, Une Odalisque jouant aux dames, pourtant inédite en vente publique, a été payée 14,25 millions d’euros, soit au ras de son estimation basse.

Un dessin du même artiste a quant à lui suscité un véritable engouement avec un prix de 7 millions quand 1,8/3 millions en étaient attendus.  

Dans la séquence des estimations largement dépassées, Le Déjeuner, radiateur de Pierre Bonnard, peint vers 1930, a été payé l’équivalent de 7,62 millions d’euros.

Un Bouquet de pivoines d’Édouard Manet a été échangé contre l’équivalent de 9,26 millions d’euros.    

Le plus mauvais aspect de la vente concerne les 31 % du catalogue restés sur la carreau.

Pour les lots les plus importants, une Femme au chat assise dans un fauteuil, huile sur toile de 1964 de Pablo Picasso,  inédite en vente publique (estimée l’équivalent de 5/7 millions d’euros) et un très beau Jardin à Vétheuil de Claude Monet peint dès 1881 (4,8/7 millions) n’ont pas trouvé preneur.  

Entre brillantes réussites et fiascos (toutes les maisons de ventes sont concernées par le phénomène), certains acteurs du marché de l’art semblent prendre les devants. 

La décision de Christie’s et du vendeur de la collection Isabella Blow d’annuler la vente aux enchères prévue au mois de septembre au profit d’une transaction privée avec un unique acheteur pourrait correspondre à une prise en compte de cette instabilité.

Officiellement, il s’agit de ne pas disperser la collection. 

Comme la concurrence, Christie’s a essuyé de sérieux revers ces derniers mois.       

Ce soir, la maison de ventes va disperser des œuvres d’une qualité jamais vue sur le marché de l’art depuis trente ans.

Rien de moins qu’un Picasso de la période dite “bleue” et des Nymphéas de Monet en tête de gondole, et pour une estimation de 36/49 millions d’euros pièce.

S’il existe des personnes assez riches pour se les offrir, ces œuvres pourraient atteindre des niveaux inédits dans une vente publique, principalement pour le Picasso qui pourrait battre un record absolu situé très au-dessus de son estimation.   

En attendant, et tant que le diagnostic relève de l’indigestion, les maisons de ventes peuvent encore revoir à la baisse une offre que le marché est très visiblement incapable d’absorber. 

Pierrick Moritz

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Un marché de l’art bien enflé

13 juin 2010

Entre résultats exceptionnels et invendus, le marché de l’art en ventes publiques semble tester les spécialités, pour trouver les plus rentables, et les volumes de ses catalogues. Pendant ce temps, les chefs-d’œuvre de qualité muséale et collections prestigieuses affluent à un rythme soutenu.   

En mai dernier, Sotheby’s a enregistré son meilleur résultat pour une série de ventes à Hong Kong (la région Asie/Pacifique est plutôt épargnée par la crise) et même  jusqu’à Paris….pour une vacation d’art d’Asie.

Si d’autres spécialités connaissent également de beaux succès, des  fiascos viennent régulièrement émailler les calendriers comme ces 66,5 % d’invendus enregistrés sur une vente d’éléments d’architecture anciens à Amsterdam en mai chez Sotheby’s ou ces 50 % d’une vente d’art russe proposée  jeudi dernier à Londres chez Christie’s.  

Nervosité de l’action Sotheby’s

La photographie actuelle du marché de l’art en vente publique est finalement bien restituée par la nervosité de  l’action Sotheby’s depuis la fin du mois d’avril, même si une part de spéculation pure sans intérêt pour la situation du marché de l’art court sur ce titre comme sur d’autres. 

Revenant de loin, et après une progression continue qui a vu le titre remonter jusqu’à 39 dollars en avril dernier, il est aujourd’hui autour des 30 dollars.  

Les perturbations sur l’action ont commencé à devenir sensibles à partir du moment où les invendus et les remises enregistrés dans certaines ventes (et pour tous les calendriers des maisons de ventes, pas spécifiquement chez Sotheby’s) sont devenus vraiment visibles et récurrents.   

Le titre est particulièrement exposé car l’autre acteur majeur du marché de l’art, Christie’s, n’est pas côté en bourse.   

Chefs-d’œuvre et collections

Les mois de juin et juillet risque d’être ceux de tous les superlatifs pour le marché de l’art.

Christie’s propose trois lots d’une qualité exceptionnelle en vedettes de sa vente d’art impressionniste et moderne du 23 juin à Londres : un Picasso de la période dite “bleue” et des Nymphéas de Monet à 30/40 millions de livres pièce, et un sublime portrait de Ria Munk par Gustav Klimt, une œuvre volée par La Gestapo en 1941 et restituée l’année dernière par la Neue Galerie der Stadt de Linz aux héritiers du modèle.  La toile est estimée 14/18 millions de livres.

Un trio d’une telle qualité en tête d’une vente aux enchères relève du quasi-miracle, du “jamais vu”, et pour un catalogue de 63 lots dont 19 sont estimés au minimum 2 millions de livres avec, toujours au sommet, un van Gogh à 8/12 millions.  

Pour sa vacation du 22 juin dans la même spécialité, Sotheby’s relève aussi le niveau des lots de tête avec l’autoportrait de Manet à la palette (20/30 millions de livres),  des Odalisques jouant aux dames d’Henri Matisse (10/15 millions) et des Arbres à Collioure d’André Derain (9/14 millions), cette dernière toile provenant du fameux “coffre Vollard”.

Autant dire que les milliardaires vont faire leurs amplettes dans un véritable musée.

D’autres ventes, d’ici au mois de juillet, présenteront pléthore d’œuvres de grande qualité. 

La dispersion ou des options de ventes de très grandes collections de peintures sont déjà annoncées après la rentrée.

Pourquoi les vendeurs se bousculent ?

Devant tel un afflux d’œuvres prestigieuses et de collections entières, phénomène inédit en ventes publiques, on peut se demander si, d’une part, le marché de l’art va être capable de tout absorber et, d’autre part, pourquoi leurs vendeurs se bousculent pour s’en départir en ce moment.

Sur ce dernier point, on ne se posera bien entendu pas la question au sujet de la dispersion de la collection d’art contemporain Lehman Brothers, prévue en septembre chez Sotheby’s (une estimation de 10 millions de dollars pour des investissements dans la spécialité  plutôt discutables).

Pour les autres, probablement parce que, comme  l’ont montré les prix faramineux obtenus pour Giacometti ou Picasso ces derniers mois, c’est le bon moment.  

Le dernier moment ?  

Pierrick Moritz

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Le marché de l’art contemporain à moitié ranimé (mai 2010)

13 mai 2010

La vente d’art contemporain organisée hier par Sotheby’s à New York affiche un produit de 189,69 millions de dollars dont un tiers généré par un autoportrait monumental d’Andy Warhol et une grande composition de Mark Rothko. Pour cette maison de ventes, le chiffre d’affaires est quatre fois plus important que celui réalisé par la vacation équivalente de 2009 (particulièrement catastrophique) mais reste très inférieur à ceux de 2007 (254,87 millions) et 2008 (362,37 millions). 

Hier soir, lors de la traditionnelle grande vente d’art contemporain de mai organisée par Sotheby’s à New York, un autoportrait violet sur fond noir d’Andy Warhol, daté de 1986, a été payé 32,56 millions de dollars sur une estimation de 10/15 millions de dollars.

Il s’agit du prix le plus élevé payé en vente publique pour un portrait par Warhol, juste devant les 32,52 millions de dollars enregistrés en mai 2008 chez Christie’s New York pour un Double Marlon de 1966.

Ce portrait de Warhol se place en troisième place dans la liste  des prix des œuvres de l’artiste livrées aux enchères publiques.

Le record est de 71,72 millions de dollars payés pour Green Car Crash, Green Burning Car I, une œuvre de 1963  (Christie’s New York, mai 2007).  

Une huile sur toile de Mark Rothko, figurant des aplats orange sur fond marron, datée de 1961, belle mais quand même un peu tardive, a été payée 31,4 millions de dollars sur une estimation de 18/25 millions. 

Il s’agit du 4ème prix le plus élevé payé pour une œuvre de Rothko en vente publique.

Le record est de 72,84 millions de dollars pour un White center, Yellow, Pink And Lavender On Rose de 1950, vendu par Sotheby’s en mai 2007 à New York

Ces deux œuvres ont des dimensions très importantes :  236,5 cm x 203,5 cm pour le Rothko, 274,3 cm x 274,3 cm pour la toile de Warhol.

Le même autoportrait de Warhol, mais réalisé sur 56 cm x 56 cm, avait été vendu pour 3,51 millions de dollars en mai 2008 chez Christie’s New York.

Toujours pour Warhol, une sérigraphie titrée Flowers, en quatre panneaux pour des dimensions totales de 122 cm x 122 cm, a été payée 7,62 millions de dollars sur la base d’une estimation de 5/7 millions de dollars.

Une œuvre de Maurizio Cattelan, que l’on pourrait titrer  “mannequin masculin en cire avec de vrais cheveux et dont seules la tête et les mains dépasseront du trou que vous allez devoir percer dans votre plancher pour l’installer”, réalisée en 2001, numéro 3/3 d’un multiple comptant aussi une épreuve d’artiste, a été payée 7,92 millions de dollars sur une estimation de 3/4 millions.

De Jackson Pollock, un Number 12A, 1948, : yellow, Gray, Black, émail sur Gesso flanqué sur papier, 58 cm x 78 cm, estimé 4/6 millions de dollars a été payé 8,76 millions.

Les enchères pour une création sans titre de Jean-Michel Basquiat estimée de 1,8/2,5 millions de dollars se sont envolées pour atteindre un prix payé par l’acheteur de 7,25 millions.

Le troisième lot le plus important du catalogue, une huile sur toile de Brice Marden, Cold Mountain (Path), peinte en 1988-189 sur un format de 274,3 x 365,8 cm, a été laissée sous son estimation de 10/15 millions sans les frais (12 %)  à 9,60 millions avec ces frais.

Même cas de figure pour Sagamore, une technique mixte  sur papier marouflé sur panneau de Willem de Kooning, réalisée en 1955, estimée 3,5/4,5 millions de dollars sans les frais (12 %) et finalement payée 3,44 millions avec ces frais.

Cette adjudication au marteau inférieur de 400.000 dollars au prix minimum attendu en rajoute encore à la perte du vendeur qui avait acquis cette œuvre pour 5,39 millions de dollars chez Christie’s New York en novembre 2006.

Compte tenu des frais pratiqués pour ce genre de vacation, la moins-value entre l’achat et la revente tourne autour des 2,5 millions de dollars.

Une autre création de Willem de Kooning, Untitled XLVIII, peinte en 1983, et estimée 3/4 millions de dollars sans les frais (12 %)  a été laissée à 2,88 millions avec les frais.

Mais ici le vendeur réalise une plus-value très intéressante puisqu’il avait acquis l’œuvre chez Sotheby’s New York le 12 novembre 2003 pour 960.000 dollars.

Une grande aquarelle de Jackson Pollock, réalisée vers 1952-1956, dont  500.000/700.000 dollars sans les frais (20 %) étaient attendus, a été également payée sous son estimation à un prix de 482.500 dollars avec les frais, tout comme une grande huile sur toile de Philippe Guston, un Jail estimé 2/3 millions de dollars avec les frais (12%) et laissé à 1,98 million avec les frais.

Le Désert, une grande composition acrylique et graphite sur toile d’Agnès Martin, réalisée en 1965, 182,9 cm x 182,9 cm, et estimée 4/6 millions de dollars n’a pas trouvé preneur comme une œuvre de Richard Artschwager (700.000/900.000 dollars) et une autre de Jasper Johns (600.000/800.000 dollars).  

Pierrick Moritz

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http://artwithoutskin.com/2010/04/24/le-marche-de-lart-montre-des-signes-de-faiblesse/ (article publié avant l’ouverture de la bourse de New York et le début de la descente significative de l’action Sotheby’s).

http://artwithoutskin.com/2010/04/18/christies-et-sothebys-misent-sur-andy-warhol/

http://artwithoutskin.com/2010/04/01/christies-et-sothebys-decrochent-les-chefs-doeuvre/

L’action Sotheby’s dévisse (mai 2010)

8 mai 2010

L’action Sotheby’s a perdu plus de 11 % hier à la bourse de New York. Le titre, en progression constante depuis plus d’un an, a commencé à perdre sensiblement de sa valeur avant les résultats mitigés des grandes ventes d’art moderne  new-yorkaises et la descente des marchés boursiers de cette semaine.

L’action Sotheby’s a commencé à chuter au lendemain d’une vacation de  peintures du XIX siècle organisée par la maison de ventes le 23 avril à New York et dont les résultats se sont avérés peu rassurants.    

Par rapport à son plus haut d’avril, le titre est descendu presque quotidiennement et par à-coups sensibles de 39 à désormais 29,32 dollars.

Les résultats de la dispersion de 250 lots d’art impressionniste et moderne par la même maison de ventes le 6 mai à New York, dans une vacation qui succède traditionnellement à celle d’œuvres de premier plan proposée la veille en soirée, ne dégagent pas de perspectives très optimistes pour les prochains mois sur le marché de l’art occidental.  

Le résultat de 37,5 millions de dollars générés en deux sessions renoue avec  le niveau de 2008 (36,77 millions) mais demeure très inférieur à celui de 2007 (58,67 millions).  

18 œuvres ont été vendues au-dessus de 500.000 dollars, certaines très au-dessus des estimations.  

La plus chère,  une huile sur toile d’Albert Marquet de 1905, Le Pavillon bleu à Saint-Cloud, estimée 600.000/900.000 dollars, a été payée 1,59 million.

Une Tête abstraite : Bleu-Rouge d’Alexej von Jawlensky, petite huile sur panneau, a été achetée 902.500 dollars quand elle était estimée 350.000/450.000.

Une gouache et aquarelle de Vincent van Gogh, La Plage à Scheveningen, a été payée 842.500 dollars sur la base d’une estimation de 450.000/650.000.

Le présent vendeur l’avait payée 456.000 dollars en juin 2001 chez Christie’s Londres au cours de conversion de l’époque.

Un grand Rythme couleur de Sonia Delaunay à l’huile sur toile, peint en 1967, a été payé 782.500 dollars sur une estimation de 300.000/400.000.  

Un paysage par Théo van Rysselberghe, La Pointe du Rossignol I,  a été payé 632.500 dollars contre 296.000 dollars au cours de conversion d’aujourd’hui chez Sotheby’s Londres en  juin 2004.

Presque chacun de ces très beaux prix peut trouver son pendant négatif dans les estimations des 25 % de lots restés sur le carreau.

Il s’agit principalement de trois huiles sur toile d’Auguste Renoir (estimées 700.000/1,5 million de dollars,  500.000/700.000 et 400.000/600.000 chacune).

D’autres œuvres par Berthe Morisot (500.000/700.000), Pierre Bonnard (450.000/650.000), Alberto Giacometti (bronze, 300.000/400.000), Degas (pastel, 350.000/450.000), Marc Chagall (gouache, 400.000/600.000) et Joan Miro (huile et gouache sur papier, 300.000/400.000) n’ont, entre autres, pas trouvé preneur.   

La veille, pour le même type de vente, Christie’s a réalisé 24,48 millions de dollars en deux vacations dont une consacrée aux œuvres sur papier de la collection Brody, d’où provenait le tableau de Pablo Picasso échangé contre 106,5 millions de dollars la veille par la même maison de ventes

Les deux prix les plus importants reviennent à une technique mixte de Paul Klee (estimé 700.000/900.000 dollars) et à un dessin aux crayons de couleur de Pablo Picasso (200.000/300.00) provenant de la collection Brody.  

Les deux œuvres ont été respectivement payées 1,14 millions de dollars et 902.500 dollars.

Le taux d’invendus de cette vacation,  dont les lots étaient globalement moins importants en valeur que ceux de Sotheby’s, s’élève à 15 %    

Pierrick Moritz

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