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Art : les plus gros bides des ventes publiques

11 novembre 2011

Mise à jour du 03/05/2012. Les œuvres d’art ne sont pas des investissements infaillibles, comme en témoigne la liste des invendus les plus importants de ces cinq dernières années dans les vacations aux enchères publiques publiée ci-après.

Ce classement n’est pas représentatif des performances réalisées par les deux plus gros opérateurs occidentaux du marché de l’art cités. Ces derniers ont également vendu des œuvres d’art à des prix bien plus élevés que ceux référencés dans ce classement.

À l’opposé des listes de prix époustouflants dont on nous comble régulièrement la vue, celle-ci montre qu’il arrive que des œuvres très importantes ne trouvent pas preneur.

Classement, par ordre d’importance, des plus gros bides enregistrés ces cinq dernières années dans les ventes publiques pour la peinture et la sculpture

Claude Monet : Nymphéas, huile sur toile peinte en 1906. Estimée 30/40 millions de livres. Christie’s Londres, 23 juin 2010.

Pablo Picasso : Instruments de musique sur un guéridon, composition cubiste, huile sur toile. Estimée 25/30 millions d’euros. Christie’s Paris, 23 février 2009.

Vincent van Gogh : Champ de blé, huile sur toile, peinte en 1890. Estimée 28/35 millions de dollars. Sotheby’s New York, 7 novembre 2007.

Claude Monet : Nymphéas, peints vers 1914-1917, huile sur toile (150 cm x 200 cm). Estimée 17/24 millions de livres. Christie’s Londres, 21 juin 2011.

Edvard Munch : Fertilité, huile sur toile, peinte en 1899-1900. Estimée 25/35 millions de dollars. Christie’s New York, 4 mai 2010.

Pablo Picasso : La Lampe, huile sur toile, peinte en 1931. Estimée : 25/35 millions de dollars. Sotheby’s New York, 7 novembre 2007.

Edgar Degas : Petite danseuse de 14 ans, sculpture en bronze, H. 103 cm. Estimée 25/35 millions de dollars. Christie’s New York, 1er novembre 2010.

Nicolas Poussin : Ordination, huile sur toile, vers 1630. Estimée 15/20 millions de livres. Christie’s Londres, 7 décembre 2010.

Mark Rothko : N°43 (mauve) , huile sur toile de grand format, peinte en 1960. Estimée 20/30 millions de dollars. Christie’s New York, 5-6 novembre 2008.

Amedeo Modigliani : Homme assis, huile sur toile, peinte en 1918. Estimée 18 millions/25 millions de dollars. Sotheby’s New York, 3 novembre 2008.

Pablo Picasso : Femme endormie, huile sur toile, peinte en 1935, estimée 18 millions/25 millions de dollars. Christie’s New York, 1er novembre 2011.

Pablo Picasso : Tête de femme au chapeau mauve, 1939, huile sur toile . Estimée 18 millions/25 millions de dollars. Christie’s New York, 1er novembre 2011.

Francis Bacon : Figure Turning, huile sur toile, peinte en 1962. Estimée 10/15 millions de livres. Sotheby’s Londres, 1 er juillet 2008.

Claude Monet : Iris mauves, huile sur toile (200 cm x 100,3 cm), peinte vers 1914-1917. Estimée 15/25 millions de dollars. Cette œuvre est revêtue du cachet de la signature du peintre. Christie’s New York, 4 mai 2011.

Claude Monet : La Cathédrale dans le brouillard, huile sur toile, peinte en 1893. Estimée 16 millions/22 millions de dollars. Sotheby’s New York, 3 novembre 2008.

Pablo Picasso : un portrait de sa fille Marina, peint en 1938. Estimé 16/22 millions de dollars. Sotheby’s New York, 5 mai 2009.

Frans Hals (XVIe/XVIIe siècles) : paire de portrait. Estimée 15/20 millions de dollars. Sotheby’s New York, 29-30 janvier 2009.

Vincent van Gogh : Route aux confins de Paris, huile sur toile, peinte durant l’été 1887. Estimée 13/16 millions de dollars. Christie’s New York, 6 mai 2008.

Henri Matisse : Nu au fauteuil noir, huile sur toile, peinte en 1936. Estimée 12/18 millions de dollars. Christie’s New York, 6 novembre 2008.

Henri Matisse : Titine Trovato en robe et chapeau, huile sur toile, peinte en 1934. Estimée 12 millions/18 millions de dollars. Sotheby’s New York, 3 novembre 2008. Ce tableau a été remis en vente chez Sotheby’s New York le 2 novembre 2010 avec une estimation de 6/8 millions de dollars et n’a toujours pas trouvé preneur.

Édouard Manet : Fillette sur un banc , huile sur toile, peinte en 1880. Estimée 12/18 millions de dollars. Christie’s New York, 5 novembre 2008.

Fernand Léger : Partie de campagne, huile sur toile, peinte en 1953-1953. Estimée 12/18 millions de dollars. Sotheby’s ,New York, 7 mai 2008.

Kees van Dongen : Anita en almée, huile sur toile. Estimée 12/16 millions de dollars. Christie’s, New York, 6 mai 2008..

Joan MiróPeinture , huile sur toile (146,5  x 115 cm) peinte 1933. Estimée 7/10 millions de livres. Sotheby’s, Londres, 8 février 2012.

Données relevées dans les comptes rendus de résultats et les analyses d’ArtWithoutSkin pour la période 2007-2012.  

Pierrick Moritz

Enchère record pour un triptyque de Francis Bacon

11 février 2011

Sotheby’s génère la majeure partie du chiffre d’affaires des ventes d’art moderne à Londres

Une  huile sur toile en triptyque réalisée en 1964 par Francis Bacon, Three Studies for Portrait of Lucian Freud, chaque partie mesurant 35,5 x 30,2 cm, a été payée l’équivalent de 27 millions d’euros (23 millions de livres) avec les frais (12%) hier soir chez Sotheby’s Londres. 

La composition était estimée 7/9 millions de livres sans les frais. Il s’agit de l’un des prix les plus importants payés dans une vente publique pour une œuvre de l’artiste d’origine irlandaise.

Avec un record à 86 millions de dollars pour un Triptych 76 chez Sotheby’s New York en 2008, Francis Bacon fait partie des artistes les plus chers du monde en ventes publiques, avec Alberto Giacometti, Pablo Picasso et Kasimir Malevich. 

Du fait du montant élévé des estimations pour les œuvres importantes de ces artistes, la sélection opérée par les acheteurs n’en est que plus pointue, même s’il faut tenir compte de l’environnement économique du moment, qui peut engendrer une attitude  plus ou moins attentiste, et d’aspects aléatoires comme celui de pouvoir investir à un certain moment de l’année plutôt qu’à un autre.

Pour des estimations à de tels niveaux, et le plus souvent, l’œuvre doit être exceptionnelle et non interchangeable pour déclencher une bataille d’enchères. De plus, les acheteurs savent très bien que les estimations resteront fermes dans ce cas-là. 

Si les œuvres suprématistes de Malevich sont rarissimes et, de fait, se vendront toujours très bien, de très importantes créations de Giacometti, Picasso et Bacon, n’ont pas trouvé preneur en ventes publiques ces dernières années. 

On pense, par exemple, à un Figure Turning (1962) de Bacon chez Sotheby’s Londres en juillet 2008 (estimé 10/15 millions de livres), à Instruments de musique sur un guéridon, une composition cubiste de Picasso estimée 25/30 millions d’euros et figurant dans la dispersion de la collection Saint Laurent/Bergé chez Christie’s Paris en février 2009, ou encore à deux œuvres de Giacometti qui, cette semaine, étaient estimées 3/5 millions de livres chacune dans une autre vente d’art moderne chez Sotheby’s Londres.     

Ce portrait d’Éluard par Bacon faisait partie d’une dispersion de 60 œuvres d’art moderne et contemporain, issues d’une même collection privée, sous l’intitulé Looking Closely. Toutes avaient été acquises par leur propriétaire au plus tard à la fin des années 1980, le portrait d’Éluard par Bacon ayant été acheté en 1964.

Le fait d’années passées loin d’un marché de l’art où les prix ont considérablement augmenté pour les sélections de grande qualité, comme c’est le cas ici, explique que 100% des lots aient été vendus et pour un montant de 93,5 millions de livres (111 millions d’euros), dépassant allègrement l’estimation “pré-vente” la plus optimiste 

13,48 millions de livres, le plus haut prix payé pour une œuvre de Salvador Dali en vente publique, sont allés à un petit Portrait de Paul Éluard (33 x 25 cm) estimé 3,5/5 millions. Cette huile sur toile surréaliste de 1929 a été acquise par le collectionneur chez Sotheby’s en 1989.

Deux petits masques en fer de Julio González, des pièces uniques, ont battu des records absolus pour des œuvres de cet artiste. 

Julio González est l’un des sculpteurs les plus inventifs de la première moitié du XXe siècle. Ami catalan de longue date de Pablo Picasso, il fut son conseiller pour les œuvres en métal des années 1930. Le Centre Pompidou lui avait consacré une importante rétrospective en 2007.  

Le masque intitulé Ombre et lumière, d’une hauteur de 25 cm et réalisé vers 1930, acquis par le vendeur en 1983 auprès de la Galerie de France, a ainsi été payé 4,63 millions de livres sur une estimation de 800.000/1,2 million. Le  Masque My, 15 cm de hauteur et réalisé en 1927-1929, acquis en 1982 chez le même marchand, a été payé 2,72 millions de livres sur une estimation de 800.000/1,2 million de livres. 

Toujours dans la séquence des génies créatifs et pour une œuvre de la même époque, L’Acrobate d’Alexander Calder, une sculpture en fil de fer sur base en bois et d’une hauteur de 45 cm, réalisée vers 1928, acquise par le vendeur en 1965, estimée 1/1,5 million de livres, a été payée 1,38 million. Des œuvres de ce type ont notamment été montrées dans l’expositions des années parisiennes de Calder au Centre Pompidou en 2009.

Parmi les enchères les plus élevées, figure également Annette ou Portrait d’Annette au pull-over rouge, une huile sur toile (55 cm x 46 cm) d’Alberto Giacometti  peinte en 1961 et acquise par le vendeur en 1989 chez Christie’s Londres. Elle a été payée 4,85 millions de livres sur une estimation de 2/3 millions sans les frais (12%).

Cette dispersion était l’avant-dernière de la traditionnelle série de vacations d’art moderne de février chez Christie’s et Sotheby’s à Londres. 

Pour le moment, ces ventes ont rapporté 299 millions de livres dont quelque 184 millions engrangés par  Sotheby’s (en y incluant les œuvres d’art contemporain  faisant partie de la vente Looking Closely), soit un très large fossé entre les deux maisons de ventes que ne comblera pas la dernière vacation chez Christie’s aujourd’hui. Malgré la quantité, 245 lots, la très grande majorité des estimations est inférieure à 10.000 livres. 

L’enjeu est capital pour les deux plus importants opérateurs mondiaux du marché de l’art en ventes publiques – désormais au coude-à-coude pour un leadership encore détenu par Christie’s – qui se livrent une concurrence acharnée pour décrocher les meilleures œuvres. Les résultats de ces ventes majeures assurent une communication très efficace auprès des vendeurs potentiels.

Pierrick Moritz  

Chiffre d’affaires record pour Christie’s ; les vendeurs occidentaux paient les effets de la crise

28 janvier 2011

Christie’s annonce un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars pour l’ensemble de ses ventes d’art mondiales en 2010, soit une hausse de 53 % par rapport à l’exercice précédent, notamment du fait d’un premier semestre 2009 exécrable.

Pour l’année 2009, la maison de vente avait communiqué un chiffre d’affaires de 3,3 milliards de dollars pour l’ensemble de ses ventes mondiales. Il était de 5,1 milliards en 2008, de 6,3 milliards en 2007 et de 4,67 milliards en 2006.

En tête de son  communiqué de presse pour ses résultats 2010, Christie’s annonce avoir réalisé le chiffre d’affaires le plus important de son histoire alors que, au premier abord, il est très largement supérieur pour 2007. Cette différence est due au fait que la maison de ventes britannique donne également son chiffre d’affaires en livres. Elle s’explique donc par l’évolution importante des taux de change entre les deux monnaies. En 2007, le chiffres d’affaires converti en livres était de 3,1 millions, il est de 3,3 millions cette année.

Les ventes d’art privées ont augmenté de 39 % chez Christie’s. Cette activité particulière, au même titre que celles des ventes dans les galeries ou les échanges entre collectionneurs, concerne une partie importante des transactions dont on ne sait rien, ce qui relativise les résultats en ventes publiques, notamment pour la peinture contemporaine où certaines opérations peuvent relever du marketing du fait des vendeurs.

Toujours selon son communiqué pour 2010, le marché le plus important pour Christie’s reste les États-Unis avec 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires (en hausse de 111 % par rapport à 2009). Il est talonné par l’ensemble Europe/Grande-Bretagne pour 1,7 milliard de dollars.

L’Asie (ventes centralisées à Hong Kong) arrive en troisième position avec 721,9 millions de dollars (plus du double par rapport à 2009).

51 millions de dollars ont été produits sur la place du Moyen-Orient (ventes à Dubaï), un résultat également en forte augmentation.

Les 11 enchères  les plus importantes de l’année 2010 réalisées par Christie’s dans le monde - des 106,48 millions de dollars d’un Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso aux 23,88 millions de dollars d’un Big Campbell’s Soup With Can Opener (Vegetable) d’Andy Warhol – correspondent à 10 % de son chiffre d’affaires global pour l’art.

La seule ombre au tableau de cette vigueur retrouvée demeure le nombre très élevé d’invendus relevé depuis le printemps 2010 dans les salles des ventes occidentales (et même pour des lots de qualité), une tendance encore plus sensible depuis le second semestre. Pour les maisons de ventes anglo-saxonnes, ces déconvenues n’influent pas sur leurs résultats puisque les frais relatifs à la mise en vente (transports internationaux, catalogue, publicité) sont majoritairement à la charge des vendeurs.

La confiance de ces derniers ne peut qu’être affectée quand certaines vacations donnent l’impression d’un grand jeu de pêche à la ligne pour lequel un maximum de lots a été réuni afin d’optimiser le nombre de prises aléatoires, à moins qu’il ne s’agisse d’étoffer un catalogue autour de lots de qualité, ou encore de les valoriser  par  des effets de contraste avec d’autres moins intéressants.

Si la sélection opérée par les maisons de ventes parmi les objets qui leur sont présentés est censée être devenue draconienne, il n’empêche que la marchandise de grande qualité, et à tous les niveaux de prix, est devenue extrêmement difficile à trouver. Ce dernier phénomène explique l’envolée des prix et les ventes conformes aux estimations hautes pour les pièces les plus intéressantes.

Les maisons de ventes aux enchères anglo-saxonnes qui, comme toutes les autres, n’ont aucune obligation de résultats et demeurent avant tout des entreprises commerciales, ont pour elles le fait que, crise économique oblige, les vendeurs se pressent pour tenter de placer leurs objets dans leurs vacations. À défaut d’un chèque, un grand nombre de candidats retenus reçoit une facture.

Pierrick Moritz

New York : la tendance négative se poursuit pour les ventes de peinture ancienne

27 janvier 2011

Après les mauvais résultats enregistrés à New York pour les premières ventes de peinture ancienne, la tendance négative s’est poursuivie dans la soirée d’hier chez Sotheby’s. La dispersion d’œuvres de la collection Jacob Elie Safra a généré 37 % d’invendus et de nombreuses concessions sur les estimations basses.

Celle de l’œuvre la plus importante du catalogue a ainsi été revue à la baisse. Cette troupe de musiciens jouant pour une jeune femme, peinte à l’huile sur toile en 1661 par Hendrick Maertensz (dit Sorgh), 68 x 82 cm, et estimée 2/3 millions de dollars sans la commission de 12 % facturée en plus du prix marteau au vendeur, a été payée 1,77 millions avec ces frais.

Ce tableau avait été acheté au quadruple de son estimation haute en décembre 1998 chez Sotheby’s Londres, soit 956.500 livres.

Avec les frais de vente, dont la commission payée à Sotheby’s, que le vendeur devra aussi soustraire du prix marteau de 1,55 million de dollars, l’opération est beaucoup moins rentable qu’il n’y paraît au premier abord.  

Parmi les invendus figurent les trois œuvres les plus importantes en termes d’estimations et après celle d’Hendrick Maertensz.

Il s’agit d’un Vénus et Adonis peint à l’huile sur toile par Jacopo Amigoni (1682-1752), 216 cm x 150,3 cm, estimé 1,5 /2,5 millions de dollars, d’une vue de ruines antiques peinte à l’huile sur toile par Giovanni Paolo Panini (1691-1765), 74,3 cm x 99,5 cm, estimée 1/1,5 million, et d’un Cérès, Bacchus et Vénus peint à l’huile sur toile en 1645 par Jan Miel, 142,5 x 162,7 cm, estimé 800.000/1,2 million.

Pour des œuvres dont les estimations basses étaient inférieures à 1 million de dollars, soit la majorité, une quinzaine a été cédée sous ce seuil avec des remises oscillant entre 15 et 20 % environ.

En tête des quelques œuvres très bien vendues, figure une nature morte aux fleurs de Maria van Oosterwijck, peinte à l’huile sur toile en 1680, 97 x 77 cm, estimée  600.000/900.000 dollars sans les frais (20%) et payée 1,4 million.

Elle est suivie par une marine au crayon et à l’huile sur panneau de Willem van de Velde le Vieux (1611-1693), 69,5 x 91 cm, estimée 400.000/600.000 dollars sans les frais (20 %) et payée 902.500 avec les frais.  

La vacation a généré un chiffre d’affaires de 12,38 millions de dollars.

Chez Christie’s, la deuxième partie d’une vente de peintures, dessins, aquarelles anciens  et du XIXe siècle  a été moins calamiteuse que la première avec un taux d’invendus de 28,5 % contre 38 %. Le nombre d’œuvres n’ayant pas trouvé preneur demeure toutefois conséquent, 65 sur 228 présentées.

Les lots étaient beaucoup moins importants en valeur que lors de la première vacation et le chiffre d’affaires s’élève à 8,5 millions de dollars.

Toujours dans la catégorie peinture ancienne (et sculptures), Sotheby’s New York propose aujourd’hui une vacation en tête de laquelle figure une très importante huile sur toile du Titien.

15 à 20 millions de dollars sont attendus pour cette Conversation sacrée entre La Vierge à l’Enfant, saint Luc et Catherine d’Alexandrie, peinte à l’huile sur toile vers 1560 et d’un format de 127,8 cm x 169,7 cm.

Bardée d’un solide dossier documentaire, énumérant notamment ses propriétaires successifs au cours de l’histoire, il s’agit de la plus importante œuvre du maître vue sur le marché des ventes publiques depuis 20 ans.

On se trouve ici dans la catégorie des œuvres réellement exceptionnelles qui ne peuvent être représentatives de toute une spécialité du marché de l’art.     

La maison de vente tentera d’écouler pas moins de 378 lots. Les estimations basses de 30 d’entre eux sont au moins égales à 400.000 dollars dont 13 au moins égales à 1 million de dollars.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2011/01/26/a-new-york-les-vacation-de-peintures-anciennes-commencent-mal/

Pierrick Moritz

Marché de l’art 2010 : records et attentisme

29 décembre 2010

La situation du marché de l’art mondial s’est nettement redressée en 2010, notamment à travers des prix faramineux pour des biens d’exception et l’art traditionnel chinois. Mais Les invendus ont été légion et certaines performances, notamment dans le domaine de  l’art contemporain, jurent avec ce manque de fluidité en cohérence avec la prudence des investisseurs sur fond de dérèglement économique structurel. 

Si, après une année 2009 difficile, la situation du marché de l’art mondial s’est nettement redressée en 2010, les phénomènes d’invendus et de lots importants achetés au niveau des estimations basses ont perduré tout au long de l’année. Le secteur a conservé les difficultés de son année de crise, et elles gangrènent par à-coups un phénomène sensible de vigueur retrouvée.    

Contrastes

Les 106,5 millions de dollars payés pour Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso figurent au sommet d’une palanquée de prix records.

Un Big Campbell’s Soup Can With Can Opener (Vegetable) d’Andy Warhol payés 23,8 millions avec les frais (12%), quand 30/50 millions de dollar en étaient attendus sans eux, trône au-dessus d’une corbeille à soldes bien garnie. 

Des Nymphéas de Claude Monet à 30/40 millions de livres figurent en tête de gondole d’une flopée d’invendus planétaire.

Dans la série “ loin du record espéré”, l’autoportrait d’Édouard Manet intitulé Portrait de Manet à la palette (Manet à la Palette) a été payé l’équivalent de 27 millions d’euros avec les frais (12%) sur une estimation de 24/36 millions d’euros sans eux.

Les marchands travaillent avec des stocks à minima

Ces résultats extrêmes illustrent la situation d’une économie qui dépend tout autant des collectionneurs que des marchands. Hors, ces derniers continuent à travailler avec des stocks à minima et à flux tendu. Ils achètent la marchandise qu’il sont sûrs de pouvoir revendre très vite.

Le secteur des arts décoratifs du XXe siècle, spécialité où les marchands sont traditionnellement très actifs, a été marqué par de  nombreuses déconvenues, dont certaines spectaculaires. 

Des pièces exceptionnelles et assorties d’estimations à l’avenant, comme une table basse en bronze d’Armand-Albert Rateau à Paris, ou un fauteuil “à la sirène” d’Eileen Gray et un bureau Greene & Greene à New York, soit le genre de pièces de commande types auprès des marchands les plus puissants, n’ont pas trouvé preneur. Dans la spécialité du mobilier ancien, un rarissime lustre en bronze d’André-Charles Boulle n’a pas été vendu chez Dorotheum.   

Les vendeurs des invendus

Si les lots ravalés ont été nombreux dans toutes les spécialités, les pertes relatives à leur mise en vente se feront sentir a minima dans les résultats des maisons de vente anglo-saxonnes car, sauf accord spécifique, ils sont supportés par les vendeurs.

Si, avec un  taux d’invendus de 20 %, l’estimation pré-vente globale pour l’ensemble d’un catalogue peut être rattrapée par des enchères très supérieures sur d’autres lots, le préjudice en terme de crédibilité pour ces services de grand luxe est important. 

La  majeure partie des clients déçus ne reviendra pas une fois la facture acquittée et, devant les risques encourus, les autres hésiteront à confier leurs biens.

Le retour du marketing de l’art contemporain spéculatif ?

Vu l’humeur plutôt attentiste des acheteurs, on peut être surpris par les prix astronomiques enregistrés pour certaines productions d’art contemporain.

Celles de Maurizio Cattelan, par exemple, et dont le Château de Versailles ne sera finalement pas farci en 2011. 

Au passage, signalons qu’une œuvre de Robert Gober vaut 10 fois moins cher.

Cattelan figurait au catalogue de la vente Philipps de Pury/Ségalot de décembre, là où un Men in Her Life d’Andy Warhol a été payé quelque 63 millions de dollars.

Au sujet de cette vacation qui a rapporté 117 millions de dollars, certains observateurs, dont du The Economist et cités par  Artvest Partners dans The Art  Newspaper, soulignent un curieux triptyque “maison de ventes-marchand-garantie”. 

Toujours dans The Art Newspaper, un journaliste rappelait que le vendeur de ce Warhol n’était autre que Jose Mugrabi (qui posséderait, entre autres, 800 Warhol). Le collectionneur en a profité pour acheté un Murakami à 6,8 millions de dollars, tandis que le même Murakami se trouvait au fond de la salle. 

Le mensuel britannique indique que, selon des sources commerciales, Philipps Mercury (la maison de ventes Philipps de Pury appartient au très puissant groupe russe Mercury) était le garant de la vente.

Si le fait que des œuvres soient garanties dans une vente anglo-saxonne n’a rien d’extraordinaire en soi, on peut tout de même y voir la touche finale d’un  tableau “très familial”, et pour un succès garanti.

Prix promotionnels pour Hirst et Koons

En 2010, un tableau de Damien Hirst arrive encore à se vendre 900.000 dollars. Pour ceux qui auraient perdu le sens commun à force de voir des enchères millionnaires, rappelons qu’il s’agit là d’une somme énorme. Après son crâne en diamants vendu à un groupe d’investisseurs dont sa société propre Science, et trimballé comme une attraction foraine dans certains musées du monde, l’homme d’affaires britannique a récemment fait fabriquer un crâne de fillette pavé de diamants roses.

Quand à Jeff Koons, les 16,9 millions de dollars payés pour son ballon noué en version bleue, quand un autre exemplaire en magenta valait 25,8 millions deux ans plus tôt, pourraient presque faire croire à un retour à la normale. Sauf qu’il s’agit toujours d’un prix complètement délirant en regard des prix payés pour des œuvres d’artistes historiques de l’art contemporain. Ceci étant,  toujours sur une idée de Koons, un mille-pattes gonflable encastré dans un escabeau et estimé 5,5/7,5 millions de dollars n’a pas trouvé preneur.  

La peinture ancienne en retrait

Alors que  la peinture ancienne était devenue un terrain de repli pour investisseurs pendant la période de grandes difficultés, la spécialité à moins passionné cette année. En 2009, après les 35,9 millions d’euros obtenus pour une œuvre d’art moderne lors de la vente Saint-Laurent/Bergé (Les Coucous, Tapis bleu et rose d’Henri Matisse), la plus haute enchère mondiale revenait à un dessin de Raphaël, une Tête de Muse payée l’équivalent de 32,39 millions d’euros.

Le phénomène a particulièrement été sensible au niveau des œuvres majeures. Par exemple, et toujours de manière significative pour l’ensemble de la spécialité, une Ordination de Nicolas Poussin estimée 15/20 millions de livres n’a pas trouvé preneur, un portrait militaire par Rubens s’est vendu au niveau de son estimation basse à 9 millions de livres, et une vue de Venise du Canaletto est partie pour l’équivalent de 2,65 millions d’euros, juste sous le seuil minimum attendu.

Des records internationaux pour les objets d’art traditionnel chinois 

Le marché de l’art international 2010 fait la part belle aux objets d’art traditionnel chinois, avec un record absolu de 51 millions d’euros marqué cette année en Grande-Bretagne pour un vase Qianlong. Et les œuvres d’art chinois, comme la peinture classique, ne sont pas en reste. 

Les deux géants Sotheby’s et Christie’s ont réalisé au second semestre leur plus importants chiffres d’affaires historiques pour des séries de ventes à Hong Kong, et avec des résultats spectaculaires pour les ventes de vins et de bijoux.

Toutefois, le protectionnisme étant de mise en Chine, aucune maison de ventes étrangère n’a de licence pour vendre à l’intérieur d’un pays où le marché de l’art est florissant.

La France, la chance de ses spécificités

Au même titre que la mondialisation n’a pas signifié la fin du camembert au lait cru en France, pas plus qu’elle n’a transformé l’attitude du consommateur norvégien qui consiste à acheter exclusivement des produits fabriqués en Norvège, ce n’est pas parce que le marché de l’art s’est mondialisé qu’il ne subsiste pas de spécificités “inexportables” et très rentables au sein de chaque pays. Dans le domaine des ventes aux enchères, l’engouement pour les souvenirs liés à certains sports aux États-Unis en est un exemple.

Le modèle des maisons de ventes françaises est unique, et ne se limite pas à Drouot, endroit où  le monde entier vient pour ses spécificités et avec des retombées économiques indirectes extrêmement importantes. 

À part finir par disparaître, Drouot n’aurait probablement rien à gagner en copiant le modèle anglo-saxon. Il aurait plutôt intérêt à cultiver ses différences, et surtout à les faire connaître.

Par rapport à la concurrence anglo-saxonne, et dans la majorité des cas, Drouot présente par exemple l’énorme avantage d’avoir des frais quasiment inexistants pour le vendeur  français (français, car il n’y a pas de frais de transport international) au cas où son objet ne trouve pas preneur.   

Quant à l’importance prise par le marché chinois, elle est inévitable, comme pour bien d’autres secteurs économiques (et les choses pourraient aussi se calmer). Drouot, Sotheby’s et Christie’s n’y peuvent rien à moins de pénétrer dans un pays où, pour le moment, elles ne peuvent pas exercer. 

Pour le marché de l’art global, et selon Artvest Partners, le grand perdant en volume de ventes depuis quelques années reste les États-Unis.  

Le problème de Drouot : sa communication

Le problème de Drouot, c’est avant tout une communication souvent réduite à son hebdomadaire, quand celles des acteurs anglo-saxons du marché de l’art est extrêmement active et diversifiée. Dans la presse papier spécialisée, où les annonces de ces derniers sont omniprésentes, celles de Drouot et des maisons de ventes françaises sont, en général, inexistantes. 

Pierrick Moritz

Cette analyse originale est la propriété de son auteur. Sa republication et  son exploitation commerciale, directe ou non, sans autorisation de l’auteur sont interdites. De courts extraits peuvent être repris en citant la source. Contact : pierrick.moritz@noos.fr

Un marché de l’art moins sûr qu’il n’y paraît

12 novembre 2010

Avec quelque 341 millions de dollars générés par ses ventes d’art contemporain, dont 42,62 millions obtenus la veille pour un Ohhh…Alright… de Roy Lichtenstein, Christie’s a clôturé hier la série des grandes vacations new-yorkaises à la suite de Sotheby’s.

Les ventes d’art moderne et contemporain des deux opérateurs sur la place américaine ont généré 1,14 milliard de dollars, un montant astronomique dans un marché de l’art bouleversé par un nouvel ordre économique mondial dont les milliardaires sont capables d’engager des fortunes dans des œuvres parfois inattendues.

Le 4 novembre chez Sotheby’s, toujours à New York et dans le cadre d’une vacation de peinture du XIXe siècle étrangère à celles d’art moderne et contemporain, 36 millions de dollars ont été payés pour un Moïse sauvé des eaux peint par Lawrence Alma-Tadema en 1904, une œuvre dont l’ambition se limite à la  représentation minutieuse et idéalisée de l’épisode biblique. La cote de cet artiste n’avait jamais dépassé 3 millions de dollars (pour ce même tableau en 1995, et qui était estimé 3/5 millions dans cette vente).

Pour l’ensemble de ces ventes d’art moderne et contemporain new-yorkaises, Christie’s prend 611,67 millions de dollars sur le chiffre d’affaires de 1,14 milliard réalisé en comptabilisant celles de son concurrent Sotheby’s, dont 341 millions pour l’art contemporain contre quelque 271 millions produits chez Sotheby’s. Les deux maisons de ventes ont fait à peu près jeu égal pour l’art moderne.

L’avantage de Christie’s, qui a conservé son titre de première maison de ventes aux enchères au monde en 2009, est important car l’écart avec sa principale concurrente est devenu extrêmement ténu.  

Pour les 9 premiers mois de 2010, Sotheby’s a communiqué avoir généré  un bénéfice net de 64,7 millions de dollars contre une perte nette de 80,1 millions sur la période correspondante de 2009. Sur le seul troisième trimestre, l’entreprise a  réduit ses pertes de 67% à 57,8 millions. Elle souligne que les recettes des enchères du troisième trimestre ne représentent que 7 à 10 % de son chiffre d’affaires annuels.

En même temps que se déroulaient ces importantes ventes d’art moderne et contemporain, où certains lots n’auraient pas trouvé preneur si les estimations n’avaient pas été sérieusement revues à la baisse, d’autres vacations de Sotheby’s et Christie’s continuaient à produire des taux d’invendus élévés.

Le 9 novembre, dans une vente de céramique chinoise qui  se tenait à Londres, Christie’s a enregistré 43 % d’invendus. Le même jour,  Sotheby’s en voyait défiler 39 % dans sa vente parisienne de mobilier français.

Pierrick Moritz

Un tableau ancien estimé 20.000 euros payé 1 million d’euros chez Christie’s Paris

27 octobre 2010

Un Portrait d’une jeune fille tenant un éventail, une huile sur toile anonyme présentée comme une école  flamande du XVIIe siècle  et assortie d’une estimation de 15.000/20.000 euros, a été payé 1 million aujourd’hui à Paris au cours d’une dispersion d’œuvres et objets d’art provenant des collections Rothschild chez Christie’s.  

Selon le catalogue, la toile rectangulaire (99 cm x 83 cm) était probablement ovale à l’origine. 

Le tableau, remarquable, avait été autrefois attribué à Anthony Van Dyck (1599-1641) avec  le modèle identifié comme étant Henriette de France (fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, et qui allait devenir reine d’Angleterre).

Le million d’euros donné aujourd’hui pour cette toile correspond au prix d’une œuvre authentique de Van Dyck.

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Pierrick Moritz http://artwithoutskin.com/