Articles Tagués ‘Mobilier XVIIème/XIXème’

“Trône en majesté” : le syndrome de la peur du vide défigure encore le château de Versailles

7 mai 2011

Après celles des jouets colorés de Koons et de Murakami, c’est une exposition temporaire consacrée aux trônes qui envahit jusqu’au 19 juin les grands appartements du château de Versailles.

Une cinquantaine de sièges et autre palanquins pour augustes postérieurs dévore littéralement les plus beaux espaces du monument historique sur un air de de ces meubles symbolisent le pouvoir, Versailles aussi, alors on les a mis dedans.

Et c’est toute la perception du lieu qui s’en trouve modifiée, à l’image de la perspective de la Galerie des glaces qui, pour le coup, n’existe plus.

Le château de Versailles est une œuvre en soi, pas un lieu d’exposition.

Pierrick Moritz

Une statue maya vendue 3 millions d’euros à Drouot serait fausse

23 mars 2011

 L’Institut National d’Antropologie et d’Histoire du Mexique (INAH) et le Ministère des Affaires étrangères mexicain ont publié un communiqué conjoint affirmant que la grande sculpture maya vendue lundi dernier à Drouot par l’étude Binoche et Giquello pour la somme record de quelque 3 millions d’euros avec les frais est un faux.

Nouveau scandale pour le marché de l’art : l’INAH, autorité absolue dans le domaine des antiquités préhispaniques mexicaines, a déclaré hier que la statue de divinité maya payée quelque 3 millions d’euros à l’étude Binoche-Giquello est un faux, et parmi d’autres objets du catalogue de sa vente d’art précolombien de lundi dernier à Drouot. Le Mexique compte demander la restitution des pièces authentiques de cette vacation.

67 lots du catalogue seraient des faux

Selon le communiqué, l’étude du catalogue de cette dispersion de la collection d’art préhispanique de l’industriel suisse Henri Law a révélé que 67 objets sur les 215 présentés sont de fabrication récente.

Parmi les enchères les plus élevées de la vacation, une figure olmèque en serpentine a été adjugée 720. 000 euros, une urne-autel de la Culture de Vera Cruz représentant un dieu fantastique 330.000 euros, un joug de jeu de pelote de la même origine 260.000 euros, et un grand masque funéraire Teotihuacan en serpentine 180.000 euros.

 En outre, 95 lots n’ont pas trouvé preneur.

Conditions exceptionnelles

La notice du catalogue présente la statue incriminée comme une sculpture en stuc polychrome sur noyau de pierre d’une grande divinité  maya – dont l’éventuel trône aurait disparu - et pouvant provenir d’une région située entre le Sud du Yucatan et le Nord du Belize et du Guatemala, dans un territoire où les fouilles scientifiques ne font que débuter, et la date de la période classique (550 à 950 après J.-C.). 

Elle précise également que le caractère périssable du stuc laisse supposer que l’œuvre ne nous est parvenue que grâce à des conditions exceptionnelles, qui permirent en outre la conservation de sa polychromie.  

Biennale des Antiquaires et références bibliographiques  

Toujours selon le catalogue, et pour la plus ancienne référence indiquée, cette statue d’une hauteur de 156,5 cm a été présentée par la galerie Mermoz en 1986 dans le cadre de la XIIIe Biennale des Antiquaires à Paris, avant de partir pour une galerie de Los Angeles, puis pour Anvers, et enfin de revenir à Paris. 

L’objet est répertorié dans des ouvrages comme The Maya chez Taschen et a notamment été reproduit en couverture du numéro de la revue LŒil de septembre 1993.

Une sculpture d’un genre inconnu, un vieillissement artificiel  

Dans son argumentaire, l’INAH indique que, selon l’expertise de ses archéologues, la sculpture n’entre pas dans le corpus des caractéristiques formelles et stylistiques de la statuaire des cultures anciennes du Mexique.

L’institut ajoute que, si la figure tente de reconstituer les traits propres à des représentations préhispaniques élaborées dans la zone maya du sud-est du Mexique, sa hauteur, sa posture avec les jambes fléchies et les lanières des chaussures ne sont pas caractéristiques de cette culture particulière.

Toujours selon les archéologues, les signes d’érosion ont été créés artificiellement pour vieillir l’objet.  

Le problème signalé avant la vente et demande de restitution

L’INAH précise également que, averti de la vente de l’étude Binoche et Giquello, il a déposé plainte auprès des autorités compétentes de son pays dès le 21 janvier.

Le ministère mexicain des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de sa représentation diplomatique en France, a signalé la situation aux autorités françaises avant la vacation. L’institut et ce ministère entendent recourir à des moyens diplomatiques, mais aussi légaux, pour récupérer les pièces d’intérêt patrimonial pour leur pays.

L’art préhispanique mexicain interdit de sortie de territoire depuis 1827

Le Mexique interdit la sortie de pièces préhispaniques de son territoire depuis 1827. 

L’année dernière, dans un communiqué de son ambassade en France, son gouvernement avait exprimé sa préoccupation concernant le pillage croissant de ses biens culturels. Il rappelait qu’un pourcentage important des biens archéologiques provenant de l’actuel territoire mexicain sont des faux.

Collection saisie à la demande du Mexique

En 2008, en Bavière, le Mexique avait fait mettre sous scellés 252 objets précolombiens à l’authenticité suspecte sur les 1.029 l’intéressant (dans la mesure où ils proviendraient supposément du territoire mexicain) de la collection Leonardo Patterson.

L’ensemble avait été saisi en Allemagne, après être resté 10 ans sur le sol espagnol, et en vertu d’une loi qui classe patrimoine national toute collection de ce type demeurant pendant ce délai sur son territoire et qui en interdit l’exportation sans licence.

Une demande de restitution, à laquelle s’était jointe le Pérou et le Guatemala, et portant sur les objets authentiques, avait été formulée.

Annulation de la vente

Contredire les expertises de l’INAH pour l’art préhispanique mexicain revient à remettre en question celles du Musée du Caire pour les antiquités égyptiennes.

Son avis sur cette sculpture peut conduire à l’annulation de la vente, si l’acheteur le souhaite. Dans ce cas, il est remboursé et le vendeur récupère son bien. En France, l’authenticité d’un objet vendu par un commissaire-priseur est garantie pendant 10 ans.

Une fausse clef de la Kaaba vendue à Londres en 2008

Un cas d’annulation de vente pour une enchère record a été vu en 2009. Il concernait une clé présentée comme provenant de la Kaaba à la Mecque et datant du XIIe siècle. Payée 9,2 millions de livres chez Sotheby’s en 2008, elle avait finalement été considérée comme un faux par des experts.

Dans The International Herald Tribune, Souren Melikian, chercheur de réputation internationale dans le domaine de  l’Histoire culturelle du monde islamique, avait notamment souligné des incohérences dans la traduction et la formulation de l’inscription en caractères coufiques sur l’objet.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2010/05/04/le-mexique-preoccupe-par-le-pillage-de-ses-biens-culturels

Pierrick Moritz

Cet article original est la propriété de son auteur. Sa republication et  son exploitation commerciale, directe ou non, sans autorisation de l’auteur sont interdites. De courts extraits peuvent être repris en citant la source. Contact : pierrick.moritz@noos.fr

Foire de Maastricht 2010 : participation record

27 février 2010

Pour son édition 2010, programmée du 12 au 21 mars prochains, la foire de Maastricht (Tetaf), l’une des plus importantes foires-expositions d’antiquités et d’œuvres d’art au monde, accueillera le nombre record de 263 exposants venus de 17 pays. 

Les marchands triés sur le volet – et sur le chéquier – se disputent pour être présents au sein  d’une manifestation dont le très haut niveau d’exigence est en adéquation avec la tendance d’un marché de l’art contracté mais concentré sur les pièces exceptionnelles, et sur lesquelles les acheteurs sont capables d’engager des sommes astronomiques.

La présence pour la première fois au Tetaf de la prestigieuse Hammer Galleries,  New York, confirme l’orientation de plus en plus élististe de la manifestation.

Elle exposera une collection d’œuvres d’art impressionniste et moderne comptant, entre autres, Degas, Morisot, Matisse et Picasso. 

Dans sa sélection, on trouvera, notamment, une superbe huile sur toile d’Auguste Renoir de qualité muséale, Léontine et Coco, datée de 1909 et d’un format de 54,1 cm x 65 cm, ainsi qu’un portrait de George Washington par Gilbert Stuart.

Spécialisée dans l’art moderne du début du XXe siècle, dont autrichien, Wienerroither & Kohlbacher proposera des créations de Gustav Klimt, Egon Schiele, Oskar Kokoschka et Albert Kubin.

On pourra voir, chez Waterhouse & Dodd,  un groupe de peintures et d’œuvres cinétiques de Georges Folmer auquel le musée des Beaux-Arts de Rennes consacre une rétrospective jusqu’au 23 mai 2010.

Une section spéciale sera consacrée cette année aux œuvres sur papier.  

Toutes les informations sur : http://www.tefaf.com

Pierrick Moritz 

La dispersion de la collection Saint Laurent-Bergé a tenu ses promesses de succès

25 février 2009

Avec un produit total de 373,94 €millions avec les frais, la dispersion de la collection Yves Saint Laurent/Pierre Bergé a tenu ses promesses de succès. Les derniers objets d’art vendus ce soir ont souvent pulvérisé leur estimation comme la majorité de ceux des autres vacations. Les deux bronzes animaliers chinois du XVIIIe siècle provenant de la fontaine zodiacale du Palais Yuanmingyuan de Beijing ont été payés 15,75 €millions pièce.

Cette session finale regroupait des objets d’art dont asiatique et islamique, des céramiques, du  mobilier dont classique  et des pièces d’archéologie. Cette dernière spécialité a suscité la plus haute enchère derrière  les records obtenus pour les deux sculptures animalières chinoises avec un torse d’athlète en marbre, art romain 1er/IIe siècle après J.-C. qui, estimé 300.000 €/500.000 €, a été payé 1,29 €million. Une sculpture de minotaure dans le même matériau, également art romain 1er/IIe siècle après J.-C.,  a  quant à elle été payée 1,29 €million sur la base d’une estimation identique.

La quatrième plus haute enchère revient au mobilier classique, avec 916.000 € payés pour une suite de 18 chaises italiennes en bois doré du XVIIIe siècle et d’époque rococo. L’ensemble était estimé 300.000 €/500.000 €. Une tapisserie des Gobelins d’après les cartons de Albert Eckhout et Frans Post, peut-être tissée par Lefebvre Fils en 1720 et qui était estimée 100.000 €/150.000 € s’est également vendue 553.000 €.

Parmi les objets d’art, une vasque russe en jaspe revna, vers 1830-1840, attribuée à la manufacture lapidaire impériale de Kolynan et probablement réalisée d’après un dessin d’Ivan Hallberg a été payée 481.000 € sur la base d’une estimation de 80.000 €/120.000 €. Un miroir en bois doré sculpté avec des scènes peintes en polychromie dans des cartouches, travail du milieu du XVIIIe siècle probablement autrichien, a été payé 505.000 € alors qu’il était estimé 120.000 €/180.000 €.
L’objet le moins cher de toute la collection, un poignard en cristal de roche à décor de pierreries rouges, art moghol du XIXe siècle, dont l’estimation basse était de 400 € a finalement été payé….21.250 €.

Pierrick Moritz

Les estimations sont données sans la commission de la maison de ventes facturée à l’acheteur. Les résultats comprennent cette commission qui représente un pourcentage calculé sur le “prix marteau”. Pour cette vente, il est de 25% H.T  sur les premiers 20.000 €, de 20% H.T. au-delà de 20.000 € et jusqu’à 800.000 € et de 12% H.T  au-delà de 800.000 €.

Vente de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé du 23 au 25 février 2009 au Grand Palais à Paris

20 février 2009

Un bonheur qui ne manque pas d’atouts

La dispersion de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé est avant tout marquée par la figure d’Yves Saint Laurent. Son statut de génie engagé dans la haute couture le place au rang d’une des plus grands créateurs du XXème siècle, une sorte de prince du merveilleux dont certains des magnifiques trésors risquent  d’être fort disputés. Les centaines d’œuvres d’art du catalogue révèlent deux personnalités dont l’intransigeance est doublée d’une magnifique sensibilité.

Un contenu en adéquation avec la seule tendance vraiment positive du marché de l’art en ventes publiques

La mise en vente de la collection Yves Saint Laurent / Pierre Bergé intervient dans un contexte marqué par un net ralentissement de l’activité du marché de l’art en général, et des ventes publiques en particulier, où tout ce qui ne relève pas de l’excellence se vend très difficilement (1).  Une tendance positive se dégage néanmoins :  dans des gammes d’estimations sous le million de dollars, d’euros ou de livres, les œuvres de grande qualité bénéficiant d’un fort potentiel d’appréciation ont tendance à pulvériser leur estimation (quitte, au final,  à dépasser ce seuil psychologique du million). 

La réunion de ces trois critères, sorte de formule magique du moment dans les ventes publiques, peut s’appliquer à  la majorité des œuvres de la collection Yves Saint Laurent Pierre Bergé.  On peut donc  légitimement  penser   que les enchères  les plus extraordinaires en proportion se porteront sur des pièces  beaucoup plus abordables – et qui n’en demeurent pas moins exceptionnelles - que les grandes stars de la collection.

Il s’agit, entre autres,  d’objets comme cette aiguière en métal peint polychrome représentant Moïse, datée de la deuxième moitié du XVIe siècle et attribuée à Jean Court (80.000 €/120.000 €) ; ce magnifique et grand bouddha chinois en bois laqué rouge et or du XVIe siècle (30.000 €/40.000 €) ;  ce groupe représentant une scène de chasse à la licorne, Allemagne du Sud ou Italie, XVIIIe  (100.000 €/150.000 €) ou, du côté des sculptures antiques, ce rare minotaure en marbre, art romain, 1er-IIe siècle après J.-C.  (300.000 €/500.000 €).

Les écueils de l’art contemporain et du design d’Après-guerre évités

Cette vente évite un écueil de poids avec l’absence d’art contemporain, spécialité particulièrement en difficultés.  Si le design d’Après-guerre est également plutôt mal en point, les seules pièces qui se rapportent à ce domaine dans la collection Yves Saint Laurent / Pierre Bergé sont celles du mobilier réalisé par Claude et François-Xavier Lalanne. Un ensemble qui ne souffre pas du grand défaut de l’édition en série  reproché à la spécialité puisqu’il s’agit de pièces de commande spécialement réalisées pour Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.

L’incroyable bar YSL commandé en 1965 par Saint-Laurent à François-Xavier Lalanne, géniale hybridation de modernisme et de design contemporain, mérite largement son estimation de 200.000 €/300.000 €.

Des trésors pour tous les budgets

La vente est sauvée d’une clientèle trop élitiste  par une variété de lots et de prix à même d’ attirer un large éventail d’amateurs, des plus modestes aux plus riches, à la recherche du “clou” de leurs collections. Entre un Picasso à 20/30 €millions (la pièce la plus chère de la vente) et  un poignard moghol du XIXème siècle à manche en cristal de roche sertie de pierreries rouges et dont l’estimation basse est fixée à 400 €, figurent pas moins de 568 lots environ (sur les 691 que présente le catalogue en ligne), avec une estimation basse inférieure ou égale à 80.000 € dont  540 environ avec une estimation basse inférieure ou égale à 50.000 € et  396  environ avec une estimation basse égale ou inférieure à 20.000 €.

Pour une estimation basse de  1.000 €, on peut par exemple convoiter un étui-nécessaire d’architecte et géomètre en bois pétrifié de la fin du XVIIIe siècle, une timbale curon de 1842 avec son étui par Claude Charvet, une  boucle de ceinture ottomane du XIXe siècle montée en broche ou encore un petit miroir vénitien en bronze du XIXe siècle.

Pour des estimations un peu plus élevées, il est possible d’acquérir une chaise senoufo très originale (les pieds sont des statuettes)  à 15.000 €/20.000 €), des flacons de Maurice Marinot à partir de  6.000 € ou des camées isolés ou regroupés du XVIe au XIXe siècles  à partir de 3.000 €. 

Ombres chinoises

L’Administration d’État du Patrimoine culturel de Chine diffuse à peu près chaque jour un nouveau communiqué réclamant  les deux têtes animalières provenant de la fontaine zodiacale du palais Yuanmingyuan de  Beijing, dérobées pendant la Seconde guerre de l’opium (1856-1860) et intégrées en toute légalité  dans la collection Saint Laurent/Bergé.  On voudrait saboter leur vente, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Ces pièces ont changé de mains pendant des décennies sans problèmes à une époque où l’ idéologie communiste chinoise semblait indifférente à ces symboles de luxe qu’elle souhaite à présent récupérer (2).  D’un autre côté, on peut aussi comprendre la Chine : si les statues de la fontaine du bassin d’Apollon du parc du château de Versailles avaient disparu pendant la Révolution et réapparaissaient aujourd’hui dans le catalogue d’une vente à Hong Kong, on imagine que l’État français se manifesterait pour en revendiquer la propriété.

Brancusi et Picasso concourent pour les lauriers de la plus forte enchère de la vente

L’œuvre la plus remarquable d’une collection d’œuvres d’art assez représentative de la période de l’art moderne est sans aucun doute la sculpture en chêne de Constantin Brancusi Madame L.R. (Portrait de Mme L.R.). Cette grande pièce (hauteur: 117,1 cm, exécutée vers 1914-1917) de facture primitive est un chef-d’œuvre absolu.

Les œuvres en bois de Brancusi sont très rares (la plupart en vestiges, parfois recyclées par l’artiste lui-même, ou complètes dans des Institutions muséales notamment le Guggenheim de New York). Celle-ci est composée d’un superposition de formes synthétiques dont la dernière suggère un masque. 

À la fois apaisante et pur concentré émotionnel, elle se dresse comme le reliquaire d’un mystère universel qui reposerait dans son modèle comme en chacun de nous. Si cette catégorie d’œuvres – celles en bois - demeure à part dans l’Œuvre de Brancusi, on y retrouve la grande pureté des lignes propres à ses créations dans ses matériaux plus connus comme la pierre ou le bronze.  L’estimation de ce monument est de 15 €millions/20 €millions, soit la deuxième estimation la plus élevée de la vente derrière Instruments de musique sur un guéridon, une huile sur toile cubiste de Pablo Picasso.  

Cette œuvre de Pablo Picasso de belles dimensions (129,2 cm x 88,9 cm), réalisée à l’huile et au sable,  est estimée 25 €millions/30 €millions. Elle est désignée dans le catalogue comme peinte en 1914-1915, soit  un peu tardive pour l’époque cubiste de Picasso.

Toujours d’après le catalogue, son  exécution pourrait même être située durant l’hiver 1915-1916. Toutefois, on retrouve sur ce tableau le même vert, une technique de points sur certaines zones ainsi que l’esquisse d’une feuille ; couleur, technique et motif figuratif visibles sur le Portrait de jeune fille réalisé en 1914 et qui  fait partie des collections du Musée  National d’Art Moderne de la Ville de Paris.  

Une autre toile de la vente présente également une hésitation quant à son année de réalisation. Il s’agit de Compenetrazione iridescente – Eucalyptus de Giacomo Balla, magnifique et  grande huile sur toile peinte en 1914 et estimée 800.000 €/1,2 €million. Une notice incluse dans le catalogue mentionne que  Giovanni Lista, expert de l’Œuvre de Giacomo Balla, indique que cette œuvre aurait été peinte après 1917-18.

D’ importantes huiles sur toile de Piet Mondrian, artiste auquel Yves Saint Laurent a rendu hommage en 1965 à travers une collection haute couture, font aussi partie du classement de tête des œuvres les plus chères de la vente. Les estimations basses pour ces tableaux réalisés entre 1918 et 1922 varient entre 5 €millions et 7 €millions.

Émotions en peinture

James Ensor est présent dans la collection avec Le Désespoir de Pierrot (Pierrot le jaloux),  un grand et splendide tableau peint en 1892 (estimé €millions à 3 €millions) et avec une œuvre dans un registre plus léger mais acerbe Au Conservatoire, peinte en 1902 (estimée 300.000 €/500.000 €). 

Le Museum of Modern Art de New York et le Musée d’Orsay à Paris ont formulé une demande de prêt afin de pouvoir présenter Le Désespoir de Pierrot lors de leur exposition itinérante James Ensor qui aura lieu de juin 2009 à février 2010.

Toujours dans la veine d’œuvre d’une grande puissance émotionnelle, on trouve La Tauromachie de Henri de Toulouse-Lautrec, une huile sur carton (55,5 cm x 72 cm) peinte en 1894 et raisonnablement estimée 300.000 €/500.000 €.

Émotion, mais joyeuse et lumineuse cette fois, avec une superbe toile de Henri Matisse,  Les Coucous, tapis bleu et rose, datée de 1911 et mesurant 81 cm x 65,5 cm (estimée 12 €millions/18 €millions). De Matisse également,  Le Danseur, création de 1937/1938 à la gouache avec traces de mine de plomb et papiers découpés sur papier est estimée 4 €millions  à 6 €millions.

Pour le XIXe siècle, on trouve de très belles œuvres de Théodore  Géricault, portraits ou académies, dont les estimations basses varient entre 200.000 € et 1 €million

Arts décoratifs : les créateurs les plus recherchés pour l’art déco

Le mobilier de l’époque art déco, avec des réalisations des créateurs les plus recherchés pour cette période, dominent dans la collection Yves Saint Laurent / Pierre Bergé. 

L’œuvre la plus chère est une enfilade recouverte de différentes techniques de laquage par Eileen Gray. Estimée 3 €millions/5 €millions, cette pièce provient de l’appartement parisien de la modiste Suzanne Talbot qui en avait confié la décoration à Eileen Gray.

Bien que très élégant, il manque peut-être à ce meuble la touche de vraie originalité qui constitue la signature la plus appréciée de la créatrice. Un  supplément d’âme dont ne manquent pas son fauteuil “dragon” de la même provenance (estimé 2 €millions/3 €millions) et  sa longue suspension “satellite” créée vers 1925 (estimée 600.000 €/800.000 €).

Le deuxième prix le plus important dans le domaine des arts décoratifs revient à une paire de banquettes par Gustav Miklos, vers 1928-1929. Ces sièges  superbes ont été directement acquis lors de la vente du couturier Jacques Doucet en 1972 et sont estimés 2 €millions/3 €millions.

Autres atouts de  la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé

Le catalogue impeccable (très documenté, clair, d’une grande honnêteté) et les provenances prestigieuses pour des œuvres comme celles achetées lors de la vente de la collection Jacques Doucet ou dans des galeries réputées pour l’extrême qualité de leur offre (Vallois, Arc en Ciel, Aaron, Kugel, Tarica, Anne-Sophie Duval,….), constituent d’autres paramètres propres à optimiser le succès de cette vente-évènement.   

Pierrick Moritz

(1) Depuis le début de l’année,  le nombre de ventes aux enchères ainsi que le volume des  lots présentés sont sensiblement restreints ;  placer des œuvres dans les grandes ventes devient beaucoup plus difficiles pour les vendeurs et on assiste à un appauvrissement de l’offre d’œuvres de grande qualité de la part de collectionneurs peu enclins à “griller” leurs chefs-d’œuvre (la mévente appelle forcément la dévalorisation) ; les grands collectionneurs potentiellement acheteurs ont tendance  à  se départir le moins possible de leurs liquidités (règle d’or du moment dans tous les domaines) ; ceux qui pensaient faire de bonnes affaires dans cette période difficile sont  déçus car les pièces exceptionnelles qui atteignent une dernière enchère vraiment trop éloignée de l’estimation basse  sont tout simplement retirées. Le souci d’économie des maisons de ventes peut se ressentir pour certaines jusqu’au poids considérablement allégé du papier des couvertures des catalogues. En marge de ce constat peu réjouissant, certaines œuvres d’art majeures parviennent tout de même à se vendre mais elles sont souvent payées au ras des estimations minimums attendus, voire un peu en dessous. Vu les prix considérables de ces objets, les décotes représentent parfois des sommes très importantes.

(2) Le  phénomène est aussi valable pour la Russie avec les objets d’art impériaux dispersés à travers le monde pendant la période de la Révolution. En 2004, le magnat du pétrole russe Viktor Vekselber a acquis à coups de millions de dollars la collection américaine Forbes constituée  de pièces de l’orfèvre Fabergé. Cette transaction privée a été conclue à l’issue d’une  discorde entre les États-Unis et la Russie au sujet de leur mise en vente initialement prévue chez Sotheby’s à New York.

Frais pour cette vente : les estimations ne comprennent pas les frais de vente.  L’acheteur devra acquitter une commission de 25% H.T  sur les premiers 20.000 €, 20% H.T. au-delà de 20.000 € et jusqu’à 800.000 € et 12% H.T  au-delà de 800.000 €.

L’exposition publique de la collection Yves Saint Laurent/Pierre Bergé
Dans la nef du Grand Palais à Paris (entrée libre) : les 21 et 22 février de 9 heures à minuit ; le 23 février de 9 heures à 13 heures.
La vente de la collection Yves Saint Laurent/Pierre  Bergé (nef du Grand Palais), par Christie’s en collaboration avec Pierre Bergé & Associés
- le 23 février à 19 heures : “art impressionniste et moderne”.
- le 24 février à 14 heures : dessins et tableaux du XIXe siècle.
- le 24 février à 15 heures : orfèvrerie, miniatures.
- le 24 février à 18 heures : arts décoratifs du XXe siècle, art tribal.
- le 25 février à 13 heures : sculptures.
- le 25 février à 19 heures : art d’Asie, objets d’art, céramiques, mobilier, art islamique, archéologie.

Marché de l’art : les arts décoratifs de qualité résistent bien à la crise

20 décembre 2008

Le secteur des arts décoratifs de qualité, toutes époques confondues et pour des pièces uniques, résiste bien aux dommages collatéraux de  la crise financière mondiale. Le marché des créations art nouveau et modernistes font notamment preuve d’une belle vitalité tandis que certains meubles classiques aux provenances prestigieuses se négocient des millions.

Chez Sotheby’s New York, le 18 décembre, un portail d’ascenceur moderniste, vers 1893, provenant du Chicago Stock Exhange, s’est vendu $602.500 sur la base d’une estimation de $250.000/$350.000.

Au cours de la même vente, une paire de chenêts monumentaux, créés par Gustav Stickley vers 1905, ont atteint la somme de $278.500 alors que $40.000/$60.000 en étaient attendus.

Toujours dans la même vente, une lampe de table vers 1912-1915 de Dirk van Erp a été payée $170.500 sur une estimation de $70.000/$90.000.  Un vase monumental du même créateur a été acheté $146.500 à partir d’une estimation de $60.000/$80.000.

Il fallait prévoir $218.500 pour décrocher un vitrail moderniste de Frank Lloyd Wright alors que $80.000/$120.000 en étaient initialement demandés.

Le même jour, toujours à New York, la même maison de ventes produisait plus de 3,5 $millions avec la dispersion de 40 créations vers 1900 de chez Tiffany, très principalement des luminaires. Même si certains modèles ont été réalisés en plusieurs exemplaires, chaque pièce demeure unique par le travail artisanal du verre qui donne à chaque fois un résultat différent. Ce qui n’est pas le cas du mobilier “design” édité en séries de pièces parfaitement similaires qui, sauf exemplaire rare et historiquement important, se vend aujourd’hui beaucoup plus difficilement.

Dans cette vente , une lampe de table dite “Pebble”, vers 1900/1902, devait partir à  $746.500 alors qu’elle était estimée $300.000/$500.000 tandis que, conformément à son estimation, une lampe de parquet “Fish Scal”, vers 1910, était  échangée contre $470.500.

Chez Tajan à Paris, le 10 décembre, un exceptionnel bureau plat et un canapé modernistes de Paul Dupré-Lafon se sont respectivement vendus €621.467 et €309.800, en conformité avec les estimations hautes.

Le 4 décembre à Londres, chez Bonhams,  un cabinet japonisant de Édouard Lièvre, meuble réalisé vers 1895 par l’Escalier de Cristal, a été payé  plus de 2 £millions sur la base d’une estimation de  £300.000/£500.000.

Le 21 novembre à Paris, la société de ventes Néret-Minet Tessier a vendu pour €359.600 un cabinet d’apparat de Pierre Gole (XVIIe siècle) qui était estimé €200.000/€300.000.

Enfin, le 16 décembre dernier à Paris, la vente de 7 pièces  exceptionnelles de mobilier  provenant d’une collection française a rapporté 7,73 €millions.

Le clou de cette cacation était  une importante commode d’époque Louis XIV attribuée à BVRB Ier, vers 1710-1720, en placage d’ébène, marqueterie d’écaille et de laiton, ornementation de bronze ciselé et doré. Ce meuble a été  payé 4,09 €millions bien que le dessus en marbre ne soit pas d’origine et que, classé monument historique, il soit interdit de sortie du territoire français.

Pierrick Moritz

Les estimations ne comprennent pas les frais à la charge de l’acheteur. Les résultats comprennent les frais à la charge de l’acheteur.

Un cabinet d’Édouard Lièvre vendu 2,25 €millions à Londres

13 décembre 2008

D’après communiqué

Cabinet d'Edouard Lièvre vendu €2,250,000 à Londres le 4 décembre 2008

Un cabinet « japonisant » de l’ébéniste et ornementiste français Édouard Lièvre (1829-1866) a atteint le prix stupéfiant de plus de £2.000,000 soit 2.250.000€, quadruplant largement son estimation de £300.000/£500.000, lors de la vente de mobilier et objets d’art organisée par Bonhams à Londres le 4 décembre dernier.

Un prix record pour un meuble du XIXème siècle. Il a été acheté par un collectionneur français au téléphone contre un autre français a commenté Gaia Donzet, responsable du bureau parisien de Bonhams.

Ce cabinet en bois de rose et laque reprend avec fantaisie la forme d’une pagode extrême-orientale, enrichie de bronzes, des dragons s’entortillant autour des colonnettes et des têtes de lion ornant le piètement.

Édouard Lièvre est l’un des dessinateurs les plus talentueux du XIXème siècle. Le cabinet « japonisant » vendu chez Bonhams a été exécuté vers 1895 par l’Escalier de Cristal.  On ne compte que six versions de ce meuble dont une est conservée au Musée d’Orsay et une autre au Musée de l’Ermitage de Saint-Petersbourg. Une troisième version a été vendue récemment aux enchères pour 915.000€.

Crédit photographique : Bonhams.


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