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Alighiero e Boetti chez Tornabuoni Art

22 mars 2010

Un éblouissant regard sur l’identité 

L’exposition consacrée à Alighiero e Boetti (1940-1994) proposée jusqu’au 28 mai à la galerie Tornuabuoni Art, avenue Matignon à Paris, peut se visiter comme un prélude à la rétrospective en préparation par trois grands musées étrangers dont le MoMA.  

L’évènement de dimension internationale ne sera pas visible à Paris et cette réunion exceptionnelle chez Tornuaboni Art représente une superbe opportunité pour le public français de découvrir, à travers une synthèse de qualité muséale, l’œuvre éblouissante d’un artiste inclassable.

 Alighiero Boetti : Mappa, broderie, 99 x 155 cm. Crédit photographique :  Tornuabuoni Art. C’est en découvrant le travail de broderie des femmes afghanes qu’Alighiero e Boetti a l’idée de faire réaliser des surfaces non peintes par un artisanat ancestral. Son Œuvre prend son élan dans le mouvement de l’Arte povera (pour sa simplicité). Le cloisonnement, dans ses approches techniques (uniquement par la couleur) et conceptuelle, est familier de l’Œuvre d’Alighiero e Boetti.  

Par  le choix de la broderie, technique  obsessionnelle souvent mise en œuvre, Alighiero e Boetti est un artiste conceptuel sans équivalent connu dans le monde des artistes contemporains consacrés, la grande Louise Bourgeois l’utilisant de manière moins systématique pour ses auto-analyses arachnéennes.  

Un nom coupé en deux, à moins que soudé

Au début des années 1970, Alighiero Boetti  se rebaptise Alighiero e Boetti. Cet ajout, qui rompt autant qu’il lie son identité, mérite que l’on égrène quelques interprétations subjectives tant l’œuvre de cet immense artiste est étroitement  liée à la représentation de l’identité.   

Alighiero e Boetti comme un dédoublement, une différenciation entre le social et l’intime, un pied de nez à l’identité attribuée d’office, une dilution et un renforcement, un signe à la fois morcellement et réunification, une manière de disparaître, un point de suture….

La réalisation de l’œuvre confiée aux femmes afghanes

Alighiero e Boetti est principalement connu par ses grands planisphères et énigmatiques damiers aux carrés de couleur, dont chacun isole la lettre d’un mot, qu’il concevait puis faisait broder par des femmes en Afghanistan, pour un résultat esthétique somptueux et, comme il ne s’agit pas de décoration, une sorte de tour de passe-passe éblouissant.

Bien que cloisonnée par la couleur, la réalisation n’apparaît jamais fragmentée,  l’œil  isole difficilement un morceau coloré, elle forme un tout dans les contradictions et le miroitement des couleurs, car la ligne-frontière n’existe pas.   

Dans cette société particulière qu’est l’Afghanistan, Alighiero e Boetti n’avait pas de contacts directs avec les femmes et ne pouvait traiter avec elles que par l’intermédiaire  des hommes.

Le fait de déléguer à ces femmes la réalisation de ses œuvres peut être interprété comme une façon de leur permettre l’appropriation de ces sujets essentiels que sont la vision globale du monde, en tant qu’humanité, et le langage, tout en exprimant leur identité à travers des points de broderie forcément uniques, dont chacun porte l’empreinte de chacune pour former un grand tout, un espace complètement rempli et habité de hasards infimes ou énormes comme  les “accidents” de réalisation que l’artiste conservera quand les Afghanes, qui n’ont jamais vu la mer, la lui broderont en rose ou en vert quand il attendait du bleu.

Le concept de mutation de l’identité est désigné quand ces cartes marquées de drapeaux se transforment au fur et à mesure des évolutions géopolitiques. À partir de l’invasion de l’armée russe en Afghanistan, elles perdent leur bordure de mots en italien et en persan.  

Comme l’a souligné en substance Jean-Hubert Martin, Conservateur Général du Patrimoine, Alighiero e  Boetti implique des femmes afghanes dans l’art contemporain à une époque récente où la spécialité est considérée par les Occidentaux comme uniquement occidentale. 

Alighiero e Boetti : Oggi sedicesimo mese dell’anno 1988 (Aujourd’hui, seizième mois de l’année 1988), broderie, 1988, 110 x 115 cm. Crédit photographique :  Tornuabuoni Art.    

Alighiero e  Boetti : Mimetico,  tissu-camouflage sur châssis, 140 x 145 cm. Crédit photographique :  Tornuabuoni Art.  Ce sujet est le seul ready made d’Alighiero e  Boetti, également visible chez Tornabuoni Art. Dans sa rétrospective exhaustive, avec quelque soixante œuvres présentées selon un parcours chronologique,  la galerie expose également une sélection de dessins de l’artiste où “l’empreinte”, traitée selon des techniques variées, est très présente.

Catalogue raisonné

Le 18 mars, une présentation du premier tome des quatre formant le catalogue général d’Alighiero e Boetti (éditions Electa, quelque 5.000 œuvres répertoriées) précédait le vernissage de la rétrospective chez Tornuaboni Art.

Cette rencontre passionnante, animée par Guy Boyer, rédacteur en chef de Connaissance des Art, faisait intervenir Annemarie Sauzeau, directeur de l’Archivio Alighiero Boetti, Jean-Hubert Martin, Didier Semin, professeur à l’École Nationale des Beaux-Arts, Martin Andioni d’Electa et Michele Casamonti de Tornabuoni Art. Le podcast peut être écouté gratuitement sur le site de Connaissance des Arts.

http://www.tornabuoniart.fr/exposition-francais.html

Pierrick Moritz

Rétrospective Lucio Fontana à la galerie Tornabuoni Arte

12 juillet 2009

La rétrospective la plus importante consacrée à Lucio Fontana à Paris depuis 1988

A l’occasion de l’ouverture de son espace parisien le 1er octobre prochain, la galerie Tornabuoni Arte va marquer l’actualité de l’art contemporain avec une  rétrospective exceptionnelle consacrée à Lucio Fontana (1899-1968).  Ce sont plus de 60 œuvres des années 1950 à 1968  de cette figure majeure de l’art contemporain du XXe siècle qui seront exposées dans les locaux de l’ancienne galerie Cazeau-Béraudière, avenue Matignon, repris par Tornabuoni Arte. Ce évènement constitue la plus importante réstrospective consacrée à Lucio Fontana à Paris, après celle du Musée National d’art Moderne, au Centre Georges Pompidou, en 1987-88 et celle du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1970.

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Lucio Fontana : Concetto Spaziale,  Attese, 1968,  54 cm x 65 cm. Au lieu d’ajouter de la matière sur le fond monochrome, l’artiste en a enlevé en lacérant la toile. Crédit photographique : Tornabuoni Arte.

Cette exposition s’institule Je pars pour Paris,  une phrase inscrite au dos d’une toile de l’artiste  des années 1960. À cette époque, Lucio Fontana écrivit ainsi de nombreuses phrases au revers de ses tableaux, probablement pour renforcer la qualité autographe de la création en question. Ce sont des phrases improvisées, immédiates, qui mises  bout à bout, forment des fragments d’un journal intime, sont les reflets de ses inspirations et de ses humeurs. 

Véritable artiste dont l’activité créatrice s’inscrit dans une recherche permanente, Lucio Fontana s’est d’abord intéressé à  la sculpture, et en particulier la céramique, dont il explore les ressources possibles entre les années 1920 et 1940. Dans ce domaine, il collaborera avec des architectes d’avant-garde, travaillant des matériaux traditionnels comme la terre cuite ou le bronze mais aussi plus novateurs comme des matières phosphorescentes.

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Lucio Fontana : Concetto spaziale, 1957, 130 cm x 96 cm. Ancienne collection Alberto Galimberti. Crédit photographique : Tornabuoni Arte.

À force de recherches et de travail, Fontana finira par inventer quelque chose de radicalement nouveau qui va marquer l’histoire de la peinture et inspirer la nouvelle génération d’artistes des années 1960 comme Yves Klein.  il s’agit de ses fameux concetto spaziale (concepts spatiaux) où, selon le communiqué de presse de l’exposition  la surface de la toile ne sert plus à déposer des couleurs, c’est un espace monochrome qu’il faut faire exister en tant que tel et les seules actions permises ne sont plus additives mais pour ainsi dire soustractives : la perforation puis la lacération.

En évoquant la relation particulière de Lucio Fontana avec Paris  (son séjour de quelque mois en 1937, pour son travail de sculpteur-céramiste à Sèvres, et deux de ses expositions personnelles, de céramiques dans la Galerie Jeanne Bucher-Myrbor, et de terres cuites dans le Galerie Zack, aux nombreuses expositions d’Iris Clert, dans la Galerie Rive droite, d’Alexandre Jolas, dans les années soixante), cette rétrospective retracera dans toute sa fascinante diversité, la créativité de l’artiste pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie. À travers les cycles des “pierres ”, du “baroque”, des “plâtres” et des “encres”, les amateurs pourront (re)découvrir les œuvres d’un Fontana historiquement protagoniste de l’art informel européen, un artiste qui a ouvert de nouvelles perspectives pour la recherche artistique.

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Lucio Fontana, Concetto spaziale, 1953, 60 cm x 70 cm. Crédit photographique : Tornabuoni Arte.

Pour compléter l’exposition, un catalogue trilingue, publié par Tornabuoni Arte, présentera un essai de l’historien d’art Enrico Crispolti. Cette sommité en matière d’art contemporain est notamment  l’auteur  du catalogue Discussion de sculptures, peintures, et acclimatations et collaborations architectoniques, dont la troisième édition, (Skira, Milan) est parue en 2006. 

Lucio Fontana – Rétrospective

Je pars pour Paris

Tornabuoni Arte, 16, avenue Matignon.75008 Paris.

Du 1er octobre au 10 décembre 2009

Vernissage (sur invitation), le 1er octobre à partir de 18 heures

http://www.tornabuoniart.fr/exposition-francais.html


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