Le marché de l’art atténue sensiblement le déficit d’image culturelle de la Chine

Avec des nouvelles d’objets d’art traditionnel chinois vendus des millions de dollars affichées dans les médias du monde entier, le marché de l’art atténue sensiblement le déficit d’image culturelle de la Chine en Occident, et avec une fascination plus  profonde que pour les Jeux olympiques de Pékin ou l’Exposition universelle de Shangai.  

Puissance économique et rayonnement culturel sont les deux bras armés indissociables pour asseoir une légitimité de première puissance mondiale ou, tout au moins, créer une attractivité classant au rang des destinations internationales incontournables.

Hors, nul ne peut revendiquer une culture contemporaine, avec les qualités humanistes qui y sont naturellement attachées, et prétendre à ces titres, s’il ne respecte pas les droits de l’homme.

Chine, Russie et Moyen-Orient : l’étrange ménage de la culture et de la répression 

Les gouvernements de la Chine, mais aussi de la Russie, d’Abu Dhabi, de Dubaï et du Qatar, sont parfaitement conscients de cet impératif pour s’imposer aux yeux du monde. Ils multiplient évènements et communication d’envergure internationale en rapport avec la culture (dont le sport), mais sans pour autant modifier le genre politique et social, ou certains préceptes religieux et les condamnations qui leur sont liées, en place chez eux.

Même la République Islamique d’Iran a essayé cette année de placer une exposition clefs en main à la gloire de sa culture dans les grands musées internationaux, notamment en Amérique du Nord.

Le marché de l’art comble le déficit d’image culturelle de la Chine

La Chine, toujours en veine, peut compter sur le marché de l’art pour combler un déficit d’image culturelle lié à son régime politique, avec des objets et œuvres d’art traditionnel le plus souvent empreints de l’humanisme du sacré, que ni les Jeux olympiques de Pékin ni l’Exposition universelle de Shangai n’ont pu vraiment faire évoluer.

Car les objets d’art les plus chers du monde sont désormais chinois, et les œuvres d’art paysagiste et sacré de ce pays comptent parmi les plus dispendieuses, avec une montée des prix exponentielle.

 51 millions d’euros pour un vase chinois

Un vase Qianlong, vendu l’équivalent de quelque 51 millions d’euros par la maison de ventes britannique Bainbridges au mois de novembre, est l’objet d’art le plus cher de la planète négocié en vente publique en 2010, tandis que le record de l’année dans une maison de vente française a été réalisé ce mois-ci par Piasa pour un vase d’époque Yongzheng vendu 5,54 millions d’euros.

Des estimations multipliées jusqu’à 100 fois

Si l’estimation de cette dernière rareté était déjà importante, les cas d’objets d’art chinois dont les estimations sont pulvérisées dans des vacations publiques sont légion.

Au mois d’octobre à Milan, dans une vente orchestrée par Sotheby’s, les estimations d’objets d’art traditionnel chinois ont ainsi été multipliées de  manière considérable. Un  groupe en corail rouge sculpté a été payé 120.750 euros quand 500/700 euros  en étaient attendus. 504.750 euros ont été donnés pour une paire de défenses d’éléphant sculptée estimée 30.000/40.000 euros.

Autre exemple, et même  si les œuvres en question sont japonaises car le sujet, lui, est chinois, et elles sont encore signées par deux ministres chinois de l’époque,  un petit album d’estampes du XVIIIe  siècle représentant des dignitaires de la dynastie Mandchoue a été payé quelque 520.000 euros dans la vacation parsienne d’art d’Asie de Piasa de ce mois-ci. L’objet était estimé cent fois moins.

Des records à Hong Kong et New York  

Toujours en octobre, Sotheby’s battait son propre record pour une série de ventes à Hong Kong, et  avec un chiffre d’affaires équivalent à quelque 200 millions de dollars américains réalisé rien que par les objets d’art traditionnel chinois, dont l’équivalent de 23,5 millions payés pour un vase Qianlong.

Au mois d’avril, au même endroit, la maison de ventes aux enchères internationale a vendu un sceau impérial pour l’équivalent de 12,34 millions de dollars. Soit le double du prix obtenu pour le même objet trois ans plus tôt. La performance donne une idée assez juste de la flambée des prix dans la spécialité.

Dans une autre vente d’art d’Asie, toujours en avril à New York, elle négociait un bouddha chinois en jade du XVIIIe siècle à 2,33 millions de dollars quand 150.000/200.000 dollars en étaient attendus.

Quand l’intérêt populaire occidental pour la culture chinoise passe par l’appât du gain

Le monde entier en parle et en veut de ces raretés dont, malheureusement, les plus chères ne courent pas les caves et les greniers des particuliers, parce qu’elles ont toujours été très recherchées, mais dans un marché beaucoup plus confidentiel.

Toufefois, vu le battage médiatique réalisés autour d’elles, nul doute que des pièces très importantes réapparaîtront au grand jour, d’autant plus que professionnels et amateurs les recherchent sur toute la planète.

Des petites salles des ventes de la campagne anglaise aux vide-greniers français, en passant par les ventes de garage d’Amérique du Nord et les plateformes de vente entre particuliers de l’Internet, les amateurs à la recherche de trésors chinois doivent s’intéresser à uneculture traditionnelle extrêmement codifiée pour être armés dans leur quête.

Voilà comment  l’image culturelle de la Chine, fortifiée par l’appât du gain, s’installe en profondeur dans le monde occidental.

Lourd contentieux occidental envers la Chine

Le phénomène planétaire a le mérite derafraîchir la mémoire de l’Occident sur l’importance d’une culture immense, en même temps qu’il permet à la Chine de rapatrier des biens historiques pillés lors d’invasions colonialistes et dont elle conserve le souvenir en travers de la mémoire.

Les exactions occidentales en Chine, notamment menées par les Français et les Anglais au XIXe siècle et au début du XXe siècle, et qui ont provoqué le saccage et le pillage du patrimoine impérial chinois, ont eu comme point de départ la volonté de l’Angleterre de continuer ses exportations d’opium vers la Chine, et contre la volonté de ses empereurs qui voulaient en protéger leur population. La Chine ne produisait pas d’opium.

Au passage, rappelons que les invasions occidentales répétées durant cette période en Chine, en plongeant les populations dans la misère et affaiblissant de fait le pouvoir impérial, ont largement contribué à l’avènement du communisme.

Vers une nouvelle représentation de l’histoire de l’art occidental

Devant cette concurrence faite à sa propre culture (et en l’occurrence, pour le marché de l’art, à d’énormes stocks d’objets et d’œuvres d’art occidental), le “bon  Occident”, un tantinet paternaliste et brandissant finalement les valeurs humanistes de ses grands artistes, préceptes sur lesquels il sait pourtant si bien s’asseoir devant des intérêts financiers et politiques, s’efforce d’intéresser de riches Chinois à son histoire de l’art.

Certaines grandes maisons anglo-saxonnes organisent expositions et conférences à Hong Kong sur des sujets comme notre peinture moderne.

Mais, décidément, ces Asiatiques n’en font qu’à leur tête. Selon les dirigeants d’Artvest Partners, et dans une tribune signée dans The Art Newspaper de décembre,  c’est un couple de hongkongais élégants qui a acheté l’un des tableaux peints par un Occidental les plus chers de l’année en vente publique.

Il s’agit d’un Moïse sauvé des eaux réalisé par Lawrence Alma-Tadema au début du XXe siècle. L’œuvre, fortement assimilée à l’art pompier, a été payée quelque 36 millions de dollars (avec les frais) à New York quand les estimations, et surtout la vanité des Occidentaux pour la représentation de leur histoire de l’art, n’en demandaient vraiment pas autant.

Pierrick Moritz

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Catégories :Art asiatique, Art chinois, Chine, Histoire sociale, Iran, Marché de l'art

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5 réponses

  1. Merci Pierrick Moritz pour cette opportunite d echanger nos vues.

    Ces bouleversements etaient tres previsibles , comme le backlash naturel du backlash qui avait impose le neoliberalism postmoderne comme unique facon de penser la vie, apres un esprit de liberte que certain ont craint comme la fin de leurs privileges.

    Ce qui me surpend parfois est l insitance evitant la perception de gros trains venant vers nous dans le tunnel, aussi visibles que le nez rouge au milieu du visage d un clown.

  2. À travers le marché de l’art, le sujet illustre avant tout les bouleversements culturels et économiques en cours.

    Merci pour vos commentaires.

  3. Surtout ceux des pre platoniciens, qui ne denigraient pas l art comme Plato, mais qui n admiraient pas les elites marchandes non plus.

    Grands temps de promener des sardines en face des Atheniens!
    Mais surtout ne pas confondre l art conceptuel flattant la non comprehension du bourgeois , avec une vrais bonne sardine philosophique.

  4. Merci Pierrick Moritz pour cet article. Il fait réfléchir…
    Tous les indicateurs qui permettraient de comprendre et de nous représenter l’orientation du marché de l’art, s’envolent en éclats chiffrés. Mais restent indéchiffrables les comportements et les goûts, la valeur intrinsèque actuelle de l’ojet d’art et son destinataire. Celui qui est visé par la spéculation, spécule à son tour.
    Une fièvre d’appropriation, une autre fièvre de réappropriation guident les uns et les autres.
    Il est probable qu’un substrat d’identité historico culturelle inédit, oscillant entre des courants centripètes et des étonnements centrifuges, vienne troubler la volonté toujours immanente de diriger ce marché.
    L’irrationnel fait loi; avons-nous oublié les belles leçons des philosophes grecs à ce propos?

  5. Le cynicism mercantile se moque des droits de l homme.
    Nous arrivons a une fin d epoque qui valorise encore se genre d exhibitionisme de certains « privilegies » ou l art est une resource comme une autre , mais ou ces vanites detaches d un veritable sense culturel, sont de plus en plus percues comme une pauvrete d esprit tappe a l oeil non visionaire , face aux veritable potentiel de notre espece creative a survivre la destruction cree par la speculation absurde.

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