Pour les anti-Mariage Pour Tous, l’homosexuel est inférieur

La « France décomplexée », définition notamment revendiquée par une certaine droite opposée au Mariage Pour Tous, n’est pas loin de traiter de lobbyistes, voire de « terroristes », les opposants à ses invectives qui ont l’outrecuidance d’argumenter avec la même impétuosité.

J’ai notamment fait ce constat sur Twitter, où je défends le Mariage pour tous.

Si je m’attendais à ce que le Mariage Pour Tous suscite une vive opposition, je ne pensais pas lire et entendre de telles horreurs, dont les plus frontales sont finalement moins douloureuses que les allusions et les dénigrements fallacieux sous un habillage compassionnel.

Bien-sûr, on sait reconnaître des qualités aux homosexuels dont, rendez-vous compte, la contribution de certains d’entre eux au progrès de l’humanité.  La présence de génies homosexuels dans les arts est souvent avancée. On préfère généralement citer ces cas exceptionnels – 0,01 % de la population tous les 100 ans ? –  à ceux de citoyens homosexuels anonymes qui ne déméritent pourtant pas.

Les chercheurs, les infirmières ou les médecins homosexuels, entre autres, dont la présence est plus utile à la société que le plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange, sont beaucoup moins mis en avant.

La récupération politique par l’opposition est consternante. C’est le thème contestataire le plus facile du moment, perçu comme un réservoir à voix dans un climat économique et social anxiogène, au sein d’une économie mondialisée dégradée et en pleine mutation qui donnerait du fil à retordre à n’importe quel gouvernement. Mais ce grand remue-ménage pourrait finir par se retourner contre ses instigateurs, parce que la société civile est en avance sur le mastodonte politique. Les vieilles ficelles politiciennes, dont le populisme qui consiste quand même à prendre les gens pour des abrutis, ont vécu.

La fracture générationnelle entre les enfants du baby-boom, dont beaucoup s’accrochent  au modèle de confort social des Trente Glorieuses, et celle des générations suivantes qui doivent payer une bonne partie de l’ardoise laissée par les aînés, dans un contexte de chômage de masse et de précarisation exponentielle (depuis 20 ans) ne cesse de s’élargir. Les populations jeunes sont majoritairement plus favorables au Mariage pour tous.

En cette période de crise, et depuis un moment,  une certaine droite à tendance à définir et à désigner les minorités comme responsables du désordre ambiant. Les partisans du Mariage Pour Tous se sont vite retrouvés montrés du doigt, comme des perturbateurs marginaux voulant imposer leur caprice aux autres (le caprice, c’est l’égalité des droits civils) alors que « Franchement, on a d’autres chats à fouetter ». Mais qui sont ceux qui font le plus de bruit, veulent un débat national, dont à  des fins électoralistes, voire un referendum…. pour un principe d’égalité des droits pour tous les citoyens français ?

Pour désigner une minorité en tant que coupable, il faut tronçonner l’ensemble des citoyens français en catégories pour en jeter au moins une en pâture. Un genre de tentative de sacrifice barbare. C’est une vieille technique politicienne qui est allée  jusqu’à produire des horreurs dans le passé. Mais elle ne fonctionne plus vraiment car la diversité est plus grande, la parole plus libre. Les consciences sont plus difficiles à niveler, lesdites minorités moins cloisonnées, et les stratégies purement électoralistes plus rapidement démontées.

Si l’une de ces minorités désignées peut chercher à se cacher derrière une autre, dans l’espoir qu’elle prenne les coups à sa place, ces groupes définis en tant que tels, unis sans forcément se reconnaître complètement, peuvent représenter un poids suffisant pour faire basculer une élection ; ce dont témoigne le résultat de la dernière Présidentielle américaine, avec la victoire de Barack Obama. À combien est estimée la population homosexuelle assumée en France ? Il n’existe pas vraiment de chiffres fiables. Ces homosexuels ont des familles, des amis et des collègues de travail hétérosexuels.

On verra encore des réunions et des manifestations entre gens qui partagent le même avis au sujet du Mariage Pour Tous, mais il n’y aura pas de débat. Le débat est impossible. Ce n’est pas argument contre argument. C’est non contre oui. Les réponses sont déjà données. Les uns veulent avoir les mêmes droits civils que les autres.  Les autres ne veulent pas qu’on les leur donne.

Qui a dit aux opposants au Mariage Pour Tous qu’ils pouvaient empêcher l’égalité des droits civils ?  En tant que citoyens français : mêmes devoirs = mêmes droits. Les anti-Mariage Pour Tous se verraient imposer une loi dont ils ne veulent pas quand cette réparation de l’égalité ne changera rien pour la famille hétérosexuelle.

Toute vérité étant bonne à savoir, le mérite de l’agitation créée par les opposants au Mariage pour tous est d’accentuer le relief de la perception de l’homosexuel par une partie de la société.

Les anti-Mariage Pour Tous ne veulent pas que les autres aient les mêmes droits qu’eux.  Ils poussent des cris d’orfraie, comme un adulte surprenant un enfant de cinq ans en train de jouer avec des allumettes.  De manière plus ou moins directe, ils taxent l’homosexuel d’immaturité.

Au sujet de l’adoption – légale pour les célibataires, dont homosexuels depuis 1966 -, l’homosexuel serait irresponsable au point de confondre un être humain avec une marchandise dont, pour l’un des arguments les plus poussifs, la livraison finirait par être rendu possible par Internet.

Comme tout le monde, les homosexuels savent comment faire des enfants et, comme tout le monde, ils connaissent les moyens possibles pour y parvenir. On peut passer en revue toutes les motivations, à partir des plus égoïstes, qui peuvent pousser un adulte à vouloir un enfant. Elles sont valables pour tous, hétérosexuels comme homosexuels.

Sur Twitter, un extrémiste s’est dit favorable au retour de la pénalisation de l’homosexualité ; un autre considère que l’homosexuel devrait être abstinent. Dans cette escalade infecte, on s’étonne que personne n’ait à nouveau évoqué la stérilisation*.

Il fallait s’y attendre : les religions sont contre le mariage pour les homosexuels, contre l’égalité des droits civils.

Certains catholiques nous annoncent la fin de la civilisation quand cette loi ne changera pas la vie de ceux qui ne sont pas concernés. Quand on a les yeux rivés au ciel, on ne regarde pas derrière soi, juste pour constater qu’on a soi-même anéanti des Cultures par l’évangélisation forcée.

Ces croyants reviennent à la nature, avancent des justifications d’ordre naturel, pour combattre le Mariage pour tous. Allons-y avec la nature. La nature source de toutes les religions ?  Fortement influencé par les recherches du théologien Rudolf Otto (Le Sacré), Mircea Eliade propose, dans Le Sacré et le Profane, que l’Immaculée Conception soit la conversion des grandes déesses mères des croyances primitives, la nature herselves, celle qui s’enfante toute seule.

Le Grand Rabbin de France nous dit, en substance, que les homosexuels ne peuvent pas avoir les mêmes droits. Le représentant des Musulmans nous rappelle, également en substance, que le Coran maudit l’homosexualité. Celle des bouddhistes ne sait pas quoi dire ; elle propose un référendum (pour savoir si les homosexuels peuvent avoir les mêmes droits civils que les autres et qui se transformerait en referendum contre la majorité). Je ne me souviens plus de ce qu’à dit le représentant des protestants, mais il est contre ce projet de loi.

Si tous ces gens croient à une forme de résurrection après la mort, qui se mériteraient le temps de la vie terrestre en se conformant à certains principes religieux, personnellement, je pense comme Jeanne Calment (morte à 122 ans), quand on lui demandait, à la fin de sa vie, si elle avait une idée de ce qu’elle trouverait après la mort. « Rien », avait-elle répondu.

Pour moi, la mort a quelque chose à voir avec les souvenirs que je pourrais avoir de l’année 1852 : aucun. Ce n’est pas que j’ai oublié, je n’existais pas. Si je crois quelque part à l’éternité, c’est sous la forme d’une verticale du temps. C’est une question d’intensité de vie, pas de renouvellement de la durée. Si le Sacré fait indéniablement partie de l’homme, mon humble avis est que personne n’a besoin de guichet pour y accéder. Finalement, je pense que les religions ont inventé la vie à crédit avant les banquiers.

La désintégration de la civilisation annoncée par les opposants au mariage ouvert aux homosexuels révèle la place qui a été donnée à l’homosexuel dans la société. Pas le meilleur endroit. Mais voilà,  l’homosexuel ne veut plus rester en marge. Il veut s’affranchir de la sous-citoyenneté. Il veut l’égalité. Il  sait qu’il n’est coupable de rien. La comparaison de cette libération avec celle des femmes, maintes fois mise en avant, est juste.

Quelques pas vers la disparition de la pensée homophobe menacent la construction de certains ; ceux dont la personnalité s’affirme notamment par le dénigrement de l’homosexuel.

Le machisme comme l’homophobie imprègnent notre société, en  permanence, insidieusement.  Un grand nombre de ceux qui véhiculent ces idées, ces allusions, ces comportements, ne sont pas conscients de leur portée. La somme de ces réflexes créent les monstres écrasants du machisme et de l’homophobie.

Pierrick Moritz

*En 1998, lors du débat sur le PACS à l’Assemblée Nationale, le député Pierre Lellouche a lancé en parlant des homosexuels « il n’y a qu’à les stériliser ! » (compte rendu officiel du débat parlementaire du 8 novembre 1998).

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Catégories :Histoire sociale

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