La manifestation pour l’égalité du 27 janvier sera aussi portée par la colère

La manifestation parisienne du dimanche 27 janvier révèlera l’ampleur de la mobilisation en faveur du Mariage pour tous, deux jours avant le début du débat sur le texte à l’Assemblée Nationale. Pour la majorité, il s’agit de défendre un projet de loi concernant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, et  tous les droits qui en découlent. L’adoption pour les célibataires dont homosexuels est légale depuis 1966 ; 30.000 à 40.000 enfants vivent dans des familles homoparentales en France.

Rappelons que la Procréation Médicalement Assistée et la Gestation Pour Autrui, qui ne sont pas inventions du Mariage pour tous, ne sont pas incluses dans le projet. Si l’on est en droit de penser ce que l’on veut de ces actes médicaux, personne ne peut aujourd’hui empêcher les hétérosexuels et homosexuels décidés à se rendre dans les pays où ils sont rendus possibles.

Derrière le combat de premier plan pour l’égalité, la manifestation  du 27 janvier devrait aussi être fortement animée par le ras-le-bol des homosexuels, de leur famille et de leurs amis face au dénigrement vipérin dont font preuve les principaux opposants au projet, dont certains veulent plus sûrement imposer le modèle familial catholique sous un masque rose bonbon du droit de l’enfant (la Convention Internationale des Droits de l’Enfant a été proclamée par l’ONU en 1989 et ratifiée par la France l’année suivante). Sous l’effet d’une exposition médiatique inespérée, certains représentants anti-Mariage pour tous semblent aujourd’hui en proie à une inquiétante inflation de la personnalité, quand l’opposition pense avoir trouvé un os à ronger au risque que celui-ci lui reste en travers de la gorge.

Derniers propos ambigus, en date d’hier, ceux de Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, association notamment anti-avortement créé par Christine Boutin, tenus lors de la convention UMP. Monsieur Derville glisse une réflexion sur le mariage impossible des handicapés mentaux dans le contexte d’un débat portant sur une loi concernant le droit des homosexuels au mariage. L’auteur s’est défendu de l’interprétation qui pouvait être faite de ses propos, notamment sur France Info, aujourd’hui (http://www.franceinfo.fr/societe/les-choix-de-france-info/tugdual-derville-sur-le-mariage-homosexuel-francois-hollande-peut-revenir-en-871939-201)

Alliance Vita présente également sur son site, depuis le 26 juin,  un extrait de l’étude de Mark Regnerus intitulée How different are the adult children of parents who have same-sex relationships? Findings from the New Family Structures Study (Quelles différences pour les enfants devenus adultes dont les parents ont eu des relations homosexuelles ?), des travaux publiés aux États-Unis – le 11 juin – dans le cadre d’une collection de Social Science Research intitulée Étude des nouvelles Structures Familiales (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0049089X12000610)

En fin d’article, Alliance Vita met en garde quant aux interprétations  – on se demande bien lesquelles –  qui pourraient être faites de données peu favorables aux parents « ayant eu des relations homosexuelles », mais contenues dans une rubrique intitulée « Notexpert ». Les responsables d’Alliance Vita  ignorent probablement que cette « étude », réalisée par un catholique conservateur, a été financée par les Bradley Foundation et Witherspoon Institute, notamment connus pour leur engagement contre le mariage gay aux États-Unis.

Depuis sa publication, cette étude  fait l’objet d’un véritable tollé de la part d’associations de défense des homosexuels et d’universitaires américains, avec des remises en question de la méthodologie employée.

Debra Umberson, professeur de sociologie à Austin, là où enseigne également Mark  Regnerus, a  écrit  « En tant que sociologue de la famille à l’Université du Texas, je suis troublée par sa représentation irresponsable et imprudente de la recherche en sciences sociales, et furieuse qu’il souille mon université pour donner de la crédibilité à ses conclusions » dans un article publié dans le Huffington Post rapporté ici : http://www.insidehighered.com/news/2012/07/13/ut-austin-scrutinizes-ethics-controversial-same-sex-parenting-study. L’universitaire se dit en désaccord avec des méthodes d’échantillonnage, qui lui paraissent truquées car concernant des enfants qui avaient connu des difficultés pour des raisons autres que l’orientation sexuelle de leurs parents.

Commentant son travail dans le cadre des attaques dont il fait l’objet, Regnerus a notamment déclaré à Social Science Research que son étude « faisait apparaître clairement que les enfants sont plus aptes à réussir en tant qu’adultes quand ils passent toute leur enfance avec leur mère et un père mariés, et surtout lorsque les parents restent mariés ». Ces propos induisent que les enfants de divorcés vivant dans des familles recomposées ou avec un parent célibataire seraient moins aptes à réussir leur vie. La supériorité du modèle de la famille catholique, où le divorce et l’IVG ne sont pas supportés, est implicitement mise en avant. Si l’on suit le raisonnement de l’auteur, un enfant vivant avec un père et une mère mariés ayant des comportements violents et/ou souffrant d’alcoolisme aurait donc plus de chances de devenir un adulte épanoui. Bien entendu, pas de réponse sur ses chances de devenir un adulte heureux quand il est élevé par un couple homosexuel harmonieux et stable.

Dans un article publié dans le Daily Mail en septembre 2012, Mark Regnerus finit par dire qu’il  « est certainement exact d’affirmer que l’orientation sexuelle ou le comportement sexuel des parents n’ont rien à voir avec la capacité d’être un bon parent ». On ne comprend plus rien puisque, visiblement, lui non plus.

L’opposition, principalement l’UMP, aux abois, reconnaît une planche de salut en exploitant de manière populiste le Mariage pour tous. Dans le cadre d’un opportunisme cousu de fil blanc, le projet de loi lui permet de mettre déjà un exploit à son actif : celui du courrier dont l’acheminement doit probablement être le plus cher de l’histoire de la République. Le 23 janvier, une délégation de dizaines de députés, sénateurs et maires a ainsi parcouru le chemin entre l’Assemblée Nationale et l’Élysée pour remettre une lettre exigeant de soumettre le projet de loi à un référendum.

Ce contexte a permis la libéralisation de la parole homophobe. Pour des propos scandaleux tenus sur Twitter, des démarches d’associations sont actuellement en cours pour obtenir les coordonnées de leurs auteurs et intenter des actions en justice. Les appels affluent à SOS Homophobie depuis décembre. L’association Le Refuge, seule structure en France, conventionnée par l’Etat, à proposer un hébergement temporaire et un accompagnement social, médical et psychologique aux jeunes majeurs, filles et garçons, victimes d’homophobie, est tout autant débordée avec un afflux d’appel sur sa ligne d’urgence en janvier.

La violence vécue par les homosexuels, leurs parents et leurs amis devant le spectacle de centaines de milliers de personnes contestant leur droit à l’égalité, le 13 janvier, dans les rues de Paris, devrait également renforcer la mobilisation de masse et la détermination le 27 janvier.

Pierrick Moritz

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Catégories :Histoire sociale, Paris

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