Ubérisation – Collections, antiquités, … : comment les vendeurs particuliers ont tué leur poule aux œufs d’or

Le marché colossal des biens d’occasion, incluant les objets de collection, les antiquités, les objets et les œuvres d’art, est l’un des premiers secteurs économiques au monde à avoir été ubérisé. Pour une période de vingt ans dans l’histoire de ce commerce, jamais de tels volumes de marchandises aussi variées n’ont probablement été éparpillés sur la planète.

Dès 1995, aux États-Unis, en utilisant la nouvelle plate-forme de courtage de l’Internet Auction Web, vite rebaptisée eBay, les vendeurs particuliers ont commencé à abandonner les services des intermédiaires traditionnels du secteur.

Adieu dépôts-vente, brocanteurs, antiquaires, maisons de ventes aux enchères : les particuliers réalisent des transactions entre eux et avec la clientèle acheteuse des professionnels. Le système est autrement plus efficace que les rubriques Petites annonces de la presse. Les frais de mise en vente et les commissions sur le prix de vente sont attractifs. Les gains sont théoriquement supérieurs.

Ebay s’installe en France à l’automne 2000. L’entreprise américaine rachète l’année suivante le concurrent local IBazar, premier site français d’enchères entre particuliers, installé deux ans plus tôt sur le Web. Positionnée sur le même créneau depuis 1999, la plate-forme française d’Aucland ne résistera pas au succès d’eBay.

Créée en 2000, la plate-forme Delcampe, spécialisée dans les objets de collection, existe toujours. Elle doit probablement sa survie à une forte notoriété dans les niches des timbres et des cartes postales de collection.

Au bout de quelques années, la méfiance première d’une majorité de vendeurs et d’acheteurs particuliers français pour ces plates-formes de courtage de l’Internet s’est très largement dissipée, au grand dam des professionnels. Le nombre de membres inscrits sur la version française d’eBay se chiffre en millions. Vendeurs et acheteurs particuliers réalisant des affaires entre eux pour des objets de collection, des antiquités, des objets et des œuvres d’art en constituent une part non négligeable.

Conséquence attendue ; conséquence moins attendue

La conséquence la plus prévisible d’un tel brassage de marchandises par des particuliers est une descente aux enfers en règle des prix des pièces courantes. L’offre pour cette catégorie est devenue rapidement pléthorique dans la vitrine mondialisée de l’Internet, avec des dizaines d’exemplaires identiques proposés à des prix extrêmement variables et au même moment.

La situation met en lumière le rôle majeur des professionnels dans la régulation du marché.

Certains ont vu valeur de leurs « trésors familiaux» s’effondrer. Il s’agit, par exemple, de celle des millions de pièces produites en séries pour la bourgeoisie au XIXe et au début du XXe siècle, et notamment distribuées par les grands magasins parisiens. La cote du mobilier plus ou moins courant des XVIIIe et XIXe siècles, déjà en petite forme avec l’installation d’une génération préférant encore plus le contemporain que celle qui la précède, en a pris encore un coup.

La multiplication des vide-greniers de particuliers à partir du début des années 1990 – également époque du plein essor des dépôts-vente – avait amorcé cette dévalorisation, mais dans une bien moindre mesure.

Le phénomène semble aujourd’hui irréversible. On peut même dire que la situation empire, en s’élargissant à de nouveaux types d’objets courants, et avec des prix qui ne cessent de plonger d’une année sur l’autre.

La valeur de plus en plus d’objets autrefois vendus sans difficultés pour quelques dizaines d’euros par des brocanteurs professionnels se rapprochent désormais de l’euro symbolique sur les vide-greniers. Pour des victimes relativement récentes, on peut citer les pièces courantes anciennes en grès du Beauvaisis, en poterie ou porcelaine de Wedgwood ou en faïence de Jersey.

collections, antiquités, débarras

Photo de vide-greniers parisien d’une époque révolue : l’assèchement en objets anciens intéressants est général sur le grand marché de la vente entre particuliers.  Photo : PM

Si l’utilisation massive et non régulée des plates-formes de courtage de l’Internet ouvertes aux particuliers a dévoilé de manière implacable les très importants stocks de certaines marchandises anciennes, elle a aussi révélé à la marge que certaines pièces étaient devenues rares pour avoir souffert pendant des décennies de la réputation d’être…trop courantes.

Une spécialité concernée de manière évidente est celle des cartes postales de collection, où certains exemplaires se vendent au-dessus des €1.000 (dont pour des vues de la Chine continentale et de Hong Kong, bénéficiant actuellement d’une forte demande).

Aux débuts de l’activité en France des sites de courtage en ligne de l’Internet, de prétendues raretés du domaine des cartes postales de collection, échangées auparavant de manière confidentielle et sans que l’on puisse avoir une idée du nombre réellement en circulation, y sont apparues simultanément par centaines.

Ce phénomène a provoqué des bouleversements majeurs concernant les cotations, et une plus grande prudence pour la spécialité en général. Dans le même temps, certaines cartes postales se sont avérées plus rares qu’on ne le pensait. Il peut subsister moins d’exemplaires d’une carte postale ancienne éditée à plusieurs milliers d’exemplaires que d’une autre dont le tirage a été plus confidentiel. Les collectionneurs auront plus souvent rejeté la première et conservé la seconde.

Quand les prix de pièces de qualité sont attaqués

Au milieu des années 2000, alors que la chute des prix des objets de collection et des antiquités plus ou moins courants n’en finit plus, on remarque une présence beaucoup plus marquée de pièces de bien meilleure qualité proposées par des vendeurs particuliers sur une plateforme de courtage en ligne comme eBay.

La « pleine confiance » pour ce système de vente est alors au zénith. Les prix de ces objets de collection, antiquités, œuvres et objets art, dont la juste valeur peut atteindre plusieurs milliers d’euros, commencent alors à dévisser. Les meilleures affaires ont probablement été réalisées pendant cette période.

Cette baisse des prix pour ces pièces de qualité est engendrée par un faisceau de raisons concourant à l’élimination d’un grand nombre de concurrents potentiels, inconvénient propre à l’utilisation du principe des enchères sur un tel site.

Pour des objets susceptibles d’être enlevés à au moins quelques centaines d’euros, la clientèle est nettement plus limitée sur cette plate-forme populaire, et d’autant plus en période d’incertitudes économiques.

Le groupe de personnes susceptibles d’acquérir ces objets est d’autant moins concurrencé que les professionnels, membres d’une profession très encadrée, évitent théoriquement de se manifester sur de tels biens lâchés à très bas prix par des vendeurs particuliers. En dehors du risque d’une origine douteuse, le vendeur particulier peut se retourner contre eux en cas d’erreur de substance de sa part.

Le nombre de compétiteurs est encore restreint par le fait que ces ventes sont majoritairement réalisées par correspondance, sur photographies, et sans garantie des indications données par des vendeurs particuliers non tenus d’accepter le retour de marchandises payées au moins plusieurs centaines d’euros.

Les mises à prix ridicules, dépréciant des marchandises de valeur difficiles à identifier par le commun des amateurs, n’arrangent rien.

Cette braderie s’intensifiera avec les peurs engendrées par la crise financière de 2007-2010. Elle affectera le monde des ventes aux enchères publiques, avec une baisse du montant des adjudications et une augmentation des invendus pour des pièces comparables. Mais ce phénomène ne durera pas.

………….,70 % de l’article reste à lire.

Cet extrait de l’article L’ubérisation du marché des objets de collection, des antiquités et des objets et des œuvres d’art est tiré de ma publication Antiquités, collections, objets et œuvres d’art – Réponses aux vendeurs particuliers, une suite de 5 articles non illustrés proposée en version numérique sur Amazon (publication : 9 juillet 2016). Il correspond à peu près au passage pouvant être lu gratuitement sur cette plate-forme.

Le volume de l’ensemble correspond à un format journalistique de 69 feuillets de 1.500 signes espaces compris.

L’intégralité du texte est protégée par dépôt d’empreinte numérique.

Pierrick Moritz

Publicités


Catégories :Analyses (marché de l'art), Antiquités, Collections, Livres, Marché de l'art

Tags:, , ,

1 réponse

Rétroliens

  1. Marché de la brocante et des petites antiquités, secteur « ubérisé » depuis 1995 : échec d’une démocratisation – Art Without Skin, l'art sans la peau

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :