Marché de l’art : faux et semblant de faux

À la différence de la copie, reproduction vendue en tant que telle, le faux est destiné à tromper. Pour faire naître l’espoir d’une plus-value importante auprès d’amateurs peu éclairés, le faux sera souvent proposé à un prix qui serait extrêmement avantageux s’il s’agissait d’un original.

Quand les matériaux employés pour créer une copie d’ancien sont contemporains de l’époque de sa réalisation, ceux utilisés pour construire un faux peuvent avoir l’âge d’une pièce authentique.

Tubes de gouache ou d’huile, pots de pigment, liants, bâtons de pastel et autres crayons, même vieux d’un siècle, sont souvent encore utilisables. On peut voir ces matériaux d’époque sur des stands des brocantes et sur des sites de vente de produits d’occasion de l’Internet. Ils sont parfois vendus dans des mallettes d’origine plus ou moins complètes.

Les faussaires ont toujours recherché les supports d’époque, vierges ou que l’on peut débarrasser d’une peinture sans valeur : panneaux de bois, toiles préparées ou non, en rouleau ou montées sur châssis. Ils peuvent même avoir utilisé des toiles provenant des boutiques où les peintres qu’ils entendent imiter s’approvisionnaient habituellement.

Les marchands de couleurs parisiens de l’époque de l’art moderne, par exemple, ont vendu les mêmes toiles vierges à des artistes reconnus et à de simples amateurs. Ces supports portent au dos les mêmes tampons de fournisseurs.

Mais certains peintres fabriquaient eux-mêmes les matériaux qu’ils employaient, des couleurs jusqu’aux châssis des toiles. Créer de fausses œuvres de ces artistes est beaucoup plus compliqué, et ceci d’autant plus que certains pouvaient mêler les matériaux les plus divers à leurs couleurs (du sable, de la terre,…).

Le faussaire est aussi amateur de papier vierge ancien, extrait de blocs partiellement utilisés ou constituant la page de garde de livres. La date de fabrication inscrite en filigrane sur certains papiers de qualité ancien, comme ceux de la marque Whatman pour le XIXe siècle, n’est pas un critère suffisant pour affirmer l’authenticité d’une œuvre. Le faussaire travaille aussi sur les formats habituels de l’artiste.

 

Statuette féminine Teke

Cette représentation d’un personnage féminin possède à première vue des caractéristiques du faux dans l’art africain ancien, comme une rangée de petits trous artificiels dans le dos et au sommet de la coiffe, et également une patine exagérée par un vernis. Une photographie datant des années 1970 la montre transformée en pied de lampe. Les trous dans le dos correspondent aux empreintes de petites fixations posés pour maintenir le fil courant jusqu’à la coiffe, où se trouvait la douille pour l’éclairage ; un interrupteur était posé à l’arrière du socle non d’origine. Le vernissage date possiblement de l’époque du montage en pied de lampe. Un expert parisien réputé la définit comme « probablement authentique » (c’est-à-dire ancienne et cultuelle), donne une valeur potentielle de plusieurs milliers d’euros, tout en regrettant qu’elle ait été « très vernie ». Il s’agit d’une figure d’ancêtre Teke (Congo-Brazzaville), de type butti (présence d’une relique)*, bois à patine rougeâtre, hauteur (sans le socle) : 28 cm environ. **

Il est d’autant plus indispensable de confier les œuvres d’art à des professionnels chevronnés de l’expertise que le champ des possibilités pour authentifier des pièces du même type est très vaste, et avec une multitude de combinaisons.

Par exemple, une mention manuscrite plus ou moins apparentée à une signature et considérée comme ayant été ajoutée par une autre main que celle de son créateur sur une œuvre qui en était dénuée à l’origine ne veut pas systématiquement dire qu’il s’agit d’un faux. Ce cas de figure peut être trouvé sur des œuvres sur papier : on aura ajouté le nom du créateur dans la marge d’une œuvre authentique après une recherche.

Il faut aussi penser aux possibles erreurs d’attribution occasionnées par ce type de démarche. Ici, le faux nom inscrit sans intention de tromper peut très bien dévaloriser l’œuvre dans le sens où les créations du véritable auteur sont beaucoup plus recherchées.

On peut toujours penser que cette analyse pour un cas d’œuvre sur papier tient du bon sens. Par contre, peu de gens sont capables d’imaginer le cas de la signature d’un peintre ayant eu sa petite heure de gloire placée sciemment par un faussaire sur une œuvre non signée d’un artiste inconnu au moment de la malversation….et devenu très célèbre par la suite.

……

Cet extrait provient de l’article sur les faux et les copies situé dans mon guide Antiquités, collections, objets et œuvres d’art – Réponses aux vendeurs particuliers***. Il correspond à 27 % de l’article intégral.

Pierrick Moritz

* Voir Fétiches et objets ancestraux d’Afrique/African Festishes and Ancestral Objetcs, par François Neyt et Hughes Dubois, sous la direction de Didier Claes, 5 Continents Éditions, distribué par Le Seuil, 2013.

** Cette illustration ne fait pas partie de la source Antiquités, collections, objets et œuvres d’art – Réponses aux vendeurs particuliers. Sa légende est une adaptation d’informations provenant du texte original.

*** Antiquités, collections, objets et œuvres d’art – Réponses aux vendeurs particuliers, document non illustré, 52 pages non illustrées au format Kindle, publié en juillet 2016, en vente sur Amazon (2,90€), disponible uniquement en version numérique. L’intégralité du texte est protégée par dépôt d’empreinte numérique.

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Catégories :Analyses (marché de l'art), Art d'Afrique, Art moderne

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