L’art traditionnel chinois relève du perfectionnement continu

Pour l’Occidental, l’art traditionnel chinois est souvent répétitif, immuable, alors qu’il relève du perfectionnement continu. Après l’arrivée du bouddhisme en Chine, venu d’Inde au 1er siècle après J.-C., les influences étrangères ont agi de manière globalement relative sur l’art traditionnel chinois.

Les efforts des créateurs jésuites pour imprégner l’art chinois d’art occidental, notamment au XVIIIe siècle, envisagés comme un moyen de rapprocher la Chine du christianisme, n’ont pas porté leurs fruits. L’empreinte occidentale laissée en Chine du XIXe au début du XXe siècle est plutôt celle de la violence. Quant à l’art chinois contemporain, il conserve une forte identité chinoise. Il ne succède pas à la peinture traditionnelle. Il ne correspond pas à un remplacement, à une amélioration ou à un rajeunissement. Il s’agit d’un volet supplémentaire dans le domaine de la création en Chine.

Malgré les périodes d’affaiblissement politique et économique, les mouvements réformistes, les soulèvements intérieurs, les guerres et les invasions durant la longue histoire de la Chine – et avec une séquence de concentration de ce type d’évènements courant sur le XIXe et le XXe siècle, la culture traditionnelle chinoise a très bien résisté.

L’habitude du perfectionnement continu dans des arts traditionnels millénaires, et souvent pluridisciplinaires, a transporté intacte jusqu’à nous une mémoire forgée dans la nuit des temps. Une céramique chinoise d’époque contemporaine peut cumuler plusieurs mémoires d’arts existant déjà dans l’antiquité chinoise : céramique, bronze antique pour la forme, peinture, calligraphie et art des sceaux. Celle-ci véhicule l’entier trésor de la pensée chinoise.

Le confucianisme

L’étranger arrivant en Chine pour la première fois est frappé par l’extrême bienveillance des habitants. Cette qualité est liée au ren, synonyme de compassion et valeur suprême du confucianisme. L’honnêteté est également l’un des grands préceptes de ce monument de la pensée chinoise. Le culte rendu à Confucius (vers 551-479 avant J.-C.) et l’enseignement du confucianisme ont été systématisés par l’empereur Han Wudi (règne : 141-87 avant J.-C.), soit presque 400 ans après la mort du Maître.

Le confucianisme, c’est aussi la méritocratie. L’enseignement doit être ouvert à tous, quelle que soit l’origine sociale ; chacun par ses efforts doit pouvoir rejoindre l’élite de la société. Il promeut l’autodiscipline et le perfectionnement, le respect des valeurs filiales, des rites, des règles et des autorités, la transmission des traditions, la recherche du « juste milieu », l’action, « l’aménagement du monde », la responsabilité individuelle et collective.

Selon Confucius, l’homme de bien sait pratiquer les « six arts » que sont les rituels, le tir à l’arc, la conduite de char, la musique, les mathématiques et la calligraphie. Les représentations de Confucius et de ses disciples sont très présentes dans l’art chinois, notamment dans la sculpture et dans la peinture. Jusque dans les années 1890, la connaissance des textes confucéens était obligatoire pour les aspirants fonctionnaires.

Le confucianisme s’appuie sur deux groupes de textes, principalement datés de l’époque des Zhou (vers 1050-256 av. J-C), nommés Les Cinq classiques et Les Quatre Livres.

Les Cinq Classiques sont le Yi King ou Livre des Transformations (apparenté à un ouvrage de philosophie), Les Annales des Printemps et des Automnes, annales du pays de Lu (énumération de faits historiques d’une époque où l’autorité des rois est malmenée par les luttes et coalitions des seigneurs des petits états qui fragmentent la Chine ), Le Classique des Documents ou Classique de l’Histoire ou Chou King (recueil de consultations, d’instructions, de déclarations et autres commandements décrits sur un mode administratif ; certains seraient d’origine mythique), Le Classique des Vers ou Livre des Odes (comprenant des chansons populaires) et Le Classique des Rites (règles de la société civile et de l’État). Le Classique de la Musique, ouvrage perdu, est parfois ajouté à ce groupe.

Les Quatre livres sont Les Entretiens de Confucius, Le Mencius, La Grande Étude et L’Invariable Milieu.

Lié à l’image de la Chine impériale, le culte confucéen fut interdit en Chine en 1912. Les intellectuels du Parti Communiste Chinois, fondé en 1921, se disaient libérés du confucianisme. Le confucianisme a été particulièrement malmené pendant la Révolution culturelle (1966-1976).

Bouddhisme – Le confucianisme reste à l’écart des religions

Les plus anciennes sculptures bouddhiques connues en Chine sont datées vers la deuxième moitié du Ve siècle. Le bouddhisme, religion étrangère parfois perçue comme rivale du confucianisme et du taoïsme dans l’histoire de la Chine, ou encore cible de poussées nationalistes, a connu des fortunes diverses selon ses courants et les périodes. Des mouvements hostiles au bouddhisme, pouvant aller jusqu’à la proscription, sont enregistrés aux Ve, VIe, IXe et Xe siècles, et chez des lettrés chinois au XVIIe siècle.

Les représentations bouddhiques vues dans l’art chinois sont, entre autres, les différents bouddhas, dont Shakyamuni, le bouddha historique ; Guanyin, un des nombreux bodhisattva associés à la compassion (comme la Tara blanche, divinité féminine présentant sept yeux), dont l’image se féminise au cours de l’histoire de l’art chinois ; le moine Budai ou Milefo – figure populaire, hilare et ventripotente, incarnation en Chine de Maitreya, Bouddha du futur ; le groupe des huit symboles bouddhiques (la conque, le lotus, le dais, l’ombrelle, la jarre, le poisson, le nœud sans fin et la roue flamboyante) ; le swastika.

Les jésuites, en charge de l’entreprise d’évangélisation de la Chine, à partir du dernier tiers du XVIe siècle, comprirent très vite que le confucianisme constitue la plus puissante muraille de la civilisation chinoise. Ils présentèrent le catholicisme comme une « version améliorée » du confucianisme.

L’Église catholique était considérée comme une secte par beaucoup de Chinois, y compris parmi les plus puissants. Le confucianisme reste à l’écart des religions. La tolérance envers les chrétiens, dont les jésuites furent les premiers représentants en Chine, relevait avant tout d’une nécessité commerciale, diplomatique et scientifique.

En 1715, alors que les conversions de Chinois au catholicisme s’étaient multipliées en Chine, le pape Clément XI décida de faire interdire les rites traditionnels par les missionnaires présents dans le pays. Ainsi commença une longue séquence de rejet pour les catholiques de Chine, de plus en plus assimilés à des agitateurs étrangers. Les missionnaires furent expulsés des provinces chinoises, et fixés exclusivement à Pékin ou à Canton s’ils ne voulaient pas quitter le pays.

La stratégie de rapprochement entre art européen et art chinois par les jésuites pour évangéliser la Chine ne porta jamais ses fruits. L’empreinte laissée par les jésuites en Chine est un témoignage de la rencontre entre la Chine et l’Europe, qui ne relève pas d’un mariage.

Malgré un contexte de rejet envers les catholiques, des jésuites comme Giuseppe Castiglione (1688-1766 ; arrivé en Chine en 1715) et Michel Benoist (1715-1774 ; arrivé en Chine en 1744 ou 1746), résidaient à la cour grâce à leur très grand génie créateur, et à une soumission totale à l’empereur. Les conditions de vie des jésuites à la cour de l’empereur étaient particulièrement rudes.

Dans un passage des Lettres édifiantes et curieuses concernant l’Asie, l’Afrique et l’Amérique, le jésuite Jean-Denis Attiret (1702-1768), peintre officiel à la cour pendant le règne de Qianlong (1736-1795) parle de ses difficultés dans une missive datée de 1743 : « Être à la chaîne d’un soleil à l’autre ; avoir à peine les dimanches et fêtes pour prier Dieu ; ne peindre presque rien de son goût et de son génie, avoir mille autres embarras qu’il serait trop long de vous expliquer ; tout cela me ferait bien vite reprendre le chemin de l’Europe, si je ne croyais pas mon pinceau utile pour le bien de la religion, et pour rendre l’empereur favorable aux missionnaires qui la prêchent, et si je ne voyais le paradis au bout de mes peines et de mes travaux. C’est là l’unique attrait qui me retient ici, aussi bien que tous les autres Européens qui sont au service de l’empereur. » D’après cette lettre, et du point de vue occidental, les jésuites admis à la cour (logés, nourris, blanchis) sont traités sans égards particuliers – mais c’est l’honneur suprême en Chine que de voir l’empereur chaque jour.

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Cet extrait est tiré de Les Valeurs de l’art chinois, mémoire totale de la pensée chinoise – Culture et enchères, il correspond à 17 %, espaces non compris, de l’article entier et à son début ; et à 5,5 %, espaces non compris, de l’ensemble du document regroupant quatre articles.

Les Valeurs de l'art chinois, mémoire totale de la pensée chinoise par Pierrick Moritz

Les Valeurs de l’art chinois, mémoire totale de la pensée chinoise – Culture et enchères par Pierrick Moritz, publié le 22 février 2017, document non illustré, disponible uniquement en version numérique sur Amazon, 90 pages au format Kindle, 2,67 euros. Peut être lu sans appareil Kindle, avec l’application gratuite pour smartphone, tablette ou ordinateur téléchargeable sur la page Amazon.

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Catégories :Analyses (marché de l'art), Art chinois, Chine, Livres, Marché de l'art

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