Culture chinoise – Le Yi King : trouver les bonnes questions pour maîtriser son destin

Pour l’Occidental, le confucianisme, en prise avec la réalité, s’oppose souvent au monde mystérieux et libre du taoïsme, contemplatif, connecté à la nature et à l’univers, à la recherche de secrets derrière l’invisible. Dans la pensée chinoise, confucianisme et taoïsme s’ajoutent et s’interpénètrent sans contradictions. Ainsi, le Yi King, Livre des transformations (ou mutations), monument de la pensée chinoise livrant des conseils pour orienter sa vie, présente des liens avec le taoïsme tout en étant l’un des cinq classiques confucéens.

Divination ou lecture directe

On peut accéder aux réponses aux questions par un tirage au sort avec des tiges d’achillée ou des pièces de monnaie. Le Yi King est alors appréhendé par la divination, domaine lié aux sociétés archaïques et au taoïsme. Les propositions peuvent aussi être trouvées par une lecture directe, démarche réclamant un plus grand effort. On entre ici dans une histoire de volonté toute confucéenne. L’ouvrage est avant tout un support de méditation pour tenter d’influer sur son destin par la connaissance de soi. Le confucianisme se méfie des miracles, et le Yi King ne fournit pas de solutions de ce type. Il donne des orientations reposant sur l’expérience et l’observation. Ses réponses sont rationnelles et logiques.

Le Yi King réussit une transcription des mouvements, des transitions et des tendances logiques portant sur les états et les situations

Étienne Perrot (1922-1996), traducteur en français de la traduction en allemand de Richard Wilhem (1873-1930), considère le Yi King comme « le plus ancien livre de la Chine », du fait de « l’antiquité immémoriale des hexagrammes, ossature du Livre…». Le Yi King utilise le principe des deux énergies primordiales du yin et du yang, mâle et femelle, contenues en un « atome », symbolisant la dualité et la complémentarité en toute chose, où la faiblesse est liée à la force correspondante, avec les principes d’interpénétration et d’engendrement des opposés. Le Yi King réussit une transcription des mouvements, des transitions et des tendances logiques portant sur les états et les situations, dont aucun n’est jamais figé et définitif et peut être en quelque sorte « rectifié » par la personne concernée.

Arithmétique binaire

Le Yi King comporte 64 hexagrammes constitués sur la base de huit trigrammes. Par le jeu des combinaisons, ces trigrammes seraient capables de restituer toutes les possibilités de situations et de transformations des situations. L’hexagramme a une signification générale et les deux trigrammes le composant donnent plus de détails. Ces traits ont soit la forme d’un trait plein (yang), soit celle d’un trait interrompu en son centre (yin). Selon le cas de figure, ils sont désignés comme « forts » ou « faibles » et ont une signification précise. Dans la consultation avec des tiges d’achillée ou des pièces de monnaie, les traits de l’hexagramme sont tirés les uns après les autres. Chaque tirage donne un chiffre correspondant à un trait yin ou à un trait yang. Le système du Yi King a été rapproché de l’arithmétique binaire par Leibniz.

Repenser les questions

Devant des propositions n’apparaissant pas comme adaptées, le Yi King offre la possibilité de repenser la question dans le cadre du tirage au sort, ou de chercher une autre réponse à travers une lecture directe. Le Yi King est un outil d’autoanalyse, permettant l’émergence de la véritable préoccupation à force de repenser la question. Trouver la bonne question rapproche forcément de la bonne réponse. Le Yi King a suscité l’intérêt de Karl Gustav Jung, grand chercheur sur les principes d’individuation et de maturation psychologique.

Loi naturelle : vertu, prestige, plénitude, déclin, résurrection éphémère, épuisement et extinction

Le mouvement en toute chose ponctué d’étapes prévisibles à partir de la connaissance desquelles l’individu peut influer sur son destin, notion se dégageant du Yi King, est visible dans les narrations anciennes des cycles suivis par les dynasties royales chinoises précédant l’ère impériale. Elles sont par exemple rapportées par Marcel Granet dans La Civilisation chinoise, la vie publique et la vie privée (Renaissance du Livre, 1929). L’auteur explique que les fins de ces dynasties sont toutes marquées par un dernier représentant perdant définitivement ses repères moraux (tyran, se livrant à la débauche, prodigue, ne respectant plus aucune règle comme celles des offrandes aux ancêtres…). Ces manquements provoquent des phénomènes naturels prémonitoires : sécheresses, tremblements de terre, chutes de météorites, et parfois « l’apparition simultanée de deux soleils », annonciatrice d’une nouvelle dynastie. Le mauvais roi, ne remplissant plus le mandat du Ciel, est chassé par un nouveau roi vertueux. Ce dernier fonde la nouvelle dynastie, attire des esprits brillants, sait s’entourer de sages et d’inventeurs. Le parcours de ces dynasties s’inscrit dans un cycle logique et universel, valable pour toute séquence, dont les étapes sont connues dès leur commencement. Marcel Granet les énumère : vertu, prestige, plénitude, déclin, résurrection éphémère, épuisement et extinction ; le mandat céleste, fruit des mérites, autorise un être et une dynastie à régner de manière temporaire.

Pierrick Moritz

Source : Les Valeurs de l’art chinois, mémoire totale de la pensée chinoise – Enchères et culture. Février 2017. Publication numérique disponible sur Amazon. L’intégralité du texte est protégée par dépôt d’empreinte numérique.

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Catégories :Chine

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