« Bon Noël », 1948 : collage de Jacques Moutin et dédicaces de l’équipe de « Jardin des Modes » pour Lucien Vogel

Le nom de Lucien Vogel (1886-1954) est lié aux plus prestigieux magazines des années 1910-1950. L’homme a été novateur et conquérant dans la présentation contemporaine  de la mode et le photojournalisme. Entrepreneur génial, collaborant avec Paul Poiret, Sonia Delaunay ou Alexander Liberman dès la première heure, il a toujours su repérer les plus grands talents avant les autres, dont au sein de sa propre famille.

Ce visionnaire qui  déclara, en substance, que le génie des couturiers parisiens résidait dans le fait de pouvoir détruire une collection avec les créations de la saison suivante, s’intéressa à Christian Dior dès 1947.

En 1912, Lucien Vogel lance la luxueuse Gazette du bon ton – Art, mode et frivolités avec son épouse Cosette Vogel (qui deviendra la première rédactrice en chef  de la version française de Vogue, à sa création en 1920) et son beau-frère Michel de Brunhoff (futur rédacteur en chef du Vogue français). La publication, dix numéros par an diffusés à 2.000 exemplaires, est présentée comme une version moderne des recueils de mode de la fin du XVIIIe siècle, comme Le Cabinet des modes.

La direction technique de la Gazette du Bon Ton, qui paraîtra jusqu’en 1925, est assurée par des grands noms de la mode. Pour le premier numéro, il s’agit entre autres de Worth, Paquin et Poiret –  ce dernier créé, en 1918,  les décors et les costumes de Plus ça change, une pièce de théâtre délirante imaginée par Vogel en 1915.  La Gazette du bon ton reproduit des idées de vêtements pour femmes, pour enfants et pour hommes. Ils sont inventés par des artistes comme Léon Bakst, Bernard Boutet de Monvel, Paul Iribe ou Georges Lepape. Les nouveaux modèles des grands couturiers présentés dans la revue sont peints par les mêmes artistes. Coloriés au pochoir, ils sont montrés sur des planches hors-texte.  Les signatures des textes libres, liés à la mode, aux bijoux, aux accessoires vestimentaires, au spectacle et au sport, agrémentés de petites illustrations, ne sont pas moins prestigieuses : René Blum, Roger Boutet de Monvel, Marcel Astruc, Pierre Mac Orlan, Henri de Reigner, Jean-Louis Vaudoyer ou Gabriel Mourey.

En 1922, Vogel crée Le Jardin des modes, mensuel montrant, entre autres, des patrons et des pièces dessinées par des artistes, comme Sonia Delaunay en 1927. Michel de Brunhoff est rédacteur en chef. Le Jardin des Modes fera appel à des plumes prestigieuses, comme celles de Jean Cocteau, de Louise de Villemorin, de Jean Galotti ou de Philippe Soupault

Le photographe de mode Jacques Moutin (1926-1987), neveu de Lucien Vogel,  est nommé directeur artistique du Jardin des modes en 1946. Il révolutionne la photographie et le graphisme pour la mode, en mettant en avant l’esprit du modèle et de la tendance. Il introduit la narration dans les images de la mode, en opposition à la  présentation purement descriptive à laquelle le public était habitué. Jacques Moutin fera aussi appel à de très grands talents de la photographie, comme Maurice Tabard, Frank Horvat, Harry Meerson, ou Helmut Newton.  Le Jardin des modes perdurera jusqu’en 1992.

En 1928, Lucien Vogel crée le magazine d’actualité photographique Vu (information par l’image, et son pendant Lu, consacré à l’écrit). Le titre devient célèbre avec ses reportages sur les dangers du nazisme en Allemagne, dès le début des années 1930. En 1933,  sa fille Marie-Claude, qui  sera la compagne de Paul Vaillant-Couturier à partir de 1934 (elle l’épousera en septembre 1937, douze jours avant sa mort prématurée), reporter-photographe pour Vu, part avec une équipe en Allemagne. Elle y réalisera clandestinement les premières photographies des camps de concentration de Dachau et d’Oranienburg-Sachsenhausen.

Pour Vu, Lucien Vogel fait appel des photographes comme Man Ray, Germaine Krull, Elie Liotar, Brassaï ou le studio Kiefer/Dora Maar. Alexander Liberman, nommé directeur artistique de Vu en 1932, excellant dans la photographie comme dans l’écriture, publiera pour le Vogue américain une extraordinaire série de portraits de peintres ayant vécu en France, comme Matisse, Picasso, Léger et Rouault,  dont il décrit l’intimité artistique dans le détail. Ces reportages ont été réunis sous le titre Les Maîtres de l’Art contemporain, publié chez Arthaud en 1961. Lucien Vogel, exilé pendant la guerre, retrouvera Alexander Liberman à New York en 1945.

Les Vogel-Brunhoff, toujours à l’affut de la nouveauté, se sont intéressés à Christian Dior dès 1947, année de création de la maison Dior.

 

Jacques Moutin : Bon Noël, décembre 1948, collage, textile, bois, verre, dédicacé par  les dizaines d’employés du Jardin de modes (rédaction, création des patrons, publicité, administration,…). Inscription au dos « Carte de Noël des employés du Jardin des Modes à leur directeur LUCIEN VOGEL-Exécutée par Jacques Moutin en décembre 1948 ». Encadrement d’origine, sous-verre, bois et osier, par Dupré & Cie. Dimensions 36 x 29 cm. Collection PM. Photo : ©ArtWithouSkin.com.

Pierrick Moritz

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Catégories :Collections, Photographie, œuvres sur papier

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