Archive pour la catégorie ‘Art’

Art dans les ventes publiques : les deux enchères les plus importantes de 2011 en France réalisées par des études françaises

5 janvier 2012

Les deux enchères les plus élevées obtenues en France en 2011 ont été réalisées à Toulouse le 26 mars dernier par des commissaires-priseurs français et pour des objets d’art chinois. Marc Labarbe, de l’étude toulousaine qui a vendu un rouleau chinois de l’empereur Qianlong pour la somme astronomique de 22 millions d’euros sera, avec  Jack Philippe Ruellan et son étude de Vannes, le premier commissaire-priseur français à organiser une grande vente de vins français à Hong Kong en mai prochain.  

Le commissaire-priseur Marc Labarbe posant avec le rouleau d’une longueur de 24 mètres et datant du règne de l’empereur Qianlong. Crédit photo : étude Labarbe.

Avec une facture finale de 22,05 millions d’euros (17,8 millions hors frais), le rouleau impérial chinois long de 24 mètres ayant appartenu à l’empereur Qianlong (règne de 1736 à 1795), estimé 3 à 4 millions d’euros, et adjugé par Marc Labarbe à Toulouse le 26 mars dernier, constitue l’enchère la plus importante de l’année en France. Ce résultat dépasse très largement l’équivalent de 6 millions d’euros payé en octobre 2008 à Hong Kong pour la troisième peinture de cette même série qui en compte quatre, et les 6,06 millions engagés sur le rouleau impérial de la collection de Paul Doumer, un Banquet de la victoire dans les jardins de l’Ouest daté la même période, chez Christie’s Paris le 22 novembre 2005.

Détail du rouleau. Cette œuvre à sujet militaire intitulée Manœuvres, peinte par plusieurs artistes de la cour en 1748 ou 1749, et marquée de nombreux sceaux impériaux, fait partie d’une série de quatre, La Grande Revue. Crédit Photo : étude Labarde.

Il s’agit également de la plus grosse enchère jamais réalisée en France pour un objet chinois, record qui était auparavant détenu par Christie’s, pour une paire de cloisonnés payés 6,5 millions d’euros en juin 2007.

Selon le commissaire-priseurla facture astronomique a été réglée en 3 mois par l’acheteur chinois. Un délai très raisonnable pour ce type d’acquisition, et d’autant plus que les cas d’impayés sur les objets et œuvres d’art chinois importants ont été récurrents ces dernières années*. Et au point que certaines maisons de vente, comme Christie’s pour ses vacations dans la spécialité à Hong Kong, en sont venues à demander le versement de cautions aux enchérisseurs préalablement déclarés

Par ailleurs, et en collaboration avec le commissaire-priseur Jack Philippe Ruellan de Vannes, Marc Labarbe est le premier commissaire-priseur français à organiser une vente de vins à Hong Kong, les 11,12 et 13 mai prochains. 1200 lots de grands crus français y seront dispersés. Entre temps, il dirigera une autre vente d’art asiatique le 25 février et pour laquelle il annonce “d’autres surprises”.

La seconde enchère la plus élevée en France en 2011 a également été réalisée par une étude toulousaine et pour un objet d’art chinois. Il s’agit d’un sceau impérial en néphrite blanche de l’empereur Qianlong, payé 12,93 millions d’euros chez Xavier Marambat. Avec des enchères finales (donc hors frais) de 2,8 millions en 2010 et de 4,7 millions d’euros en 2008, cette étude française avait déjà vendu deux des sceaux impériaux chinois les plus chers du monde.

Ce sceau impérial payé 12,93 millions d’euros était estimé 1/1,5 million. Crédit photo : étude Marambat.

PM

*On se souvient notamment des têtes en bronze animalières de la vente Saint Laurent/Bergé, en 2009 chez Christie’s Paris, deux sculptures provenant de la fontaine zodiacale de l’ancien Palais d’été de Pékin pillé par les forces anglo-françaises en 1860 et vendues pour 31,5 millions d’euros avec les frais. L’enchérisseur, Cai Mingchao, célèbre pour être l’un des plus importants acquéreurs d’antiquités impériales chinoises, notamment en ventes publiques sur la place de Hong Kong, avait tenu une conférence de presse pour informer d’une démarche patriotique pour faire échouer la vente de ces trésors patrimoniaux. Pour un montant encore plus important, l’équivalent de 51 millions d’euros, un vase chinois d’époque Qianlong vendu par la maison de ventes britannique Bainbridges en novembre 2010 n’était toujours pas payé 5 mois plus tard.  En novembre 2011, le paiement devait se concrétiser mais, dans le cadre d’une rumeur contradictoire, l’opérateur déclarait dans les colonnes du Art Newspaper “qu’il n’était pas mesure de faire des commentaires” sur cette affaire.  PM

248 millions de dollars pour l’art contemporain chez Christie’s New York. À quand une taxe “sociale” sur les transactions du marché de l’art ?

9 novembre 2011

Devant des enchères indécentes dans un climat économique et social difficile, à quand une taxe “sociale” sur les transactions du marché de l’art ?

Après le fiasco de sa vente d’art moderne de la semaine dernière, Christie’s redore son blason avec quelque 248 millions de dollars d’art contemporain vendus ce soir en deux vacations dont la plus importante a rapporté quelque 221 millions, soit à peu près en conformité avec l’estimation basse du catalogue.

L’opérateur a notamment réussi à vendre une toile de Roy Lichtenstein pour 43 millions de dollars et, dans un climat enclin à une grande volatilité, admis quelques concessions sur les estimations basses de certaines œuvres très chères.

Les 43 millions de dollars payés pour Roy Lichtenstein, soit une plus-value de 41 millions de dollars en un peu plus de 20 ans pour le vendeur, conforte le bien-fondé de l’instauration d’une taxe “sociale” sur les transactions effectives du marché de l’art et même si le cas est ici extrême.

Si, en France, l’intégration des œuvres et des objets d’art dans  l’ISF est quasiment impossible à mettre à œuvre (valeur volative et relative. Autodéclaratif invérifiable. Des personnes de bonne foi ignorent qu’elles possèdent un “trésor” chez elle,…), une taxe à vocation sociale sur les transactions effectives du marché de l’art pourrait finir par s’imposer devant ces chiffres indécents surgissant dans un contexte économique et social très difficile.

Sur les 65 lots présentés dans cette première vacation, l’opérateur en a vendu 57 et pour un chiffre d’affaires de 220,8 millions de dollars avec les frais quand les estimations tablaient sur quelque 225/300 millions sans les frais.

Avec une estimation de 35/45 millions de dollars, un Can See the Whole Room!…and There’s Nobody in It, une toile emblématique de Roy Lichtenstein datée de 1961, revenait sur le marché de l’art 40 fois plus cher que lors de la dernière transaction dont elle a fait l’objet, en 1988

Ce tableau carré (121,9 cm x 121,9 cm) a été payé 43,2 millions de dollars. Le vendeur l’avait acheté 2,09 millions de dollars en 1988. À l’époque, il était estimé   800.000/1,2 million de dollars. Il s’agit du plus haut prix relevé en vente publique pour une œuvre de Lichtenstein.

Du même artiste, Interior with Painting and Still Life, une grande toile de 1997 estimée 3/4 millions, a été payée 4,5 millions et Still Life with Sculpture,  une huile et magna sur toile peinte en 1974 et estimée 4,5/6,5 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur.

Parmi les œuvres les plus chères du catalogue, les estimations basse données sans les frais (12 %) d’un White Cloud de Mark Rothko et d’une Silver Liz d’Andy Warhol ont été revues à la baisse.

White Cloud de Mark Rothko, une huile sur toile de 1956 sur fond orange (168,9 x 159,7 cm) estimée 18/25 millions de dollars a été payée 18, 5 millions avec les frais. Il s’agit d’une réduction de quelque 1,5 million de dollars.

Une Silver Liz d’Andy Warhol, réalisée en 1963, 101,6 cm x 101,6 cm, acrylique, encre sérigraphique et émail vaporisé sur toile, estimée 16/19 millions de dollars, a été payée 16,32 millions avec les frais. La remise est du même ordre que pour l’œuvre précédente.

Les acheteurs de Warhol ne se sont visiblement pas émus de la dissolution du conseil d’authentification de la Fondation Andy Warhol en 2012 (excellent article sur le sujet à lire sur le site et dans l’édition papier du Art Newspaper), puisque, sur la base d’une estimation de 7/10 millions de dollars, un Four Campbell’s Soup Cans, crayon et caséine sur toile, 51 cm x 41 cm, peint en 1962, a été payé 9,82 millions de dollars.

Pour d’autres estimations importantes revues à la baisse, on trouve un sans titre (Lexington, Virginia) de Cy Twombly, réalisé en 1959 à la peinture à l’huile domestique, crayons à papier et de couleur sur toile, 188,6 cm x 248, 9 cm, estimé 5/7 millions sans les frais (12 %) et payé 5,23 millions avec ces frais.

Avec les mêmes conditions, un Catharsis de Jean-Michel Basquiat, une toile (183 cm x 235, 6 cm) de 1983, estimé 4/6 millions, a été payé 4,33 millions.

Les invendus les plus chers de la vacation sont une Frau Niepenberg peinte à l’huile sur toile par Gerhard Richter en 1965 (140 cm x 100 cm) et estimée 7/10 millions de dollars. Un Study of a Man Talking, une huile sur toile (198 cm x 147,3 cm) de Francis Bacon peinte en 1981 et estimée 12/18 millions et  Flowers, Mary’s Table de  Willem de Kooning, une huile sur toile de 1971 (203,2 cm x 177,8 cm), estimée 8/12 millions.

Du même de Kooning, et pour une estimation de 7/9 millions sans les frais, un Untitled XI peint en 1975-1976 à l’huile sur toile (153 cm x 137,2 cm), a été payé 7, 36 millions avec les frais. C’est-à-dire qu’il a été cédé sous son estimation basse.

Une Spider de la grande Louise Bourgeois, un bronze monumental (337,8 cm x 668 cm x 632,5 cm),  réalisé en 1996, numéro 2 d’une édition de 6, a été payé 10,72 millions de dollars sur une estimation de 4/6 millions. Chacun assorti de  la même estimation que le lot précédent, deux mobiles d’Alexander Calder ont été respectivement payés 4,56 millions (œuvre de 1946) et 4, 78 millions (œuvre de 1961).

Baroque Egg with Bow (Orange/Magenta) de Jeff Koons, soit un œuf de Pâques, dans son papier métallique et enrubanné, surdimensionné (212,1 cm x 196,9 cm x 152,4 cm), en acier chromé avec revêtement de couleur transparente, un des exemplaires d’une série de 5, chacun d’une couleur différente, a été payé 6,24 millions de dollars. Il était estimé 5,5/6,5 millions de dollars.

En mai 2009, l’exemplaire turquoise de cette série avait été payé 5,45 millions de dollars, soit bien en dessous d’une estimation de 6/8 millions de dollars.

Autre bonne nouvelle pour la cote de Koons, une installation de 2 ballons de basket semblant flotter dans un aquarium monté sur une table, réalisé en 1985, numéro 2 d’une édition de deux, a été payée 4,22 millions de dollars sur la base d’une estimation 2/3 millions.

Damien Hirst pourra aussi se réjouir qu’un de ses énièmes tableaux à points colorés ait été refourgué pour 1, 2 million de dollars.

Cette vacation était précédée, toujours pour l’art contemporain, par la dispersion de 26 lots provenant d’une collection privée (Peter Norton).  Cette vente a rapporté 26,78 millions de dollars.

Le lot le plus important, un DOB in the Strange Forest (Blue DOB), soit une créature parmi des champignons, le tout en trois dimensions, du très régressif Takashi Murakami, a été payé 4,56 millions de dollars sur une estimation de 2,5/ 3,5 millions. Bon.

Pierrick Moritz

Un marché de l’art bien enflé

13 juin 2010

Entre résultats exceptionnels et invendus, le marché de l’art en ventes publiques semble tester les spécialités, pour trouver les plus rentables, et les volumes de ses catalogues. Pendant ce temps, les chefs-d’œuvre de qualité muséale et collections prestigieuses affluent à un rythme soutenu.   

En mai dernier, Sotheby’s a enregistré son meilleur résultat pour une série de ventes à Hong Kong (la région Asie/Pacifique est plutôt épargnée par la crise) et même  jusqu’à Paris….pour une vacation d’art d’Asie.

Si d’autres spécialités connaissent également de beaux succès, des  fiascos viennent régulièrement émailler les calendriers comme ces 66,5 % d’invendus enregistrés sur une vente d’éléments d’architecture anciens à Amsterdam en mai chez Sotheby’s ou ces 50 % d’une vente d’art russe proposée  jeudi dernier à Londres chez Christie’s.  

Nervosité de l’action Sotheby’s

La photographie actuelle du marché de l’art en vente publique est finalement bien restituée par la nervosité de  l’action Sotheby’s depuis la fin du mois d’avril, même si une part de spéculation pure sans intérêt pour la situation du marché de l’art court sur ce titre comme sur d’autres. 

Revenant de loin, et après une progression continue qui a vu le titre remonter jusqu’à 39 dollars en avril dernier, il est aujourd’hui autour des 30 dollars.  

Les perturbations sur l’action ont commencé à devenir sensibles à partir du moment où les invendus et les remises enregistrés dans certaines ventes (et pour tous les calendriers des maisons de ventes, pas spécifiquement chez Sotheby’s) sont devenus vraiment visibles et récurrents.   

Le titre est particulièrement exposé car l’autre acteur majeur du marché de l’art, Christie’s, n’est pas côté en bourse.   

Chefs-d’œuvre et collections

Les mois de juin et juillet risque d’être ceux de tous les superlatifs pour le marché de l’art.

Christie’s propose trois lots d’une qualité exceptionnelle en vedettes de sa vente d’art impressionniste et moderne du 23 juin à Londres : un Picasso de la période dite “bleue” et des Nymphéas de Monet à 30/40 millions de livres pièce, et un sublime portrait de Ria Munk par Gustav Klimt, une œuvre volée par La Gestapo en 1941 et restituée l’année dernière par la Neue Galerie der Stadt de Linz aux héritiers du modèle.  La toile est estimée 14/18 millions de livres.

Un trio d’une telle qualité en tête d’une vente aux enchères relève du quasi-miracle, du “jamais vu”, et pour un catalogue de 63 lots dont 19 sont estimés au minimum 2 millions de livres avec, toujours au sommet, un van Gogh à 8/12 millions.  

Pour sa vacation du 22 juin dans la même spécialité, Sotheby’s relève aussi le niveau des lots de tête avec l’autoportrait de Manet à la palette (20/30 millions de livres),  des Odalisques jouant aux dames d’Henri Matisse (10/15 millions) et des Arbres à Collioure d’André Derain (9/14 millions), cette dernière toile provenant du fameux “coffre Vollard”.

Autant dire que les milliardaires vont faire leurs amplettes dans un véritable musée.

D’autres ventes, d’ici au mois de juillet, présenteront pléthore d’œuvres de grande qualité. 

La dispersion ou des options de ventes de très grandes collections de peintures sont déjà annoncées après la rentrée.

Pourquoi les vendeurs se bousculent ?

Devant tel un afflux d’œuvres prestigieuses et de collections entières, phénomène inédit en ventes publiques, on peut se demander si, d’une part, le marché de l’art va être capable de tout absorber et, d’autre part, pourquoi leurs vendeurs se bousculent pour s’en départir en ce moment.

Sur ce dernier point, on ne se posera bien entendu pas la question au sujet de la dispersion de la collection d’art contemporain Lehman Brothers, prévue en septembre chez Sotheby’s (une estimation de 10 millions de dollars pour des investissements dans la spécialité  plutôt discutables).

Pour les autres, probablement parce que, comme  l’ont montré les prix faramineux obtenus pour Giacometti ou Picasso ces derniers mois, c’est le bon moment.  

Le dernier moment ?  

Pierrick Moritz

Articles en rapport :

http://artwithoutskin.com/2010/05/22/invendus-et-soldes-sur-le-marche-de-lart/

http://artwithoutskin.com/2010/05/13/le-marche-de-lart-contemporain-a-moitie-ranime/

http://artwithoutskin.com/2010/05/08/laction-sothebys-devisse/

http://artwithoutskin.com/2010/05/05/un-record-pour-picasso-et-de-chers-invendus-chez-christies/

http://artwithoutskin.com/2010/04/24/le-marche-de-lart-montre-des-signes-de-faiblesse/

http://artwithoutskin.com/2010/04/01/christies-et-sothebys-decrochent-les-chefs-doeuvre/

http://artwithoutskin.com/2009/12/30/la-marche-de-lart-devrait-poursuivre-sa-contraction-en-2010/

Un record pour Picasso et de chers invendus chez Christie’s

5 mai 2010

Avec un record de 106,5 $millions payés pour Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso, d’autres obtenus pour des sculptures d’Alberto Giacometti, une toile d’Henri Matisse dont 20/30 $millions étaient attendus bradée à 15 $millions et une autre d’Edvard Munch affichée à 25/35 $millions qui a été ravalée, les deux ventes d’art impressionniste et moderne orchestrées par Christie’s hier soir à New York affichent un bilan dont les données sont nichées dans les extrêmes.  61 % du chiffre d’affaires de 335,5 $millions a été généré par 7 % des lots les plus exceptionnels, démontrant que la dynamique positive se cantonne à la fraction la plus élitiste du marché de l’art et, qu’à défaut de produire un effet d’entraînement, le mouvement aurait tendance à dévaluer des œuvres juste un peu moins prestigieuses par le jeu des comparaisons.   

Avec quelque 106,5 millions de dollars payés pour Nu, feuilles vertes et buste de 1932, le prix le plus élevé pour une œuvre de Pablo Picasso négociée en vente publique a été atteint hier soir chez Christie’s à New York.  

Cette grande grande huile de 1932 bat le précédent record en vente publique pour une œuvre de Pablo Picasso, 104,16 $millions réalisés par le Garçon à la pipe en mai 2004 chez Sotheby’s.  

Ce nouveau plafond pour Picasso risque d’être dépassé en juin prochain chez Christie’s avec la mise en vente d’un portrait de la période dite “bleue”.

Ce Buveur d’absinthe prenant pour modèle Angel Fernandez de Soto, ami inséparable de Picasso, a été réalisé en 1903.  

Payé 29,2 $million en 1995,  son estimation actuelle de  46/61 $millions devrait être pulvérisée en regard de l’évolution des prix enregistrés ces dernières années pour des œuvres exceptionnelles et dont aucune ne saurait concurrencer celle-ci.   

Christie’s proposait deux vacation d’art impressionniste et moderne qui, malgré des chiffres d’affaires records produits par des œuvres de qualité muséale, affichent un bilan très contrasté et réparti dans les extrêmes avec des enchères colossales et des invendus de poids qui confirment les signes de faiblesse enregistrés sur le marché de l’art depuis quelque temps et décrits par Artwithoutskin dans un article du 24 avril dernier.   

Comme l’évoquait cette analyse, le cercle des acheteurs multi-millionnaires a jeté son dévolu sur “le mieux du mieux” et, si la quasi-totalité des lots d’une des vacations, la dispersion de la collection de Madame Sidney F. Brody dont est issu le Nu, feuilles vertes et buste de Picasso, a trouvé preneur, l’autre enregistre un taux d’invendus de 34 %. 

Le lot le plus cher de cette dernière vente, une grande Fertilité d’ Edvard Munch peinte en 1899-1900 et estimée  25/35 $millions, n’a pas trouvé preneur comme, pour les œuvres les plus importantes, deux toiles de Kees Van Dongen (Anita au cœur vert, peinte vers 1907, 7/10 $millions, et La Bottine jaune, peinte vers 1909-1910, 4/6 $millions), un bronze d’Alberto Giacometti (Torse de femme, exemplaire unique en bronze à patine brun sombre, conçu en 1932 et fondu en 1948/1949, 3/5 $millions) et un autre d’Henry Moore (Goslar Warrior, sculpture à patine brune, exemplaire 7/7, conçue en 1973 et fondue en 1974, 4/6 $millions).  

L’enchère la plus élevée revient à La Main d’Alberto Giacometti, sculpture bronze à patine brun et vert, conçue en 1947 et fondue en 1948 par Alexis Rudier et qui, de 10 à 15 $millions attendus a finalement été payée quelque 26 $millions. 

Deux huiles sur toile de Pablo Picasso peintes à Mougins en 1964, Femme assise dans un fauteuil avec un chat (10/14 $millions) et Peintre et son modèle (10/14 $millions) ont été respectivement payées 18  et 10,77 $millions.

Le vendeur d’un pastel d’Edgar Degas intitulé Danseuse à l’éventail et qu’il avait acheté $600.000 dollars en 2007 chez Sotheby’s New York  n’a pas couvert son investissement puisque l’œuvre a été payée hier soir $722.500 avec les frais (en enlevant les commissions prélevées à chacune des parties par Christie’s, il a perdu de l’argent).

Mais il était prévenu du risque puisque l’œuvre pouvait être enlevée à partir de l’adjudication de $600.000 sans les frais. Cette œuvre avait auparavant été payée £224.000 livres (2003, Sotheby’s Londres).

La dispersion réussie des lots de la collection de Madame Sidney F. Bordy est marquée par le bémol du Nu au coussin bleu d’Henri Matisse, huile sur toile de 1934 soldée pour quelque 15 $millions quant son estimation était comprise entre 20 et 30 $millions.

La  maison de ventes a appliqué sur ce Matisse la garantie au vendeur comme sur certains lots des deux vacations (ce n’est pas le cas pour le tableau de Munch). 

C’est-à-dire qu’elle a assuré au vendeur un prix minimum de vente – qui peut se situer sous l’estimation basse ou pas – même en cas où le tableau ne trouverait pas preneur.

Pour diluer le risque, elle peut éventuellement faire intervenir un tiers qui endosse tout ou partie de cette garantie, encaisse une commission en cas de succès et subit une perte dans le cas contraire.

Ce qui n’est pas le cas ici et explique que la maison de ventes a préféré brader le tableau plutôt que de se retrouver avec un tel invendu sur les bras.

Derrière le record de Nu, feuilles vertes et buste de Pablo Picasso, dont la vente était entièrement garantie par un tiers qui a probablement sablé le champagne, une Grande tête mince d’Alberto Giacometti, un exemplaire à patine brun sombre numéroté 3/6 tiré d’une œuvre créée en 1954 et fondu l’année suivante, a été payée 53,28 $millions sur une estimation de 25/35 $millions.

Toujours pour Giacometti, Le Chat, bronze à patines verte et brune, exemplaire 3 sur 8 d’une œuvre créée en 1951 et fondu en 1955, a été emporté pour 20,80 $ millions sur la base d’une estimation de 12/18 $millions.

Une huile sur toile du début des années 1950 de Georges Braque, La Treille, a été payée 10,16 $millions pour une estimation de 3/5 $millions.

Une autre concession sur un prix de vente concerne un petit dessin de Picasso daté de 1902 et ayant un bateleur nu pour sujet.

Il a été laissé à $68.500 quand $100.000/$120.000 en étaient attendus.   

Ce soir, Sotheby’s mettra en vente à New York 58 lots d’art impressionniste et moderne.

En vedette du catalogue, figurent un superbe Bouquet de Fleurs pour le 14-juillet peint par Henri Matisse en 1919 (18/25 $millions), un Effet de printemps à Giverny de Claude Monet de 1890 (10/15 $millions), un Jeanne Hébuterne au Collier par Amedeo Modigliani vers 1916-1917 (8/12 $millions) et une Femme au grand chapeau, buste réalisée par Pablo Picasso en 1965 (8/12 $millions).  

Pierrick Moritz

Articles en rapport :

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http://artwithoutskin.com/2010/04/24/le-marche-de-lart-montre-des-signes-de-faiblesse/

Christie’s et Sotheby’s misent sur Andy Warhol

18 avril 2010

Les œuvres d’Andy Warhol dominent en nombre et en valeur les catalogues des  prestigieuses ventes d’art contemporain en soirée organisées par Sotheby’s et Christie’s le 11 mai à New York. La toile la plus chère mise à l’encan est une œuvre de Mark Rothko proposée par Sotheby’s, de belles dimensions mais un peu tardive, avec une estimation de 18/25 millions de dollars.

Dans un climat plutôt favorable pour le marché de l’art en général, les lots présentés concernent très principalement pour les plus hauts prix des artistes dont l’importance est confirmée et l’Œuvre achevée (pour ne pas dire que ces créateurs sont morts), comme Andy Warhol.

Prix records pour les œuvres majeures de Warhol

Le 11  novembre dernier, chez Sotheby’s à New York,  une création d’Andy Warhol datée  de 1962, 200 One Dollars Bills, et payée 43,76 millions de dollars, avait très largement soutenu le chiffre d’affaires de 134,43 millions réalisé en 52 lots. 

Chez Christie’s, la veille et toujours à New York,  deux sérigraphies de l’artiste estimées plusieurs millions de dollars chacune – Tunafish Disaster (1963, 6 à 8 $millions) et Most Wanted Men No. 3, Ellis Ruiz B. (1964, 5,5 à 6,5 $millions) -  mais historiquement moins importantes, n’avaient pas trouvé preneur.

Ce contraste caractérise le marché de l’art actuel où seuls les œuvres majeures au sein d’une même Œuvre trouvent grâce auprès des acheteurs les plus fortunés.

Onze œuvres d’Andy Warhol proposées au sein des deux ventes

Le record pour une œuvre d’Andy Warhol négociée dans une vente publique va à un Green Car Crash (Green Burning Car I) de 1963 (228,6 cm x 203, 2 cm) payé 71,72 millions de dollars chez Christie’s en mai 2007.  

Le 11 mai, la même maison de ventes  présentera six œuvres de l’artiste dont les estimations sont comprises entre 1,5 et 15 millions de dollars.

La plus chère (et également du catalogue) est le diptyque Silver Liz peint en 1963. Il s’agit d’une rareté du tout début de la production de sérigraphies des stars américaines (commencée en 1962), où le portrait d’Elizabeth Taylor figure sur le panneau de droite droite, face à la surface vide gris argent de celui de gauche.

Cette composition, inédite dans une vente publique, n’a jamais quitté le circuit des négociations privées depuis 1965.

Warhol est également l’artiste le plus représenté chez Sotheby’s avec cinq sérigraphies dont les estimations sont comprises entre 700.000 dollars et 15 millions.

L’œuvre la plus chère (10/15 millions) est ici un superbe autoportrait en violet sur fond noir de 1986, une sérigraphie mesurant 274,3 cm x 274,3 cm qui consacre, par la monumentalité et le sujet représenté, le thème du narcissisme cher à  l’artiste   

Une sixième œuvre de Warhol (peinture sur fond sérigraphique), réalisée en 1984 en collaboration avec Jean-Michel Basquiat et aux dimensions encore plus importantes (294,6 cm x 419,7 cm) figure également dans la vente.  

Mark Rothko pour l’œuvre la plus chère de la soirée

La création la plus chère du catalogue de Sotheby’s et des deux ventes est une toile de 1961 de Mark Rothko estimée 18/25 millions de dollars. Si l’œuvre présente des dimensions conséquentes (236,5 x 230,5 cm), elle reste toutefois tardive pour ces emblématiques aplats lumineux (ici orange sur fond brun) commencés par l’artiste à la fin des années 1940. 

En novembre 2008, chez Christie’s à New York, une huile sur toile de 1960 mesurant 232,4 cm x 176,5 cm,  N°43 (mauve), provenant de la collection Alice Lawrence et estimée 20/30 millions dollars, n’avait pas trouvé preneur.

Au début du marasme sur le marché de l’art contemporain, la vente s’était plutôt bien déroulée avec 76 lots vendus sur les 80 présentés et ce malgré quelques concessions (20 lots vendus sous les estimations basses).

Le record pour une œuvre de Rothko négociée dans une vente publique va à une toile de 1950 connue sous les titres de White Center et Yellow, Pink, and Lavender on Rose  (205,8 cm x 141 cm).

Issue de la collection de David et Peggy Rockefeller, elle y avait été conservée pendant près de 50 ans avant d’être  adjugée 72,84 millions de dollars chez Sotheby’s New York en mai 2007.

Un an plus tard, chez Christie’s et toujours à New York, une autre huile sur toile de Rothko intitulée  N° 15 avait  été payée  50,44 millions de dollars.

Peinte en 1952, elle présente des aplats rouges et tirant sur le rose indien sur fond jaune.

Pierrick Moritz

Séraphine Louis et l’exposition “Les Maîtres populaires de la réalité” en 1937

7 avril 2010

Le catalogue donnait Séraphine Louis pour morte avec cinq ans d’avance

En 1937, douze œuvres de Séraphine Louis sont présentées à Paris au sein d’une exposition montée  rue Royale à Paris par le Musée de Grenoble sous le titre Les Maîtres populaires de la réalité. Il s’agit d’une réunion de 210 tableaux d’artistes que l’on qualifierait aujourd’hui de “naïfs”.

Ceux de Séraphine Louis sont les seuls réalisés par une âme féminine au milieu des compositions d’Henri Rousseau, Louis Vivin, Camille Bombois, André Bauchant, Maurice Utrillo, Dominique-Paul Peyronnet, Jean Eve, Adolf Dietrich et René Rimbert.

Alors qu’elle est internée à Clermont et qu’il lui reste quelque cinq années à vivre, Séraphine Louis est notamment présentée dans le catalogue de l’exposition comme “morte dans un asile de vieillards en 1934”. 

À moins que  Wilhem Uhde (disparu en 1947), marchand d’art et découvreur de Séraphine Louis en 1912, n’ait pas eu connaissance de la publication de cette  information, celle-ci pourrait parler de l’évolution de la relation avec sa protégée, puisque sur les douze œuvres de Séraphine Louis  présentées dans l’exposition, sept lui appartiennent. Wilhem Uhde est aussi impliqué dans l’évènement par le prêt d’œuvres d’Henri Rousseau.

Pendant très longtemps, une autre artiste internée, Camille Claudel, a également été donnée pour morte bien avant l’heure dans certains ouvrages de référence.  

Sur les œuvres de Séraphine Louis qu’il voit, un amateur a noté à l’époque sur une enveloppe retrouvée dans son exemplaire du catalogue de l’exposition (retranscrit tel que) : S. Louis peint comme un peintre qui peignait par petits points, obtenant des effets décoratifs des plus curieux, et hantait des sujets religieux ou mythologique qui d’après lui, étaient des songes. Les couleurs de S. Louis sont des couleurs pures, qui font penser à des peintures primitives indiennes, japonaises ou même des enluminures, peut-être avec moins d’ordre et plus mouvementées. Ces compositions pourraient servir à faire du tissu.  

Pierrick Moritz


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