Devant des enchères indécentes dans un climat économique et social difficile, à quand une taxe “sociale” sur les transactions du marché de l’art ?
Après le fiasco de sa vente d’art moderne de la semaine dernière, Christie’s redore son blason avec quelque 248 millions de dollars d’art contemporain vendus ce soir en deux vacations dont la plus importante a rapporté quelque 221 millions, soit à peu près en conformité avec l’estimation basse du catalogue.
L’opérateur a notamment réussi à vendre une toile de Roy Lichtenstein pour 43 millions de dollars et, dans un climat enclin à une grande volatilité, admis quelques concessions sur les estimations basses de certaines œuvres très chères.
Les 43 millions de dollars payés pour Roy Lichtenstein, soit une plus-value de 41 millions de dollars en un peu plus de 20 ans pour le vendeur, conforte le bien-fondé de l’instauration d’une taxe “sociale” sur les transactions effectives du marché de l’art et même si le cas est ici extrême.
Si, en France, l’intégration des œuvres et des objets d’art dans l’ISF est quasiment impossible à mettre à œuvre (valeur volative et relative. Autodéclaratif invérifiable. Des personnes de bonne foi ignorent qu’elles possèdent un “trésor” chez elle,…), une taxe à vocation sociale sur les transactions effectives du marché de l’art pourrait finir par s’imposer devant ces chiffres indécents surgissant dans un contexte économique et social très difficile.
Sur les 65 lots présentés dans cette première vacation, l’opérateur en a vendu 57 et pour un chiffre d’affaires de 220,8 millions de dollars avec les frais quand les estimations tablaient sur quelque 225/300 millions sans les frais.
Avec une estimation de 35/45 millions de dollars, un Can See the Whole Room!…and There’s Nobody in It, une toile emblématique de Roy Lichtenstein datée de 1961, revenait sur le marché de l’art 40 fois plus cher que lors de la dernière transaction dont elle a fait l’objet, en 1988.
Ce tableau carré (121,9 cm x 121,9 cm) a été payé 43,2 millions de dollars. Le vendeur l’avait acheté 2,09 millions de dollars en 1988. À l’époque, il était estimé 800.000/1,2 million de dollars. Il s’agit du plus haut prix relevé en vente publique pour une œuvre de Lichtenstein.
Du même artiste, Interior with Painting and Still Life, une grande toile de 1997 estimée 3/4 millions, a été payée 4,5 millions et Still Life with Sculpture, une huile et magna sur toile peinte en 1974 et estimée 4,5/6,5 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur.
Parmi les œuvres les plus chères du catalogue, les estimations basse données sans les frais (12 %) d’un White Cloud de Mark Rothko et d’une Silver Liz d’Andy Warhol ont été revues à la baisse.
White Cloud de Mark Rothko, une huile sur toile de 1956 sur fond orange (168,9 x 159,7 cm) estimée 18/25 millions de dollars a été payée 18, 5 millions avec les frais. Il s’agit d’une réduction de quelque 1,5 million de dollars.
Une Silver Liz d’Andy Warhol, réalisée en 1963, 101,6 cm x 101,6 cm, acrylique, encre sérigraphique et émail vaporisé sur toile, estimée 16/19 millions de dollars, a été payée 16,32 millions avec les frais. La remise est du même ordre que pour l’œuvre précédente.
Les acheteurs de Warhol ne se sont visiblement pas émus de la dissolution du conseil d’authentification de la Fondation Andy Warhol en 2012 (excellent article sur le sujet à lire sur le site et dans l’édition papier du Art Newspaper), puisque, sur la base d’une estimation de 7/10 millions de dollars, un Four Campbell’s Soup Cans, crayon et caséine sur toile, 51 cm x 41 cm, peint en 1962, a été payé 9,82 millions de dollars.
Pour d’autres estimations importantes revues à la baisse, on trouve un sans titre (Lexington, Virginia) de Cy Twombly, réalisé en 1959 à la peinture à l’huile domestique, crayons à papier et de couleur sur toile, 188,6 cm x 248, 9 cm, estimé 5/7 millions sans les frais (12 %) et payé 5,23 millions avec ces frais.
Avec les mêmes conditions, un Catharsis de Jean-Michel Basquiat, une toile (183 cm x 235, 6 cm) de 1983, estimé 4/6 millions, a été payé 4,33 millions.
Les invendus les plus chers de la vacation sont une Frau Niepenberg peinte à l’huile sur toile par Gerhard Richter en 1965 (140 cm x 100 cm) et estimée 7/10 millions de dollars. Un Study of a Man Talking, une huile sur toile (198 cm x 147,3 cm) de Francis Bacon peinte en 1981 et estimée 12/18 millions et Flowers, Mary’s Table de Willem de Kooning, une huile sur toile de 1971 (203,2 cm x 177,8 cm), estimée 8/12 millions.
Du même de Kooning, et pour une estimation de 7/9 millions sans les frais, un Untitled XI peint en 1975-1976 à l’huile sur toile (153 cm x 137,2 cm), a été payé 7, 36 millions avec les frais. C’est-à-dire qu’il a été cédé sous son estimation basse.
Une Spider de la grande Louise Bourgeois, un bronze monumental (337,8 cm x 668 cm x 632,5 cm), réalisé en 1996, numéro 2 d’une édition de 6, a été payé 10,72 millions de dollars sur une estimation de 4/6 millions. Chacun assorti de la même estimation que le lot précédent, deux mobiles d’Alexander Calder ont été respectivement payés 4,56 millions (œuvre de 1946) et 4, 78 millions (œuvre de 1961).
Baroque Egg with Bow (Orange/Magenta) de Jeff Koons, soit un œuf de Pâques, dans son papier métallique et enrubanné, surdimensionné (212,1 cm x 196,9 cm x 152,4 cm), en acier chromé avec revêtement de couleur transparente, un des exemplaires d’une série de 5, chacun d’une couleur différente, a été payé 6,24 millions de dollars. Il était estimé 5,5/6,5 millions de dollars.
En mai 2009, l’exemplaire turquoise de cette série avait été payé 5,45 millions de dollars, soit bien en dessous d’une estimation de 6/8 millions de dollars.
Autre bonne nouvelle pour la cote de Koons, une installation de 2 ballons de basket semblant flotter dans un aquarium monté sur une table, réalisé en 1985, numéro 2 d’une édition de deux, a été payée 4,22 millions de dollars sur la base d’une estimation 2/3 millions.
Damien Hirst pourra aussi se réjouir qu’un de ses énièmes tableaux à points colorés ait été refourgué pour 1, 2 million de dollars.
Cette vacation était précédée, toujours pour l’art contemporain, par la dispersion de 26 lots provenant d’une collection privée (Peter Norton). Cette vente a rapporté 26,78 millions de dollars.
Le lot le plus important, un DOB in the Strange Forest (Blue DOB), soit une créature parmi des champignons, le tout en trois dimensions, du très régressif Takashi Murakami, a été payé 4,56 millions de dollars sur une estimation de 2,5/ 3,5 millions. Bon.
Pierrick Moritz