
Le grand héritage des « boomers », c’est la transmission progressive de milliers de millards d’euros d’une génération en train de disparaître à la suivante, et, dans le même temps, rien qu’en France, la passation de milliards de pièces dans les domaines de la mode vintage, de la brocante, des collections, des antiquités, et des objets et œuvres d’art.
Le phénomène concerne également les héritages de personnes nées avant la seconde guerre mondiale, et consommatrices pendant les « Trente Glorieuses ». Des volumes phénoménaux de ces articles se retrouvent et vont se retrouver sur le marché de la seconde main français – on parle de second marché pour les œuvres d’art « revendues ».
Globalement, la réaction à cette offre pléthorique est négative, sans compter le fait que l’espoir d’une présence accrue d’objets plus rares est déçu. Le phénomène a finalement tendance à paralyser une grande partie du marché global, les uns ne sachant plus ou donner de la tête, les autres ne trouvant pas plus (et pour le coût moindre espéré) les pièces tant convoitées. Une grande partie de ces articles ne trouve pas preneur, et, quand une transaction a lieu, le prix est le plus souvent en baisse par rapport à ce qu’il aurait été il y a quelques années pour une marchandise comparable.
Cette situation d’augmentation sensible des quantités d’objets proposés et provenant des premiers « boomers », nés après la Seconde Guerre mondiale, et de prédécesseurs, a commencé à être visible en France après la « crise Covid », moment où les habitudes de ventes et d’achats d’objets de seconde main se reportaient encore plus massivement sur l’Internet (comme pour tout type de marchandises). Les sites de ventes se sont mis à regorger de pièces que les boomers, vieillissants, ou leurs descendants, ne souhaitaient pas conserver.
Nous parlons d’une déferlante d’objets et de meubles principalement acquis à partir des années 1960, et aussi de ceux dont ont pu hériter ces mêmes « boomers. Quand on ajoute les articles récents, les volumes de marchandises d’occasion mis sur le marché aujourd’hui sont tels que les commerces de seconde main, y compris associatifs, se retrouvent concurrencés par des structures bénévoles ou associatives cédant gratuitement objets et vêtements d’occasion plus ou moins courants, et collectés localement, ou pratiquant le troc.
On retrouve aujourd’hui sur le marché, et par exemple, de nombreux éléments des listes de mariage français, de l’après-guerre aux années 1960, soit des millions d’unions et cent fois plus d’objets. Les services de table de ces époques, dont beaucoup ont très peu servi, quand d’autres n’ont même jamais été utilisés, sont très présents sur les sites de vente, les brocantes et les vide-greniers. Ici, la très grande qualité et/où l’originalité paient, le reste, c’est-à-dire la majorité, se vend difficilement.
Du côté des vêtements, les pièces achetées dans les années 1960 à 1980 et retrouvées en France sont souvent de bonne qualité, mais une grande partie est aujourd’hui importable. Globalement, pour ce marché en général, l’offre est tellement gigantesque et dispersée que les prix ne décollent pas, voire baissent (même pour de très grandes marques).
Une plus grande hésitation de la part des consommateurs est ressentie sur ce marché des vêtements de seconde main, relativement jeune dans les proportions qu’on lui connaît – parmi les causes : contrefaçon dans le « vintage » (la contrefaçon a explosé dans les années 1980) ; accidents sur la pièce non vue au moment de l’achat ; achat de pièces en très bon état mais qui ne sont finalement pas portées, car elles ne conviennent pas pour une raison ou pour une autre ; au final, plusieurs achats réalisés pour avoir l’utilité d’un seul.
Les grandes maisons de ventes aux enchères et les galeries internationales, toujours exigeantes dans leur choix, qui auraient fait le calcul que la proportion d’objets de grande qualité qui viendrait à elles serait plus élevée avec le départ des « boomers » et de prédécesseurs, constateront que l’Eldorado n’est toujours pas en vue.
Il semblerait qu’il soit devenu difficile de constituer un catalogue d’objets d’art chinois d’exception, par exemple. Les céramiques chinoises dont la valeur dépasse le million de dollars américains se font plus rares dans les catalogues des ventes aux enchères internationales. On dit les Chinois, principaux clients du marché international des antiquités chinoises, moins enclins à la dépense dans ce domaine. Les pièces intéressantes vues sur le marché se vendent pourtant assez facilement.
Le mobilier et la céramique français de haut niveau des années 1950 est toujours aussi introuvable (la concentration de telles pièces dans des ventes au enchères internationales est exceptionnelle).
La majorité des héritiers des objets et œuvres rares qui, vue l’envolée des prix de ces vingt dernières années, sont plus que jamais des marqueurs sociaux, doivent certainement pouvoir se permettre de les conserver.
Les Français ont beaucoup collectionné des années 1960 aux années 1980, mais souvent dans des domaines aujourd’hui passés de mode (céramique régionale pour de nombreux cas, jouets autour de 1900,…). Pour avoir une chance d’être vendus, les objets anciens plus ou moins courants doivent être fonctionnels, en très bon état, et proposés à des prix attractifs.
Au sommet de la pyramide des ventes immanquables, conséquence de la flambée des cours des métaux précieux, on trouve les pièces de monnaie et les bijoux en or, et, désormais, les pièces de monnaie, les bijoux et les objets en argent.
L’intelligence artificielle n’a pas été utilisée pour la rédaction de cet article. Article revu le 6 janvier 2026 ; le 9 janvier 2026 ; le 11 janvier 2026.
Catégories :Analyses (marché de l'art), Antiquités, Art chinois, Brocante, Chine
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