Tête de femme (Fernande) de Picasso et Danaïde de Brancusi : deux des sculptures les plus convoitées du monde en vente chez Christie’s

Les deux sculptures font partie du catalogue de 16 œuvres de premier plan issues de la collection de l’éditeur américain Samuel Irving Newhouse Jr. (1927-2017), et dispersées le 18 mai par Christie’s, à New York. Deux portraits de muse rendus en bronze ; deux sculptures phénoménales ; deux incarnations puissantes. L’une est aussi anguleuse, dure et précise que l’autre est ronde, délicate et abstraite. Du point de vue de l’artiste, d’un côté, il y a confrontation, de l’autre abandon. C’est l’artiste perçant, et l’artiste transpercé. Ces deux œuvres symbolisent deux directions esthétiques radicales participant à l’art moderne, nées à quelques années d’écart. Il s’agit de Tête de femme (Fernande) de Pablo Picasso (1881-1973), conçue en 1909, et de Danaïde de Constantin Brancusi (1876-1957), conçue et fondue vers 1913.

Danaïde, bronze à patine noire et à la feuille d’or, d’une hauteur de 27,1 cm, date de 1913, année de sa création. Ses premiers propriétaire, en 1914, sont un couple d’Américains. Elle a ensuite été transmise par descendance, jusqu’à une première mise en vente aux enchères chez Christie’s, en mai 2002, à New York, où elle devait décrocher la palme de la sculpture la plus chère jamais vendue aux enchères : 18 millions de dollars.

Depuis, des paliers financiers ont été franchis pour le monde du marché de l’art, et dans celui des grandes fortunes. En 2015, chez Christie’s, à New York, 141,28 millions de dollars étaient engagés pour l’exemplaire 6/6 de L’Homme au doigt d’Alberto Giacometti (1901-1966), une sculpture en bronze patiné conçue en 1947, mesurant 177,5 cm de hauteur. En mai 2018, La jeune fille sophistiquée (Portrait de Nancy Cunard), sculpture en bronze et marbre du même Brancusi, pièce unique d’une hauteur de 80 cm, était échangée contre 71,18 millions de dollars, toujours chez Christie’s. Aujourd’hui la Danaïde présentée par Christie’s pourrait allègrement dépasser les 100 millions de dollars.

D’après les informations figurant sur une page Web du Met Museum, le modèle original en argile de Tête de femme (Fernande) de Picasso date de l’automne 1909  et celui en plâtre de fin 1910. La fonte en bronze, a été réalisée par la Fonderie Désiré ou Florentin Godard, à Paris, pour le marchand Ambroise Vollard entre le 27 juillet 1926 et le 11 mars 1927. Le site Internet du musée Picasso apporte également des informations à ce sujet : « Reproduite en plusieurs éditions par le marchand Ambroise Vollard et plus tardivement par Heinz Berggruen, la Tête de femme (Fernande) fut un succès commercial immédiat ».

L’écart de date entre la création de Tête de femme (Fernande), en plâtre, et sa fonte en bronze chez Vollard ne joue qu’à la marge, et potentiellement, sur sa valeur, et pour le cas présent, car il est peu probable qu’elle aurait pu être réalisée dans le matériau à cette date. Il s’agit d’une pièce à l’esthétique révolutionnaire (cubiste), peu commerciale à l’époque de sa création (1909), et pour une technique très coûteuse. D’autre part, comme le souligne l’article du Met « In bronze, Head of a Woman is energized by light ».

D’après le catalogue de Christie’s, cet exemplaire à patine marron foncé présentée dans sa vente viendrait « probablement » de chez Vollard, et était située dans la prestigieuse collection française René et Jeanne Gaffé en 1960. Le dernier passage de l’œuvre dans une vente aux enchères date de 2001 (The Collection of René Gaffé – Property from the Estate of Madame René Gaffé), toujours chez Christie’s, à New York, avec une adjudication générant 4,95 millions de dollars. Il s’agissait, à l’époque, d’un record pour une sculpture de Picasso.

Depuis, en 2022, un autre exemplaire en bronze de cette sculpture, toujours à patine marron foncé, d’une hauteur de 41,9 cm, provenant, comme précisé dans le catalogue, « possiblement » de chez Vollard, et « probablement » de chez Henri Kaeser, a été vendue 48,48 millions de dollars, toujours chez Christie’s, et à New York. La pièce présentée chez Christie’s, d’une hauteur de 40,8 cm, est estimée 40/60 millions de dollars (hors frais)

Le catalogue de cette vente aux enchères d’œuvres issues de la collection Samuel Irving Newhouse Jr présente également, et entre autres, des créations majeures de Jackson Pollock, Piet Mondrian, ou encore Henri Matisse.



Catégories :Art moderne, New York City, Sculptures

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