Petits commentaires sur la peinture ancienne

Cet article est une republication en cours d’actualisation. 

Le terme de peinture ancienne s’applique aux œuvres antérieures au XIXe siècle, et plus précisément à l’Ancien Régime.

Par rapport aux époques plus tardives dont la production artistique est mieux identifiée, répertoriée et attribuée, la peinture ancienne offre un très grand potentiel d’investigation, avec d’heureuses surprises ou des démentis cinglants.

En octobre 2010, chez Christie’s Paris, un Portrait d’une jeune fille tenant un éventail, une huile sur toile anonyme présentée comme une école flamande du XVIIe siècle et assortie d’une estimation de 15.000/20.000 euros, était facturée 1 million d’euros. L’œuvre avait été autrefois attribuée à Anthony Van Dyck (1599-1641) avec le modèle identifié comme étant Henriette de France (fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, et qui allait devenir reine d’Angleterre).

La somme payée pour cette toile correspond au prix d’une œuvre authentique de Van Dyck, tout en restant une bonne affaire si celle-ci est bien de sa main. On peut envisager l’hypothèse d’un acheteur disposant d’informations connues de lui seul et lui permettant de réattribuer le tableau à l’artiste.

En janvier 2010, à New York, Sotheby’s facturait 1,5 million de dollars un portrait de jeune femme apparu en 1920 aux États-Unis et présenté à l’époque comme étant de Léonard de Vinci, une authenticité qui fut tout de suite remise en question.

Après des décennies d’une controverse arrêtée par des analyses scientifiques, le tableau était définitivement considéré comme faisant partie de l’école du Maître et réalisé bien après sa mort. D’une valeur d’au moins plusieurs dizaines de millions de dollars moins si elle avait été de Vinci, l’œuvre était alors estimée 350.000/500.000 dollars.

Il convient toujours de s’assurer qu’une peinture ancienne n’est pas la copie tardive d’une œuvre existante.

De très nombreuses copies d’œuvres originales de grands peintres de la Renaissance ou du XVIIIe siècle ont été exécutées, et notamment au XIXe siècle. Ces copies ont généralement une valeur commerciale, parfois non négligeable. En dehors des répliques à l’identique, il existe des réalisations très inspirées par une oeuvre originale mais présentant des variantes (changements de couleurs, ajouts ou suppressions de détails, contournement d’une difficulté technique,…).

On trouve de nombreux faux comme des sujets inédits parés d’imitations de signatures prestigieuses. Ces faux peuvent avoir été réalisés sur des supports plus anciens au XIXe siècle, époque où il était encore plus facile de retrouver des toiles et des planches de bois des siècles précédents. Le faux peut notamment être détecté par des anachronismes dans la composition (architecture, vêtements).

Des peintures très anciennes peuvent être retrouvées extrêmement noircies, notamment par l’altération des vernis, au point que l’on ne distingue plus grand-chose de la composition. Ce phénomène est, dans la majorité des cas réversible. L’œuvre doit être restaurée par un professionnel pour retrouver son aspect d’origine. Les manques, soulèvements et déchirures peuvent être restaurés. Une peinture ancienne, même de grand format, peut être un fragment d’une œuvre plus importante.

Les ateliers de Rubens ou de Rembrandt ont été si productifs que même les experts peuvent s’y perdre pour savoir dans quelle mesure une œuvre peut être attribuée à l’un de ces grands maîtres.

Dans Le Siècle de Rubens (Albin Michel, Fonds Mercator), Peter C. Sutton évoque la visite d’un physicien danois dans l’atelier du peintre en 1621. Le scientifique y «…vit un bon nombre de jeunes peintres occupés chacun à une œuvre différente, pour laquelle Mr Rubens avait tracé un trait à la craie ainsi que quelques touches de couleurs de-ci de-là. Les jeunes gens devaient tout mettre en peinture et Rubens ajouterait ensuite les dernières touches au pinceau et en couleurs.»

Pierrick Moritz

 Classement historique ou esthétique ? On s’y perd un peu

Le terme « peinture du XIXe siècle » fait partie des classifications employées par les maisons de vente pour désigner des vacations thématiques bien que, esthétiquement parlant, au moins une grande partie de la production artistique du XIXe siècle soit rattachée à l’art moderne.

Ces intermédiaires de vente différencient également l’impressionisme de l’art moderne, ce dernier considéré comme période pour les avant-gardes du début du XXe siècle jusqu’à l’avant-guerre. Ce qui est devenu l’usage dans beaucoup de musées.

Baudelaire a quand même dit* : « Je voudrais  les prairies teintes en rouge, les rivières jaune d’or et les arbres peints en bleu. La nature n’a pas d’imagination. » bien avant que d’autres n’appliquent ce principe en peinture.

Et Manet,  si ce n’est pas de l’art moderne….

Pierrick Moritz

*Cité dans L’art comme anti-nature, à propos du tournant esthétique après 1789, de Hans Robert Jaub, 1992, page 75.

Pierrick Moritz 2011-2018. Ce texte font partie d’une somme, déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240. Il s’agit d’une republication sur ArtWithoutSkin.com. 

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Catégories :Peinture ancienne

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