Séraphine Louis de Senlis, l’innocente aux mains pleines

Séraphine Louis de Senlis n’était pas issue de l’aristocratie.

Fille de paysans illettrés, Séraphine Louis naît en 1864, à Saint-Nicolas-d’Acy, à quelques kilomètres de Senlis. Elle sera servante.

En 1912, le collectionneur allemand d’œuvres cubistes et naïves Wilhem Uhde vient passer des vacances dans cette ville de l’Oise. Pour le temps de ses congés, il recrute Séraphine Louis comme femme de ménage.

Il découvre d’abord une femme décrite comme « une quinquagénaire au visage triste et à la robe rapiécée »(1), puis un peintre d’exception. Séraphine Louis, l’exaltée,  peint en cachette  des tableaux délirants, et bouleversants ;  d’une infinie pureté.

Wilhem Uhde décide de lancer et  de soutenir Séraphine Louis dans le monde de l’art parisien. Face à l’instabilité de sa protégée, il tiendra jusqu’en 1930.  

Photographie de Séraphine Louis, dans le catalogue de l’exposition Les Maîtres populaires de la réalité, Paris, 1937  

La forme d’une feuille végétale, plus ou moins plume, plus ou moins œil, vient souvent hanter les peintures de Séraphine Louis . Même chargées par une grande répétition de ce motif obsessionnel, les compositions restent équilibrées. Le relief est restitué par un agencement subtil des « feuilles » aux dimensions différentes. Certaines créations  intitulées « arbres » sont des vues en hauteur ;  elles restituent une franche impression de vertige.

Séraphine est une artiste mystique. Elle fréquente assidument les églises, « vole dans ces lieux, pour peindre, l’huile sacrée des statues de la Vierge » (2) et dépense « l’argent qu’Udhe lui donnait pour ses toiles dans l’achat de bondieuseries style Saint-Sulpice » (3).

Certains croient reconnaître dans ses œuvres colorées et fragmentées les vitraux de la cathédrale de Senlis, tandis que d’autres y voient l’inspiration de motifs textiles en vogue à l’époque.

Personne, et pas même son mentor, ne saura jamais comment peignait Séraphine Louis, car « Séraphine ne l’a jamais laissé pénétrer dans la chambre où elle s’enfermait » (4) pour travailler. Mais une chose semble sûre : l’artiste ne peignait pas d’après modèle, mais d’après des visions.

Le soutien du collectionneur allemand et une reconnaissance du monde artistique parisien n’empêcheront pas Séraphine de sombrer dans la folie : « Démente, Séraphine errait dans les rues en annonçant la fin du monde. » Mes tableaux sont bénis, ils sont votre seule chance de salut… hurlait-elle. (5)

Séraphine Louis mourra dans un asile d’aliénés en 1942.

Pierrick Moritz

Bibliographie : Nino Franck- (1), (2), (3), (4) et (5) – :  plaquette exposition « Séraphine », 1962, Galerie Birschansky, Paris. Bernard Dorival : « L’Ecole de Paris au Musée National d’Art Moderne ». Editions Aimery Somogy, Paris, 1961.

Evènements 2008 autour de Séraphine Louis : Séraphine, un film de Martin Provost, avec Yolande Moreau, sortie en salles le 1er octobre 2008.  Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis, exposition consacrée à l’artiste au musée Maillol, à Paris ( du 1er octobre 2008 au 5 janvier 2009).

Le 24/12/2010

Quand, en 1937,  le catalogue de l’exposition Les Maîtres populaires de la réalité donnait Séraphine Louis pour morte avec cinq ans d’avance, Wilhem Uhde avait-il oublié son ancienne protégée ?

En 1937, douze peintures de Séraphine Louis sont présentées à Paris, au sein de l’exposition Les Maîtres populaires de la réalité proposée  rue Royale par le Musée de Grenoble. Il s’agit d’une réunion de 210 tableaux d’artistes qualifiés aujourd’hui de “peintres naïfs”.

Les œuvres de Séraphine Louis  sont les seules nées de l’esprit et de la main d’une femme.  Elles sont entourées de compositions par Henri Rousseau, Louis Vivin,  Camille Bombois, André Bauchant, Maurice Utrillo, Dominique-Paul Peyronnet, Jean Eve, Adolf Dietrich et René Rimbert. 

Mais Séraphine Louis ne goûtera pas aux joies de voir ses peintures exposées. A-t-on tenté de l’informer de l’évènement ? Sûrement pas. Le catalogue de l’exposition la donne comme “morte dans un asile de vieillards en 1934”. À ce moment-là, elle est internée à Clermont ; et il lui reste cinq ans à vivre.

À moins que  Wilhem Uhde (disparu en 1947), marchand d’art et découvreur de Séraphine Louis, n’ait pas eu connaissance de la publication de cette information, celle-ci parlerait de l’évolution de la relation avec sa protégée, puisque sur les douze œuvres de Séraphine Louis présentées dans l’exposition, sept lui appartiennent. Wilhem Uhde est aussi impliqué dans l’évènement par le prêt d’œuvres d’Henri Rousseau.

Pendant très longtemps, une autre artiste internée, Camille Claudel, a également été donnée pour morte bien avant l’heure, dont dans certains ouvrages de référence comme Le Bénézit.

Notes d’un visiteur de l’exposition de 1937, sur une enveloppe retrouvée dans son exemplaire du catalogue  : S. Louis peint comme un peintre qui peignait par petits points, obtenant des effets décoratifs des plus curieux, et partait des sujets religieux ou mythologique qui d’après lui, étaient des songes. Les couleurs de S. Louis sont des couleurs pures, qui font penser à des peintures primitives indiennes, japonaises ou même des enluminures, peut-être avec moins d’ordre et plus mouvementées. Ces compositions pourraient servir à faire du tissu.

Pierrick Moritz

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Catégories :Art moderne, Histoire sociale

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26 réponses

  1. Bonjour,

    Aucune idée d’artiste semblable à Séraphine Louis ne me vient à l’esprit.

    De manière générale, le mysticisme, qui peut naître de l’isolement et et de la contemplation, est une chose relativement courante chez les artistes.

    La solitude et l’incompréhension vécus par des artistes très originaux peuvent les conduire à des formes de paranoïa.

    Sans avoir connu le destin tragique de Séraphine Louis, Alfred Manessier était un peintre très croyant.

    Bonne chance pour votre livre.

    PM

  2. Bonjour,
    Je découvre par hasard votre blog et Séraphine Louis que je ne connaissais pas du tout.
    J’ai récemment fait un album jeunesse sur le facteur Cheval et je découvre Raymond Isidore (Picassiette) et le douanier Rousseau.
    Je suis frappée par la ressemblance entre Séraphine Louis et Raymond Isidore : vie très pauvre, très imprégnée de religion, art autodidacte provenant de visions/rêves, et au final une folie destructrice avec annonce de la fin du monde.
    Connaitriez-vous d’autres artistes ayant cette même expérience de vie ? Ils me fascinent, tant par leurs réalisations que par leurs vies personnelles.

    Cordialement,

    Eliette JM

  3. J’ai regardé le film à la télé et Yolande Moreau qui est mon actrice préférée m’a impressionnée et hier je suis allée à Senlis voir quelques toiles de cette artiste étrange au musée de la vénerie depuis la sortie du film en 2008 les visiteurs affluent nous a dit le conférencier de plus Senlis est une belle petite ville très ancienne très dynamique que je vous recommande Séraphine a une célébrité tardive mais bien méritée .

  4. je ne connaissais ni le film ni l artiste peintre je l ai regardé hier fantastique par contre je venais de regarder la meute avec Yolande Moreau c est une actrice d un talent immense je ne regrette pas ma découverte quelle triste vie a eu cette artiste finalement elle qui meritait mieux

  5. En fait, les œuvres de Séraphine Louis ne sont pas si nombreuses.

    On peut bien-sûr en voir sur Google images.

    En France, le Musée Maillol et celui de Senlis, possèdent des toiles de Séraphine.

    Vidéo intéressante : http://culturebox.france3.fr/all/14239/seraphine-l_exposition-hommage-de-senlis/#/all/14239/seraphine-l_exposition-hommage-de-senlis

    Désolé pour les affreux portraits comme avatars mais le système est livré avec le blog.

    Pierrick

  6. esque je peux s avoir comment fait on pour mettre notre photo au lieux de ces visage de masque horrible lolll merci Abygael

  7. Je reste au Canada et je vient juste de voir le films de Siraphine et j étais complètement sous le charme de cette femme simple et si grande a l intérieur …je doit avouer que jai plus que adorer la découverte de cette artiste que je n’ avais jamais attendu parler. Ses toile sont vraiment unique en son style et Dieu seul n’a put lui inspirer la beauté et le mystere de c’es oeuvres . merci de me dire svp quel site je pourrais revoir ses toiles .Abygael

  8. ces toiles me fascinent, les couleurs vibrent et les mille détails nous plongent dans des mondes minuscules et secrets : j’espère les voir un jour de près. Si tu savais Séraphine …

  9. Séraphine Louis est nee le 3 septembre 1864 à ARSY près de compiègne
    acte de naissance n°7 de l’annee 1864 dans les registres en ligne de la paroisse d’ARSY
    année 1864 feuillet 736 sur 745

  10. Le film « césarisé » 7 fois hier soir, le César de la meilleur actrice pour Yolande Moreau. Génial !

  11. Le film marche toujours très bien et ce succès est effectivement mérité.

  12. J’avais hâte de voir ce film. Je l’ai vu hier soir dans la commune de plougonvelin en Bretagne. C’est la deuxième fois que je vois une file d’attente dans ce cinéma la 1ère ce fut pour les ch’ti et maintenant Séraphine. Séraphine nous donne une leçon de courage et de sagesse. Je souhaite à beaucoup de monde d’aller voir ce film. Merci Yolande.

  13. je crois que tout le monde s’accorde sur le fait que Yolande Moreau est une très grande comédienne.

    Le film de Martin Provost a dépassé les 250.000 entrées France et quelques salles ont même été ajoutées depuis sa sortie (ce qui indique qu’il n’y a pas de baisse de fréquentation)

    Tout ça est vraiment très bien pour un film dont le sujet n’est pas ce qu’il y a de plus commercial.

    Merci pour vos commentaires (je pense qu’il n’est pas utile que j’intervienne pour chacun d’entre eux ; si c’est pour pousser des « oui », « tout à fait d’accord » ou  » je vous rejoins », je ne vois pas trop l’intérêt).

    Pierrick

  14. Je suis allée voir le film pour Yolande Moreau, qui confirme qu’elle est une actrice exceptionnelle, et je voulais découvrir qui était Séraphine dont je ne connaissait pas l’existence (j’habite à 15km de Senlis!!) J’ai découvert une femme attachante par sa simplicité, sa naïveté et son immense don qu’elle a su rendre sur ses tableaux. J’ai hâte d’aller à l’exposition qui lui est consacrée. Merci à M. Provost pour ce film et aux acteurs. Yolande continuez à nous toucher comme vous savez le faire..

  15. Yolande Moreau peut dire le bottin, son génie et son jeu sont exceptionnels, depuis toujours je la suis, les deschiens, quand la mer monte, tout, j’aime tout chez cette femme, ces yeux qui pétillent et son sourire presque enfantin, Yolande merci pour tout !!

  16. Vu le film

    Yolande Moreau, actrice magnifique, donne une interprétation d’une Séraphine Louis dans l’action, obstinée, ne vivant que pour sa peinture, un art venant pour elle quasiment après Dieu (la religion faisant plus « office » de moteur pour peindre), et agissant dans le traitement naturaliste du réalisateur Martin Provost.
    Tous les deux nous font grâce de toute lecture psychanalytique et c’est tant mieux.
    Avec Ulrich Tukur dans le rôle de Wilhelm Uhde et Anne Bennent dans celui de la sœur fidèle, la distribution est parfaite. Ce film est une incontestable réussite.

  17. Merci pour cette remarque.

    La plaquette d’une exposition rédigée par Nino Frank et consacrée à Séraphine en 1962 à la Galerie Pierre Birtschansky à Paris est ainsi renseignée : une dernière référence que me suggère Emile Stzittya : à Saint-Nicolas-d’Assy, où Séraphine Louis est née, à trois kilomètres de Senlis, se trouve le tombeau de l’Abé Prévost, l’inventeur du plus bel amour des lettres françaises.

    Dans Cinq Maîtres primitifs de Wilhelm Uhde (1949), texte repris dans le catalogue de l’exposition au musée Maillol, on trouve : elle est née (Séraphine, ndlr) en 1864 au village d’Assy, où elle menait paître le bétail de sa parenté, puis elle est venue à Senlis pour être femme de ménage.

    Dans les repères biographiques du catalogue de l’exposition au musée Maillol est écrit : 1864 (2 septembre) : naissance de Séraphine à Arsy-sur-Oise,….

    Saint-Nicolas-d’Acy, tel que vous l’écrivez, est une commune aux environs de Senlis et cela pourrait être cela.

    En consultant un vieux dictionnaire des communes de référence (début XXème), on trouve uniquement Arsy toujours dans l’Oise, aux environs de Compiègne. pas de traces des Saint-Nicolas….. ou autres Arsy à quelques kilomètres de Senlis.

    Il se peut que la transcription du nom de village Acy par Uhde, en l’absence de référérences, n’ait été que phonétique, on peut penser la même chose pour la plaquette de l’exposition de 1962 où figure le nom complet Saint-Nicolas….. : elle serait devenue Assy.

    Et comme il n’existe pas de Saint-Nicolas-d’Assy, j’ai donc corrigé selon votre remarque

    Je pense qu’il faudrait consulter l’acte de naissance de Séraphine Louis…..

  18. Saint-Nicolas-d’Assy n’existe pas c’est Saint-Nicolas-d’Acy.

  19. A strasbourg, l’avant première a eu lieu hier soir, et cela donne envie de voir de plus près les oeuvres de séraphine

  20. Une exposition consacrée aux œuvres de Séraphine Louis est effectivement proposée par le musée Maillol à Paris à partir du 1 er octobre.

  21. J’imagine que Yolande Moreau doit être parfaite dans ce rôle (dans « Quand la mer monte », autre registre, elle était bluffante).

    Vous faites donc partie des heureux normands qui ont eu la chance de voir le film en avant-première à Gaillon.

    Moi j’y cours dès qu’il sort à Paris (1er octobre).

    Pour le musée Maillol, j’ai lu quelque part qu’il possédait des tableaux de Séraphine Louis sortis récemment des réserves.

    Pour l’expo, je ne sais pas. Il suffit d’aller sur le site du musée.

    Bonne semaine !

  22. Nous venons d’aller voir le film magnifique de martin Provost sur Seraphine ,avec Yolande Moreau.Quelle femme extraordinaire et quels beaux tableaux!Le réalisateur nous a appris qu’il allait y avoir une exposition des oeuvres de Séraphine au musée Maillol à la rentrée.
    Nous avons hâte!Nous ne connaissions pas cette artiste et c’est unbe découverte grâce à ce film génial!

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