Dans un marché tendant vers le manque de profondeur, les atouts de la peinture ancienne

Selon un calendrier traditionnel, Christie’s et Sotheby’s débuteront leurs plus importantes ventes aux enchères d’art de 2013 par des sessions sur et autour du thème de la peinture ancienne. Ces vacations, dont l’intitulé entendu au sens le plus large possible voudrait qu’elles s’intéressent uniquement aux créations datées jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, incluent souvent des œuvres du XIXe siècle européen antérieures à l’impressionnisme. Ce sera fin janvier, à New York, dans un marché de l’art de crise tendant vers absence de profondeur, avec des prix faramineux pour l’excellence ou par la spéculation et des difficultés pour écouler ce qui n’en relève pas.

Dans ces ventes, où la majorité des estimations tournent autour de quelques dizaines de milliers de dollars, parfois moins, l’essentiel des chiffres d’affaires des différentes vacations devrait être produit par une minorité d’œuvres nettement moins abordables. Elles sont signées Agnolo Bronzino (Portrait d’un jeune homme avec un livre estimé 12/18 millions de dollars), Fra Bartolommeo (Vierge et Enfant, peinte à la fin du XVe siècle et dont 10/15 millions sont attendus), Pompeo Batoni (une Suzanne et les vieillards estimée 6/9 millions),  Sandro Botticelli (Vierge à l’Enfant avec le Jeune saint Jean Le Baptiste à  5/7 millions), Francisco José de Goya (un portrait de son petit-fils est attendu autour de 6/8 millions),  Joseph Mallord Turner (Vue d’Heidelberg avec un arc-en-ciel estimée 4/6 millions), Jean-Siméon Chardin (Brodeuse à 3/5 millions), Giovanni Paolo Panini (Vue du Campidoglio, même estimation que le précédent), Annibale Carracci (Annonciation à 1,5/2,5 millions), Jean-Auguste-Dominique Ingres (un portrait de la comtesse Charles d’Agoult et  de sa fille Claire, dessiné en 1849, à 1,5/2,5 millions, Le Greco (Mise au tombeau du Christ, petit panneau estimé 1/1,5 millions), Raphaël (un Saint Benoît recevant Maurus et Placidus, dessin à 1/1,5 millions).

Sous le million de dollars, les auteurs des œuvres les plus attendues se nomment Bernardo Bellotto (800.000 dollars/1,2 million pour une vue de Venise), Peter-Paul Rubens (trois études anatomiques d’homme sur une seule feuille estimée 700.000/900.000 dollars), Claude Gellée dit Claude Lorrain (paysage boisé dessiné au crayon à 500.000/800.000 dollars), Antoine Watteau (une Déclaration à 500.000/700.000 dollars), Thomas Gainsborough (Portrait de Caroline, quatrième duchesse de Marlborough, pastel à 400.000/600.000 dollars), William Blake (dessin, sujet de fantômes s’agitant avant le Jugement dernier, à 400.000/600.000 dollars), Girolamo Francesco Mazzola  dit Il Parmigianino (une tête d’homme barbu à 300.000/500.000 dollars), Jean-Louis-André-Théodore Géricault (étude pour Le Radeau de La Méduse à 300.000/400.000 dollars) ou Giovanni Battista Tiepolo (300.000/400.000 dollars attendus pour un Puchinelli préparant un repas de gnocchi et de parmesan).

On parlera d’importantes estampes d’Albrecht Dürer à l’occasion d’une vente que leur consacre Christie’s. Il s’agit de 62 numéros, provenant d’une même et importante collection privée.

Les spécialités de la peinture et du dessin anciens, au même titre que celles des objets et œuvres d’art chinois traditionnel, présentent des possibilités d’investigation, donc d’une éventuelle valorisation, pour certaines œuvres. La recherche cible notamment des œuvres non ou mal attribuées et dont l’histoire se perd au cours des siècles, avec des périodes où le genre était délaissé. Autour de la question des ateliers, les amateurs chercheront à trouver tantôt la main d’un maître, tantôt celle d’un élève passé à une plus grande postérité que son chef.

Les estimations attractives de ces œuvres peuvent être pulvérisées tout en demeurant une bonne affaire pour l’acheteur, dans la mesure où il possède des informations ou des pistes non connues du vendeur et de la maison de vente. Si  le niveau d’expertise pointu de ces grands opérateurs peut laisser penser que  ces affaires demeurent marginales, il ne faut pas perdre de vue que, en raison de leur responsabilité totale sur l’authenticité des œuvres vendues, ils ne prennent pas le risque d’une attribution s’il subsiste le moindre doute.

À l’heure où la marchandise de grande qualité, celle qui a beaucoup plus de chance de se vendre en cette période de crise, devient extrêmement difficile à trouver auprès de vendeurs dont les prétentions sont souvent extravagantes, ce n’est pas le moindre atout de la peinture et du dessin anciens. L’œuvre la plus chère de ces ventes  new-yorkaises, un portrait d’Agnolo Bronzino estimé 12/18 millions de dollars, proposé chez Christie’s le 30 janvier, est une « redécouverte ». Un petit panneau du Greco offert chez Sotheby’s le 29 janvier a été vendu à Paris en 1974 comme attribué à l’artiste.

Pour sa production de qualité muséale, la « peinture ancienne » bénéficie de la même envolée des prix que l’art moderne et contemporain. Cette progression est particulièrement sensible depuis le début de la  crise financière déclenchée par les subprimes, en 2008. La spécialité était apparue à ce moment-là comme une valeur de repli face à la volatilité des prix de l’art moderne et contemporain constatée quelque mois après ce choc.

La peinture ancienne ne souffre pas de la spéculation touchant une partie du marché de l’art contemporain. Si l’ensemble des amateurs d’art est plus hermétique à la spécialité qu’à l’art moderne et contemporain, les adeptes du genre sont plus nombreux qu’il y a quelques années. Certains se sont retranchés sur la peinture et le dessin anciens devant les prix devenus inabordables du moderne et du contemporain, d’autres sont convaincus – à raison – que la création relevant de l’excellence n’a pas d’époque.

Les prix les plus élevés enregistrés pour la peinture ancienne dans les ventes aux enchères sont moins importants que ceux relevés pour l’art moderne et contemporain du fait de l’absence totale de chefs-d’œuvre peints d’artistes célébrissimes de la période la plus recherchée, celle de la Renaissance. Si un chef-d’œuvre peint par Léonard de Vinci ou Raphaël apparaissait dans une vente aux enchères, il battrait certainement à plate couture tous les records de prix constatés pour l’art moderne et l’art contemporain.

Par défaut, les deux  prix les plus importants obtenus pour des œuvres de la spécialité vendues aux enchères concernent des dessins de Raphaël. La facture de 29,7 millions de livres produite en décembre dernier chez Sotheby’s pour un dessin de l’artiste, un portrait d’une tête de jeune apôtre à la craie noire, constitue le prix le plus important jamais payé pour une œuvre de Raphaël, pour un dessin et pour une œuvre sur papier d’un artiste occidental vendus dans le cadre d’une vente aux enchères.

En décembre 2009, chez Christie’s, à Londres, une tête de muse à la craie noire du même  artiste avait été facturée 29,16 millions de livres.

Pierrick Moritz

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Catégories :Marché de l'art, New York City, Peinture ancienne

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